HABITATIONS
Les villages Bushongo sont petits; les maisons sont groupées en hameaux d’une douzaine, ou même moins, d habitations. On trouve assez communément des greniers cylindriques élevés sur des pilotis d’un pied de haut ; ils ont environ deux pieds et six pouces de diamètre et une hauteur totale d’environ six pieds.
Dans toute la contrée le plan des habitations est un rectangle ; celles de Mingenja, le Mushenge, sont conçues selon le modèle suivant (fig. 138) : les dimensions sont à peu près de dix-huit pieds sur quatorze, le toit présente un faîte et repose sur des murs de six pieds de haut ; le faîte se trouve ainsi à une hauteur de douze pieds au-dessus du sol. Les murs sont faits de feuilles de palmier dont les tiges sont disposées verticalement et les lobes entrelacés (fig. 137) ; quelques nervures de feuilles disposées horizontalement à environ 12 centimètres l’une de l’autre maintiennent le tout en place. Le toit est également recouvert avec des feuilles de palmier assujetties au moyen de liens végétaux. La hutte présente généralement deux ouvertures, une sur 1 un des grands côtés du rectangle, l’autre sur l’un des petits ; la fermeture consiste en une natte fixée au sommet de l’entrée et pendant devant elle. L’entrée principale (sur le plus grand côté) mesure environ 1 mètre de haut sur 1 m. 50 de large ; dans des maisons plus grandes, 1 m. 50 de haut sur 3 m. de large ; le seuil est plus haut que le sol d’un pied ou deux. Dans les constructions plus importantes, il y a un poteau sculpté placé au milieu de l’entrée. L’aménagement intérieur est identique à celui de la maison du Buimbi qui sera décrite plus loin. Eu règle générale, chaque maison est pourvue d’un grenier pour y remiser des
marchandises.. On dispose une claie de forts bâtons d’un mur à l’autre et le grenier est formé par l’espace compris entre cette claie et le faîte du toit. On trouve fréquemment de petites huttes de huit pieds sur dix avec des murs de cinq pieds de haut et le faîte du toit situe à huit du sol. Ces huttes possèdent aussi deux
ouvertures mais pas de cloison intérieure. On ne rencontre aucune habitation
souterraine, ou élevé dans les arbres, ou encore construit sur pilotis. Mingenja, le Mushenge, est bâti sur une colline entourée de vallées au sud, au nord et à l’est.
Toutes ces vallées sont parcourues par des cours d’eau et la contrée est très boisée,
qu’il y ait au nord et à l’est des plaines assez dépourvues d’arbres. La forêt peut bien néanmoins être aperçue même des plaines les plus vastes comme celles de l’est, larges de plus d’un mille. De nombreuses plantations s’étendent sur toutes ces plaines ainsi que sur la pente de la colline où se trouve le village. Une grande partie de ce sol cultivé produit des arachides, mais comme celles-ci ne se montrent pas au-dessus des herbes, elles peuvent passer inaperçues de l’observateur superficiel. On cultive aussi une bonne quantité de maïs, mais on voit peu de manioc aux alentours du village. Il y a en outre quelques petits villages comptant de dix à cinquante huttes et qui sont comme la banlieue de la capitale.
Au centre de Mushenge, entourée d’un grand nombre de cours et de maisons, se trouve la résidence du Nyimi (fig. 139). Une rue (fig. 139 I), large d’une quinzaine de mètres, la traverse du nord au sud. A peu près au milieu de cette rue se trouve un enclos rectangulaire (fig. 139 M) dont les murs sont faits de poteaux fichés dans le sol et recouverts de feuillages. Dans cette palissade, qui ressemble à celles des
Fig. 192. — Petit village Bashilele.
