‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 68 sur 125 · ART · texte numérisé non relu

ART

Une des choses les plus remarquables de l’art des Bush on go, c est 1 existence de statues d’après nature, exécutées en ronde bosse, qui font leur apparition déjà dans la première décade du xvne siècle. On se souvient que le grand chef Shamba fît ainsi exécuter sa statue portrait (pl. I), afin que les générations futures se sou- \ ien rient de lui, et aient la consolation de contempler son image lorsqu ils traverseraient des périodes de troubles.

On connaît quatre autres chefs qui ont suivi son exemple Ce sont Misha Pelenge Che (pl. XXIII, 1), Bope Pelenge 1 (pl. XXIII 2) et

et K ata Mbula, qui régnaient à la fin du xvm" siècle, commencement du xix=, et encore un autre. Quatre de ces cinq statues ont été recueillies par l'expédition II

n y pas de doute que d'autres chefs aient aussi leurs statues, mais tous n'en ont

pas ornement, car il n'existe pas toujours, à point nommé, un artiste capable d'un tel travail, et souvent aussi les ouvrages des sculpteurs ont eu à subir les atteintes du temps et des fourmis blanches. Les statues présentent toutes à peu près le

meme type, elles sont faites en un bois très dur et de couleur foncée présentant un grain Un, analogue à celui de l'acajou; les chefs sont représentés assis . à la turque . sur un socle carré. Les statues mesurent toutes environ 54 5 cennnetres de haut. La description d'une de ces statues que nous allons donner peut convenir a toutes, sauf certains détails particuliers à chacun. La tête du chef est couverte d’une calotte du type caractéristique de l’ancienne mode ■ la tête est représentée rasée entièrement sauf une mèche bouclée sur le sommet et qui est enroulee sous la calotte, et une autre

mèche plus courte derrière la tête. Un seul, Bope Pelenge, est représenté avec un collier, mais tous portent des bracelets passant par-dessus l’épaule et par-dessous 1 aisselle et un certain nombre de bracelets à chaque poignet.

Des bracelets et des cauris sont indiqués également sur la partie supérieure du bras. Autour de la taille se trouve

une ceinture de cauris, et plus bas une autre ceinture de fibre tressée qui supporte par derrière un petit tablier. Dans la main gauche, le chef tient le couteau Ikula, et la droite repose négligemment sur les genoux. Faisant saillie sur le devant dû socle, se trouve un objet qui est particulier à chaque personnage ; pour Shamba, c’est la planche du jeu Lela, qu’il est censé avoir introduit dans le pays ; Dope Pelenge

Fig. 294.

a. Gourde sculptée Bambala ; b. Vase en poterie imitant la forme d’une gourde ; c. Panier Bangendi ; d. Coupe en bois imitant la forme d’un panier ; e. Pot trouvé chez les Bambala ; f. Coupe en bois Bambala imitant la forme du précédent ; g. Panier Bangongo ; h. Boîte en bois imitant la vannerie (Bambala).

à une enclume pour montrer combien il était habile forgeron, et Misha Pelenge Che et Kata Mbula ont des tambours, chacun d’un dessin différent. Comme, d’après l’histoire locale chaque chef avait un dessin particulier pour ses tambours royaux, nous pouvons supposer que chacun de ces tambours représente le dessin particulier au chef devant la statue duquel il est représenté. Il est évident que l’artiste a travaillé la tête avec un soin particulier et le résultat obtenu est de beaucoup supérieur à celui auquel on pourrait s’attendre d’un peuple primitif africain. Malgré la façon un peu conventionnelle dont sont traités les sourcils, chaque tête porte le caractère indéniable d’une œuvre exécutée d’après modèle vivant, et bien qu’il y ait une certaine ressemblance entre toutes les figures elle ne dépasse par celle que l’on peut s’attendre à rencontrer parmi les membres d’une même famille ou d’une même tribu. Chaque figure possède

