LOCALITÉ ET HISTOIRE
Basongo Meno est le nom donné à un groupe de tribus qui habitent la rive nord du Sankuru et du Kasai, depuis l’embouchure du Lubefu jusqu’à la région du passage Swinburne. D’après leurs traditions appuyées sur certains témoignages ethnographiques, ils ont immigré du nord et le nom sous lequel on les connaît leur fut donné par leurs voisins d’après l’habitude qu’ils ont de mutiler leurs dents (Basongo Meno veut dire hommes aux dents coupées). Ils ont maintenant
adopté ce nom eux-mêmes. Quoique toutes les tribus groupées sous ce nom aient
une origine septentrionale, ils ne semblent pas être un peuple homogène et il aurait fallu faire des investigations dans chaque tribu ; mais malheureusement ils sont extrêmement hostiles aux Européens. Une tribu pourrait être plus disposée à donner des renseignements à son propre sujet, c’est celle des Babingi, appelés Basho par les Bushongo et qui traversèrent le Sankuru il y a quelques dizaines d’années. Ces Babingi se sont établis sur le territoire des Bushongo, mais ils ont adopté les habitudes de ceux-ci à un point tel qu’il est douteux que les renseignements qu’on recueillerait parmi eux soient de quelque valeur. Il y a, il est vrai, bien des points de ressemblance entre les Bushongo et les Basongo Meno ; ils prétendent être tous venus du nord, mais, jusqu’à présent, il serait difficile de dire lesquels de ces points communs sont d’origine récente et quels sont ceux qui sont d’une origine ancienne. Quoiqu’ils soient fortement opposés à toutes relations avec les étrangers, les Basongo Meno ne sont pas conservateurs ; ainsi, sur les rives du Sankuru, ils ont à peine conservé le nom du Dieu de leur tribu ; la coiffure
originaire des Dibele, une natte enroulée autour du sommet de la tête, ne se
voit plus chez eux ; les trois cercles concentriques sur chacune des tempes qui étaient la marque de la tribu ont cessé d’exister parmi les Dibele et les Bambingi ; les boucliers qui furent trouvés inutiles contre les balles des hommes
blancs sont devenus surannés. D’un autre côté, ils n’ont pas adopté la méthode de faire le pain moins cher et plus savoureux en usage chez les Bushongo ; ils n’ont pas appris non plus des Batetela la méthode de cultiver le millet et de fondre le minerai de fer ; les animaux domestiques ne sont élevés qu’en petit nombre ; ceux que l’on trouve parmi eux ont été pour la plupart importés et non pas élevés par eux.
Les tribus groupées sous le nom de Basongo Meno portent les noms de Bam- .bingi, Bashui, Buluku, Dibele . Bandunjeke, Tonkfusliere, Bohindu et Gelukenye et leurs positions sont indiquées sur la carte jointe à ce travail. Les Banlmtu montrent de telles différences qu’il est nécessaire de les traiter séparément. Les Lukfungu semblent être un mélange de Bankutu et de Batetela, mais on en connaît trop peu de chose pour en parler avec certitude. Les Dekese sont d’une immigration tout à fait récente et n’ont quitté le lac Léopold II qu’il y a quelques années; ils ne sont pas considérés comme des Basongo Meno.
Les vieilles gens parmi les Basongo Meno sont d’accord pour assurer qu’ils sont venus primitivement du nord, d’une grande étendue d’eau, qu’ils ont traversé d’abord le Lomela et ensuite le Lukenye ; leur chef était un nommé Woto. Il
est peu probable que leur patrie d’origine se trouve aussi loin au nord que celle des Bushongo, et le fait que le couteau de jet se rencontre dans leur pays comme monnaie ne peut être considéré comme une preuve qu’ils l’aient jamais employé auparavant comme une arme de guerre. Sa présence est suffisamment expliquée
par le fait que les Bushongo ont dû passer par le territoire Basongo Meno lors de
leur émigration et qu ensuite les deux peuples avaient des rapports commerciaux
continuels. On peut facilement attribuer à ces rapports certaines ressemblances de leur culture; comme les titres de certains dignitaires des villages Basongo Meno et la parenté lshoke, qui ressemble à celle du Bay des Bushongo. L’apparence du nom de Woto dans leurs traditions s’explique de la même façon, étant donné surtout que d autres légendes ont été empruntées aux Batetela (par exemple celle expliquant la domestication du chien). Une des caractéristiques des Basongo Meno est la facilité avec laquelle ils adoptent les usages de leurs voisins. A l’époque de leur immigration les Basongo Meno portaient leurs cheveux tressés en une natte appelée Losliembe, enroulée sur le haut de la tête ; les marques de la tribu consistaient en 3 ou 4 cercles concentriques sur les tempes et en un certain nombre de lignes composées de trois ou quatre cicatrices elliptiques sur la figure et sur le cou. Les vêtements quils portaient à cette époque étaient teints en noir, mais on ne sait pas s ils étaient faits d’étoffe de palmier ou d’étoffe d’écorce.
Les renseignements donnés plus loin ont été recueillis parmi les Bohindu. Cette tribu est pratiquement sédentaire, mais elle a une tendance à la vie nomade qui se fait voir dans leurs dispositions à changer l’emplacement de ses villages pour des raisons triviales et même à traverser de grands fleuves comme le Lukenye, a la recherche d’une situation favorable. Les principales causes de ces mouvements sont des guerres avec les voisins et de fréquentes maladies dans le village.
On rencontre quelques albinos et on peut observer des cas nombreux de chevelures rousses surtout parmi les enfants; ces individus roux sont tout à fait normaux en
ce qui concerne la couleur de la peau. Les personnes aux mains tachetées sont communes.
Les facultés mentales des Basongo Meno ne semblent pas être développées, et, autant qu’on peut en juger, ils ont une pauvre mémoire. Ils semblent avoir une idée correcte de la situation géographique des tribus environnantes et ce sont de bons traqueurs. L’un de leurs caractères principaux c’est un manque remarquable d’esprit conservateur, et ils semblent toujours prêts à adopter dans la mesure de leurs moyens les habitudes et la civilisation de leurs voisins et notamment des Bushongo avec lesquels ils sont en contact. Malgré cela ils ne montrent aucun intérêt pour l’homme blanc ; au contraire, ils lui sont absolument hostiles et ils font tout ce qu’ils peuvent pour l’empêcher d’entrer dans le pays. Sous ce rapport ils forment un contraste très frappant avec les Bushongo, qui montrent beaucoup d intérêt pour les coutumes et les croyances européennes et ne se fatiguent jamais de faire des questions à ce sujet. Les Basongo Meno semblent se préoccuper fort peu des questions n’ayant pas de rapport avec l’approvisionnement de leurs aliments ; leurs idées au sujet de ce qui est surnaturel sont très vagues et semblent pouvoir se résumer dans la phrase : « On ne peut savoir ».
Ce n’est pas un peuple propre ; chez eux il est considéré comme malsain de se laver.