Ibid., S 26, p
4. Terre rouge employée pour apprêter les draps; l'industrie des draps était répandue alors dans cette région, ainsi qu'à Garcassonne.
€ nec lapides nec terra de dicto loco debent extrahi sine li- € cenlia doraini archiepiscopi vel gentium suarum et nisi « cum débita satisfactione ; quare de hoc sit attentas bajulus « et custos dictae insulàe qui continue débet ibi presens esse. »
Ainsi, l'on tirail de ces carrières non seulement de simples pierres de construction, mais encore des carreaux qui étaient dégrossis sur place, des blocs de forme quadrangulaire {quadri), destinés à être appareillés et à servir, entre autres usages à des murs de défense soit de face, soit aux angles des corps de bâtiments Un des officiers de l'archevêque, qui était préposé à l'administration de son domaine temporel à Sigean même, le bayle (bajulus), devait* veiller à ce qu'on n'enlevât pas de matériaux sans l'autorisation de l'archevêque ou des gens placés sous ses ordres; en cas de contravention, il devait dresser procès-verbal et entamer des poursuites. Le gardien de rîle Sainte-Lucie (custos) n'avait pas le droit de se relâcher de sa surveillance. Voilà, grâce au Livre vert, des renseignements précis sur l'origine et la provenance des matériaux qui ont dû servir à la construction du palais de Narbonne, sur leur bonne qualité, leur abondance, et la réglementation à laquelle leur extraction donnait lieu. C'étaient là autant de motifs sérieux pour qu'on ne s'adressât point à d'autres carrières plus ou moins éloignées de la métropole narbonnaise. Les observations techniques faites par Violletle-Duc', en ce qui concerne la pierre de Sigean, reçoivent des documents mêmes une confirmation qui méritait, pensonsnous, d'être signalée aux archéologues.
\. Dans le devis de la conlinualion des travaux à faire à la calhédraU de Narbonne, par Viollet-le-Duc (4 842), les voûles devaient ôlre exécutées en pierre de laille de Sainte-Lucie et en moellons, et soutenues par des contre-forts. (Voy. L. Narbonne, op. cit., 4897, 1, p. 389.)
44 VICTOR MORTET.
§ 4. — Relations ecclésiastiques et artistiques entre Nar-
bonne et Avignon.
Il nous reste eafin à examiner une dernière question : Y eut-il des rapports, au point de vue des grandes constructions de Narbonne et d'Avignon, dans le second tiers du qualorsiècle, entre la Cour des papes et le clergé de la métropole narbonnaise, et peut-on tirer des textes contemporains quelque utile indication à ce point de vue?
Constatons d*abord qu'il est impossible de nier l'influence de l'architecture française du Midi de la France sur le monument du palais pontifical d'Avignon. « L'architecture italienne du quatorzième siècle, écrit Viollet-le-Duc*, soit que nous la prenions dans le sud ou dans le nord de la péninsule, ne rappelle en rien celle du palais des papes. Depuis la tour de Trouillas jusqu'à celle des Anges, dans toute l'étendue de ces bâtiments, du nord au sud, de l'est à l'ouest, la construction, les profils, les sections de piles, les voûtes, les baies, les défenses appartiennent à l'architecture française du Midi, à cette architecture gothique qui se débarrasse difficilement de certaines traditions romanes. L'ornementation, très sobre d'ailleurs, rappelle celle de la cathédrale de Narbonne dans ses parties hautes, qui datent du commencement du quatorzième siècle. Or, la cathédrale de Narbonne est l'œuvre d'un architecte français, le même peut-être qui a bâti celle de Clermont, en Auvergne, et celle de Limoges, ainsi que peut le
faire supposer la parfaite conformité de ces trois plans
Le palais archiépiscopal de Narbonne, dit encore le même auteur 2, est d'autant plus curieux à étudier qu'il dut servir de point de départ pour construire le palais des papes à Avignon ». Il est vrai de dire que l'ensemble du monument d'Avignon est autrement grandiose que celui de Narbonne.
r Viollel-le-Uuc, Dict. rais., VII, \« Palais, p. 28. Voy., ibid., les fig. 14, 15 et 16, relatives au palais d'Avignon.