‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 3 sur 125 · Bokere Boke · texte numérisé non relu

Bokere Boke

Kotom Boke.

Mikope Mobinji.

Golo Shanga.

Koto Mboke.

Misha Mishanga Shanga.

Mishanga Pelenge.

Bokare Che.

Bope Pelenge (ii).

Bushabun Che.

Mikope Pelenge.

Koto Che.

Mingashanga Bake.

Misha Pelenge Che.

Kwete Kena,.

Bope Pelenge (i).

Bope Kena.

Kata Mbula.

Mikope Kena.

Mikope Mbula

Kwete Peshanga Kena

Bope Mobinji.

Le dernier nom est celui du

chef actuel, dont la généalogie suit

Mobinji Ç

Mboke $

Pelenge Ç

Bake $

Mingashanga cf Kena Ç

Kwete Kena cf Bope Kena cf Mikope Kena cf Peshanga Kena Ç Ç ?

Kwete Peshanga Kena cf Bope I cf Pelenga 9 Kwete cf Bope II cf

Mingashanga cf

L’héritier présomptif est Bope I, après lui suivent Kwete, Bope II et Mingashanga.

I] est rare de trouver une liste aussi étendue de chefs parmi les tribus africaines; ce seul fait prouve que les Bushongo sont un peuple remarquable. Cela provient sans doute du fait qu’il existe un fonctionnaire, le Moaridi, chargé de conserver les anciennes légendes, et d’empêcher qu’elles ne tombent dans l’oubli. L’existence d’un tel fonctionnaire indique par elle-même quel intérêt le peuple prend à son histoire passée, ce qui est peu commun en Afrique. On connaît peu de chose au sujet de 1a. plupart de ces chefs ; mais il y a certains événements qui sont associés au nom de plusieurs d’entre eux et qui jettent une certaine lumière sur l’histoire et sur les progrès de la civilisation de cette tribu. On doit, sans aucun doute, classer dans le domaine de la légende, de la mythologie plutôt, que dans celle de l’histoire, un grand nombre de leurs racontars, mais il faut constater cependant qu’il s’y trouve beaucoup de faits que l’on doit considérer comme étant historiques.

Nous allons raconter d’abord ce que l’on sait des principaux chefs mentionnés dans la liste ci-dessus donnée, et réserver tout commentaire jusqu’à ce que l’histoire de la tribu, telle qu’elle est connue par le peuple lui-même, ait été exposée.

L’histoire des Bushongo commence par une cosmogonie et les phrases du commencement. rappellent nettement les premiers verseis du livre de la Genèse.

1. Bumba. — Au commencement il n’y avait que des ténèbres et il n’existait rien, sur terre, que de l’eau. Dans ce chaos, Bumba, le Chembe (Dieu), régnait seul. Bumba était un homme par la forme, mais d’une taille énorme et blanc de couleur. Un jour il ressentit une grande douleur dans l’estomac et il se mit à vomir; d’abord il vomit

le soleil, puis la lune et ensuite les étoiles; c’est ainsi que naquit la lumière. Ensuite, sous l’influence du soleil, les eaux commencèrent à s’évaporer et les bancs de sable se montrèrent à la surface ; mais, ces bancs de sable, comme les eaux dont ils étaient sortis, étaient' complètement dépourvus de toute vie animale et végétale. Et Bumba recommença à vomir et cette fois-ci il donna naissance dans l’ordre suivant : au léopard, Koy Bumba ; à l’aigle crêté, Pongo Bumba; au crocodile, Ganda Bumba; à un petit poisson, Yo Bumba; à la tortue, Kono Bumba; à la foudre (animal qui ressemblait à un léopard mais qui était noir), Tsetse Bumba; au héron blanc, Nyanyi Bumba à un scarabée, et à la chèvre, Budi Bumba. 11 vomit ensuite des hommes, un grand nombre d’entre eux, mais il n’y en avait qu’un seul qui fût blanc comme lui; il s’appela Loko Yima.

Les animaux qu’il avait créés de cette façon entreprirent le travail de peupler le monde ; le héron blanc vomit tous les

oiseaux excepté le milan ; le crocodile, tous les serpents et l’iguane (Lebeme

Gandu) ; la chèvre vomit toutes les bêtes à cornes; le poisson Yo, tous les

poissons, et le scarabée, tous les insectes. Les serpents vomirent alors les sauterelles (Minye) et l’iguane toutes les bêtes sans corne. Après cela, l’un des fils de Bumba, Nyonye Ngana, vomit les fourmis blanches; mais l’effort était trop

considérable pour lui, et il en mourut. Les fourmis blanches, par reconnaissance pour leur création, allèrent chercher tout le terreau noir dans les entrailles de la terre et en couvrirent les bancs de sable stériles pour enterrer leur créateur. Un autre fils, Clionganda, vomit une plante de laquelle sortirent tous les végétaux, et un autre fils nommé Cliedi Bumba essaya de vomir des créatures nouvelles et réussit à produire des milans, mais rien d’autre.

Telle est l’histoire de la création du monde comme nous la connaissons maintenant Mais quand l’œuvre de la création fut terminée Bumba fit le tour des villages des hommes et dit à chacun : « Regardez ces choses merveilleuses que j’ai créées; toutes vous appartiennent, mais je vous prescris de vous abstenir de manger telle et telle chose tout en faisant libre usage de tout le reste ». De cette manière, chaque village reçut son « tabu » particulier appelé Ikina Bari qui semble avoir été un véritable totem. Quelques villages furent omis et n’eurent pas d’ Ikina Bari.

L’objectif de Bumba était d’enseigner aux hommes à se contraindre et il ordonna que l’homme qui enfreindrait le tabu tomba malade et mourût. A cette époque, la boisson connue maintenant sous le nom de vin de palme se tirait d’un lac où il était préparé pour l’usage de chacun; l’histoire de sa disparition et de sa réapparition subséquente dans le palmier est racontée parmi les légendes.

Or, l’œuvre de Bumba réussit dans tous les cas excepté dans celui de la foudre, Tsetse Bumba, qui commença à faire beaucoup de mal ; aussi Bumba la chassa et elle se réfugia dans le ciel. Mais il s’éleva une difficulté, parce que les hommes ne pouvaient plus se procurer du feu; alors Bumba permit à la foudre de revenir de temps en temps, mais toutes les fois qu’elle visitait la terre elle causait quelques dommages. Cependant les hommes parvinrent à tirer du feu des arbres qu’elle frappait et le feu ainsi obtenu fut conservé constamment dans leurs villages ; le premier arbre ainsi frappé fut un palmier (le Raphia, d’où l’on tire l'amadou).

