LE PRINCE LÉOPOLD DE SAXE-COISOURG AVANT
J'ai eu sous les yeux une très-curieuse lettre que le prince Léopold de Saxe-Cobourg, de retour d'un de ses voyages sur le continent, adressait, en 1828, à la duchesse Ma rie- Amélie d'Orléans. 11 se trouvait, disait-il, très-isolé au château de Claremont, n'ayant pour toute compagnie, au moment où il écrivait, que le chien favori couché à ses pieds. Cette solitude lui paraissait pénible lorsqu'il se rappelait (et c'était un souvenir tout récent) l'aimable société qu'il rencontrait à Neuilly et au Palais-Royal. Il avait peine toutefois à s'arracher à Claremont,
et il voyait venir avec humeur le jour prochain où il devrait endosser l'uniforme pour assister à un des levers du roi et se tenir pendant plusieurs heures aux côtés de Georges IV.
Cette lettre, à la fois pleine d'humour et de délicatesse, attestait les cordiales relations qui existaient entre la maison d'Orléans et le prince Léopold.
Au printemps de l'année 1829, le duc d'Orléans voulut montrer l'Angleterre au duc de Chartres, son fils aîné. Ils n'eurent qu'à se louer de l'accueil du roi et des empressements des membres de la famille royale. Ils dînèrent chez le prince Léopold, à Marlborough-House.
Le 16 août suivant, le prince Léopold, avec une suite nombreuse, vint à Bruxelles. Il ne pouvait avoir le pressentiment que deux années plus tard il serait roi des Belges; car rien encore ne faisait prévoir la dissolution prochaine du royaume des Pays-Bas. Le prince se rendait en Suisse; il y rencontra l'archiduchesse Marie- Louise : aussitôt les journaux anglais s'émurent et attribuèrent cette rencontre, peut-être fortuite, à un projet de mariage avec la veuve de Napoléon I er .
Au mois d'avril 1830, le prince Léopold se trouvait de nouveau à Paris. Le 12, il dîna avec
le roi Charles X et la famille royale. Les nouvellistes s'agitèrent encore une fois. Les uns parlaient d'un mariage avec la duchesse de Berry ; d'autres soutenaient que le prince Léopold devait s'unir à la fille aînée du duc d'Orléans et que son voyage à Paris n'était point étranger au désir d'aplanir les difficultés qui s'opposaient encore à l'hymen projeté. Il y eut une troisième version. Un journal de Berlin prétendit, d'après des lettres particulières des pays du Rhin, que le prince Léopold, proclamé souverain de la Grèce ('), devait épouser la fille du duc de Plaisance (le ci-devant consul Lehrun), qui était déjà arrivée à Athènes avec sa mère. On évaluait, ajoutait-il, la fortune de cette héritière à trente millions de francs.
Léopold n'épousa ni la duchesse de Berry ni la duchesse de Plaisance. 11 renonça à la souveraineté de la Grèce et accepta la royauté helge,
(') L'offre de cette souveraineté lui avait été faite officieusement, dès 1825, par les députés grecs envoyés à Londres. Ils le préféraient au duc de Sussex et l'opposaient à un prince de la maison d'Orléans, soutenu par le gouvernement français. On trouvera dans l'appendice un extrait intéressant du protocole de la conférence du 29 septembre 1825 entre George Canning et les députés grecs.
qui lui fut librement offerte par une assemblée vraiment nationale, agissant au nom du peuple, sans subir ni pression ni contrainte.
DE L'INTERVENTION DU GOUVERNEMENT ANGLAIS DANS L'ÉLECTION DU PRINCE LÉOPOLD.
L'avénement du prince Léopold de Saxe- Cobourg au trône de Belgique fut une éclatante victoire remportée sur les réunionistes français qui convoitaient nos provinces et s'efforçaient d'entraîner Louis-Philippe sur le Rhin. De là un profond ressentiment et des injures longtemps répétées dans la presse belliqueuse et démagogique par les adhérents de Lamarque et par les affiliés à Y Association des droits de l'homme. Léopold, disait-on, candidat de l'Angleterre, créature de Grey et de Palmerston, n'était à Bruxelles qu'un préfet anglais.
Déjà, j'ai raconté comment le Congrès natio-
nal de Belgique donna librement ses suffrages au prince de Saxe-Cobourg ('). Aujourd'hui, grâce à de nouveaux et précieux documents, on peut constater aussi ce qui se passa au sein du gouvernement britannique, on peut s'assurer si réellement le cabinet de Saint-James imposa aux Belges la candidature du prince qui avait été le gendre de Georges IV.
En 1867 a vu le jour, par les soins pieux de son fils, la correspondance de lord Grey avec le roi Guillaume IV et avec le secrétaire de ce souverain, sir Herbert Taylor ( 2 ). Lord Grey est, selon les expressions d'un écrivain éminent, l'homme respecté qui attacha le prix glorieux de ses efforts et de sa vie au grand événement
(') Histoire du Congrès nationalde Belgique, t. II, pp. 136 et suiv., et Léopold 1", roi des Belges, d'après des documents inédits, t. I", pp. 89 et suiv.
