‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 36 sur 125 · VIE SEXUELLE · texte numérisé non relu

VIE SEXUELLE

Les relations entre les sexes ont lieu de très bonne heure, à quatorze ans environ pour les garçons et à dix ans pour les filles. L’homme et la femme se

Fig. 88. — L’orchestre à Misumba (Bangongo).

d’une amende. Lorsque la grossesse d’une la menstruation a cessé depuis deux mois

couchent cote à côte, et cette dernière place ses jambes par dessus les cuisses de son mari. Chez les Bangongo, un homme ne peut connaître une femme sur le sol nu, il doit étendre un morceau d’étoffe par terre. S’il omet ce détail, la femme ira raconter l’histoire à un autre homme qui exigera du premier une certaine somme pour laisser l’affaire sans suite. Après que la menstruation a commencé, une fille est supposée ne plus avoir de relations sexuelles jusqu’à l’époque de son mariage ; cependant dans la réalité il arrive bien rarement qu’il en soit ainsi, bien qu’un homme ayant séduit une fille dans de telles conditions soit passible femme devient certaine, c’est-à-dire lorsque , le mari, dans les tribus de l’ouest, doit

interrompre toute relation avec sa femme, aussi bien qu’avec toute autre femme ; s’il rencontre une femme qui lui a accordé, ne fût-ce qu’une fois, ses faveurs, il doit l’éviter; s’ils se trouvent tous deux dans une même caravane, il doit faire en sorte de ne pas marcher à côté delle. De plus il ne doit point se couper les ongles des pieds et des mains, ni démêler ses cheveux, ni épiler son corps, ni porter des vêtements rouges. Il doit manger seul; il est néanmoins autorisé à inviter un vieillard ayant passé l’âge viril, ou des jeunes enfants, à venir partager son repas. Au bout de cinq mois, il se coupe les cheveux et les ongles et au bout de six il reprend ses relations intimes avec sa femme. Pendant sa grossesse, la femme doit rester assise à la maison, car si elle marchait seulement dans les traces du pas d’un homme avec lequel elle a eu des relations intimes avant son mariage (il y en a beaucoup dans ce cas), elle pourrait tomber très malade. Pendant les six premiers mois de la grossesse, le mari construit pour sa femme une hutte spéciale, dans la confection de laquelle il emploie comme liens, au lieu des fibres de roseau généralement utilisées, une certaine plante aquatique analogue à celle usitée pour les travaux de vannerie. Le mari et sa femme, lorsque cette dernière est enceinte, ont tous les deux le privilège de recevoir un cadeau de la part du Nyimi, lorsqu’ils rencontrent ce dernier.

Chez les tribus orientales, les deux conjoints ne s’abstiennent pas de relations sexuelles pendant la grossesse, mais ils doivent observer une fidélité conjugale parfaite. Les femmes enceintes vivent dans des huttes à part qui sont plus petites que les habitations ordinaires et ont leur porte située dans un des murs les plus courts, sous le pignon.

Les tribus occidentales expliquent le phénomène de la conception de la manière suivante : l’âme d’une personne décédée entre dans la femme et se trouve réincarnée lorsqu’elle est arrosée de 1’ «eau de Jambi » ( semen virile).

L’avortement n’est pas pratiqué dans l’ouest ; dans l’est, il est assez rare et on le provoque en buvant de l’eau assez chaude. La stérilité est rare et lorsqu’elle se produit chez une personne normale sous tous les rapports, on l’attribue à quelque influence diabolique. Ici, comme chez la plupart des peuples primitifs, la fécondité est nécessaire pour assurer le bonheur et donner une bonne renommée.

Il y a une curieuse habitude parmi les Bangongo qui s’appelle « prendre Sasa ». C’est un adultère avec connivence du mari. Un homme qui a besoin d’argent induira sa femme à commencer une intrigue avec un homme riche. La femme donnera à ce dernier un rendez-vous dans la brousse tout en tenant son mari au courant du moment et de l’endroit fixés.

Au moment psychologique elle criera au secours tout en retenant son amant de force entre ses bras. Le mari « outragé» accourt aussitôt avec des témoins jet finalement obtient une compensation. Observation curieuse, les hommes s’y laissent prendre bien souvent.

Dans l’ouest on pratique une forme de « couvade »; lorsque la femme ressent les premières douleurs, elle se retire avec son mari dans une hutte séparée qu’ils ne quitteront plus avant la naissance de l’enfant ; l’homme ôte sa ceinture et se

couche comme s’il était réellement malade, la femme absorbe une « médecine », appelée Yomba , pour faciliter l’accouchement , et souvent elle met l’enfant au monde sans le secours de personne, surtout si elle a déjà quelque expérience. Autrement elle est assistée par deux ou trois femmes, ou, comme chez les Bangongo, par sa mère et sa belle-mère.

L’accouchement a lieu dans une position assise, la femme se reposant sur l’une des personnes qui l’assistent, les jambes très écartées et les genoux relevés. Le travail dure, en général, deux ou trois heures, mais on nous a cité deux cas d’une durée exceptionnelle, l’un d’une heure, l’autre de quarante-huit. Les Bushongo de l’ouest lavent la mère et l’enfant, aussitôt après la naissance, avec de l’eau tiède ; les Bangongo lavent l’enfant à l’eau froide et le barbouille de terre rouge, qui tient lieu de Tukula ; trois jours après, quand le cordon ombilical est desséché, on fait usage de Tukula ; les assistants reçoivent des cadeaux sous forme de vin de palme et de cauries. 11 n’existe pas de moyen de sauver l’enfant, si la mère meurt en couche. Les enfants sont nourris au sein jusqu’à l’âge de deux ans ; on voit des garçons qui perdent leurs dents de lait demander encore le sein, tout en sachant qu’ils seront la risée de leurs camarades si on les voit ; dans l’est, une femme allaitera tout enfant né dans le même mois que le sien ; dans l’ouest, cette pratique existe et s’étend à un enfant quelconque ; les vieilles femmes donnent le sein aux enfants pour les faire tenir tranquilles. Dans l’ouest, une femme après la naissance de son enfant, ne reprend pas sa nourriture habituelle, mais mange des mets délicats comme par exemple des chenilles. La naissance de jumeaux est considérée partout comme un événement très heureux, et leur arrivée dans ce monde est célébrée par tout le village au moyen de fêtes, de chants et de danses. Chez les Bambala, l’heureux père doit donner des cadeaux au personnage officiel, appelé Pasiri Mayese, et chez les Bangongo, au Bilumbu ; ce dernier fabrique une « médecine » qui assurera la vie des enfants. Les Bangongo regardent les naissances

des enfants albinos comme signe d’un grand bonheur pour le village ; ils ont beaucoup d’attentions et de respects pour eux, et ne leur permettent pas de travailler ; ces albinos, fait assez curieux, ne parviennent jamais à atteindre l’âge adulte et meurent entre 8 et 15 ans. Cette tribu enterre ^vivant tous les monstres et les infirmes, mais les tribus occidentales nient formellement que cette coutume existe chez eux ; cependant dans cette contrée on ne rencontre jamais de monstre ou d’infirme.

La masturbation est très fréquente à partir d’un âge très tendre, elle a été observée sur des enfants de trois ans ; elle est personnelle ou mutuelle dans l’ouest, et plutôt personnelle dans l’est. On ne trouve aucune forme d’inversion sexuelle.

Les Bakongo semblent se marier très jeunes ; on peut voir des femmes mariées dont la poitrine est à peine formée, et des pères de famille qui sont encore des jeunes garçons.

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