Fig. 295. — a et b, coupes Bakongo.

c et cl, récipients à huile Bakongo.

une individualité propre qui ressort avec vigueur d’un examen soutenu de la statue. Il y a un peu de convention dans la façon dont sont traités les lèvres et le nez, mais moins cependant que dans l’art égyptien ; les oreilles, qui sont en général la pierre d’achoppement des artistes primitifs, sont ici traitées d’une façon remarquablement réaliste. Le corps, dont l’exécution n’est pas aussi parfaite que celle de la tête est cependant travaillé d’une façon bien supérieure à celle des autres statues africaines. Bien que le tronc soit assez petit en proportion de la tête, la reproduction des courbes montre une grande entente de la forme ; dans la statue de Bope Pelenge, l’artiste s’est attaché à montrer que son modèle était un homme de forte corpulence ; le profil de cette figure est particulièrement expressif, et les nombreux plis de son cou dénotent bien l’obésité du personnage. Les jambes sont la partie de la statue traitée de la façon la plus conventionnelle, elles sont beaucoup trop petites pour le reste du corps, mais comme l’œil est attiré surtout par la tête et par les épaules, comme de plus les jambes sont en grande partie cachées par l’emblème figuré sur le devant du socle, ce défaut n’est pas trop apparent. Les qualités de vie qu’il y a dans la tête seule suffisent à classer ces statues comme étant les plus beaux ouvrages de l’art africain pur en dehors de la sphère d’influence de l’ancienne Egypte.

Les Bushongo apprennent l’art décoratif dès leur plus jeune âge ; dessiner dans le sable avec le doigt constitue le jeu favori des jeunes Bushongo. Beaucoup de ces dessins sont comme des clichés et portent des noms particuliers.

Un certain nombre sont reproduits ici (fîg. 287).

A cet égard quelques mots d’explication sont nécessaires. Les dessins comme ceux que montre la fîg. B, D, F, sont exécutés d’un seul trait, sans lever l’index du sol, et, comme le sable est assez fluide, les premières lignes sont en partie effacées par celles qui sont dessinées ensuite.

Les figures marquées D et F indiquent le chemin suivi par le doigt, et celles marquées D' et F, l'aspect final que présente le dessin. La

figure 288 c doit etie executee avec le pouce et & et c, coupes Bangongo en bois.

l’index, sans qu’ils quittent le sol ; il faut retourner la main droite de telle façon que le pouce soit à droite et l’index à gauche. Les deux doigts plongent dans le sable à une faible distance du corps et 1a, main est dirigée en dedans, le pouce s’avance un peu plus vite que l’index, de sorte que le résultat de ce premier mouvement est un ensemble de deux lignes d’inégales longueurs, comme le montre la

figure 288 a. Le mouvement suivant fait pivoter vers la droite l’index autour du pouce de façon à décrire un arc de cercle, on obtient alors la figure 288 b.

La main se dirige ensuite en avant, le pouce allant toujours plus vite que l’index, si bien qu’il le rattrape et qu’on obtient la figure 275 c, nommée Lupapa na Goribi (manche du couteau Goribi).

Dans le koy, le léopard (fig. 287 g), on figure le contour avec le doigt et les marques de la peau de l’animal par de petites lignes ou de petites taches obtenues en laissant couler du sable sec contenu Fig. 297. - Coupc Bakongo.

dans le creux de la main.