L’œuvre de Bumba étant terminé, il appela les trois meilleurs hommes, Loko Yiina, qui était blanc et Yele et Dumachwa, qui étaient noirs, et il leur parla en ces termes : « Vous, Yele, vous serez le chef de Bangongo; vous, Dumachwa, vous serez le chef de Bangendi, mais vous, Loko Yima, serez Chembe Kunji (Dieu sur terre), chef de tous les hommes et Yele et Dumachwa vous paieront tribut ». Quand il eut ainsi parlé, il s’éleva dans l’air et disparut dans les cieux. De cette manière, Loko Yima (n° 2 sur la liste des chefs) devint chef suprême de l’humanité.

N° 3. Lobamba. — A la mort de Loko Yima, il ne laissait qu’une fille, Lobamba, et elle devint Chembe Kunji à sa place; ce fut elle .qui montra la première aux hommes comment construire des maisons. Elle eut deux fils et deux filles; les noms des premiers étant respectivement Woto et Nyimi Longa, celui de la fille aînée, Bengela; le nom de la deuxième fille n’a jamais été mentionné pour une raison qui sera expliquée. Woto est décrit comme un mulâtre, et, à la mort de sa mère, il devint Chembe Kunji.

N° 4. Woto. — Jusqu’à présent la généralité de l’espèce humaine n’avait pas de nom personnel; mais Woto décida dans les villages de Matako Nyenge que chaque individu serait distingué par un nom. Ce fut à Woto que fut révélé par Bumba dans un rêve l’usage du fer (voir plus loin les légendes), et ce fut également lui qui introduisit l’usage de la circoncision. Sous son règne un homme appelé Loko Lobombo inventa l’épreuve du poison (Ephumi).

A l’époque de son avènement, Woto habitait un village appelé Buyengela ; or, il arriva qu’un jour il vit sa sœur, la fille sans nom de Lobamba, et il lut si frappé de sa beauté qu’il oublia le respect qu’il lui devait comme fille de sa propre mère, et au bout de quelque temps elle lui donna un fils qui fut appelé Nyimi Lele (Lele ; sauterelle).

Leur honte fut un secret pendant quelque temps ; mais quand elle s’ébruita, il y eut un cri général d’indignation populaire qui atteignit un tel degré que Woto appela son lils et lui ordonna de quitter le pays. Ce fut ainsi que Nyimi Lele partit avec un certain nombre de partisans et il voyagea jusqu’à ce qu’il atteignit le fleuve Katembo qu’il remonta et il fonda la nation des Basbilele dont ses descendants devinrent les chefs. Mais cela ne suffit pas pour apaiser le sentiment

populaire ; certains disaient : « est-ce que l’homme qui se montre pire qu’une bête continuera à nous gouverner? « Enfin Woto perdit patience, il appela ses conseillers Batwa et leur annonça qu’il avait décidé de quitter le pays et de chercher un autre royaume où la nouvelle de sa honte n’avait pas pénétré, mais avant de faire cela il avait résolu de se venger du peuple dont la persécution l’avait forcé à quitter sa patrie; il prit donc la décision de faire mourir leurs volatiles et pourrir leur millet. Enfin, le lendemain de bonne heure, avant de partir, il convoquerait le peuple et désignerait pour gouverner à sa place le premier homme qui apparaîtrait en réponse à son appel, quelque bas que fût son rang. Or, l’un de ces Batwa était un ami de Nyimi Longa, frère de Woto ; il alla immédiatement chez lui et lui dit ce qui allait arriver. « Ne dormez pas cette nuit et restez en éveil et sur vos gardes et quand vous entendrez votre frère appeler, hâtez-vous d’aller le trouver et dites-lui : Me voici ». C’est pourquoi Nyimi Longa veilla toute la nuit. Le lendemain de bonne heure, avant le lever du soleil, Woto appela ses Batwa et sa femme Ipopa. Celle-ci apporta avec elle un coq, une poule et du millet avec lesquels elle fit des évocations magiques afin que tous les volatiles mourussent et que le millet pourrît dans tout le pays des Bushongo. Ensuite Woto appela : « Venez vite' venez vite! » et son frère Nyimi Longa accourut. Woto ne le reconnut pas dans le crépuscule et dit : « Je vais quitter ce pays et vous serez chef à ma place. » En disant cela il mit deux plumes d’aigle crêté, signe de sa dignité de chef, dans les cheveux de Nyimi Longa. A ce moment le reste du peuple commença à arriver ; le soleil se leva peu à peu et AVoto vit qu’il avait, sans en avoir l’intention, remis le pouvoir royal à son frère, l’héritier légitime. Dans sa rage, il se tourna vers ses Batwa et leur demanda : « Qui est-ce qui m’a trahi ? » Mais ils nièrent tous et il ne découvrit jamais le coupable. S’adressant alors au peuple assemblé, il dit : « Je quitte ce pays avec tous mes esclaves pour chercher une nouvelle patrie ; quand j’aurai trouvé un pays d’abondance, je vous enverrai des nouvelles et vous me rejoindrez. Pendant ce temps mon frère, qui m’a ainsi trompé, sera votre chef ».

Alors il mit le feu à son village et partit.

Mais sa femme Ipopa qui était restée en arrière manqua de périr dans les flammes ; dans sa hâte à se sauver elle heurta son pied contre une bûche et se blessa. Afin d’arrêter le sang qui coulait, elle mit des cendres sur la blessure. Il arriva que

Fig. 13. — c. Masque Bungu.

(Bangongo)

le village fut environné par cette plante dont on obtient maintenant le sel, et, comme on peut se l’imaginer, les cendres lui causèrent une vive douleur. Pour atténuer la brûlure elle suça la blessure et fut frappée du goût plaisant du sel. Elle raconta sa découverte, mais on ne voulut pas la croire ; alors, elle mit quelques cendres dans l’eau et la fit boire à ses concitoyens et depuis cette époque ils se servaient de cendres pour assaisonner leurs aliments. L’extraction du sel sous une forme cristallisée fut une découverte postérieure qui sera racontée plus loin (1).

Woto et ceux qui le suivaient voyagèrent pendant des semaines, des mois et des années toujours dans une direction sud. Un jour sa femme donna naissance à deux jumeaux et pour commémorer l'événement il ordonna à tous ses esclaves de ne jamais se raser la tête. Depuis ce moment, à une seule exception qui va être racontée, on n’entendit plus parler de lui.

