‹ Notes historiques et biographiques (volume 2)Chapitre 11 sur 21 · MM · texte numérisé non relu

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jours après avoir signé avec le comte de Briey (') le traité de commerce, sans avoir été amené à s'ouvrir au sujet du mariage de la reine.

Rien ne fait supposer que le roi Léopold I<* ait abandonné la ligne d'abstention qu'il avait indiquée à M. Nothomb ; il eût dépendu de lui de mettre dans ses intérêts l'ambassadeur Olozaga, le régent Espartero et l'ex-régente Marie-Christine, qui avait d'ailleurs une grande confiance en lui, mais il s'agissait de l'attitude de la Belgique vis-à-vis de la France et il n'a pas voulu, pour un avantage très -problématique de famille, compromettre les relations du pays p).

Le traité de paix du 19 avril 1839 avait réconcilié de fait la Belgique et la Hollande, mais sans amener encore entre les deux peuples séparés par la révolution de 1830 une entente intime et cordiale. Les coups de foudre de 1848 furent de sérieux avertissements; l'existence d'un danger commun frappa tous les esprits en

(') Ministre des affaires étrangères.

(•) On trouvera dans l'appendice deux lettres curieuses du comte Gh. de Marnix, ministre de Belgique à Madrid, sur l'épisode mémorable qui, au mois de décembre 1843,' précipita M. Olozaga du faîte du pouvoir et l'obligea à prendre le chemin de l'exil, en attendant un retour de fortune.

Hollande. Dès lors les principaux hommes d'État des Pays-Bas manifestaient pour notre pays les dispositions les plus favorables et on rapporte même que le roi Guillaume II montrait le désir de se trouver en première ligne avec l'armée hollandaise pour combattre, le cas échéant, les projets de conquête de la France.

Le péril imminent que la révolution de février pouvait faire courir aux nationalités belge et néerlandaise, la solidarité d'intérêts et de vues qui en résulta pour les deux gouvernements, les discours tenus à Bruxelles par le ministre du roi Guillaume II, tout faisait naître l'espoir que le gouvernement des Pays-Bas, n'écoutant que son intérêt politique, se prêterait facilement à un arrangement propre à maintenir l'ordre et la tranquillité sur ses frontières les plus vulnérables. C'est pour atteindre ce but que le général Willmar, ministre de Belgique à la Haye, et M. de Jaegher, gouverneur de la Flandre orientale, furent, au mois de mars, chargés de tenir au cabinet hollandais le langage suivant : « La révolution qui vient d'éclater à nos portes menace autant la Néerlande que la Belgique ; étroitement unis, nous pouvons conjurer le danger ; divisés, nous pouvons succomber l'un après l'autre ; votre souverain l'a dit : La Bel-

gique est en ce moment le boulevard de la Hollande. Dans ces graves conjonctures, la Belgique vous demande quelques légers avantages pour l'exportation de ses tissus de coton aux Indes orientales; en retour de cette faveur, elle vous garantit le maintien de la pnix et de la tranquillité à vos frontières. » Ces paroles furent écoutées avec bienveillance, et un des ministres (M. de Randwyck) fit même, dit-on, aux négociateurs quelques promesses verbales. Mais lorsque la tempête perdit de sa force, lorsque la Néerlande eut eu le temps de se reconnaître, lorsque M. de Schimmelpenninck, rappelé de Londres pour entrer dans un nouveau cabinet, eut apporté l'assurance que le gouvernement britannique ne laisserait pas périr la nationalité hollandaise, le langage changea. On montrait toujours de la sympathie pour la Belgique, mais on n'était plus disposé à lui accorder aux Indes un privilège en désaccord avec les vieilles traditions de la Néerlande.

Dans les premiers jours de septembre, le gouvernement bolge fit toutefois une nouvelle tentative. Un ancien membre du Congrès national, qui, depuis l'avènement du roi Léopold I er , avait occupé les plus hautes positions dans l'État et qui avait été mêlé à toutes les grandes négo-

dations, commerciales et financières, M. Liedts, ministre d'État et gouverneur du Brabant, fut chargé d'une mission secrète à la Haye ('). Il la remplit avec l'intelligence et le tact dont il avait déjà donné tant de preuves. 11 n'était revêtu d'aucun caractère officiel; il paraissait faire un simple voyage d'agrément et n'avoir d'autre but, dans ses communications avec les hommes d'État hollandais, que d'entretenir les cordiales relations qu'il avait déjà nouées avec eux, soit à la Haye, soit à Bruxelles. En réalité, il devait sonder attentivement leurs dispositions fiscales et s'assurer si lecabinetdeBruxelles pouvait persister dans l'espoir qu'il avait conçu au mois de mars, ou bien s'il devait y renoncer définitivement.

