MARIAGE
Chez les Bushongo de l’ouest, un homme ne peut épouser sa sœur ou sa cousine, et même, anciennement, toute femme qui avait le même Ikina Bari (p. 117). Lorsqu’un homme a l’intention de se marier, il communique son désir à un ami, généralement un homme bien noté, et qui joue le rôle d’intermédiaire, ( Toma ). Le Toma se rend alors chez la jeune fille et lui dit : « Un tel vous aime et désirerait vous voir en particulier; venez ce soir chez moi». Si la jeune fille se rend à l’invitation, elle trouve là le jeune homme, et le Toma se retire discrètement. Si sa proposition est acceptée, l’homme scelle les fiançailles par une possession immédiate. Pendant ce temps, le Toma monte la garde à l’extérieur de la hutte. Des relations secrètes peuvent être entretenues ainsi pendant quelque temps encore, avant que le jeune homme ne se fasse connaître aux parents de la jeune fille ; à la fin, cependant, il fait sa demande, et, si celle-ci est accueillie favorablement, il donne un cadeau aux parents de la jeune fille et emmène celle-ci dans sa hutte, comme sa femme. Ce jour est dignement fêté par les amis des jeunes époux ; la mariée leur fournit le tabac et la nourriture, le marié, la boisson. 11 n’y a pas de somme déterminée pour prix du mariage ; l’homme paie selon sa condition et l’affection qu’il porte à sa fiancée ; mais il peut toujours être supplanté par un rival, même après que le mariage a été célébré. Par exemple, Bope épouse Kena
et donne aux parents 80,000 cauries ; une année plus tard Kena a une intrigue avec Mikope, lequel va trouver les parents de Kena et leur offre de restituer à Bope la somme que ce dernier avait payée. Si Kena ou ses parents refusent, l’affaire en reste là ; s’ils consentent, Bope devra donner 50,000 cauries de plus aux parents s’il veut conserver sa femme. Si Mikope offre de nouveau de rembourser cette somme, et si Bope ne peut ou ne veut dépenser plus d’argent, Mikope prendra Kena comme femme ; Bope gardera les enfants qu’elle lui a donnés. Lorsqu’un mari est désireux de garder sa femme, il fait beaucoup de cadeaux à ses beaux-
Fig. 92. — Danse au Misumba (Bangongo).
frères et à ses beaux-parents, et c’est autant que son rival aura à rembourser, [s’il persiste .à vouloir lui ravir sa femme.
Depuis le temps de Shamba Bolongongo (environ 1600), les Bambala, exception faite pour ceux qui sont membres de la famille royale, ont été monogames, du moins en ce qui concerne les femmes légitimes de sang Busliongo. Ils peuvent posséder en même temps des concubines que leurs parents leur ont données comme gages pour des dettes. Les enfants légitimes ou naturels ont absolument les mêmes droits. Un homme et sa femme habitent la même hutte, mais chacune des concubines vit dans une hutte à part. Un homme peut, à sa volonté, répudier sa femme mais on ne lui rembourse pas le prix du mariage. De même, si la femme meurt, il n’a pas droit même à une partie de cette somme. Une femme peut obtenir l’annulation de son mariage en en remboursant le prix. Elle peut quitter, et sans remboursement, son mari si celui-ci est impuissant. On n’attache aucune importance à la virginité de la fiancée. Les femmes, si elles négligent leurs devoirs, sont sévèrement traitées; toutefois dans le Mushenge, il est interdit de les battre. Pour éluder cette dernière prohibition on introduit du pili-pili (poivre de Cayenne) dans les yeux de la femme désobéissante. Les mariages entre les hommes libres et les esclaves n’étaient pas permis avant le règne de Mikopi Mbula (voir p. 31). Les maîtres procurent des épouses à leurs esclaves. En ce qui concerne le mariage d’un Nyimi, voir aux pages 65 et 110 (lire à cette dernière page le passage concernant le Bay).
Chez les Bangongo c’est un déshonneur que de rester célibataire, car cet état est attribué aux deux causes suivantes : la pauvreté ou l’impuissance. Il existe trois sortes de mariages :
1. Mariages d’enfants. — L’affaire est traitée par les mères des deux enfants, celle du garçon donne à l’autre un peu de vin de palme, et celle-ci en retour offre un peu de nourriture qu’elle a préparée; le mariage est ainsi conclu.
