‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 58 sur 125 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Bushongo sont peutêtre les meilleurs artisans de toute l’Afrique. Comme tisserands et sculpteurs sur bois, ils sont supérieurs à toute autre tribu du continent. Bien qu’ils n’aient pas atteint dans le travail du métal un degré de perfection comparable à celui des forgerons du Bénin des XVIe et XVIIe siècles, leur habileté dans ce genre de travail dépasse celle de tous les autres peuples d’Afrique.

D’ailleurs, la comparaison avec les bronziers du Bénin ne serait pas tout à fait juste, car ce travail du métal a été introduit par les Européens sur la côte occidentale, et a en outre beaucoup perdu de son importance à un moment donné quand les relations des gens du Bénin avec les Européens vinrent à être interrompues.

L’artisan est respecté de tous, surtout chez les Busliongo de l’ouest, et les hommes de toutes les classes travaillent, excepté toutefois les hauts dignitaires; cependant tout enfant appartenant à la lignée royale doit savoir forger. La sous-

Fig. 242. — Tissus d’écoroc

a) porté par les hommes Bambala b et c) porté par les femmes Bambala.

Panier de Kolonio Banibala.

Fig. 244 — Panier Banibala.

tribu principale, les Banibala doit son nom à l’étoffe que ses enfants^ sont si habiles à tisser

(avant fini roduclioiv du tissage leur nom fut probablement Busliongo tout court), A la Cour les représentants des sculpteurs sur bois sont considérés avec bien plus d’honneur que ceux des autres industries. Certains des anciens chefs étaient renommés comme d’excellents artisans, particulièrement Miele et Bope Pelenge qui furent d’habiles forgerons. Nous comptons ne nous occuper ici seulement que de la technique de chaque industrie; en ce qui concerne le

dessin, nous renvoyons au chapitre traitant de l’art. La préparation de l'étoffe d’écorce est connue de tous les Bushongo ; elle s’appelle lahena chez les Banibala, et Kohi chez les Bangendi. Les premiers prétendent quelle fut inventée par un nommé Ishota, au début du règne de Muchu Mushanga, le 271' chef sur la liste; avant cette époque, on ne portait aucun vêtement, et même après cette invention, le vêtement d’écorce ne fut porté que par derrière. Les Bushongo de l’est et de l’ouest admettent que son usage fut général, jusqu’au temps de Shamba Balongongo, et on le trouve encore en grande quantité dans les tribus occidentales. On le prépare en battant l’écorce avec des maillets de bois ; un habit de femme (jui sert pour les cérémonies est fait de cette écorce (fig. 242 b et c)\ il consiste en un nombre ' considérable de petits morceaux, alternativement teints en noir ou en brun, puis écrus, de forme triangulaire, rhomboïde ou rectangulaire et qui sont cousus ensemble avec de la fibre de palmier, exigeant ainsi une somme de travail considérable. Un

\ élément poité pai les hommes Fig. 245. — Vannier fabriquant, un panier (Bangongo).

dans les mêmes conditions, consiste en un simple morceau de cette écorce sur lequel on a frappé des dessins au maillet. Un spécimen vraiment remarquable (flg. 242 a) est une robe qui était portée par un homme occupant une position assez élevée ; c’est un morceau d’étoffe d’une grande longueur, d’un rouge très foncé et sur lequel des rosettes et des rectangles sont peints en noir; ce spécimen, qui se trouve maintenant au British Muséum, peut presque être pris pour le travail de quelque peuple océanien.

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