‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 42 sur 125 · VIE MATÉRIELLE · texte numérisé non relu

VIE MATÉRIELLE

tribus de l’ouest avant 1904.

A l’heure actuelle, le manioc, et, pendant la saison, «.

le maïs, forment le fond de la nourriture ; le pre- ^ mier est préparé tantôt suivant l’ancienne manière, tantôt transformé en pain c comme dans les tribus de l’est.

Les Bangongo et quel- d.

ques peuplades avoisinantes,

Jusqu’à l’époque de Minga Bengela, sous le règne duquel les Busliongo vinrent s’installer dans leur résidence actuelle, la nourriture de ces peuplades se composait principalement de millet, de bananes et d’ignames ; plus tard, entrant en contact avec une peuplade de la rive gauche du Kasai, ils y ajoutèrent le maïs. L’usage du manioc et des arachides ne fut introduit que plus tard par une femme, chef des Bienge et nommée Sheme Sliunga. Au début, le manioc était simplement coupé en tranches et bouilli ; la préparation du véritable pain de manioc ne fut connue que sous le règne de Boni Bosh (vers 1650), époque où une Fig. 113. — Bashîieie faisant du feu par friction. femme nommée Lukanya 1 introduisit. Cependant,

l’usage du manioc ne devint pas général chez les

Fig, 114. — Pipes : a.JBakongo, b. c. d. Bambala.

grâce à leur contact avec d’autres tribus orientales, semblent avoir connu l’usage du manioc à une date antérieure. Il constitue l’aliment principal et on le prépare de la manière suivante : les racines sont mises à tremper pendant deux jours ; le troisième jour, on les retire et on les broie de façon à constituer une pâte épaisse avec laquelle on fait de grosses boules qu’on expose ensuite au-dessus du feu dans le fournil dont il est question plus bas. Ces boules sont ensuite réduites en farine au moyen du manche de la hache agricole ; cettejfarine est mise dans de l’eau bouillante et on la remue jusqu’à ce quelle atteigne la consistance voulue. Cette sorte de pâte est appelée Bengo par les Bangongo et Kato par les Bangendi. Les pois du Kasai, Mafuraka, bouil-

Fig. 115. — Fumeur Bambala.

lis, jouent un rôle important dans l’alimentation : durant la moisson, on voit une grande quantité de ces pois, étalés pour sécher dans les rues.

Chez les Isambo, le manioc forme aussi le fond de la nourriture, préparé comme chez les Bangongo et chez les Bangendi, mais on y trouve aussi du millet importé de chez les Batetela et une sorte de pain de maïs. On mange de plus, quotidiennement, des feuilles de manioc et des haricots, soit frais, soit séchés. Le poisson est regardé comme un plat fin et c’est la nourriture favorite des Bangongo ; leurs ’ préférences vont ensuite au gibier et, en dernier lieu, à la

Fig. 116. — Scchagc du manioc.

Fig. 117. — Mortiers.

chair des animaux domestiques. On préfère

généralement la viande fraîche, cependant quelques-uns la mangent très avancée. Lorsque la quantité de viande ou de poisson dépasse la consommation ordinaire, le surplus est fumé audessus du foyer. La" viande non fumée est toujours cuite avant d’être mangée. L’huile de l’élais (appelée Muta chez les Bangongo) est utilisée pour les besoins de le cuisine. La cuisine est faite par les femmes qui se servent à cet effet de poteries importées.

Les récipients employés ne sont jamais nettoyés. En général les hommes et les femmes mangent à part, bien qu’il n’y ait pas de règle à cet égard, sauf cependant chez les Isambo. Là, le mari mange le premier en distribuant une partie de son repas aux enfants qui sont autour de lui ; le reste est laissé pour la femme. Le gibier qui a été tué avec des flèches empoisonnées n’est soumis à aucun traitement spécial.

Chez les Bambala les repas sont pris le matin et le soir ; on mange avec ses doigts, exception faite pour les tranches de manioc que l’on pique avec une baguette pointue ou une épingle à cheveux. Nous

avons Irecueil-

Bakongo tenant en main l’instrument

li trois cuillers, rime de bois et les autres de fer (fig.

273) mais l’usage de tels ustensiles a

cessé depuis longtemps. Chez les Bangongo, il n’y a point d’heure fixe pour les repas et il arrive souvent que l’homme invite un ou plusieurs de ses amis à dîner; dans ce cas, la femme et les enfants se contentent des restes. Dans ces tribus, on recueille dans des feuilles

Fig. 11S,

utilisé pour faire du vin de palme.

