ORIGINE DE LA CÉRÉMONIE D’INITIATION (BAMBALA
(RACONTÉ PAR LE NYIMI, LE KIMI KAMBU ET L’EPANCHULA.)
Il y avait une fois un homme qui avait un fils, et quand ce jeune garçon grandit et arriva à la virilité, il avait l’habitude d’aller chercher du vin de palme à la forêt. Il buvait du vin seul avec sa mère sans jamais penser à son père, de sorte que le père lui dit : « Pourquoi, mon fils, ne me donnez-vous jamais de
vin de palme que vous apportez ? » Mais le jeune garçon dit : « Je n’apporte
jamais de vin de palme et si j’en apportais j’en ferais ce que je voudrais ».
C’est ainsi que non seulement il mentit, mais il parla impoliment à son père.
Celui-ci décida de le punir ; il le suivit donc dans la forêt et le vit prendre
du vin à un palmier. Or cet homme avait observé un jour, en agitant un morceau mince de la tige d’une feuille de palmier, qu’elle faisait un bruit lugubre ; de sorte que pendant que son fils faisait un trou à un palmier, il coupa un morceau de tige et le fixa à une corde. Il se cacha après le coucher du soleil
derrière un buisson à côté du sentier et attendit que son fils retournât chez lui ; enfin celui-ci parut avec deux grandes calebasses de vin sur ses épaules ; quand il fut tout près, le père commença à agiter l’instrument qu’il avait imaginé (Iphungula, planchette bourdon). Le jeune garçon fut terriblement alarmé ; il laissa tomber les calebasses et tout le vin fut répandu et il courut au village le plus vite possible. Le père renouvela cette opération plusieurs soirs de suite, toujours avec le même résultat. Au bout de quelques jours, il dit à son fils : « Mon fils, pourquoi ne mangez-vous pas et ne buvez-vous pas ; êtes-vous malade ? » Le fils répondit : « Non, je ne suis pas malade, mais tous les soirs lorsque je reviens avec du vin de palme
pour ma mère un terrible fantôme me guette et me cause une teneur mortelle ! « « Quoi ? dit le père, vous si fort, vous qui parlez impoliment à votre père et qui lui mentez, vous avez peur d’un fantôme ; allez avec votre mère et votre vin de palme insulter l’esprit comme vous insultiez votre père ! « Alors le fils se repentit et demanda à son père de lui pardonner et le jour suivant le fantôme cessa, de l’inquiéter ; il devint un fils obéissant et à partir de ce jour partagea avec son père son vin de palme. Pendant la nuit, quand tous furent endormis, le père réunit tous les vieux du village et leur dit : « J’avais un fils irrespectueux et désobéissant ; je l’ai rendu bon en lui faisant peur ; faisons de même avec tous nos fils afin qu’ils ne bravent pas leurs parents en se basant sur leur force supérieure. »
Telle est l’origine de la cérémonie d’initiation Nkanda.
La plupart des histoires racontées ci-après ont été obtenues parmi les Bangongc d’un Kolomo très âgé « le Bilumbu ^ instructeur de la jeunesse qui avait grand soin de renvoyer tous les jeunes gens avant de parler, parce que ces choses « fortes « n’étaient pas faites pour leurs jeunes oreilles. Afin d’empêcher les erreurs, les services d’un jeune homme furent requis pour lui faire répéter les histoires racontées par le vieillard, d’après les notes prises par M. Torday personnellement. Ceci était d’autant plus nécessaire que ces vieilles gens ne connaissaient que leur propre langue. Les jeunes gens ainsi employés étaient invariablement, en cas d’erreur, mis à l’amende de quelque objet d’une valeur considérable et l’amende était toujours payée sans regrets. Le fait que M. Torday avait guéri le vieux Kolomo d’une fièvre peut être considéré jusqu'à un certain point comme la cause de la permission qu’il lui accorda de pouvoir être présent quand d racontait ces légendes.
EFUTTJ NA BUNDI, LA CLAIRIÈRE DE L’ÉCUREUIL (BANGONGO).
(raconté par le bilumbu)
11 y avait une fois un écureuil qui vivait dans une clairière près d’un village. Un jour une troupe de chasseurs le tua et la clairière qui avait été sa demeure fut appelée la clairière de l’écureuil (Efutu Na Bundi). Bientôt après un léopard fixa sa résidence au même endroit et fut aussi tué par les chasseurs; quand ceux-ci revinrent, les villageois s’attroupèrent autour du corps avec admiration et demandèrent : - Où l’avez-vous tué ( » Les chasseurs répondirent : « Nous l’avons tué dans la clairière de l’écureuil. » Peu de temps après un éléphant s'établit au même endroit et tomba également victime des exploits des chasseurs du lieu. Des foules accoururent de tout le pays pour se régaler
Fig. 376. — Le Biluinbu racontant les légendes.
de la chair de cet animal et en route ils demandèrent où l’animal avait été tué. La réponse fut la même : « Dans la clairière de l’écureuil ! « Alors, l’éléphant mourant soupira « Pourquoi cela : pourquoi avez-vous donné à la clairière le nom d’un simple écureuil quand un noble animal comme le léopard et un bel animal comme moi y ont été tués ? » De cette histoire est résulté un proverbe : Quand un homme c-t toujours mécontent et essaie de chercher querelle à l’un de ses compagnons, celuici dira : « Pourquoi avez-vous toujours mon nom sur les lèvres ; querellez-vous avec ceux qui sont plus forts ; suis-je une clairière d’écureuil ? «
EMBEMBE, LE HYRAX. (BANGONGO)
Le Hyrax est un animal nocturne dont le cri lugubre inspire grande peur aux indigènes. Il est d’ailleurs tout à fait inoffensif.