De là, un long et curieux entretien avec le ministre des affaires étrangères, M. le baron de Bentinck, rappelé récemment de Bruxelles où il représentait le roi Guillaume III.

Le baron de Bentinck logeait à l'hôtel de

(') M. Liedts avait été ministre de l'intérieur en 1840-1841, et président de la Chambre des représentants pendant cinq années (1843-1848). En 1839, il avait rempli une mission spéciale à Utrecht pour l'exécution des stipulations financières du traité de paix avec la Hollande.

Turenne, à la Haye, et travaillait le jour au ministère. M. Liedts lui dit qu'il venait de son hôtel, où il avait espéré le rencontrer.

— Je n'ai pas, répondit-il, loué de maison parce que notre ministère n'est qu'un ministère de transition ; aussitôt que la révision de la loi fondamentale sera achevée, ce qui aura lieu sous peu.j'espère, comme plusieurs de mes collègues, que le roi daignera accepter notre démission et qu'il me permettra de reprendre mon poste à Bruxelles.

— Si tels sont vos vœux, vous devriez, en habile diplomate, faire précéder votre retour parmi nous par l'annonce de quelque acte, qui, tout en resserrant les liens entre les deux pays, assure chez nous la continuation du travail, et prévienne toute commotion politique.

— J'y ai souvent songé; ce serait un moyen de me faire bien venir chez vous : mais croyezmoi, monsieur Liedts, nous ne sommes pas en situation de rien faire. La refonte de nos institutions fondamentales est un acte d'une telle importance, elle nous occupe si exclusivement, nous avons pour l'accomplir tant de difficultés

, à vaincre, que ce serait folie à nous, ministres d'un jour, de nous créer des difficultés nouvelles; et c'en eût été une énorme, si nous

avions accordé à l'industrie gantoise Je privilège qu'on réclamait pour elle, il y a quelques mois.

— Sans doute, la réforme de la constitution a une grande importance, mais ce qui n'est pas moins important, c'est que, vous et nous, nous traversions heureusement la tempête qui continue à nous menacer.

— Nous avons craint un instant, ajouta M. de Bentinck en riant, de voir arriver ici les Français et les Belges en même temps, mais cette peur est passée; nous craignons en ce moment plus le Nord que le Midi ; les événements qui se passent en Allemagne nous préoccupent beaucoup .

— Motif de plus pour que vous cultiviez l'amitié de la Belgique, car en supposant que l'horizon s'éclaircisseauMidi,ceque je n'admets pas, le Nord devient de plus en plus menaçant, et le moment n'est peut-être pas éloigné où vous aurez besoin de compter sur le bon voisinage de la Belgique.

— Aussi nous y comptons comme la Belgique peut compter sur nous.

— Jusqu'ici, monsieur le Ministre, nous n'apercevons pas trop les marques de votre sympathie Dans peu de jours je serai de

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retour à Bruxelles; vous connaissez mes relations intimes avec les membres du cabinet :

m'autorisez-vous à leur dire que je vous ai trouvé dans des dispositions telles que, si on donnait plein pouvoir à notre ministre à la Haye ou à tout autre, on pourrait reprendre utilement l'affaire abandonnée au mois de mars, ou toute autre combinaison, avec cette différence que je tâcherai de faire comprendre à MM. les ministres belges la nécessité où vous êtes d'exiger un avantage matériel en compensation de l'avantage que vous feriez à nos industries....?

— Ni convention à titre gratuit ni autre. Le moment n'est pas venu; le cabinet qui nous succédera sera peut-être mieux posé pour traiter, mais, quant à nous, dans la situation précaire où nous sommes, en présence d'une Chambre qui va se réunir en nombre double, avec une industrie cotonnière aux abois, avec les préoccupations que nous donnent les événements d'Allemagne, nous n'oserions songer à une négociation de ce genre.