Fig. 119. — BasliileleUaisant du vin de palme.

de bananier le sang des bêtes abattues et on le sèche au-dessus du feu. Les principaux condiments sont le poivre rouge (appelé lsangi par les Br,ngongo), le sel, et, chez les Bangongo, l’huile de raphia Laurentii, appelé Kulu. Les traditions Bambala relatives à la découverte du sel et à sa pré-

Fig. 120. — La confection de l’huile de palme (Bakongo).

paration sont relatées à la page

Chez les Bangongo, on prépare le sel, Muse, en faisant filtrer l’eau à travers les cendres de certains végétaux et en l’évaporant ensuite. Le procédé est montré sur la planche XVII.

Un nombre de baquets d’écorce est fait et l’eau, après avoir été

Fig. 122. — Gomment on allume une pipe Bakongo

Fig. 121. - Fumeur Bakongo filtrée à travers

les cendres, y est versée. On allume un feu lent [en dessous des baquets et le tout est entouré de nattes et couvert d’un toit rudimentaire pour le protéger du vent. Quand l’évaporation est complète, on ramasse le sel dans les baquets. L’eau salée, elle-même, Bole, est quelquefois employée comme boisson, mais elle n’est pas préparée spécialement pour cet usage. Le sel importé est appelé par cette tribu, Moele.

Les Isambo ignorent ces manipulations, et, avant l’arrivée des Européens le sel était importé chez eux, à des prix très élevés, par les Basongo Meno.

L origine du sel, selon les Bangongo, est décrite plus bas. La boisson nationale des Bushongo est le vin de palme que les Bambala extraient de quatre espèces de palmiers ; les Bangongo ne l’extraient que du raphia en pratiquant une incision dans la couronne. Comme chaque arbre ne produit qu’une faible quantité de liquide, on rassemble les récoltes partielles dans une calebasse, en se servant d’un entonnoir de bois ; ces entonnoirs sont généralement magnifiquement décorés de dessins en relief. On ne recueille que la quantité de vin nécessaire

Fig. 123. - Chasseur d’hirondelles Bangongo. pour Ull jour Seulement, Cal1, passé

JB eke

Dikoko

Mosiixg

Oo

Fig. 124.

Piège Bangongo Bilunga.

Fig. 125.

Piège Molambula

Milum.ka.kcL

ce délai, il surit. Les légendes des Bambala et des Bangongo concernant l’origine du vin de palme sont relatées plus bas. Les liqueurs fortes sont tout à fait inconnues. On ne boit pas de lait.

Tous les Bushongo nient formellement avoir jamais pratiqué le cannibalisme et il semble plus que probable que ce soit la vérité, car on n’en trouve aucune trace à l’heure actuelle.

Le feu est obtenu par friction en imprimant à la baguette un mouvement de giration entre les paumes des mains; la baguette « mâle » est faite de bois dur, la baguette « femelle » de bois tendre. Les Bambala disent que ce procédé fut inventé sous le règne de Muchu Mushanga (c. 780), ainsi que le montre la légende relatée

Fig. 126. — Piège Loalu.

plus loin. On raconte qu’avant cela, les Bushongo n’avaient pour se procurer du feu, dans le cas où tous les leurs se seraient éteints, d’autre ressource que la chute de la foudre. Dans les maisons, on emploie le bois comme combustible, mais, alors que les peuples de l’Afrique centrale utilisent pour cela les petites branches, les Bakongo se servent plutôt de bûches dont chaque maison possède une ample provision.

Chez les Isambo, seuls les hommes ont le droit de faire le feu ; le pro-

Fig. 129. — Piège à poisson.

Fig. 128. — Bonne chasse (Basliilele).

cédé employé est celui décrit plus haut et il est donné pour avoir été enseigné aux hommes par Jambi. Nous n’avons pu découvrir aucune superstition relative au feu et il semble que l’on n’attache aucune importance religieuse au foyer domestique.

L’habitude de fumer le tabac est répandue partout; la pipe (fig. 114) est en bois avec une embouchure en os, le fourneau et le tuyau sont taillés dans des morceaux différents, et sont tous les deux ornés de motifs en reliefs qui, dans certains spécimens anciens sont d’une grande beauté ;

quels que soient les dessins qui ornent le tuyau, l’extrémité de ce dernier située près du fourneau porte une tête d’antilope sculptée en relief assez haut, et souvent très stylisée, parfois même au point d’être confondue avec une sorte de charançon appelé Mit tu Chembe. On ne fait point circuler la pipe à la ronde, mais son possesseur la fume entièrement; quelquesuns avalent la fumée, d’autres pas.

