‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 81 sur 125 · ORIGINE DU VIN DE PALME, AM’MANA (BANGONGÜ · texte numérisé non relu

ORIGINE DU VIN DE PALME, AM’MANA (BANGONGÜ

(raconté par le biluimbu.)

D’après les événements racontés dans cette dernière histoire, Bonde llunga alla tous les jours à la mare qui était dans la forêt, pour chercher de l’eau pour sa maison. Un jour, sa femme, qui était encore enceinte, lui dit : » Aujourd’hui, je vais aller avec vous. » Cependant Bonde llunga le lui défendit. Après qu’il fut parti, il s’aperçut qu’elle le suivait et tous ses ordres et toutes ses instances furent insuffisantes pour la persuader de lui obéir. Quand ils arrivèrent à la mare la femme sauta soudain dans l’eau et commença à se laver, Bonde llunga était très irrité. » Comment osez-vous salir cette eau que nous buvons ; que trouverons-nous à boire dans l’avenir ? » Elle répondit : « Peu importe ; vous voyez ces petits arbres autour de la mare ; ils grandiront et grandiront jusqu’à ce qu’ils soient de grands arbres ; et ils produiront un breuvage qui sera supérieur à cette eau. » Et c’est ce qui arriva; car les arbustes commencèrent à croître jusqu’à ce qu’ils furent devenus de grands palmiers dou Ion obtient le vin de palme (Am’Mana) et les Bagongo croient que sans le bain de Beleke Beleke dans la mare, les palmiers seraient toujours restés des arbustes et ne seraient jamais devenus de grands arbres. Pour punir sa désobéissance à son mari, Beleke Beleke fut forcée d’aller chercher de l’eau pour ellemême et voilà pourquoi les femmes remplissent ce devoir jusqu’à ce jour.

ORIGINE DU TABAC (BANGONGO.) (raconté par le bilumbu..)

Il y avait une fois un homme nommé Lusana Lumunbala qui fut saisi de l’envie de courir le monde ; c’est pourquoi il partit un jour à la recherche d’aventures et se dirigea vers l’ouest. Il fut longtemps absent, si longtemps en vérité •pie personne ne prit la peine de compter les années ; cinq ans ? dix ans ? personne ne le sait.

Un soir que les villageois étaient assis autour du feu et que l’on discutait les souvenirs du passé, l’un de ses contemporains, au fait c’était un boy, dit : « Il y a bien des années qu’un nommé Lusana Lumunbala est parti pour voir le monde; il se

dirigea vers l’ouest et doit y être mort. » Il parlait depuis quelque temps quand arriva un étranger qui venait de la route et après les salutations ordinaires, il les appela par leurs noms et dit : « Je suis Lusana Lumunbala et je reviens de mes voyages. « Grande fut la joie dans le village ; les hommes et les femmes lui apportèrent des

présents et se réunirent en foule autour de lui pour le toucher et pour voir si ce

n’était pas un fantôme ; ils lui apportèrent des aliments et du vin de palme et lui

demandèrent de raconter ses aventures. Tl s’assit au milieu d’eux ; il sortit une pipe de son sac, la remplit de tabac et après l’avoir allumée avec un tison qu’il avait pris dans le feu, il commença, à fumer tranquillement. Les spectateurs se levèrent d’un bond, épouvantés, en criant : « Qu’est-ce qui est arrivé à Lusana Lumunbala ? Il mange du feu et boit de la fumée ! » Mais le voyageur dit : « Ne vous effrayez pas ; je vais vous expliquer ce que je fais. Pendant mes voyages je suis arrivé dans un lieu appelé Pende dont les habitants s’appellent Tupende. Ce peuple boit la fumée de la plante qui s’appelle Makaya. Ils m’ont enseigné à le faire et je vous l’enseignerai. J’ai aussi apporté des graines du Makaya afin que vous puissiez les cultiver ici ». Les gens lui demandèrent : « Est-ce que cela a un bon goût? » « Oui » répondit-il, et il leur tendit sa pipe afin qu’ils puissent en faire l’expérience. Le premier homme but en faisant une grimace et toussa, et tous ceux qui en goûtèrent en firent autant et ils dirent que la fumée était mauvaise. Alors Lusana Lumunbala parla comme il suit : « Cette plante est une plante magique : quand vous aurez une querelle avec votre frère et que votre cœur sera devenu si mauvais que vous prendrez un couteau pour le tuer, prenez votre pipe, buvez de la fumée et vous direz : - Pourquoi tuerai-je mon frère qui est sorti du même sein que moi ? Je ne le frapperai qu’avec le poing. » Alors prenez votre pipe et recommencez à boire et votre cœur redeviendra meilleur, et vous direz : « Pourquoi frapperai-je mon frère ? je me contenterai de me quereller avec lui en paroles. » Reprenant votre pipe et buvant, votre cœur redeviendra doux et bon, et vous direz à votre frère : « Venez mon frère ; je ferai cuire une poule et j’achèterai du vin de palme ; venez, vous mangerez et vous boirez avec moi. » Toutes les fois que votre cœur est irrité, buvez la fumée de cette herbe et la paix et le bonheur reviendront en vous. »

C’est ainsi que les Bushongo apprirent a fumer le tabac que Lusana Lumunbala avait apporté de chez les Tupende.

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