‹ Notes géologiques sur la SavoieChapitre 2 sur 10 · RÉUNIONS DE SOCIÉTÉS SAVANTES — CARTE GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

RÉUNIONS DE SOCIÉTÉS SAVANTES — CARTE GÉOLOGIQUE

Mon cher directeur,

Permettez-moi de signaler aux lecteurs de la Revue savoisienne quelques nouvelles scientifiques qui peuvent les intéresser.

1° La Société géologique de France a décidé que sa réunion extraordinaire pour 1861 aurait lieu le dimanche 1er septembre, à Saint-Jean-de-Maurienne. Cette décision a été prise sur la demande de M. Lory, professeur de géologie à la faculté des sciences de Grenoble. M. Chamousset, qui se trouvait à Paris au moment

où la proposition a été discutée, l’a fortement appuyée. Si je ne me trompe, M. Hébert, ce savant professeur de géologie de la Sorbonne, a aussi été un des défenseurs de la proposition. Je dis défenseur, car il y a eu hésitation, ballottage : il a fallu lutter contre deux autres propositions.

La ville de Nantes qui a, cette année, une Exposition générale^ avait sollicité la Société pour qu’elle se réunît dans ses murs. Aux attraits de la géologie locale elle avait joint les attraits des fêles et des banquets qu’on laissait adroitement entrevoir. Mais nos géologues sont restés insensibles à toutes les séductions de la grande ville et ils ont préféré les rudes fatigues et les modestes repas des belles montagnes de la Savoie. Coïncidence curieuse, M. Lory a eu à lutter contre sa véritable patrie pour faire choisir sa patrie d’adoption, les Alpes de la Savoie et du Dauphiné qu’il étudie avec tant de succès.

Une question des plus importantes attire la Société géologique en Savoie. La question du terrain anthracifère, depuis si longtemps débattue et qui n’a pu encore être résolue.

Grâce aux beaux travaux de M. Lo*y et à ses infatigables recherches, grâce à une découverte qu’il a faite avecM. Louis Pillet, de Chambéry, la question entre dans une phase toute nouvelle, qui semble devoir amener une solution définitive. Cette découverte de messieurs Pillet et Lofy a été faite près de Saint-Jean-de- Maurienne ; c’est pour cela que la Société géologique a pris renctez-vous dans cette ville.

Mais la solution, de la question anthracifère semble devoir renverser d’anciennes théories émises par des

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géologues du plus haut mérite, par les sommités de la science, de la certaine opposition contre la proposition de se réunir en Savoie.

Pour lutter contre la demande de M. Lory par une autre proposition plus scientifique que les fêtes de Nantes, l’opposition amis en avant les Gorbières. C’est une chaîne de montagnes qui offre le plus grand intérêt, qui a été étudiée par plusieurs géologues très distingués, entre lesquels il faut surtout citer M. d’Archiac, et qui pourtant n’a jamais été visitée parla Société géologique. Heureusement cette proposition d’opposition ne l’a pas emporté. Saint-Jean a prévalu.

A Saint-Jean donc, au 1er septembre.

Vous savez que tout le monde peut assister aux séances et aux courses. Il n’est pas nécessaire d’être membre de la Société.

Les courses seront :

Une visite à ï’Echaillon, pour voir les roches cristallines ou métamorphiques, les grès alternant avec des schistes, les calcaires inférieurs, les gypses et les schistes noirs.

La reconnaissance des terrains qui existent entre Saint Jean et Saint-Michel, et qui, d’après les nouvelles observations, présentent une intercallation de roches nummulitiques au milieu de deux puissantes assises basiques. On s’arrêtera surtout aux carrières qui sont audessous de Montricher, dans lesquelles M. Louis Pillet, le premier, sur les indications de M. l’agent-voyer de Saint-Jean, a constaté la présence des nummulites. Et au Pas du Roc dont les calcaires, correspondant à ceux des Encombres, contiennent quelques fossiles basiques.

