Op. cit. y suprc'i, en note
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cathédrale de Girone, par exemple, et à Saint-Narcisse de la même ville. » De vastes fenêtres sont percées au-dessus du triforium jusque sous la naissance des voûtes.
Les relations artistiques entre Narbonne et l'église de Girone apparaissent même au delà du quatorzième siècle. Une délibération du chapitre de Girone nous apprend qu'en 1417 cette assemblée provoqua une consultation d'architectes au sujet des travaux à poursuivre à la cathédrale de cette ville. Parmi les maîtres d'oeuvres qui furent appelés à donner leur avis dans cette circonstance, on remarque Jean de Guingamp, tailleur de pierres, habitant de la ville de Narbonne : « Johannes de Guingamps, lapiscida, habitator civitatis Narbonae*... » Cet exemple d'un architecte du Nord établi à Narbonne n'est pas le seul assurément qu'on aurait à citer, si l'on avait la liste de tous les artistes qui ont travaillé aux monuments de l'ancienne cité narbonnaise.
Enfin, d'autres architectes vinrent encore d'au delà des Pyrénées pour travailler à la cathédrale de Girone. Ce furent, en 1397, un architecte picard, Pierre de Saint- Jean 2, et en 1427, Rollin Vautier, qui était établi dans le diocèse de Béziers'. Voilà assez d'exemples qui démontrent la grande influence que l'art de l'architecture gothique française exerça sur ce point en Catalogne, après s'être fait sentir dans le Bas-Languedoc, dans la ville même de Narbonne.
Nous avons dit plus haut que l'acte de Girone n'était pas le plus ancien type du genre de convention, dont il nous a con* serve un exemple très intéressant. Ce document n'est pas un devis de construction, il n'a pas de caractère descriptif ni estimatif ; c'est un marché personnel , un contrat de louage
4. Deliberatio capttuli Gerundensis super prosecutione fabricœ eccL calhedralis, [apendice de documenlos), dans Villanueva. (0 >. cit., t. XII, p. 334.)
2. Slreel, op. cit„ p. 319, en noie, d'après Villanueva : « En 4397, Irabajaba Pedro de San Juan, de nalione Picardiœ. » (XII, p. Ht.)
3. Villanueva, ibid. : « En U27, entrô â ser su direclor (de la obra de la catedral) Rotlinus Vautier, dioces. Biterrensis » (p. 474).
de services, comme on dit en langage juridique, contrat qui règle les conditions à remplir par l'architecte qui loue ses services et son talent de maître d'oeuvre à une fabrique d'église qui, de son côté, s'engage à remplir certaines obligations. Ce genre de marché rappelle tout à fait celui que J. Quicherat a commenté sous le titre de Marché conclu pour V achèvement de l'église de Saint- Gilles, en Languedoc (1261)*, d'après la communication faite par M. de Lamothe, archiviste du Gard, au Comité des travaux historiques. C'est un contrat pour la construction de la célèbre église de Saint-Gilles, qui fut passé entre un maître de pierres, Martin de Lonay, domicilié à Posquières (auj. Vauvert), et l'abbaye de Saint-Gilles , représentée pour la circonstance par l'abbé, son supérieur, et par Vobrier ou surintendant des bâtiments du monastère. D'après les conditions du marché, maître Martin prend sur lui la charge d'ordonner, deviser et diriger l'ouvrage, d'indiquer les achats à faire et de surveiller les fournitures. On fixe son salaire, son indemnité d'habillement, le prix de sa nourriture. « Il résulte, dit Quicherat, d'une dernière clause, que l'architecte ne se proposait de résider à Saint Gilles que pendant les mois d'été; car on lui impose l'obligation, pour le temps qui s'écoulera entre la Saint-Michel et la Pentecôte, de venir en toute hâte lorsque l'abbé ou Vobrier le manderont, pour aviser, quelque chose d'imprévu survenant dans le cours de l'opération* ».
Nous ignorons à quelles conditions l'Église de Narbonne engagea successivement les maîtres constructeurs qui travaillèrent à la cathédrale de cette ville; il ne reste plus, comme nous l'avons dit, de comptes de fabrique qui nous renseigneraient à ce sujet. Ce que nous savons, c'est que Ton possède encore le nom d'un autre architecte du quatorzième siècle que l'on trouve employé vers le milieu de ce siècle aux travaux de construction de la cathédrale. Un acte de procédure de 1346 contient la mention suivante : < Acta fuerunt
4. Mélanges d'archéologie et d'histoire, pp. 476 et sq. (Extrait de la Revue des Sociétés savantes, 6* série, t. VIN (4878), pp. 4 47 à 424.) î. lbid.,\). 477.
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hec^., inpresencia,., Raimundi Aycardiy massoni seu operarii ecclesie Narbone^ ». Raymond Aicard, qualifié de massonus seu operariuSy est un architecte qui devra figurer désormais à côté de Jacques Favari. Ainsi que ce dernier, il devait appartenir au Midi de la France, xomme spn nom et son prénom nous l'indiquent. Il a pris part, avec ses devanciers, à Texécution d'un plan et d'une œuvre considérables qui rappellent les formes de l'architecture du Nord avec une certaine fusion des procédés usités dans le Midi de la France.
§ 2. — Comparaison de la cathédrale de Narbatme ttnec les cathédrales de Limoges et de Clermont-Ferrcmd : eoçpansion de l'art français dans le Languedoc.