En ce qui concerne les productions artistiques des Bushongo adultes, nous nous occuperons tout d’abord de la forme. La forme humaine est plus commune chez les Bakongo que chez les Bushongo bien que parmi ces derniers 011 trouve des poupées et quelquefois des coupes en forme de tête humaine. Les poupées (fig. 64) sont naturellement . très conventionpelles dans leurs formes, mais sont cependant d’une valeur supérieure aux représentations de la figure humaine que l’on trouve dans les autres parties de l’Afrique. Les coupes (fig. 289) sont plus belles et indiquent qu’elles sont le produit d’une main-d’œuvre et d’un savoir plus grand, bien que les têtes

représentées n’aient pas la même vie que celles des statues. Chez les Bakongo , les coupes ayant des formes d’hommes ou de femmes sont très caractéristiques , de même que celles représentant une tête d’homme ou deux

Fig. 298. — Boites, à pigments Bangendi. tetes acCOUpleeS

(fig. 290). La vigueur d’expression de ces sculptures est indéniable, bien quelles semblent toutes un peu trop fondues dans le même moule. Les manches de houes, chez les Bashilele et les Bakongo, portent sculptées des représentations humaines (fig. 291 et 292 a) et quelques-unes témoignent d’une grande habileté manuelle surtout celles utilisées pour les cérémonies. Chez les Bushongo, les manches de houe sont une forme évidemment dérivée de la forme humaine. Comparez a cet égard le manche de houe Bushongo de la fig. 292 h avec le spécimen Bakongo figuré en face.

Les femmes Bushongo taillent aussi assez souvent les blocs de pâte de tukula suivant une forme humaine (fig. 111).

Quant aux formes animales, le spécimen de beaucoup le plus beau est un vieux siège Bambala sculpté en forme de bélier et qui fut recueilli au Mushenge (fig. 293).

Fig. 299. — Dessin d’une pipe en bois sculpté Bambala

Les blocs de pâte de tukula sont souvent

aussi taillés en forme de tortues ou de lézards (fig. 111), mais les seules autres représentations d animaux sont les figures Itombwa qui représentent plus ou moins conventionnellement le crocodile et le chien chez les Bushongo, le crocodile et le cochon chez les Bashilele et les Bakongo (fig. 101). La forme d’autres objets naturels se rencontre aussi, par exemple les magnifiques boîtes à couleurs ayant la forme de croissant (pl. XXVI, 20, 21, 23, 24, 25), que l’on

Fig. 301.

Dessin d’une imitation en bois d’une corne de buffle (Bambala).

Fig. 300. — Dessin d’un clystère en bois sculpté Bambala.

trouve chez les Bushongo et qui représentent la lune (une boîte de ce type fut récoltée chez les Bakongo). Des boîtes également destinées à contenir des couleurs affectent la forme de huttes (pl. XXV, fig. 4 et 5) et rappellent fortement les anciens coffrets celtiques, des bols à huile Bakongo ont la forme de canots (fig. 295 c et d) et les poteries des Bushongo ont la forme de gourdes (fig. 294 b). Les blocs de tukula ont la forme de javelots, de haches, de paniers, de bouteilles et autres (fig. 111). Les exemples de

Fig. 302. — Kike. Dessin d’une broderie Bambala.

Fig. 303.

Dessin cousu sur une robe de danse de femme.

formes empruntées à une industrie par une autre sont très fréquents.

Ainsi en est-il des boîtes à couleurs en forme de panier figurés sur la planche XXV nos 8 à 10. D’autres exemples de formes de paniers empruntés par des sculpteurs sur bois se voient sur la boîte et la coupe représentés par 1a, figure 294 d et h. La poterie a fourni également beaucoup de formes aux sculpteurs comme on peut le voir sur la flg. 294 e et /; et les magnifiques coupes à anses des figures 260 et 296; la coupe ancienne recueillie chez les Bangongo, un des plus beaux spécimens trouvés pendant l’expédition, affecte une forme très particulière aux ouvrages en terre (fig. 308). Un vase d’un type analogue trouvé chez les Bakongo montre l’art du sculpteur sur bois développé à un haut degré, la forme en est également empruntée à l’art du potier (fig. 297). Une telle forme est en apparence tout à fait « non africaine « et si elle ne provenait d’une tribu justement caractérisée par l’absence presque totale d’influence européenne, elle pourrait être considérée comme ayant été exécutée sous l’inspiration des blancs.