Il y avait une fois deux hommes qui se rencontrèrent sur une route qui était située près de deux villages, auxquels tous deux étaient étrangers. Il s’éleva une querelle et ils s’administrèrent une forte volée. L’un d’eux cria au secours ; comme résultat les guerriers des deux villages sortirent et, se rencontrant face à face, engagèrent un combat désespéré dans lequel un grand nombre furent tués. Quand le combat fut, terminé, ils comprirent soudain qu’ils ne savaient pas pourquoi ils s’étaient battus ; ils prirent des renseignements qui montrèrent que tout le vacarme avait été causé par deux individus qui n’appartenaient à aucun des deux partis. Alors, ils virent combien ils avaient été sots et que dans leur hâte irraisonnée ils ressemblaient à un homme qui cueillerait des noix dans un palmier et qui, entendant le cri d’un Hyrax, le prendrait pour celui d’un homme à l’agonie, et, se hâtant de courir à son secours, tomberait de l’arbre et se casserait une jambe. Quand deux hommes dans un village se querellent sur un sujet qui ne regarde ni l’un ni l’autre, un Kolomo interviendra et leur racontera cette histoire avec le proverbe :
Bwapi bembe bokambila , si le Hyrax n’avait pas crié ;
Ngolo kaniko bokwaknadiko, le cueilleur de noix ne se serait pas cassé la jambe ;
Eioumbe kaniko obola emete mangundu , le tronc d’un vieil arbre a été cassé par une tige de manioc, (c’est-à-dire de grands événements ont été occasionnés par de petites causes).
EMBULU LE CHACAL, N’EMBOA LE CHIEN.
(raconté par piiongo phongo et le forgeron de misumba.)
Le chien et le chacal, qui sont frères, vivaient autrefois ensemble dans les fourrés. En jour ils eurent très mauvaise chance à la chasse et ne rapportèrent rien, quoiqu’ils aient beaucoup travaillé toute la journée. Enfin la nuit tomba et comme ils n’avaient rien à manger, on les vit frissonner de froid. « Bulu » dit le chien. « Oui » dit le chacal. « L'homme a un village près de ce lieu » dit le chien. « C’est vrai » répondit le chacal. « Il y a un bon feu qui brûle dans sa hutte ! » « Oui »
« Le feu est agréable et chaud » « Oui » « 11 peut se trouver quelques os par terre près du feu » « Oui » « Pourquoi n’allez-vous pas chercher du feu et un os ? »
« Pas moi », dit le chacal ; « celui qui donne un conseil devrait être le premier à le suivre; allez les chercher vous-même ». « J’ai peur » dit le chien, et il se coucha, ensuite, essayant de s’endormir.
Mais le froid s’accrut et ils commencèrent à claquer des dents. Or le chien avait moins de fourrures que le chacal, et, par conséquent, il sentit le froid plus cruellement.
Enfin il s’écria: « Je vais aller chercher du feu; restez ici et si je reste trop longtemps, venez me chercher. » « Très bien » dit le chacal. Alors le chien partit au trot ; quand il arriva au village les volatiles poussèrent un cri et l’homme sortit de sa maison ; voyant le chien il prit son épieu et il allait le tuer, mais le chien cria : « Ne me tuez pas, je suis une pauvre bête qui meurt de faim et je suis presque mort de froid ; laissez-moi me chauffer près du feu et alors je retournerai dans les buissons. » « Qu’il en soit ainsi, dit l’homme, chauffez-vous, mais quand vous aurez chaud, pssst ! vous retournerez dans les broussailles. » Le chien se glissa en rampant dans la hutte, se coucha près du feu qui flambait et commença à ronger un os que l’homme avait jeté par terre. Bientôt l’homme demanda : » Avez-vous fini ? » « Pas encore » dit le chien, et il continua à ronger. Un peu de temps se passa et l’homme demanda une seconde fois : « Avez-vous fini? » » Pas encore » répondit le chien, et il saisit un autre os. Le feu était très chaud et l’os excellent. Le chien se sentit plus heureux qu’il ne l’avait jamais été et l’idée de sortir au froid l’effraya, et quand l’homme demanda une troisième fois : « Avezvous fini ? » il répondit : « Oui, mais je désire que vous me permettiez de rester avec vous ; je vous serai utile ; au lieu de voler votre poulailler, comme mon frère le chacal, je vous aiderai à chasser les oiseaux de la forêt et je vous montrerai toutes les ruses du gibier ; tout ce que je vous demande en retour, c’est une place près de votre feu et les restes de vos repas. » « Qu’il en soit ainsi », dit l’homme, et le chien demeura dans le village jusqu’à ce jour. Quand le soir vous entendez un hurlement plaintif près du village, « Bo-ah ! Bo-ah ! » vous pouvez être sûr que c’est le chacal qui demande à son frère de revenir.