— C'est jouer gros jeu, monsieur le Ministre, car enfin, si, ce qu'à Dieu ne plaise, l'absence de' travail compromettait l'ordre en Belgique , je veux bien admettre un instant avec vous,

quoique ce soit peu probable, que le torrent ne vous envahirait pas; mais il en résulterait tout au moins une stagnation immédiate dans toutes les relations, et, dans ce cas, vos industries auraient des souffrances bien autrement cruelles à endurer de ce désastre que de quelques minces concessions qui auraient pu maintenir la tranquillité en Belgique.

— J'ai trop bonne opinion de votre pays, monsieur Liedts, pour craindre ces malheurs; l'ouvrier de Gand souffre, mais il se résigne, et tout ce que nous savons de celte ville nous autorise à croire que vous passerez facilement l'hiver.

— Je ne puis donc, en parlant à Bruxelles de votre prochain retour, accompagner cette bonne nouvelle d'aucune annonce de soulagement à notre malaise industriel?

— Malheureusement non.

— Et MM. vos collègues sont-ils tous dans les mêmes dispositions d'esprit que vous?

— Ils sont encore plus opposés que moi, si c'est possible, à toute reprise de négociations.

M. Liedts, peu satisfait, voulut s'éclairer sur la situation réelle du ministère, en s'adressant à un personnage, dans l'intimité duquel il avait

autrefois vécu pendant plusieurs mois en Hollande : c'était M. Baud, ancien gouverneur général des Indes orientales et ministre des colonies sous l'administration précédente.

M. Baud n'hésila point à reconnaître qu'il n'v avait plus en Hollande, pour le moment, un véritable ministère.

— Je comprends alors, lui dit M. Liedts, pourquoi toute négociation a été impossible au mois de mars, quelque impérieuses que fussent les circonstances.

— C'est évident, et il en serait de même aujourd'hui. Du reste, il y a d'autres motifs que l'absence d'un ministère sérieux; nous avons les mêmes besoins que vous, notre industrie des tissus est aussi souffrante que la vôtre, et nous ne pouvons y porter remède.

M. Liedts lui dit que sa retraite du ministère était un fait regrettable pour la Belgique; qu'avec l'intelligence qu'il avait des affaires, la négociation eût eu une meilleure issue.

— Sans doute, répondit-il, vous eussiez eu quelques chances de plus qu'en traitant avec des ministres qui ne sont considérés ni par le public, ni parles Chambres, ni par eux-mêmes, comme des ministres sérieux; cependant ce serait vous faire illusion que de croire que, moi

ministre, la réussite serait certaine. Ce que vous ignorez peut-être, c'est que le pays, et le roi surtout, voient le salut des Pays-Bas dans le monopole de la mère patrie avec les colonies. On est tellement jaloux de ce privilège que la moindre dérogation qu'on voudrait y faire exciterait des clameurs d'un bout du pays à l'autre.

— Mais si la Belgique offrait des compensations

— Tout cela ne suffirait pas, le monopole avec Java est une espèce d'arche sainte à laquelle aucun ministère n'osera toucher d'ici à fort longtemps.

Lorsque M. Baud témoigna toute son admiration de la conduite sage, ferme et intelligente que le gouvernement belge avait tenue dans les circonstances difficiles où il s'était trouvé, M. Liedts lui dit :

— Vous ressemblez un peu aux habitants d'un polder qu'une forte digue protège contre les inondations et qui se bornent à féliciter le propriétaire riverain de la mer de l'intelligence et de la fermeté avec lesquelles il entretient et surveille la digue ; ce propriétaire leur dirait à bon droit : vous m'adressez des éloges, c'est fort bien, mais vous feriez mieux encore si vous

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me prêtiez votre concours pour lutter contre les eaux.

— Pardon; la comparaison manque de justesse : nous ne sommes pas habitants du même polder. Vous avez vos digues à surveiller; nous avons les nôtres. Seulement les vôtres sont un peu plus exposées que les nôtres. Voilà toute la différence....

Par ses hautes qualités et sa renommée, Léopold I er , à la différence d'autres souverains, donnait de l'importance à son royaume au lieu de lui en emprunter. On ne pourrait contester la justesse de cette remarque de lord Bulwer : « Les monarques ceints des couronnes les plus puissantes invoquaient les conseils et l'arbitrage du glorieux chef des Belges. » Un i Ole passif, effacé, ne pouvait convenir au roi Léopold et, d'après lui, ne convenait pas toujours à la Belgique.