Viollet-le-Duc, en comparant les cathédrales de Limoges et de Clermont, en Auvergne, avec celle de Narbonne, a constaté, nous le savons, une similitude de procédés de construction qui montrent que ces trois édifices appartiennent à la même école d'architecture. Or, « les travaux de Saint-Just commencèrent en 1272. La cathédrale de Limoges fut commencée en 127o. La première pierre de Clermont fut posée, en 1248, par l'évêque Hugues de la Tour avant son départ pour la croisade ; les travaux ne commencèrent réellement qu'en 1253; le chœur était déjà terminé en 1265^ ». Pour les cathédrales de Clermont et de Limoges, non seulement ce sont les mêmes plans, mais les mêmes profils, les mêmes détails d'ornementation, le même système do construction. Il se pourrait, cependant, dit Viollet-le-Duc, que la cathédrale de Narbonne, tout en appartenant à la même école que les deux autres, ait été bâtie par un autre architecte, originaire du Nord comme ceux des deux autres cathédrales, mais qui aurait fait, chose
1 . Celle précieuse indicalion a élé recueillie par M. L. Narbonne dans Vfnvenlaire des Arch. commun, de Narbonne, de Mouynès, sér. AA, annexes, p. 338. Voy. L. Narbonne, op. cil,. Bull, de la Comm. archéoL de Narbonne, 1897, p. 378.)
2. L. Narbonne, op, cil, (Bull, de la Comm. arch.y 1897, 2® sem.^ pp. 393 et suiv.)
digne de remarque, une concession marquée aux traditions méridionales.
Nous ferons observer que ces doijnées archéologiques, que Ton peut tirer de Texamen de la cathédrale de Narbonne, paraissent bien concorder avec les indications philologiques que nous puisons dans les textes parmi les noms et les prénoms des constructeurs que nous venons de passer en revue. Si l'architecte nommé Henri, dont il a été question plus haut, a été réellement maître des œuvres à Narbonne, sa dénomination rappelle bien, nous le répétons encore, une origine septentrionale. Si l*on admet aussi que le nom de Jacques de Favari (ou encore Favarii) a été latinisé plus ou moins heureusement dans l'acte qui nous intéresse, il se peut — et cela est très vraisemblable — que cet architecte soit originaire du versant méridional du Massif central. On trouve, en effet, la forme topographique Favars ' dans la Corrèze, le Cantal et TAveyron; la forme Favart se rencontre dans la Corrèze. Cette remarque n'est pas sans intérêt, croyons-nous; elle aide-
rait peut-être, entre autres raisons, à expliquer comment on trouve des ressemblances sensibles entre la cathédrale de Narbonne et deux autres cathédrales. Tune du Centre et l'autre du Limousin, par suite de la présence à Narbonne de constructeurs venus de la région avoisinant le Massif central de la France et connaissant les procédés de construction qu'on avait appliqués dans cette contrée à de grands monuments religieux.
Enfin, un archevêque de Narbonne qui a joué un rôle considérable dans son diocèse n'a pu manquer, semble-t-il, de participer à entretenir d'une façon ou d'une autre l'influence que l'architecture de la cathédrale de Clermont a exercée sur le grand monument de Narbonne.
Gilles Aycelin 2, qui fut archevêque de Narbonne, apparie-
4. Nous ne connaissans pas d'exemples de celle forme topographique pour l'Aude et les déparlements liinilrophes.
2. Gel archevêque vient d'ôlre tout récemment le sujet d'une savante notice de M. Léopold Delisle dans V Histoire litléraire de la France^ t. XXXII, pp. 47*^-502.
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tenait à une famille seigneuriale de l'Auvergne. Il avait fait partie du chapitre de l'église de Clermont, et il y avait rempli des fonctions qui l'avaient amené à s'occuper du temporel de cette église, où nous le trouvons prévôt du chapitre en 1285. Il obtint en même lemps une prébende dans la cathédrale de Narbonne, et il avait les titres de prévôt de Clermont et de chanoine de Narbonne, lorsque Philippe le Bel le chargea d'une mission, en 1288, à la cour du pape. L'un de ses frères, du nom de Jean, fut évêque de Clermont depuis 1298 jusqu'en 1301. Gilles Aycelin resta en relation avec le chef-lieu de ce diocèse, et il eut l'occasion de s'y rendre de Narbonne. C'est au château de Chateldon (Puy-de-Dôme), où il aimait à résider, qu'il fît son testament (13 décembre 1314). Il avait été archevêque de Narbonne avant d'occuper le siège archiépiscopal de Rouen, de 1291 à 1311, c'est-à-dire à une époque où de grands travaux eurent lieu à la cathédrale. Nous avons vu que Gilles Aycelin contribua beaucoup à foire avancer l'œuvre de reconstruction de la cathédrale, et qu'il obtint de Nicolas IV l'autorisation de consacrer aux dépenses de l'œuvre le revenu d'une année de tous les bénéfices des diocèses qui viendraient à vaquer pendant cinq années (23 mai 1291); qu'un peu plus tard, le 23 août 1297, il fit accorder par Boniface VIII, des indulgences aux fidèles dont les offrandes contribueraient à faire avancer le travail de reconstruction ; et qu'enfin, sous son archiépiscopal, une bulle de Boniface VIII, du 16 novembre 1303, autorisa le chapitre de Narbonne à percevoir de nouveaux deniers imputables aux travaux de l'édifice de la cathédrale. Dans son entourage, on peut citer divers personnages ecclésiastiques du diocèse de Clermont, notamment le chanoine Pierre Gérard qui souscrivit quelques chartes*. Il nous paraît très vraisemblable que Gilles Aycelin, qui avait pu admirer depuis de longues années l'œuvre de la cathédrale de Clermont avant d'occuper le siège archiépiscopal de Narbonne, qui aidait à voir se réaliser dans la cathédrale de cette dernière ville un vaste monument dans un