N° 5. Nyimi longa. —

Après le départ de Woto, son frère Nyimi Longa régna ; mais à cause de la mort de tous les volatiles et de la pourriture du millet le peuple fut en danger de mourir de faim. Alors il envoya six députés pour courir après son frère et lui demander de faire cesser l’enchantement. Ils réussirent à persuader Woto d’avoir pitié d’eux et de leur donner de nouvelles semences et des volailles pour la reproduction. Ces six envoyés étaient Kimi-Kambu, Chikala, Epanchula, Nyanga (oncle), Nyibita et Nyimi Shongo, et depuis ce jour leurs noms devinrent des titres des grands du royaume et ceux qui en étaient les porteurs ont été très honorés (2). « Vous avez sauvé le royaume », dit Nyimi Longa, « et par conséquent vous partagerez le pouvoir avec moi et vous formerez mon conseil et personne ne sera plus honoré que vous. »

Nyimi Longa lui-même qui, par bonheur et par son adresse, avait conservé le pouvoir pour les descendants de Loko Yima acquit une grande renommée et son règne fut long et prospère.

En mémoire de lui, tous les chefs des Bushongo à partir de cette époque ont adopté le titre de Nyimi pour indiquer leur rang; avant cela ils étaient appelés Chembe Kunji (Dieu sur la terre) comme cela a été raconté plus haut.

Fig. 13. — a. Masque Bombo.

(Bambala).

b. Masque Nyali. (Bambala).

(1) Voir plus loin les légendes. (2) Voir p. 53.

N° 6. Minga Bengela, fils de Bengela, sœur aînée de Nyimi Longa, succéda à la souveraineté. Il avait toujours eu l’ordre de son oncle et prédécesseur de ne jamais oublier son autre oncle Woto ; c’est pourquoi, après plusieurs années de règne, il décida de s’en aller avec tout son peuple à la recherche de ce dernier. C’est ainsi que les Busliongo partirent dans une direction sud, traversant quatre grands tleuves dans le cours de leurs recherches, jusqu’à ce qu’ils atteignirent, enfin, le

Sankuru. Ici Minga Bengela partagea ses suivants en trois bandes ; la première, formée par les Bangongo, fut envoyée vers l’est-sud-est ; la seconde, les Bangendi, se dirigea vers le sud-est, et il conduisit le reste dans la direction sud. Tous reçurent des ordres de reporter exactement ce qu’ils auraient appris de Woto. C’est ainsi qu'ils arrivèrent dans le pays qu’ils habitent maintenant, qu’ils trouvèrent dépourvu d’habitants humains. Ce chef fut le premier à apprendre aux Bushongo à se servir de filets et de chiens pour chasser, et ce ne fut que longtemps après la migration qu’ils obtinrent pour la première fois du maïs, que leur fit connaître le peuple qui se trouvait sur la rive gauche du Kasai; jusqu’à ce jour, leur nourriture végétale n’avait consisté que de millet, de bananes et d’ignames.

A partir de ce moment, il y a peu de chose à mentionner jusqu’au règne du quatre-vingt-treizième chef de la liste ; à noter, toutefois, les détails suivants qui sont intéressants.

N° 21. Muchü Mushanga. — Sous ce règne, la manière de produire du feu par friction fut révélée par Bumba dans un rêve (1), à un homme qui s’appelait Kerikeri. Au même moment, un autre homme, nommé Ishota, inventa l’art de faire des vêtements avec des écorces ; avant cette époque on ne portait pas de vêtements.

N° 41. Gokare. — Jusqu’au règne de cette femme-chef, les deux sexes possédaient un droit égal à la souveraineté ; désormais le pouvoir ne sera plus dévolu à une femme que s’il n’y a pas d’héritier mâle.

N° 73. Bo Kena. — Sous ce règne, un homme, nommé Bokoboko, inventa le masque Mashamboy (2). Un autre modèle de masque, le Bombo, inventé, dit-on, par

(1) Voir Légendes.

(2) Voir Légendes, figure 11 et planche V.

un homme nommé Slmmatula, fils de Tuyenga, représente le fils hydrocéphale d’un Nvimi, dont il n’a pas été possible de trouver le nom (fig. 12 et 13!l).

N° 86. Miele. — Ce chef était un célèbre forgeron et, sous son règne, l’art de travailler le fer atteignit un très haut degré de perfection. Des figures en fer d’hommes et d'animaux ont été forgées, dit-on, quelques-unes ayant jusqu’à 18 pouces de long. On n’a pu en trouver aucune; les derniers spécimens ou, suivant certaines traditions, les dix derniers, ont été donnés à un officier de l’État par le chef actuel.

N° 93. Shamba Bolongongo. — Nous arrivons maintenant au grand héros des Bushongo dont le nom est plus révéré, jusqu’à ce jour, qu’aucun autre nom de chef. Il vaut la peine de remarquer qu’il n’est pas célèbre comme grand conquérant, ainsi que la majorité des chefs africains, mais comme homme de paix, comme patron des arts utiles et comme philosophe gnoinique. Quand il était encore Buimbi (héritier présomptif) il annonça à sa mère que son désir était de voyager et de voir le monde; elle essaya de le dissuader et lui fit remarquer les dangers qu’il rencontrerait dans les pays lointains parmi les peuples étrangers. « Quand votre oncle mourra, vous serez chef, disait-elle, vous ne devriez pas maintenant risquer votre vie. » Shamba répondit : « De même qu’un roi est le plus grand des hommes, il doit être le plus sage; si je reste ici, je ne puis apprendre que ce que connaissent les Bushongo, mais si je voyage parmi des peuples étrangers, j’aurai l'occasion d’apprendre leurs vertus et leurs défauts ; leurs vertus pour les imiter, leurs défauts pour les connaître de façon que si j’en vois la trace chez mon peuple je puisse les déraciner avant qu’ils ne deviennent dangereux. » Alors sa mère lui donna trois fidèles esclaves et des provisions pour quelques jours, et il partit dans la direction ouest.

