LES ALLEMANDS A PARIS
Les négociateurs de l'armistice s'étaient mis d'accord sur le point suivant: 30,000 soldats des armées étrangères entreraient dans Paris, mais ils séjourneraient seulement dans les vin% XVI' et XVII* arrondissements.
Y eut-il difficulté sur les termes de ces doux conditions? Je l'ignore; mais je serais surpris que les Allemands n'eussent pas émis la prétention d'obtenir le droit d'entrer pour un plus grand nombre d'hommes. C'était leur manière en toutes choses, ils commençaient toujours par faire des demandes exorbitantes. Par contre, je me crois bien certain qu'il n'y eut pas désaccord sur la seconde condition. En effet, nous avions le désir bien naturel de les cantonner, de ne pas les voir se répandre partout, et, de leur côté, ils ne devaient pas être désireux de s'aventurer dans cette grande ville de Paris, en présence de la surexcitation d'esprit de ses habitants.
Le Gouvernement chargea les municipalités des VIII*, XVI* et xvii* arrondissements de prendre d'avance avec les généraux ennemis toutes les mesures relatives à cette occupation et d'y pourvoir, et il me nomma président de cette commission, honneur dont je me serais bien passé. Mission bien pénible et dont l'exécution était fort délicate! On adjoignit à la commission un capitaine d'état-major, aide de camp du général Vinoy, parlant très bien la langue allemande, charmant homme que j'avais la bonne fortune de connaître un peu. On nous adjoignit également un employé supérieur de l'Hôtelde Ville.
Le 28 février, nous quittâmes Paris dans deux voitures, nous rendant à Sèvres. Le pont avait été détruit. Il nous fallut traverer la Seine en bateau. Notre mission avait été annoncée et notre départ signalé; nous trouvâmes donc sur la rive opposée les officiers étrangers qui nous attendaient. C'étaient le général de Kamecke nommé commandant en chef de l'occupation étrangère- dans Paris, un général chef d'étatmajor, un colonel bavarois et plusieurs aides de camp. La rencontre fut ce qu'elle devait être: grande courtoisie de la part de ces messieurs, mais sans une affectation qui eût pu facilement devenir blessante ; convenance et
politesse de notre part.
La conférence qui eut lieu dans une maison
près de la Manufacture, dura environ deux heures. Un plan très détaillé de la ville de Paris, apporté par nous, fut développé sur une grande table et nous prîmes séance. Les questions qui rendaient l'opération difficile étaient celles-ci. Les généraux étrangers voulaient avoir le droit d'occuper des hôtels différents, chacun d'eux désirant un logement distinct. Or, comme ils étaient nombreux, cette fantaisie n'était pas facile à satisfaire. Ce fut là leur principale préoccupation. Quant à nous, notre embarras venait de ce que de nombreux habitants du VIII' et du xvi* arrondissement étaient absents. Nous ne voulions pas livrer des hôtels ou des appartements inoccupés. Il était capital, pour notre responsabilité morale, qu'il ne pût se produire aucun abus, et, afin d'obtenir ce résultat, nous n'entendions donner de billets de logement que pour les localités, hôtels ou appartements, dans lesquels se trouvaient ou le propriétaire, ou un gardien, ou un serviteur. Nous avions des notes assez complètes sur Fétat des absents; c'est ce qui nous permit de faire utilement la distinction dont je viens de parler. Nous né faisions pas et nous ne pouvions faire devant ces messieurs un travail définitif, mais seulement un travail préparatoire, suffisant pour que le représentant de l'Hôtel de Ville pût faire compléter par un travail de nuit les billets de logement qui avaient été préparés.
Puîsqu il fallait subir la condifion si dure de cette occupation, îl valait mieux que ce fût tout de suite; aussi nous convînmes avecles généraux ennemis qu'ils se présenteraient le lendemain mercredi 1*' mars, à neuf heures du matin, au rond-point des Champs-Elysées.
Rentré à Paris avec mes collègues, je me rendis, comme président de la commission, à THôtel-de-Ville auprès de M. Ferry, maire de Paris, pour lui rendre compte de Taccomplissement de cette première partie de notre mission.
Le lendemain matin, dés la première heure, on placardait dans nos arrondissements, avec le contre-seing du maire de Paris, un appel au patriotisme de nos administrés. En voici les termes :