Bashilele, on a réservé six ouvertures, une dans chacun des côtés nord et sud, deux dans chacun des côtés est et ouest. Toutes les ouvertures donnent dans la rue, sauf les deux de l’ouest qui donnent dans les habitations du Nyimi. En face de celles-ci, du côté est de la rue, s’étend un grand espace mesurant près de cent mètres de l’est à l’ouest et soixante-dix du nord au sud. C’est là qu’ont lieu quelques-unes
des danses. A l’est de ce terrain se trouve une grande construction (fig. 139 L), actuellement en ruines, puis encore à l’est de cette construction un autre terrain qui sert pour des danses plus importantes ; plus loin, c’est la brousse. A l’extrémité ouest du premier terrain, près de la rue, se trouvent deux cages (fig. 139 KK) contenant chacune un aigle à crête et qui
sont la propriété du Nyimi.
Des rues ou allées du village on aperçoit peu de chose des maisons, car tout ce qui en fait partie est entouré d’un mur en feuillages de six ou sept pieds de haut. Une rue, large d’une quinzaine de mètres, fait le tour du village en l’isolant ainsi de la brousse, et c’est là que l’on vient déposer les ordures. Le village n’est pas très propre. Certaines habitations, appartenant à des notables, ont des dimensions considérables et possèdent plusieurs dépendances extra muros.
La description qui suit se rapporte à la maison du Buimbi (fig. 142). Le plan en est rectangulaire de quinze pieds sur vingt-cinq, les murs ont neuf pieds de haut et le
faîte du toit est à quinze pieds au-dessus du sol. Une cloison intérieure divise la
maison en deux chambres d’inégale grandeur; on accède à la plus grande par une
porte située au milieu d’un des grands côtés du rec¬
tangle, à la plus petite par une petite porte située vers l’extrémité de l’autre grand côté du rectangle. Les murs sont construits avec des nervures de feuilles de palmier réduites en lambeaux et disposés horizontalement sur un treillage en branchages auxquels elles sont fixées par un lacis qui forment un motif ornemental très simple. Telle qu’elle vient d’être décrite, cette habitation diffère seulement des autres maisons du village et ressemble plutôt à celles des Bangongo ; le toit dépasse les murs de deux pieds et six pouces environ.
Le lit est une simple plate-forme composée de souches de bois surélevées de neuf pouces environ au-dessus du sol. et recouvertes de deux nattes, l’une étant posée sur l’autre, à la tête du lit. La maison est entourée d’une cour dans laquelle se trouvent deux petites huttes et, en outre, d’autres cours avec d’autres huttes. La maison du Nyimi (figg. 139 A, 143 et 145) est plus grande encore que celle décrite ci-dessus et d’une construction Femme Bambala récemment lalouée. plus soignée ; elle mesure soixante pieds de long sur vingt
Fig. 193. — Charme dans un village Bakongo.
de large et il y a dix-huit pieds du sol jusqu’au faîte du toit. Les murs sont également construits à la manière Bangongo et ornés de motifs décoratifs (fig. 144). Une cloison décorée de la même manière divise l’intérieur en deux chambres. La plus petite contient une seconde hutte complète et pourvue de son toit ; c’est dans celle-ci que le Nyimi dort. Cette hutte intérieure est aussi construite à la façon des Bangongo et ses murs portent des dessins. La grande hutte possède dans chaque chambre un faîiage sculpté et l’entrée principale est garnie d’un poteau également sculpté. Quant à la plus grande des deux chambres, son ameublement se compose d’une vaste couche formée de madriers grossièrement sculptés, et d’une table courant à la partie inférieure du mur opposé à la porte. Une pagaie est suspendue au-dessus de la porte à l’intérieur de la chambre ; c’est Bangwa « la médecine » ; des pots de bangwa sont aussi suspendus à des poteaux dans le coin, à droite de la porte. Dans les nombreuses cours situées alentour se trouvent un grand nombre de huttes (fig. 139 G), de dimensions plus faibles et du modèle Mingenja ordinaire ; ce sont des remises ou des habitations destinées aux femmes du Nyimi et l’une d’elles est celle du tailleur royal (fig. 139 F). A l’entrée des habitations royales est un poste dans lequel se tiennent sans cesse des sentinelles (fig. 139 H).