On peut ranger, à côté de ces dessins, la forme du trône du grand chef des Bushongo (pl. XXIV, 7) qui, bien qu’il soit taillé d’une seule masse, cherche à représenter une gerbe d’éléments flexibles, peut-être de nervures de feuilles de palmier liées par une bande tressée. Dans un même art, les formes s’empruntent également avec facilité; par exemple, on peut voir des coupes en forme de tambours (pl. XXVI, 19) de sièges (pl. XXVI. 12) et d’autres objets.

D’une manière générale, les formes adoptées par les Bushongo sont remarquables

Fig. 304. — Bouton d’une boîte Bambala.

Fig. 305. — Dessins sur des coupes Bakongo en bois.

par leurs proportions. Il est difficile de trouver un spécimen, surtout parmi les travaux anciens, dont les contours ne soient pas harmonieux et pleins de grâce. Des exemples frappants nous sont fournis par le trône royal, fia magnifique hanape (pl. XXVI, 11). deux autres spécimens plus grands et également beaux (pl. XXV, 6 et 7), une remarquable boîte sur un support en forme de roue (pl. XXV, 9) la cassette en forme de hutte (pl. XXV, 4), la boîte sur un support travaillé à jour, (pl. XXVI, 2*2), les boîtes oblongues (f ig. 298), les vases Bakongo (fig. 297) et le très remarquable tambour de la pl. XXIV, 8. Le même sens des proportions se retrouve aussi dans les travaux en métal, surtout dans les couteaux Goribi et Ikuri Banga.

Fig. 306. — Variations du dessin appelé Lebeme (l’iguane).

Z7Z7z7/7/7/7/7^/7l7/7tyz7Z7/7

Fig. 307. — Dessins sculptés sur une coupe en corne de buffle (Bambala).

Il conviendrait ensuite d’étudier l’ornementation, et c’est là un sujet extrêmement vaste, vu la grande variété des dessins et l’universalité de leurs applications. L’horreur du vide est un caractère très net de l’art Bushongo, et celui des tribus apparentées, les Bashilele et les Bakongo ; ces peuplades couvrent tous leurs ustensiles de gracieux dessins. Mais, bien que certains objets n’aient pas un pouce de leur surface qui ne soit ornementé, jamais ils ne paraissent surchargés. Le sens très développé des proportions chez les Bushongo se rencontre encore ici lorsqu’il s’agit de garnir une surface donnée avec des ornementations appropriées. Un des traits principaux des ornements exécutés par les Bushongo, est la hardiesse et la sûreté du dessin et,

dans ce sens, ils surpassent les Bashilele et les Bakou go lesquels ont une tendance à la minutie exagérée qui souvent affaiblit le dessin et nuit à l’effet général. Quant aux dessins d ornements, nous pouvons les diviser arbitrairement en deux catégories: la première qui comprend des dessins visiblement empruntés au monde naturel, et la seconde qui comprend ceux empruntés aux travail du tissage, bien que ces derniers

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Fig. 308. — Ancienne coupe Bangongo en bois.

aient parfois reçu des noms d’animaux grâce à la ressemblance plus ou moins grande qu’ils avaient avec ces animaux ou encore avec d’autres objets. La prédominance des dessins de tissage dans la sculpture sur bois est remarquable et rend toute distinction impossible entre les dessins des broderies et des sculptures lorsqu’on procède à l’examen des conditions de l’art décoratif des Bushongo.

Examinons les détails qui sont empruntés directement à la nature. Ils sont empruntés au corps humain, au monde animal, y compris les reptiles et les insectes, et aux différents objets naturels ou fabriqués.