D’après la tradition populaire ;

“ Shamba amamamona na Pene, amamamona na Abono, amamamona Badinga, amamamona Babinji» Shamba

visita les Bapindi, les Babunda, les Badinga et les Babinji. Comment il traversa ces régions, c’est là un mystère ; les Bushongo disent qu’il était si intelligent qu’il se rendit partout populaire. Dans tous les cas, il fut absent pendant bien des années et quand il revint et qu’il prit possession du pouvoir, il introduisit parmi son peuple un grand

Fig. 15. — Çouteaux de guerre Ilondo.

nombre d’innovations. Parmi celles-ci il faut citer : le tissage du drap de fibres de raphia qu’il avait observé parmi les Bapende ; les broderies de tissus, pratiquées d’abord par les Bakele, qui furent cependant bientôt surpassés sur ce point par les Bambala. Il introduisit le tabac, dont il avait apprit l’usage d’un homme appelé Lokono Lon Pene (Lokono des Bapende) qui lui donna des graines de la plante. Il enseigna aussi aux Bushongo le jeu de Lela (1), afin de

mettre un terme à la passion du jeu de hasard qui sévissait quand il prit possession du pouvoir. Ses réformes dans la hiérarchie de la cour ainsi que la nomination des représentants officiels des différents métiers ont eu un grand retentissement sur la vie nationale. Une réforme encore plus radicale est celle qu’il fit subir aux usages militaires des Bushongo. Shamba est célèbre par son humanité et, suivant les traditions populaires, il abolit parmi les indigènes l’usage des javelots, des flèches et même du traditionnel Shongo (couteau de jet) « qui pouvait tuer des innocents » ; il limita l’armement de ses soldats au seul couteau (fig. 15); bien plus, il restreignit leur service aux seules fonctions de police sur son territoire. On peut, il est vrai, se demander si c'est vraiment par humanité qu’il en agit ainsi. S’il supprima les armes de guerre, ne fut-ce pas dans le même but que le chef zoulou Chaka, afin d’obliger ses hommes à combattre corps à corps avec l’ennemi? Peut-être bien jugea-t-il ces armes inutiles dans un pays de forêts. Un fait certain, c’est que le prestige des Bushongo parmi les peuples environnants atteignit son apogée sous son règne. Les Basongo Meno et Bankutu les reconnurent comme suzerains et les commerçants Bushongo voyagèrent parmi eux pour acheter de l’ivoire et du bois de Kula sans porter d’autres armes que le couteau d’apparat. Quand, dans un village, le peuple disait : « Attaquons cet étranger^ sans défense », il lui suffisait de déclarer : « Je suis Bushongo » et tous s’agenouillaient et battaient des mains en disant « c’est un homme du Nyimi ; respectons-le ». Quelquefois il arrivait qu’un de ces Bushongo fût tué dans quelque village lointain près du Lukenye ; la nouvelle arrivait à Shamba et il s’écria : « Parce que nous sommes un peuple pacifique, ils nous prennent pour des femmes; Nyibita (2), sonnez le cor de guerre!» Et les Bushongo partaient armés de leurs couteaux de guerre, comme un essaim de sauterelles, vers le village des délinquants. Toutes les moissons furent détruites, les bananiers furent coupés et les maisons démolies et brûlées, mais personne n’était tué. Les ordres de Shamba étaient : « Ne tuez ni homme, ni femme, ni enfant; ce sont tous des créatures de Chembe et ils ont le droit de vivre ». Ainsi les Bushongo ne blessaient que ceux qui résistaient, et, par

(1) Mancala, voir cliap. III.

(2) Voir p. 53.

la seule force du nombre, ils obligeaient leurs adversaires à se soumettre, à payer des amendes, à donner des otages. Bien mieux, le couteau d’apparat qui était la seule arme que les Bushongo eussent le droit de porter dans les occasions ordinaires était lui-même remplacé, pendant la nouvelle lune, par un couteau de bois du même modèle (fig. 278) et cette coutume est encore en vigueur parmi le peuple du Mushenge, où le couteau de guerre ne se porte qu’enveloppé de drap. Shamba semble avoir été partisan de la monogamie d’après l’histoire qu’on raconte de lui (1).

Sous son règne les vanniers et les sculpteurs sur bois atteignirent l’apogée de leur talent. Quant à ce dernier métier, Shamba semble avoir été le premier chef à faire sculpter une statue (pl. I) qui le représentait; il fit cela afin que ses successeurs pussent se souvenir de lui et de ses lois. « Quand ils regarderont cette statue, disait-il, ils pourront se souvenir de moi et penser que je les regarde, les consolant quand ils sont tristes, leur donnant de l’inspiration et du nouveau courage ». Non seulement c’est la meilleure des cinq statues qui subsistent encore, mais c’est l’un des plus remarquables ouvrages d’art que l’Afrique primitive ait jamais produits. Shamba est représenté assis devant une table de Lela. Tous les arts utiles ou les inventions auxquels on n’a pu assigner d’autre origine lui sont attribués. Il est le Samba Mikepe des Bangongo et les soustribus prétendent qu’il leur enseigna l’usage du manioc, de l’huile de palme et du tissu de palmier et qu’il inventa le tambour à friction. On lira plus loin des exemples de la sagesse de ce prince, recueillis parmi les Bambala.

N° 94. Bongo Lenge. — Comme on l’a remarqué plus haut, l’empire des Bushongo semble avoir atteint son apogée sous Shamba; dès le règne de son successeur, Bongo Lenge, il commence à se désagréger. Un groupe d’hommes, composé probablement de Bangongo, coupables de quelques actes d’insubordination, avait été puni par le Nyimi de dix mois d’exil dans les forêts pendant lesquels il ne leur serait pas permis de porter de vêtements ou de voir leurs femmes. Ils trouvèrent cette punition si pénible qu’ils se cachèrent dans des régions situées à l’est et fondèrent une colonie dans le voisinage actuel du Lusambo où on les rencontre encore sous le nom de Isambo. Comme la cérémonie d’initiation du Nkanda pratiquée dès lors par les Bakete fut introduite parmi les Bushongo sous le règne de ce chef, on a prétendu que la faute reprochée à ces insoumis aurait été le refus de se soumettre à l’épreuve ou bien qu’ils avaient trouvé trop sévère pour leur patience la réclusion imposée aux néophytes avant leur initiation.

(1) Voir plus loin : légendes.

Il faut observer cependant que la défense d’entretenir tout rapport avec leurs femmes semble indiquer qu’ils avaient dépassé l’âge de l’initiation.

Une autre migration eut aussi lieu par les frontières du sud de l’empire ; Bongo Lenge avait désigné un de ses fils, nommé Mashala, pour gouverner la sous-tribu de Pianga ; ce jeune homme devint subitement fou; il tua sa mère et se frotta le corps avec les cendres du cadavre qu’il avait brûlé. Ayant recouvert ses sens

et craignant la colère de son père, il quitta le pays avec une troupe de partisans Pianga. Il se dirigea vers l’estsud-est, mais on n’a jamais su ce qu’il devint.