L'examen des grès anthracifères entre Saint-Michel et Modane, savoir s’ils forment un fond de bateau, comme on le croyait autrefois, ou s’ils affectent la forme en éventail, comiîie le prétendent les nouveaux observateurs. Voir si la montagne entre Saint-André et Modane est composée de grès anthracifère métamorphosé ou bien si elle est vraiment cristalline.

Visite des travaux pour la percée dite du Mont-Cenis.

Course au fort de FEsseillon et à Bramant. Etude des quartzites, des calcaires superposésdans lesquels MM. de Vignet et Louis Pillet ont trouvé des débris de fossiles, des gypses et cargneules, enfin de l’euphotidè de Viliarrodin.

Passage des Alpes pour se rendre de Modane à Bardonnèche et reconnaissance des diverses roches que doit traverser le tunnel en voie d’exécution. ,

Puis?....

Puis, suivant l’ardeur des membres présents, on se séparera, ou bien, avec l’infatigable M. Lory, on continuera les courses en se rendant, par leMont-Genèvre, dans le Briançonnais.

2° La Société helvétique des sciences naturelles tiendra, cette année, sa réunion générale à Lausanne, sous la présidence de M. le docteur de La Harpe père. Cette réunion dure trois jours. Pour qu’on puisse assister facilement à cette réunion et à celle de la Société géologique de France, il a été décidé qu’elle commencerait le mardi matin 20 août.

Nous connaissons de longue date la bonne et cordiale hospitalité de nos voisins. Nous savons tous comment

ils nous reçoivent au milieu de leurs réunions scientifiques où nous avons tant apprendre. Plusieurs d’entre nous se feront certainement un plaisir d aller assister à la réunion de Lausanne, qui s'annonce comme devant être très nombreuse. D’autant plus nombreuse que la Société helvétique des sciences naturelles se compose non seulement des naturalistes proprement dits (minéralogistes, géologues, botanistes, zoologues), mais encore des astronomes, des physiciens, des chimistes et des médecins. Les hommes les plus distingués de la Suisse, dans toutes ces branches des sciences, se sont donné rendez-vous dans la capitale du canton de Vaud et y ont appelé leurs amis de divers pays.

Plusieurs membres de la Société géologique de France comptent y aller. Puis, en compagnie de divers géologues suisses, ils emploiront les huit ou neuf jours qui séparent le 23 ou le 24 août du 1er septembre à parcourir le nord et le centre de la Savoie. Les collections et les musées d’histoire naturelle de Genève, d’Annecy et de Chambéry auront donc alors de nombreuses visites.

3° Troisième et dernière nouvelle d’un grand intérêt pour la Savoie. M. le professeur Angelo Sismonda, de Turin, qui a étudié les Alpes avec tant de patience et de persévérance, vient de terminer sa magnifique carte géologique des anciens Etats de terre-ferme du royaume de Sardaigne, contenant, outre le Piémont, la Savoie et Nice. C’est un excellent travail qui rendra de grands services à tous ceux qui s’occupent de la géologie des Alpes. Je ne partage point toutes les idées théoriques de M. Angelo Sismonda; mais je suis forcé de reconnaître que son œuvre est consciencieuse, pleine d’érudition,

qu’elle a nécessité les recherches les plus minutieuses et les courses les plus fatigantes. Rien n’a arrêté l’ardeur de l’illustre professeur de Turin. C’est vers le milieu du mois de mai qu’il m’a montré la première épreuve de sa carte. Je suis, m’a-t-il dit, le premier géologue qui l’ait vue.

Pourtant, malgré l’achèvement de son travail, M. Sismonda n’a pas hésité à se rendre, pendant une huitaine de jours, en Maurienne, vers la fin de mai, pour voir la localité où ont été trouvés les nummulites et mettre ainsi sa carte au niveau des découvertes nouvelles.

Cette belle carte, entièrement terminée, doit, je crois, être soumise au public à l’exposition italienne de l’industrie et des beaux-arts qui s’ouvrira à Florence le iH septembre de cette année.

Agréez, etc.

Extrait de la Kkvur SivotsiEiviy e. — N° de juillet 1861.

Annecv, typ. Louis Thésio.

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