C'est ainsi que le commandeur Spada, dans son Histoire de la révolution romaine, rapporte que, à la suite du meurtre de l'infortuné Rossi, Pie IX s'étant enfui de Rome (24 novembre 1848), et ayant cherché un refuge à Gaëte, le roi des Belges, suivant l'exemple de l'empereur de Russie et du roi de Prusse, n'hésita

point à offrir au pape une armée de secours (').

L'intervention de Léopold 1 er dans la fatale expédition du Mexique ne fut point aussi spontanée. A cet égard, et pour constater la vérité, il faut recourir à un document trop peu connu. Il s'agit du rapport adressé, le 30 septembre 1867, par M. Sanford, ministre des États- Unis à Bruxelles, à M. Seward, secrétaire d'État de la république. C'est un témoignage précieux, parce qu'il est fondé sur une irrécusable impartialité. M. Sanford s'exprimait en ces termes :

« On éprouve toujours ici le plus grand

intérêt touchant l'origine, les progrès et la non-réussite du projet de créer un empire dans la république du Mexique; tous les jours de nouveaux documents apparaissent; ils sont lus avidement par le public; car ils soulèvent le voile qui couvre l'histoire mystérieuse de cette entreprise mal conçue.

( l ) Le commandeur Spada ajoute : « Le général Olivier .. dit à l'auteur même de ce livre que, si les offres belges « avaient été acceptées, il était, lui (général Olivier), « destiné à commander un corps de dix mille hommes. » (Sloiïa délia rivoluzwne romana dal \ guigno al 15 luglio 1849, par le commandeur Spada, t. III, p. 189.)

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« Je ne pense pas m'éloigner de la question en rectifiant une erreur populaire d'après laquelle Léopold 1er serait le promoteur et rinstigateur

de ce soi-disant empire du Mexique. Je suis fondé à croire tout le contraire et je puis ajouter, d'après une haute autorité, que du moment où la couronne impériale fut offerte à l'archiduc Maximilien, le roi résolut de n'exercer, à ce sujet, aucune influence ni sur lui ni sur sa fille.

« Quand les premières ouvertures leur furent faites, Sa Majesté dit, dans une conversation intime, qu'elle ne croyait pas qu'ils les accueilleraient favorablemet et, plus tard, quand Maximilien et l'archiduchesse reçurent des propositions formelles, le roi répéta mainte et mainte fois qu'il était fermement résolu à les laisser agir d'après leurs inclinations personnelles et qu'il s'abstiendrait de tout conseil, soit dans un sens, soit dans l'autre.

« Je crois devoir à la mémoire d'un homme, grand par l'intelligence et par le cœur, et dont l'intérêt chaleureux et éclairé pour les États- Unis est fréquemment attesté dans les archives de cette légation, je crois devoir recueillir ici la rectification dont il s'agit, quoique les faits, communiqués depuis longtemps d'une manière

plus irrégulière, ne soient pas nouveaux pour vous.

« Il n'est pas à nier que le roi, mu par un sentiment de sollicitude paternelle, après que ses enfants se furent décidés à entreprendre cette périlleuse aventure, ne favorisât la reconnaissance de l'empire du Mexique et la formation d'une légion belge de volontaires qui pût servir de protection à sa fille; mais l'histoire ne pourra lui reprocher d'avoir été directement ou indirectement responsable du projet de former l'empire du Mexique. »

Nous n'avons plus à parler des relations de Léopold I er avec l'empereur Napoléon 111. On sait que les rapports personnels du premier roi des Belges avec le second empereur des Français furent, pendant quelques années, empreints d'une assez grande cordialité. Et cependant la vieille expérience du Nestor des rois (comme on l'appelait) était toujours en éveil. 11 prédisait même les événements futurs, lorsqu'il écrivait à l'un de ses confidents : « Les agents du gouvernement français ne savent rien, puisqu'il n'y a pas, à proprement dire, un gouvernement, mais la volonté de l'empereur; il écoute quelquefois, mais il prépare dans son ordre d'idées et fait

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exécuter. . N est-ce pas la cause déterminante de 1 injuste, de l'effroyable guerre dans laquelle s est écroulé le second empire, après des desastres qui ont fait oublier Crécy, Poitiers Azincourt, Waterloo?

APPENDICE

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