Bongo Lenge eut à mener une guerre contre les Bushongo de Bokila; les habitants de ce village étaient, paraît-il, en possession d’une grande quantité de laiton qu’ils avaient acheté à des étrangers ; or, à cette époque le laiton était un article d’une grande valeur et était regardé comme étant une propriété réservée à la couronne royale. Les villageois nièrent le fait, mais les conseillers du chef excitèrent celui-ci et lui demandèrent s’il avait peur de faire prendre ce qui lui appartenait de droit. Une expédition envoyée par lui s’empara du village, mais ne put trouver le laiton, qui probablement n’avait jamais existé. Apprenant cela, Bongo Lenge, qui était un homme juste, remit une compensation aux habitants de Bokila et punit ceux qui l’avaient instigué à la guerre.

N" 96. Bom Bosh. — Sous ce règne, une femme nommée Lukanya introduisit dans le pays l’art de fabriquer le pain de manioc et de cuire les aliments. Cette femme appartenait à la sous-tribu des Bienge, lesquels avaient appris ces méthodes de gens venus de 1 ouest. Quelque temps auparavant une autre femme de sang Bienge, femme-chef nommée Sheme Shunga, avait fait connaître le manioc comme plante alimentaire. Elle aussi avait appris ces notions chez les gens de 1 ouest. Jusqu alors on s’était contenté de couper ces tubercules en morceaux et de les faire bouillir. A vrai dire, l’usage du manioc ne devint général parmi les Bambala qu en 1904, bien qu’il fût connu auparavant dans quelques parties de 1 empire Bushongo. On se rappellera que Wolf, qui en 1884 s’approcha du pays des Bushongo venant du sud-est et poussa jusqu’à Ibanshe, reconnut qu'ils n avaient pas de manioc, mais seulement du maïs. (Wissmann, In Innern Afrikas,

Ce chei ajouta la tribu des Bashoba à l’empire Bushongo. Cette tribu, nommée maintenant par les Bushongo « Changele Bushongo » (centre du bas Bushongo), parai i avoir été une tribu (je B a son go Meno ; ils ne connaissaient

pas le sel, et, d’après la tradition, Bon Bosli leur envoya de l’eau salée, qu’ils trouvèrent fort à leur goût ; il promit alors de leur enseigner le moyen de fabriquer le sel, s’ils voulaient le reconnaître comme leur suzerain, et ils le firent. Peu de temps après leur soumission, leur loyauté fut mise à l’épreuve, car une bande de Bankutu, sous le commandement de trois chefs nommés Lokono, Ingoma et Lonchala, traversa le Sankuru et envahit le pays (1).

Les envahisseurs eurent soin de se cacher dans la forêt pendant le jour, mais la nuit ils parcouraient le pays et tuaient les hommes, les femmes et les enfants. La nouvelle fut apportée à Boni Bosh par des messagers qui lui demandèrent : « Comment nous défendrons-nous contre des ennemis qui ne combattent pas pendant que le soleil brille, mais qui nous attaquent la nuit comme des fantômes? » Boni Bosh réfléchit et résolut d’employer la ruse pour forcer les Bankutu à livrer bataille pendant le jour, parce que le combat nocturne était inconnu aux Bushongo, ce qui les mettait dans un état d’infériorité. Il fit venir le

chef de Malongo, village Bashoba, et lui dit : « Emmène tous les chez les Bankutu et dis-leur que vous n’êtes pas contents de mon vous voulez vous joindre à eux. Cela fait, persuade-leur d’attaquer pendant le jour et arrangez-vous de façon que les Bankutu soient au de la bataille pendant que les Bashoba seront à l’arrière-garde; de ils seront pris entre deux feux. Envoie ton fils pour me faire savoir

Bashoba, va règne et que le Mushenge premier rang cette manière quand le

jour de l’attaque sera fixé. « Alors, le chef de Malongo prit dix hommes avec lui et alla dans les forêts à la recherche des Bankutu. Comme ils allaient l’attaquer, il leva bien haut le signe de trêve des Bushongo : un arc sans corde, et dit : « Ne m’attaquez pas, je viens vous offrir mon aide contre les Bushongo. « Ils acceptèrent son aide et il réussit à leur persuader d’attaquer le Mushenge pendant le jour. Prirent part au combat : tous les Bashoba, les habitants de Bufwa, de Kinga, de Lodi, d’Ishela, de Domeyongo, d’Ikutu- Bolombo, de Bushu-Bushebe, de Gelengombi, de Pita, de Muembe, de Boi- Boanyi, de Gadileba, de Cliemba, de Tenambangi, de Bele, de Imbete et de Shonge-Kangi. Pendant ce temps Bom Bosh envoya le Bambi et le Bengi dans les villages environnants et le Moyeshe dans les rues de la capitale

(Mushenge) pour pousser le cri de guerre, » Bakwa arrivèrent en foule. Solennellement, en présence de tous,

Fig. 19. — Le Niymi et les charmes Koto Mboke.

! » et les combattants il détacha la corde de

(1) Il est probable que la pression exercée par ces Bankutu l'ut la cause déterminante de l'arriver des Bashoba. dans le territoire Bushongo.

l’arc du cou de la Katenge et la remit au Nyibita, ordonnant à celui-ci d’attaquer et de vaincre les Bankutu. Trois colonnes furent formées, deux furent placées de chaque côté de la ville et la troisième en arrière ; la première déborda l’ennemi, qui fut ainsi environné et complètement défait. Un des chefs Bankutu, Lokono, fut pris et amené devant Boni Bosh, qui lui demanda : « Pourquoi nous avez-vous attaqués? Vous avez tué beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants

innocents, ne méritez-vous pas la mort ? » Lokono répondit : « Nos jeunes gens avaient soif de gloire et voulaient tuer des hommes afin d’avoir le privilège de porter les plumes d’aigles dans leurs chevelures. « « Quoi ! s’écria Bom Bosh, vous nous avez tués par pure vanité, vous mourrez ; » et les guerriers le tuèrent.

N° 98. Bo Kama Bomanchala. — Sous le règne de ce chef, il y eut une éclipse du soleil à midi et une obscurité complète régna. Ce renseignement, qui est de la plus grande valeur car il fixe une date pour l’histoire des Bushongo, est discuté plus loin. L’éclipse semble être certainement celle du 30 mars 1680.