1. Emprunts faits à la forme humaine. — La tête d’un homme est souvent représentée sur les anses des coupes chez les Bushongo (fig. 289b) aussi bien que chez les Bashilele et chez les Bakongo (fig. 263), mais ceci est un usage assez commun et que l’on rencontre chez beaucoup d’autres peuples, et il ne convient

Fig. 309. — Dessins d’une coupe en bois (Bambala),

Le petit croquis représente une réparation en fibre effectuée sur la coupe

pas de s’,y arrêter davantage. Cependant les Bushongo emploient la tête de l’homme comme motif ornemental, ce qui est très rare chez les autres tribus africaines. La fig. 299 en montre un bon exemple qui provient d’un tuyau de pipe. Une forme plus stylisée est indiquée sur la fig. 301. Du nez et des sourcils de cette forme dérive sans doute le Kike (les sourcils, fig. 302). La tête représentée est en général entourée de rayons et s’appelle alors Phila, le soleil. Nous nous occuperons de cette sorte de dessins plus loin lorsque nous étudierons les emprunts faits aux corps naturels. On rencontre souvent aussi des bras et des mains surtout

comme poignée de tambour (PL XXIV 1, 2 et 4) ; sur une boîte (PL XXV 3) on peut voir une paire de bras, et la présence d’un trou à l’endroit où les deux bras se rejoignent, fait supposer qu’il y avait une tête fixée là. Les bosses que l’on trouve au centre des couvercles des boites (PL XXV 2) se nomment Itoto et représentent évidemment le nombril de l’homme comme l’indique l’étymologie de ce mot. Un des dessins des maisons Bangongo, appelé Matule (fig. 160) semble la représentation très schématique d’une figure humaine. On ajoute quelquefois les traits de la figure à des représentations d’insectes, mais nous nous occuperons plus loin de ce dessin nommé Mutu Chembe.

2. — Emprunts faits au monde animal. — Ce sont surtout des Bambi (Antilope). Une forme représente la tête entière d’une antilope, et on la retrouve toujours dans l’ornementation des tuyaux de pipes (fig. 299) et parfois sur les couteaux de guerre Ilondo. On la rencontre aussi sur le tambour qui est devant la statue figurée sur la planche XXIII, 1 et quelquefois sur des coupes. Nous avons une série de pipes qui montre la transformation graduelle de la tête du Bambi dans l’insecte Mutu Chembe, ainsi que nous l’expliquerons un peu plus loin. L’autre forme de ce dessin, appelée Bambi, consiste en un dessin simple d’une ou de plusieurs cornes d’antilope (fig. 318 partie supérieure); ou en dessins pairs comme sur la boite (PL XXVI, 21); par groupe de trois, sur la boîte (Pl. XXVI 25) et la coupe (fig. 39); de cinq, sur la coupe (PL XXV 6); ou enfin répété indéfiniment (le pied de la coupe de la fig. 318) et le tuyau de la pipe de la fig. 313. Ce dessin semble être dérivé de l’ornement fait de cornes d’antilope (fig. 226). Un autre dessin, appelé Panga (le mouton) représente évidemment la trace de la patte de cet animal ; ces traces de sabots sont généralement arrangées par groupe de trois, de quatre ou de cinq et occupe les espaces d’un dessin de lacis de cordes comme le montre la fig. 367 et 369. Le petit détail figuré dans la fig. 303 est appelé Shina Mhoa, ce qui signifie la queue du chien, et représente apparemment cet appendice. On voit ce dessin surtout

Fig. 310. — là 12, variations du dessin appelé Mutu Chembe (tête de Dieu) représentant un insecte Brachycerus ;

13, dessin représentant un scorpion.

Fig. 311. — La transition d’un dessin représentant une tête d’antilope (Bambi) à l’insecte Mutu Chembe pris de différentes pipes en bois.

