DERNIÈRES NOTES
Naguère les historiens les plus graves et les publicistes les plus célèbres s'occupaient beaucoup du rôle présumé du roi Léopold 1 er dans ce qu'on appelait la question des mariages espagnols. 11 nous est possible aujourd'hui de mieux affirmer encore que ce rôle fut parfaitement désintéressé et que le roi des Belges ne cessa jamais de se préoccuper, avant tout, des intérêts du pays qui lui avait remis ses destinées.
Sous la date du 2S octobre 1842, il avait été conclu par la Belgique avec l'Espagne un traité
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de commerce qui n'a pas été ratifié, les Cortès espagnoles n'ayant pas été appelées à l'approuver. Ce traité fut négocié et signé à Bruxelles par don Salustiano de Olozaga, ambassadeur à Paris de la reine d'Espagne, encore mineure, sous la régence d'Espartero, qui suivit l'expulsion de Marie-Christine. La reine Isabelle n'avait que douze ans ; cependant il était déjà question de la marier et le neveu du roi Lépold I er , le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Cohary, était considéré comme un des prétendants à sa main ; on peut croire que la négociation commerciale avec la Belgique notait qu'un prétexte et que le véritable but était de trouver l'occasion d'intéresser le roi Léopold à ce mariage. Pendant son séjour à Bruxelles, M. Olozaga vit beaucoup M. Nothomb, alors ministre de l'intérieur et chef du cabinet; il n'aborda jamais nettement la question, mais plus d'une fois il dit au ministre belge que, pour constituer l'Espagne, il fallait marier la jeune reine, qu'elle était déjà en âge de se marier.
M. Nothomb crut de son devoir de rendre compte au roi de ces insinuations avec l'intention de savoir jusqu'à quel point il pouvait se prêter à une ouverture.
Le roi lui répondit : « Vous serez étonné d'ap-
prendre qu'entre le roi Louis-Philippe et moi il n'a jamais été échangé un mot en ce qui concerne le mariage de la reine d'Espagne. Mais je sais par la correspondance de notre reine que le roi est contraire au mariage de mon neveu avec la reine Isabelle; il a proclamé que la reine d'Espagne devait épouser un Bourbon ; cela me suffit; il s'agit de tout notre système d'alliance avec la France, et je ne veux pas le compromettre en risquant un mariage auquel mon neveu ne tient peut-être pas; j'ai donc fait savoir au prince Léopold qu'il eût à s'abstenir et je m'abstiens de mon côté. — C'est assez vous dire, ajouta le roi, toujours en s'adressant à M. Nothomb, que vous ne devez rien faire qui puisse amener une ouverture de la part de M. Olozaga et qu'au besoin vous devez la décliner. Le roi Louis-Philippe a tort peut-être de ne pas vouloir du prince Léopold pour mari de la reine d'Espagne; un autre de mes neveux ne l'a pas gêné à Lisbonne; celui-ci ne le gênerait pas davantage à Madrid; je crois même que la reine Marie-Christine n'est pas contraire au prince Léopold, mais l'opinion du roi Louis- Philippe l'emporte à mes yeux; je ne la discute pas. »
M. Olozaga quitta donc Bruxelles quelques