N° 106. Koto Che. — Sous ce règne les Pianga vinrent se plaindre au roi d’une attaque des Baluba. «Nous ne pouvons plus payer d’impôts ; nous ne pouvons plus faire des couteaux, car les routes de la mine sont barrées par Kabamba, le chef des Baluba du village Shambele Cliembe ; quand nous allons chercher le minerai ou que nos femmes vont chercher de l’eau, nous sommes assassinés. Nous demandons votre protection ». Le roi se leva irrité. « Nous ne faisons pas de mal à nos voisins. Pourquoi nous attaquent-ils ! Nyibita, Bambi et Bengi, j’irai moi-même avec vous pour punir ces envahisseurs ». Alors Koto Che et ses deux frères, portés dans leurs litières de cérémonie, se mirent à la tête de l’armée et il y eut beaucoup d’hommes tués des deux côtés. Enfin un homme nommé Masakana sortit des rangs des Bushongo et s’adressa au roi : « Je désire combattre tout seul toute l’armée Baluba, dit-il, ô Roi ! Demandez aux Bushongo de se retirer et regardez ce que je vais faire ». Alors le Nyimi donna l’ordre et Masakana se précipita tout seul sur les Baluba. Et l’un d’eux tomba tué par sa main gauche et un autre par sa droite ; il en tua un troisième, et encore un autre, et encore d’autres : plusieurs centaines. Ceux qui demandaient grâce, il les saisissait et il les lançait par-dessus sa tête aux Bushongo qui le contemplaient avec admiration de loin. Enfin les Baluba s’enfuirent désespérés. Alors Masakana dit au Nyimi : « Maintenant, ô Roi ! rentrez chez vous avec votre armée, je défendrai tout seul la frontière ». Mais sa force avait inspiré une telle terreur aux Baluba qu’ils se rendirent humblement et devinrent des sujets fidèles du Nyimi et ils le sont restés jusqu’à ce jour.

N° 107, Misha Pelenoe Che.

Fig. 20. — Femme Bambala cherchant du bois.

N° l08. Bope Pelenge 1.

N° 109. Kata Mbula.

Chacun de ces chefs est représenté par une statue de bois semblable à celles de Shamba le Grand (n° 93). Ces trois statues furent sculptées par le même artiste pendant la vie des chefs qu’elles représentent. Misha Pelenge Che et Kata Mbula sont représentés chacun assis devant un tambour; Bope Pelenge a une enclume, ce qui indique cette circonstance qu’il était célèbre comme forgeron (PI. XXIII).

N° 110. Mikope Mbula. — Avec ce chef nous entrons dans l’histoire contemporaine ; d’autant plus qu’il existe encore une femme très âgée, sa fille, qui peut encore se souvenir de lui ; il sera parlé de son âge plus loin. Sous son règne fut admis le mariage entre un homme libre et une esclave, défendu jusqu’alors. On dit que Mikope Mbula devint amoureux d’une esclave très belle, l’épousa et que dès lors de telles unions devinrent possibles. Ce chef est célèbre par la longue durée de son règne.

N° 111. Bope Mobinji (surnommé le méchant). — Ce chef fut un homme d’un caractère très violent et craint du peuple; les lois sages de Shamba furent oubliées, les arcs, les flèches et les sagaies furent de nouveau employés comme armes et l’on n’accorda aucun quartier aux ennemis vaincus. 11 eut plus de cent fils qui lui formèrent une espèce de garde du corps ; plusieurs d’entre eux survivent encore et parmi eux un vieillard qui est le Kimi Kambu actuel. Si un homme l’offensait il envoyait immédiatement, peu importe qu’il fit nuit ou jour, ses fils pour le tuer, pour détruire son village et pour emmener ses femmes et ses enfants. A cette époque il y eut un grand soulèvement ; dix villages se révoltèrent Beta,, Itu, Boesh, Bamboma, Bonganchala, Bokila,

Dungu, Shambana, Ibari et Bele. Leur châtiment fut draconien : le chef envoya une armée qui immola tous les hommes et emmena comme esclaves les femmes et les enfants, faisant un désert de l’emplacement où avait été autrefois le village.

Malgré sa sévérité, il semble que Bope Mobinji ait été un souverain capable. Son règne fut long; les enfants qui naquirent pendant qu’il était chef avaient les cheveux blancs lorsqu’il mourut. Il était devenu un vieillard décrépit, presque aveugle, quand Wolf visita le pays. (Wolf donne son nom comme étant Buape Mabinji; Wismann, im Innern Afrikas p. 230). Les dires de ce voyageur au sujet de l’organisation de la tribu des Bushongo sont vrais, dans le fond, et ils ont pu être complètement élucidés par les renseignements plus complets recueillis par nous. Dans son récit Wolf dit que le titre du chef des Bakuba est Lukengo ; le titre et les fonctions avaient été depuis quelque temps assurés par l’un des fils de Bope Mobinji, Mbote Kumambua,

en raison de l’àge et des infirmités de celui-ci. Ce Mbote Kumambua avait été désigné par Bope Mobinji comme son successeur afin que son substitut ou Bueinbe, nommé Mikobbe Buembe, ne puisse pas devenir chef à sa place, parce qu’il croyait que le dit Mikobbe avait employé des charmes pour lui infliger sa maladie.

En raison de leurs intérêts rivaux une haine de famille était née ; des hommes avaient été tués des deux côtés et le pays était troublé.

Tels sont les faits racontés par Wolf. Les voici dans leur vérité : d’abord le titre du souverain n'est pas Lukengo; ce variable était la forme Baluba du titre porté par l’héritier présomptif qui est, dans la langue des Bushongo, Buimbi. C’est en conséquence de cette erreur, qu’à la mort de Bope Mobinji, qui survint peu de temps après l’arrivée des Européens dans le pays, le tilre de Lukengo fut transféré de 1 héritier présomptif au souverain d’alors. Il est certain que Bope Mobinji, très âgé, mais d’une volonté très énergique, avait essayé de déshériter l’héritier légal nommé Mikope (Mikobbe-Buembe de Wolf), en faveur de l’un de ses fils, Mhote-Kumambua. Ce dernier avait alors usurpé le titre d’héritier présomptif et remplissait les fonctions de substitut de son père à l’exclusion de Mikope. L’emploi par Wolf d’un terme Baluba pour désigner le chef suprême s explique par cette circonstance racontée par 1 auteur allemand, qu’il obtint beaucoup de renseignements d un esclave confidentiel de Mbote Kumambua, lequel était Baluba et employa naturellement un terme Baluba en parlant de son maitie. Faiie passe i la succession de la branche féminine à la branche mâle était de la part de Bope Mobinji un acte foncièrement contraire à la constitution de la tribu et était la cause naturelle du profond mécontement populaire dont le pays soufflait a loi s. Heureusement, la cause du droit finit par prévaloir, car le successeur de Bope Mobinji, le cent et douzième chef de la présente liste, s’appelle Mikope Mobinji, évidemment le meme que le Mikobbe déshérité de Wolf. Nous pouvons également conjectuiei que ce chef était un frère cadet de Bope Mobinji, puisque le nom maternel est identique.

