Ibid , pp. 351 et
4. Le Livre vert de l'archevêché de Narbonne, publié par Paul Laurent. Paris, 1886.
40 VICTOR MORTET.
Et primo habel in civitale Narbonac palatium suvm novum et pti/chrum^ in quo nunc est aedificata cappella valde pulchra in honorem beatissimi Martialis. — Ilem in dicto palatio, inler turrini beatissinii Marlialis a parte carrieriae, sunl quinque operaloria conducla, per ilominum nieiim Pelrum de Judicia nunc piaesidentein conslrucla, quae valent communibus annis lxxx florenos. — Ilem habel aliud palalium alii conlignnm^, in quo est cappella Snnclae Magdalenae salis pulchra, et lurris anliqua quao consuevil es?e campanile ecclesiae anliquae Narbonensis, cl per Iransaclionem, elc.
L'éditeur de ce recueil fait erreur ed disant purement et simplement que le palais archiépiscopal fut construit sous Pierre de la Jugie. On a interprété d'une manière inexacte les mots palatium novum du premier paragraphe que nous venons de citer; ces mots s'opposent à la désignation de l'ancien palais, lequel subsistait encore à l'époque de la rédaction du Livre vert. On voit que ce Livre n'attribue pas à Pierre de la Jugie la reconstruction du palais archiépiscopal, ce qui est impossible, comme nous l'avons démontré, et ce qu'il n'aurait pas manqué de faire si cette attribution avait répondu à la réalité des choses. Le Livre vert se borne à mentionner, comme étant l'œuvre de Pierre de la Jugie, la construction de la chapelle Saint-Martial qui fait partie du palais archiépiscopal et quelques ouvroirs ou boutiques de marchands attenant à ce palais, tout auprès de la tour Saint- Martial. Peut-être que d'autres travaux intérieurs ou extérieurs s'ajoutèrent plus tard à ceux que le Livre vert vient de mentionner à l'époque de sa rédaction, pendant la durée du séjour de Pierre de la Jugie à l'archevêché de Narbonne.
Le palais archiépiscopal de Narbonne est qualifié de belle demeure « palatium pulchrum » dans le Livre vert, et il méritait vraiment cet éloge. Pendant qu'il était archevêque à Narbonne^, Pierre de la Jugie avait participé, lui aussi, à la
4. « Un second palais contigu au premier, élevé sous l'archevêque Pierre de Monibrun en 1273, avec la chapelle de la Madeleine et une ancienne tour qui fut le clocher de l'église carlovingienne antérieure k la cathédrale Saint-Just. « {Ibid., Introduction au Livre vert, XV.)
2. Le 27 août 4375, ce prélat fut transféré à l'archevêché de Rouen. 11
construction de ce beau monument, en continuant l'œuvre déjà fort avancée de ses prédécesseurs. Natif du Limousin, connaissant bien la cathédrale de Limoges, il n'avait pu vraisemblablement qu'encourager les architectes do l'œuvre de la cathédrale de Narbonne à se signaler dans l'exécution des détails d'un plan grandiose qui rappelait et dépassait à la fois celui de la cathédrale de Limoges, comme Gilles Aycelin devait l'avoir fait avant lui en se souvenant de la cathédrale de Clermont.
§ 3. — Provenance des matériaux employés au palais
archiépiscopal.
Les textes qui viennent de nous fournir à plusieurs égards des renseignements fort appréciables vont encore nous être utiles en ce qui concerne la provenance des matériaux employés aux bâtiments du palais archiépiscopal de Narbonne. Viollet-le-Duc s'est exprimé à ce sujet de la façon sui« vante : « Ces constructions sont élevées en belles pierres de Sijean et de Béziers^ ». Dans un autre passage de son Dictionnaire 2, il fait, nous l'avons vu, le plus grand éloge de la construction de la grosse tour du palais : « Elle se défendait, dit-il, surtout par sa masse, composée d'une excellente maçonnerie de pierre de taille dure de Sainte-Lucie... les assises, réglées de hauteur, sont choisies dans le cœur de la pierre et reliées par un excellent mortier. Dans cette masse, nul craquement, nulle déchirure; c'est un bloc de maçonnerie homogène ». Nous doutons que les carrières situées du côté de Béziers aient fourni les matériaux dont il s'agit.
mourut à Pise en 1376, et, confonnémenl à ses dernières voloniés, ses restes furent transportés à Narbonne et déposés dans un magnifique mausolée en (narbre blanc, élevé de son vivant. Ce tombeau est placé dans le sanctuaire de la cathédrale, au côté droit du mailre-antel. La statue de Pierre de la Jugie formait le principal ornement de ce tombeau; elle en a été séparée et, recueillie au Musée de Toulouse, elle y a été inscrite sont le n* 571 du catalogue. (Cf. Laurent, op, cit.)
4 . Diclionn. raisonné de l'architecture française^ v« Palais, Vil, p. Î3.
î. Ibid., v» Tour, IX, p. 445.
42 VICTOR MORTET.
Le Livre vert de l'archevêché de Narbonne, qui énumère en détail, vers le milieu du quatorzième siècle, celles des possessions domaniales de cette seigneurie ecclésiastique qui étaient comprises dans l'arrondissement actuel de Béziers, ne mentionne point de carrières qui lui auraient appartenu dans la direction de cette ville. Par contre, pour ce qui regarde la terre de Sigean, située au sud de Narbonne, et l'île toute voisine de Sainte-Lucie, le Livre vert^ nous fournit des indications que nous allons utiliser. Il faut savoir d'abord que Sigean et ses environs formaient alors une des possessions archiépiscopales les plus importantes, qui étaient directement rattachées au seigneur archevêque. Notre texte est explicite à cet égard : « Locus de Seiano, qui est totus domini Narbonensis archiepiscopi, cum omnimoda jurisdictione, alta et bassa, et mero ac mixto imperio et primis appellationibus. » Il y avait là notamment un château, avec ses dépendances, qui appartenaient à l'archevêque, f castrum suum proprium cura annexis »; diverses propriétés, divers domaines et revenus s'y trouvaient concentrés et donnaient lieu à des exploitations lucratives. On y exploitait, entre autres produits naturels, des carrières importantes dans les environs de Sigean, à rîle de Cauquenne, tout contre la côte de la Méditerranée. Cette île, aujourd'hui Sainte-Lucie, avait été vendue en 1200, avec tous ses droits, à Bérenger, archevêque de Narbonne, par Udalguier de Sigean, fils de Bernard de Sigean 2. Exploitées vraisemblablement au treizième siècle pour le compte des archevêques, elles l'étaient certainement au milieu du quatorzième siècle. Voici le passage du Livre vert qui en fait foi : « Item 3, de dicto loco sive insula de Cauquena « extrahuntur lapides et quadri. — Item, extrahitur de € dicto loco terra rubea de qua peraguntur panni *, ita quod