Ce poste est analogue aux autres habitations mais sa porte, au lieu d’être une natte, est en bois épais. Lorsqu’on veut changer une habitation de place, le toit est d’abord enlevé d’une seule pièce, puis on coupe les poteaux qui soutiennent les parois et on emporte celles-ci sans les démonter autrement.
Ce fait fut observé pour l’une des grandes maisons du Nyimi.
Les maisons des Bangongo (fig. 147,
148 et 151) ont aussi une forme rectangulaire et mesurent dix pieds sur neuf avec une hauteur intérieure maximum de neuf pieds. Le toit présente un faîte et dépasse les murs pour former des larmiers d’environ un pied de large. Pour bâtir on commence par dresser un cadre de bois, on le remplit d’herbes assez
Fig. 195. — Femme Bambala.
Fig. 19(5. — Esclave Baluba.
volumineuses maintenues par des liens, puis, par-dessus le tout, on étend une série de nervures de feuilles de palmier déchirées en lanières d’environ un pouce de large et disposées horizontalement de façon à recouvrir complètement l’herbe qui est dessous ; ces lanières sont cousues ensemble avec des fibres végétales qui forment un dessin plus ou moins compliqué. Ces dessins sont très variés et arrangés
Fig. 197. — Esclave Baluba.
en panneaux (fig. 149,
150 et 154 à 177).
L’entrée est située dans l’un des grands côtés de la maison; elle mesure un pied et trois quarts de large sur deux et trois quarts de haut; son seuil, que doit enjamber le visiteur, est surélevé de deux pieds environ. La porte, qui est aussi faite de nervures de feuilles, glisse le long du mur, entre ce dernier et des poteaux disposés à cet effet. La toiture se compose de feuilles de palmier cousues ensemble et qui non seulement sont imperméables, mais auxquelles il est encore très difficile de mettre le feu. Il n’existe point de vérandah; toutefois, lorsque deux habitations appartiennent au même propriétaire, elles sont reliées entre elles par une sorte de hangar sous lequel ce propriétaire vaque à ses occupations journalières : tissage, confection des nattes, etc. En ce qui concerne l’aménagement intérieur, celui que nous allons décrire peut être considéré comme tout à fait typique (pl. XVIII à XX) : si l’on regarde par la porte, on aperçoit au centre de la maison un pilier qui supporte le toit; à gauche, le long du mur dans lequel se trouve la porte, et, touchant ce mur, se trouve le
Fig. 198. — Femme Bangongo.
Fig. 199. — Femme Bangougo.
Fig. 201 Tatouage de femme Bangongo.
Fig. 202. — Tatouage de femme Bangongo. (Dos de la fig. 201).
lit; ce lit consiste en un cadre de souches de bois recouvert de feuilles de palmier de façon à former une manière de matelas au-dessus duquel on place une natte également en nervures de feuilles et dont les coutures forment des ornements. Plus loin,
dans le coin à gauche, au pied du lit, on Fig. 203. — Bras de la fig. 201. peut voir le foyer (pl. XVIII), composé de trois grosses pierres servant de support à la marmite. Au-dessus du foyer est suspendu le fournil, c’est-à-dire une boîte d’environ deux pieds carrés faite avec des nervures de feuilles de palmier. (Ce foyer et ce fournil sont parfois au centre de la hutte.) Dans le coin le plus éloigné (pl. XIX), à droite, quelques pieux fichés en terre retiennent un tas de bûches destinées à alimenter le feu. Non loin, à côté du pilier central, on aperçoit un long panier cylindrique rempli d’arachides ; d’autres paniers de différents modèles et une ou deux calebasses reposent sur le sol ou pendent du toit; aux murailles, sont accrochés des pots et des armes (pl. XX).
Fig. 205. — Tatouage de femme Bushongo
Fig. *204.
Tatouage de femme Bushongo (tête de fig. 205).
Fig. 206.
Tatouage de femme Bushongo (dos de la fig. 205)