2. Il arrive quelquefois qu’un homme adulte jette son dévolu sur une fillette, encore enfant ; dans ce cas, il se présente chez la mère avec des tissus de raphia, du vin de palme et des cauries ; il reçoit en retour de la nourriture que la mère
Fig. 93. — Danse au Misumba (Bangongo).
de sa fiancée a cuite à son intention. Il arrive souvent cependant que la fillette, devenue grande, désire se marier avec quelqu’un d’autre; le fiancé délaissé se présente chez son rival et lui demande compensation ; cette compensation lui est rudement refusée et il s’ensuit bientôt une lutte à coups de poings à laquelle prennent part les amis des deux rivaux, lutte qui ne cesse que grâce cà l’intervention d’un Kolomo ; l’homme qui est abandonné reçoit une indemnité.
3. Le mariage ordinaire est célébré de la façon suivante : le couple se renconfre dans la brousse et l’homme fait sa déclaration ; s’il est agréé, le mariage est consommé sur place. Si la femme habite seule dans une hutte comme c’est le cas pour la plupart des femmes adultes, l’homme vient lui rendre visite plusieurs fois, avant de faire sa demande officielle aux parents. On trouverait indigne de sa part de se présenter avant cela. Les négociations sont menées par les soins d’une personne désintéressée, appelée Tumwa, et dont les services ne sont pas rétribués. Lorsque le prix de la fiancée a été arrêté, le fiancé s’occupe de se procurer une grande quantité de vin de palme pour offrir à ses amis ; il se fait oindre sans parcimonie de Tukula par sa belle-mère, et alors le mariage est célébré. Si la fiancée possède une maison, elle continue de l’habiter en compagnie de son époux ; sinon, celui-ci la prend chez lui. Le consentement de la femme est regardé comme nécessaire. La polygamie est la règle ; les femmes possèdent des huttes séparées et ont toutes les mêmes droits, sauf toutefois les preuves de préférence que peut leur donner leur époux. Il passe deux jours et deux nuits consécutives avec
chacune, à tour de rôle, et la favorite lui fournit alors la nourriture. Un homme riche peut, en plus de sa femme légitime, avoir des concubines esclaves, Moadi. Les femmes ne sont ni louées ni échangées et la polyandrie est interdite. Malgré cela on n’attache aucune importance à la virginité de la fiancée, laquelle lui a été prise, le plus souvent, par quelque jeune garçon de son âge. Au contraire, le fait de se marier à une vierge donne matière à reproche, et la belle-mère ne manque pas de le
Fig. 94. — Assemblée dans un village Bangongo à l’occasion d’une danse.
rappeler à son gendre si celui-ci lui a pris sa fille vierge. Le mari et sa femme doivent tous deux éviter de se rencontrer avec leurs beaux-parents respectifs, et la raison alléguée en faveur de cette coutume est qu’on est « honteux d’avoir marié son enfant ». Aucun homme ne peut épouser une femme avec laquelle il a quelques liens de parenté, de telles unions étant considérées comme incestueuses. Un homme ne peut non plus avoir des relations avec une des femmes de son père. Le fils d’un esclave, même s il est un homme libre, est considéré comme de trop basse extraction pour pouvoir épouser une fille Bushongo. Cependant un homme libre peut épouser une fille d’esclave.
Un homme peut divorcer à sa guise d’avec sa femme ; il lui donne alors un cadeau et la renvoie à ses parents ; le prix de la fiancée n’est point remboursé dans ce cas, mais si la femme se remarie, le nouveau mari doit une indemnité à l’ancien.
Une femme peut aussi à sa volonté quitter son mari ; dans ce cas non plus, le prix n’est pas rendu au mari abandonné.
Un veuf ne reçoit pas ordinairement, en retour, le prix qu’il a payé pour sa femme-, cependant, si celle-ci est morte très peu de temps après le mariage, une partie de la somme lui est remboursée. Les veuves retournent chez leurs parents et la somme versée pour le mariage est remise aux héritiers ; les veuves sont autorisées à se remarier.