Nos i enseignements nous permettent d affirmer que les Bushongo étaient opposés a 1 ai rivée des blancs, car Bope Mobinji obligea les villages qui acceptaient les hommes blancs à tuer un esclave, en expiation de leur délit.

Deux auties événements de la plus grande importance sont à enregistrer au cours de ce îègne ; d abord la vieille langue, le Lumbila, fut abandonnée et le dialecte actuel, qui est tout a fait différent, fut adopté; ensuite une grande comète apparut dans le ciel et fut visible pendant un certain nombre de nuits, peu de temps après l’avènement de Bope Mobinji, c’était très probablement la comète de 1843 fl).

Fig. 22. — Femme de chef Bakongo.

(1) Cette question de date est discutée plus loin.

N" 112. Mikope Mobinji. — Il paraît avoir succédé, malgré la. tentative faite par son prédécesseur de le déshériter, comme on l’a vu plus haut. Sous lui l’initiation aux cérémonies Nkanda fut abandonnée.

N° 113. Koto Mboke. — Ce chef était un homme très âgé quand il prit, le pouvoir. 11 avait vécu plus d’années qu’aucun autre homme. A sa mort une sérieuse épidémie éclata parmi les Bushongo et causa un grand nombre de morts. Cette épidémie fut attribuée à son esprit.

N° 114. — Mishanga Pelenge.

N" 115. — Bope Pelenge II.

N° 116. — Mikope Pelenge.

N° 117. — Minashanga Bake.

N° 118. — Kwete Kena.

N° 119. — Bope Kena.

N° 120. — Mikope Kena.

Chacun de ces chefs ne régna que quelques mois ; tous tombèrent victimes de l’épidémie qui avait éclaté après la mort de Koto Mboke. La maladie était très rapide dans son cours et la mort suivait dans les vingt-quatre heures de l’accès. Les mourants murmuraient faiblement : « Koto Mboke,

Koto Mboke » et après leur mort leurs corps semblaient vivants.

L’épidémie finit par devenir si sérieuse que l’Imbamba reçut l’ordre de faire cesser cet enchantement. Il prit son philtre et fut conduit à la tombe de Koto Mboke. « Cigît l’homme qui a causé le mal », déclara l’oracle, et l’Imbamba ordonna que l’on exhumât les ossements et qu’on les brûlât. Alors il composa un philtre plus fort qu’il appliqua à quatre figures de bois et à un sac (fig. 18 et 19) ; à ce dernier il attacha le couteau favori de Koto Mboke.

A partir de ce moment l’esprit se calma. (Dans les circonstances ordinaires la crémation des ossements aurait suffi.)

N° 121. Kwete Peshanga Kena; le chef actuel (pl. II et fig. 19 et 35).

C’est un homme d’environ 37 ans et d’une intelligence peu commune ; il comprit parfaitement l’objet de l’expédition et lui donna toutes espèces de secours pour recueillir les renseignements et les objets ethnographiques. Il est certain que s’il n’avait pas saisi et approuvé le but dans lequel nous tenions à réunir une collection, rien n’aurait pu le décider à. se séparer des statues de ses prédécesseurs et spécialement de celle de Shamba, le grand trésor national, qui sont de beaucoup les joyaux les plus précieux de la collection. En parlant de la. statue de Shamba, il disait : « J’aime qu’il me regarde et qu’il juge mes actes. »

Il regrette profondément la décadence des fonctions royales en présence du pouvoir des hommes blancs ; mais il sait que ce dernier est irrésistible. En 1904,

Fig. 23. — Albinos Isambo.

quand les Bushongo luttèrent, pour la dernière fois, pour conserver leur indépendance (lutte causée par l’appui donné par une mission à un prétendant nommé Misha Milenge ou Misha Pelenge, fils d'un ancien Nyimi qui n’avait aucun droit au trône), il prit part à la lutte à contre cœur, contraint et forcé par son conseil des anciens.

L’une des principales tribus guerrières, les Bangongo, connaissant son opposition aux hostilités contre les blancs, refusa de marcher, croyant que la cause royale serait

ainsi mieux servie et cet exemple arrêta les Bangendi et les tribus environnantes ; seuls restèrent partisans de la guerre les gens des environs du Mushenge, la plupart des courtisans et des artisans qui n’étaient pas de véritables guerriers, les tribus Bakete, Mudilanga et Pianga. Les conseils malencontreux des anciens furent inutiles quand on découvrit que le Bwanga (fétiche), qui était supposé renvoyer les balles des Européens sans qu’elles eussent fait du mal, était sans effet. Le résultat total de 1a, révolte fut l’incendie d’une mission et une promenade militaire de cent

soldats qui ne rencontrèrent d’opposition que dans un seul village Bakete. Kwete est favorable à l'introduction de la civilisation européenne ; mais il trouve de l’opposition de la part des Kolomo qui sont extrêmement

conservateurs.

Après cette histoire détaillée des Bushongo, il convient d’examiner la possibilité d’assigner une date à Fig. 24. — Homme et gamin Bangongo chacun des événements rapportés ci-dessus. Une date

vient d’être fixée, deux autres dates ont pu être supputées approximativement. La première est l’époque de l’expédition de Wissmann qui

eut lieu en 1884 ; à ce moment, le chef Bope Mobinji était vieux et presque

aveugle. Laissant de côté pour un instant les renseignements obtenus à l’aide cl observations astronomiques, suivons la personnalité d'une très vieille femme, dont nous avons parlé plus haut et qui est 1a. fille du prédécesseur de ce chef, Mikope Mbula.