Fig. 312. — Un scarabée formant le bouton d’une boite Bambala.

l’insecte-type et les nières, les numéros

sur les blocs taillés de bois de Tukula, dans les vêtements faits de morceaux assemblés et dans les dessins rie cicatrisation (fig. 207), figurant sur un vêtement, ce dessin s’appelle chez les Bangendi, Lunda. La seule représentation réaliste d'un oiseau se rencontre sur le dos d'un manche d’herminette Bakongo que montre la fig. 291. Les reptiles, surtout la tortue et l’iguane, sont fréquemment représentés dans l’art Bushongo. La tortue, appelée Mayidu, se trouve parfois relevée en bosse sur le couvercle des boîtes (fig. 304 et Pi. XXV 9); dans un cas ce dessin semble être confondu avec celui de l’insecte Mutu Chembe. On rencontre aussi cet animal sur les anses des coupes des Bashilele (fig. 295 a) et sur les tambours des Bakongo. Une autre forme de May u lu est un dessin hexagonal dérivé de la forme des écailles qui composent la carapace de la tortue, comme on le voit sur une coupe (pl. XXVI, 13), sur la lame d’un couteau Ikula (fig. 279 a), sur un dessin de broderie ifig. 256 e) et sur un dessin de maison Bangongo (fig. 170). Le dessin Bakongo de la fig. 305 et qui lui ressemble un peu, dérive, selon l’opinion de cette tribu, de la même origine. L’iguane Lebetne est généralement sculpté sur les cornes à boire ; quelquefois, c’est l’animal tout entier (fig. 307), d’autres fois les pattes de devant seulement avec leurs griffes (fig. 317) ou même quelquefois une seule patte. Un dessin représentant les pattes de devant et de forme curviligne, hautement conventionnelle, se remarque sur la coupe de la pl. XXVI, 18. Les différentes formes de ce dessin sont indiquées toutes ensemble dans la fig. 306.

Les lézards se rencontrent sur les coupes (fig. 308) et les cornes à boire des Bushongo (fig. 307) et on peut en voir un sur un manche de houe Bakongo (fig. 291 h).

Parmi les insectes, le plus souvent représenté est sans contredit le charançon (genre Brachycerus) connu sous le nom de Mutu Chembe c’est-à-dire la tête de Dieu. Ce caractère surnaturel a certainement une influence très grande pour les Bushongo; quoi qu’il en soit, c’est un de leurs dessins favoris. La forme la plus réaliste se trouve dans la coupe de la fig. 308, et dans celle de la fig. 309.

Mais il en existe un grand nombre de variétés plus ou moins stylisées, dont quelques-unes sont reproduites sur la figure 310. La première et la seconde de la série montrent pires qui suivent les différentes variations. Parmi ces deret 5 empruntés à la boîte de la pl. XXV 8 semblent

ug-er

confondus avec le dessin de la tortue, à en par les écailles dont le dos de l’animal est orné ; dans le numéro 9, le thorax a été agrandi, et on a ajouté des traits humains au dessin, ce qui explique le nom de Mutu Chembe. Dans sa forme la plus simple, numéro 7, il est souvent répété trois ou quatre fois dans l’ornementation d’un tuyau de pipe ou d’une coupe.

De plus, la Mutu Chembe semble aussi confondue avec le dessin de l’antilope, Bambi, et une série de détails empruntés à l’ornementation de tuyaux de pipe montrent le passage graduel d’un dessin à l’autre (fig- 311).

Une boîte très bien sculptée porte un renflement ayant la forme d’un scarabée (fig. 312 et PI. XXV 10) l’insecte qui fut créé le premier et qui engendra des autres, ainsi qu’il est dit à la page 20. Il se peut qu’il y ait un rapport entre l’importance que donnaient les anciens Egyptiens au scarabée et celle que lui attribuent ces peuples primitifs de l’Afrique. Il existe déjà beaucoup de rapprochements à faire dans ce sens au point de vue des pratiques et des croyances religieuses. La fig. 310, 8, un bouton de couvercle de boîte, semble également représenter une autre variété d’insecte.

Un très vieux tuyau de pipe magnifiquement sculpté montre des animaux qui sont certainement des scorpions (fig. 313 et 310, 13). Enfin un dessin, appelé Pasi et dérivé du caurie, est constamment employé pour orner les bords des coupes et des panneaux sculptés sur les boîtes (fig. 360).

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