‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 38 sur 125 · RELIGION ET MORT · texte numérisé non relu

RELIGION ET MORT

PROHIBITIONS (Tabu)

A l’égard des prohibitions, il y a une règle générale en usage parmi les Bambala qui leur défend de manger des iguanes, des tortues et des poissons électriques. Certains autres animaux, tels que le caméléon, leur sont aussi défendus comme aliments ; mais ceci par un sentiment de dégoût. Les Bashoba ne mangent * pas d’une certaine antilope des fourrés. Ce qui est beaucoup plus important c’est l’institution de l’Ikina Bari qui paraît être une forme dégénérée du totémisme. Le mot Ikina Nyimi veut dire une prohibition royale qui est enseignée aux cérémonies d’initiation Nkanda (voir p. 81).

Quand Bumba eut fini l’œuvre de la création il traversa les villages des hommes et désigna quelques animaux qu’il défendait aux habitants de manger (voir p. 20) ; quelques villages, cependant, furent omis. La prohibition d’animaux est connue sous le nom de Ikina Bari et l’objet de l’institution est, dit-on. d’enseigner aux hommes l’abstinence Par exemple, si un homme a comme Ikina le léopard, il ne peut manger ni léopard ni aucun animal Fls- 95- — Magicien Bangongo.

qui ait été tué par un léopard; l’Ikina n’est pas

considéré comme sacré puisque aucun culie ne lui est rendu, les hommes peuvent tuer même ce qu’ils reconnaissent comme leur Ikina. Un homme indique son Ikina par les mots suivants : “ Iji Kweme Kanya Lotumu » (en

supposant que son Ikina soit l’oiseau Lotumu). Ces mots appartiennent à la

langue surannée Lumbila ; ils semblent signifier « Je ne dois pas manger du Lotumn ». La non-observation de ce tabu entraîne la maladie et la mort.

L’Ikina Bari est hérité du père, et une femme adoptera l’Ikina de son mari ;

l’Ikina de la mère est observé jusqu’à un certain point, mais non pas aussi strictement et il ne se transmet pas au delà d’une génération. L’Ikina du Nyimi est respecté par tous ses sujets et varie suivant le Nyimi qui gouverne. La peau ou la plume de l’animal Ikina ne peuvent être portées comme ornements. Les habitants d’un village ne respectent pas nécessairement le même Ikina : d’un autre côté un Ikina déterminé se rencontre dans différents villages et dans différentes tribus. Il n’y a aucun rapport entre l’Ikina et le nom de la tribu.

On nous avait d’abord soutenu qu’un homme pouvait épouser une femme qui avait le même Ikina que lui-même, mais en réponse à plusieurs questions posées aux vieilles gens, nous avons obtenu l’affirmation que de tels mariages n’étaient permis sous aucun rapport. Il semble que les Bushongo étaient autrefois divisés en groupes locaux ayant chacun un Ikina, mais que ce système tombe maintenant rapidement en désuétude. Un homme qui n’a pas d’Ikina Bari « est comme une bête sauvage qui mange de tout » et il n’est pas considéré comme un Bushongo pur sang.

Il arrive que de nouvelles Ikina sont instituées, même de nos jours et de la manière suivante. Supposez qu un chasseur ait tué une pintade et qu’une dispute s’élève entre lui et ses compagnons, au sujet de la distribution de la dépouillé ; peut-être se mettra-t-il en colère et dira-t-il . « Pienez 1 oiseau, je ny toucherai pas » et il s’en ira furieux. Peu de temps api ès ces mots, il meurt et son fantôme hante le village, causant beaucoup de morts-. La cause de l’épidémie reste un mystère, jusqu’à ce qu’un vieillard dise : « C’est le fantôme d’un tel qui est mort de colère à cause d’une pintade ; faisons de la pintade une Ikina et abstenons-nous d’en manger la chair. » Cela est fait et 1 esprit cesse d inquiéter le village aussi longtemps que l’Ikina est observée.

Fig. 96. — Charme de chasse Tembo (Bangongo).

Bien différent de 1 Ikina Bari est l’Ikina personnelle qui est observée par des individus et qui a rapport à des objets pour lesquels ils ont une aversion personnelle; cela s appelle Ikina Boala. Il faut distinguer également l’Ikina Tima (1 Ikina du coeur) qui embrasse tous les objets qu’un certain homme se contente de ne pas aimer.

Certains tabus sont observés par des personnes de sang royal et par des

anciens (voir p. 61) ou encore par les maris et les femmes pendant la grossesse de ces dernières.

Les renseignements qui concernent l’Ikina Bari nous ont été donnés par le Kananyenge ou fonctionnaire qui préside l’initiation Nkanda des jeunes gens.

Parmi les Bangongo, il est défendu aux femmes de manger des animaux domestiques; quand on demanda la raison de cette prohibition, il fut répondu que ces animaux ne leur feraient certainement pas de mal, mais que ce serait une honte si une femme venait à manger un animal du village. Il semble que l’objet de ce tabu est de réserver la plus grande partie des provisions de viande pour la population mâle ; ce qui confirme cette opinion c’est le fait que la] prohibition s’étend jusqu’à protéger les oiseaux qui sont tués le plus souvent : le coucou de Natal, le ramier, le pigeon sauvage et le pigeon vert. Les femmes peuvent manger tous les animaux sauvages, excepté le léopard et le crocodile, qui sont réservés aux vieillards, probablement parce que ce sont les chefs de famille.

Parmi les Isambo tous les quadrupèdes sont tabu pour les femmes, à l’exception de ceux qui sont mentionnés plus bas. Autrefois cette prohibition s’étendait aux oiseaux, mais maintenant cette règle est fréquemment enfreinte. Les perdrix ne sont mangées que par les vieillards, qui doivent s’enfermer dans leurs huttes pour le faire. Certaines espèces de poissons, y compris le « poisson tigre », pourvues de grosses dents, ne peuvent être consommées dans le voisinage de la rivière que par les vieillards; si un jeune homme veut en manger, il doit se retirer au loin dans les terres; le fait d’enfreindre ce tabu est puni par le bannissement du village, ce qui veut dire que le coupable mourra dans les broussailles. Un bouc ne peut être mangé que par une femme enceinte ou un homme dont la femme a récemment donné le jour à un enfant. L’infraction à tous ces tabus semble être puni surnaturellement par la stérilité. Il n’y a que les esclaves qui mangent les chiens.

En ce qui concerne les tribus de l’est dans leur ensemble, les frères et les fils d’un défunt doivent s'abstenir de manger du manioc pendant cinq ou six mois ; les amis et les parents éloignés doivent observer cette abstention pendant plusieurs jours. Une femme qui a perdu un enfant doit observer le même tabu pendant une période de plusieurs mois, pendant laquelle elle porte le deuil.

Les Bashilele ne mangent pas les chiens et les femmes Bakongo n’ont pas la permission de manger de volailles. Parmi cette dernière tribu le tabu s’appelle Ikina et il est possible qu’une sorte de totémisme suranné existe encore parmi eux comme parmi les Bushongo, mais on ne put obtenir de renseignements certains sur cette question.

Page 1