On dit qu elle eut des petits enfants avant que la mère du chef actuel fût née. Or, le chef actuel doit avoir environ 37 ans, puisqu’il déclare qu’il était un grand garçon, mais n avait eu aucun enfant, quand l’homme blanc arriva pour la première fois dans le pays (1884). Nous pouvons donc, en toute confiance, assigner à sa naissance les environs de l’année 1873 ; or, si nous calculons que chacun des personnages qui forment les anneaux de la chaîne des témoignages était né quand sa mère avait 14 ans, nous trouvons que la mère de Kwete a dû naître vers 1859 et que la vieille dame qui prétend qu’elle avait déjà à cette date un petit-fils doit, sans aucun doute, être venue au monde à une date non postérieure à 1830. En fait, il serait exact de fixer la date de sa naissance deux ou trois années plus tôt ; 43 ans semblent, en effet, être une évaluation bien modeste pour les trois générations qui ont précédé la date de la naissance de Kwete et cette dernière peut très bien être reculée d’une

couple d’années sur la date de l’arrivée dans le pays de l’expédition de Wissmann. Admettons donc que cette vieille dame était née en 1826 ; elle déclare de plus quelle avait déjà un enfant (mort depuis longtemps avec des cheveux blancs) à l’avènement de Bope Mobinji; nous pouvons en conclure que ce dernier chef prit possession du pouvoir vers l’année 1841. Ceci s’accorde avec le grand âge qu’il avait atteint en 1884. Si nous nous tournons maintenant vers les renseignements fournis par l’astronomie, nous trouvons qu’une grande comète, qui fut visible pendant quelques mois, fut observée sous le règne de Bope Mobinji ; c’était très probablement la grande comète de 1843, qui fut l’une des plus belles du dernier siècle, ayant une queue de 40 degrés de long et qui fut visible depuis l’Italie jusqu’au cap de Bonne Espérance. Ceci semble confirmer la date suggérée pour l’avènement de ce chef et la supposition que la vieille fille de son prédécesseur est née à la fin du premier quart du dernier siècle. On nous a dit chez les indigènes qu’à la naissance de la vieille dame, son père était chef depuis longtemps et avait des fils adultes nés pendant son règne; il faut en conclure que la mort de son prédécesseur, Kata Mbula, n’arriva pas après 1810 et peut-être quelques années auparavant.

Ceci donnerait environ 30 ans pour le règne de Mikopi Mbula qu’on prétend avoir été très long. Ainsi il y eut douze chefs (dont le dernier vit encore) pendant le siècle dernier, avec une moyenne de neuf ans chacun. Cette moyenne est très faible. Elle est due, malgré le long règne de Mikope Mbula (110), au fait qu’il éclata une épidémie qui ne tua pas moins de sept chefs, chacun après un règne de quelques mois seulement. Nous restons donc dans la vérité en accordant 10 ans pour le règne de Kata Mbula (n° 109), le prédécesseur de Mikopi Mbula. Ainsi il devient évident que des trois statues des trois chefs : Misha Pelenge Che, Bope Pelenge et Kata Mbula, les deux premières datent de la dernière moitié du xvme siècle et la troisième des premières années du xix® siècle. Dans tous les cas, elles ne peuvent pas être moins anciennes.

Reste maintenant à discuter le second témoignage dû à l’astronomie; il s’agit de l'éclipse qui, dit-on, se produisit

vers midi sous le règne du quatre-vingt-dix-huitième chef,

Bo Kama Bomanchala. Or on a démontré que l’avénement de Mikope Mbula ne peut pas être fixé à une date postérieure à 1810, et que le nombre d’années occupé par ces onze règnes complets et le règne incomplet qui suivirent

cette date est de cent ; de plus on a démontré que ce chiffre

sur lequel doivent être basés tous les calculs est une

moyenne évidemment trop basse étant donné la mort de sept chefs à quelques mois l’un de l’autre. En l’adoptant cependant nous trouvons que la date de l’avènement de Bo Kama Bomanchala doit se trouver dans les commencements du xvme siècle ; nous pouvons donc en conclure avec raison que 1a, date véritable est à chercher dans une des années du dernier quart du xvne siècle. Grâce à l’obligeance de M. Read, du British Muséum, les déclarations des indigènes

Fig. 25.

Femme Ban gogo.

au sujet de l’éclipse ont été soumises à M. E. W. Knobel, à rjui en même temps on faisait savoir qu’il y avait des preuves que l’événement au sujet duquel nous désirions ce renseignement devait tomber entre la dernière moitié du xvnc siècle et le commencement du xvm'\ M. Knobel a bien voulu consentir à étudier la question et sa réponse a été la suivante : « Je pense que je puis répondre à votre demande de renseignements de manière assez certaine. La seule éclipse totale du soleil au xvne et au xvme siècles qui convient à la question est celle du 30 mars 1680... Vous verrez que cela se passe exactement à l'endroit que vous spécifiez; le temps moyen de Greenwich, pour la conjonction, était 10 heures 33’, ce qui fait 11 heures 58’ ou midi de la longitude que vous indiquez. Tout cela s’accorde et il ne peut y avoir aucun doute. Il

a. Sliongo ou couteau de jet du Shari.

d’après un tracé fait par le Nyimi.

Fig. 26.

c. Sliongo ou couteau de jet Azande.

n’y a pas eu au xvmc siècle d’éclipse totale qui puisse convenir, il y en a eu une en 1701 mais la ligne de totalité n’était pas au nord du dixième parallèle de latitude sud.» Il semble, par conséquent, parfaitement justifié de conclure que l’avènement de Bo Kaina Bomanchala a eu lieu vers 1675. De tout ce qui précède il suit qu’une période de deux cent trente-cinq ans a été occupée par vingt-quatre règnes, dont l’un n’est pas encore terminé et dont sept règnes n’ont duré que quelques mois. Deux cent dix de ces années ont été absorbées par quatorze règnes, en admettant que Bope Mobinji est mort l’année qui a suivi la visite du pays par Wissmann. Si le premier de ces deux chiffres est pris pour base de calculs, il faut considérer dix ans comme la durée moyenne du règne de chaque souverain ; si, au contraire, nous adoptons les seconds chiffres, cette durée est de quinze ans. Pour des raisons données plus haut, le second chiffre calculé sur au moins quatorze règnes doit être plus près de la vérité. Cela fixerait l’avènement de Shamba Balongongo (n° 93) à l’année 1600 et la migration sous Minga Bengala (n° 6) à l’an 300 après J.-C. Peut-être serait-il plus prudent de partager la, différence. La dernière statue-portrait qui existe encore serait donc de la première décade du xvne siècle environ et en fixant, par suite de la longueur de son règne, aux environs de 1600 l’avènement de Shamba, nous obtiendrons ainsi les dates approximatives suivantes pour certains événements de l’histoire des Bushongo :

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