Dans l’est, on trouve sur

Fig. 130. — Bushongo partant à la pêche.

— M oa.n.da-

MeTcL^joj -

LkoHO -

l< trugcx

Fig. 131. — Piège à poisson'Ikanja (Bangongo).

Fig. 132. — Piège à poisson (Bangongo).

le fourneau des pipes un dessin sculpté qui représente une tête d’homme avec les cheveux dressés et ressemblant assez à des cornes de bélier. Les légendes sur l’introduction de l’habitude de fumer chez les Bushongo de l’ouest et chez les Bangongo sont relatées plus bas.

Chez les Bushongo de l’ouest on ne fume pas le chanvre ce qui peut paraître surprenant, leurs voisins du sud, les Bena Lulua s’adonnant à cette pratique comme tant d’autres tribus africaines. Chez les Bangongo, cet usage se rencontre mais est loin d’être général, tout en n’étant pas réprouvé par l’opinion publique.

Les Isambo semblent l’avoir reçu des Batwa qui le pratiquent de temps immémorial, ou, du moins, a-t-il été introduit chez eux depuis si longtemps qu’ils disent eux-mêmes s’y être Flg; 1]34- ~ Bangongo

^ portant dos poules au marelle.

Fig. 133. — Lomaitreduchenil (Bakongo).

Fig. 135. — Poulailler Bangongo.

plètement un raphia et en pratiquant dans le tronc des incisions d'un pouce de long et à environ trois pouces de profondeur, aux endroits où s’attachent les pédoncules des feuilles (figs. 118 et 119) ; ce procédé tue l’arbre. Chez les Bakongo, il existe, dans la brousse, de petits espaces dépourvus de végétation où viennent s’assembler, au coucher du soleil, quelques hommes pour boire du vin de palme dans des feuilles roulées en forme de tasses ; chacune de ces assemblées constitue une sorte de club.

Ces deux tribus fabriquent de l'huile de palme, non dans des mortiers, mais

toujours livrés. Nous n’avons pu découvrir aucune superstition relative à cet usage. Certaines tribus de l’ouest mâchent la noix de kola, Ko, comme stimulant.

La nourriture principale des Bakongo et des Bashilele consiste en maïs et en bananes ; chez les Bashilele on ne mange pas les chiens, et chez les Bakongo, la chair des volailles est interdite aux femmes. On boit du vin de palme en grande quantité ; les Bashilele le recueillent en dépouillant com-

Fig. 136. - Grenier Bakongo.

Fig. 137. — Vieille maison Bambala.

dans des trous creusés dans le sol, ayant la forme de pyramides triangulaires et dont les parois sont revêtues de forts morceaux de bois (fig. 120) ; on place les noix dans ces trous et on les pile; on extrait ainsi la pulpe qui est mise à part, chauffée et pressée dans une presse en fibres analogue à celle en usage chez les Bambala. Le cannibalisme est également inconnu chez ces tribus.

Les Bashilele fument du tabac vert dans des pipes du même genre

Fig. 138. — Maison Bambala ordinaire.

qilG celles A) pilier. JB) feu. C) lit.

employées par les Busliongo ; mais peu de Bakongo fument (fig. 114 a, 121 et 122). Nous avons trouve sur la rive gauche du Loange un pilon à chanvre en ivoire,

•fs

a) palais principal e) entrée de l’enclos intérieur (hangar) i) grande rue du village

b) palais secondaires f) atelier des tailleurs k) cages des aigles couronnés

c) charmes y) maisons de femmes l) maison abandonnée

d) pointes d’ivoire h) maison des gardes m) entrée de l’enclos.

La partie ombrée représente des cases et des cours.

apportés, d’ailleurs, très probablement par des Bapende ; néanmoins, nous n’avons pas observé qu’on fumât du chanvre et cet usage semble être pour ainsi dire inconnu.

Fig. 140. — L’entréé de l’enclos intérieur du Nyimi.

Fig. 141. — Coin de l’enclos.

Fig. 142. — Plan de la maison du Buimbi. a) pilier b) feu c) lit e) claie /') nattes g) pilier sculpté h) plafond

Les Bashilele et les Bakongo produisent le feu par la friction de deux bâtons, en faisant tourner la pointe de l’un dans un trou de l’autre, comme le montre la fig. 113.

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