( s ) The correspondence of the laie earl Grey wiih his Majesly King William IV and wiih sir Herbert Taylor, from r.ov. 1830 tojune 1832. Edited by Heniiy earl Grey. (London, John Murray, 1867, 2 vol. in-8°.) L'éditeur dit que cette correspondance de son père est maintenant en sa possession et que, ayant obtenu à cet effet la permission de la Reine, il publie les lettres échangées depuis l'élévation de son père au poste de premier ministre (22 nov. 1830) jusqu'à la promulgation de l'acte de réforme au commencement de juin 1832.
« Mon
de la réforme électorale en Angleterre père, pendant toute la durée de son administration, dit le comte Henri Grey, entretint une continuelle correspondance sur les affaires publiques avec le roi. Rien d'important n'était fait par le gouvernement sans avoir été pleinement expliqué au roi dans les lettres que lui adressait son ministre, et les objections du roi étaient ensuite communiquées sans réserve dans des lettres écrites par le souverain ou par ses ordres. » Comme le Roi éprouvait de la difficulté à écrire lui-même, à cause d'une affection rhumatismale à la main, ses lettres étaient généralement rédigées, d'après ses instructions verbales, par son secrétaire privé, sir H. Taylor, et il les signait après qu'elles avaient été lues devant lui et qu'il leur avait donné son approbation
En 1870, de nouvelles lumières ont encore été répandues sur l'un des principaux épisodes de l'histoire moderne. Sir Henri Bulwer, dans un livre réservé à un succès durable, a publié la correspondance de lord Palmerston, chef du Foreign-Office en 1831 , avec lord Granville, ambassadeur d'Angleterre à Paris ('). Ce sont là
(') The life of Henry John Temple, viscount Palmerston,
des documents de la plus haute valeur : ils contiennent la vérité tout entière.
Au moment où le Congrès national de Bruxelles s'occupait du choix du chef futur de l'État, le prince d'Orange, qui se trouvait à Londres, n'hésita point à disputer le trône belge au duc de Nemours, au duc de Leuchtenberg, au prince Othon et au prince Charles de Bavière. Cette détermination , quoiqu'elle n'eût point l'assentiment du roi Guillaume I er , ne pouvait être blâmée. Il ne fallait pas demander au chef futur de la maison de Nassau une abnégation que sa postérité lui eût justement reprochée un
with sélections of his Diaries and correspondent. By the right hon. sir Henry Lytton Bulwer, G. C. B., M. P. (London, Bichard Bentley, in-8°, 1870.)
Lord Palmerston, né le 20 octobre 1784, devint, le 3 avril 1807, un des lords de l'amirauté, et conserva ce poste jusqu'au mois d'octobre 1809. Du 28 octobre 1809 au 26 mai 1828, il est secrétaire de la guerre (secrelary at war)- du 22 novembre 1830 au 15 novembre 1834, du 18 avril 183S au 31 août 1841 et du 3 juillet 1846 au 22 décembre 1 851 , secrétaire d'État pour les affaires étrangères ; du 28 décembre 1852 au 30 juin 1855, secrétaire d'État de l'intérieur; premier ministre du 20 février 1855 au 20 février 1858 et du 30 janvier 1859 jusqu'au jour de sa mort, le 18 octobre 1865. L'abbaye de Westminster a reçu sa dépouille mortelle.
jour. Le 41 janvier 1831, le prince d'Orange adressa aux Belges un manifeste dans lequel il s'exprimait en ces termes : « Le choix d'un souverain pour la Belgipue, depuis sa séparation d'avec la Hollande, a été accompagné de difficultés qu'il est inutile de décrire. Puis-je croire sans présomption que ma personne présente aujourd'hui la meilleure et la plus satisfaisante solution de ces difficultés?.. Nul doute que les communications récentes et détaillées, venues des villes principales et de plusieurs provinces de Belgique, n'offrent la preuve frappante de la confiance que m'accorde encore une grande partie de la nation, et ne m'autorisent à nourrir l'espoir que ce sentiment pourra devenir unanime, quand mes vues et mes intentions seront suffisamment comprises... Le passé, eu tant qu'il me concerne, sera voué à l'oubli. Je n'admettrai aucune distinction personnelle, motivée sur des actes politiques, et mes constants efforts tendront à unir au service de l'État, sans exclusion et sans égard à leur conduite passée, tous les hommes que leurs talents et leur expérience rendent le plus capables de bien remplir des devoirs publics. Je vouerai mes soins les plus assidus à assurer à l'église catholique et à ses ministres la protection attentive du gouverne-
ment et à les entourer du respect de la nation. Je serai prêt en même temps à coopérer à tontes les mesures qui pourraient être nécessaires pour garantir la parfaite liberté des cultes, de telle sorte que chacun puisse exercer sans obstacle celui auquel il appartient. Un de mes plus vifs désirs, comme un de mes premiers devoirs, sera de joindre mes efforts à ceux de la législature, afin de compléter les arrangements qui, fondés sur la base de Yindépendance nationale, donneront de la sécurité à nos relations au dehors, et viendront à la fois améliorer et étendre nos moyens de prospérité intérieure. Pour atteindre ces grands objets, je compte avec confiance sur l'aide des cours, dont toutes les vues sont dirigées vers la conservation de l'équilibre européen, et vers le maintien de la paix générale. »
Lord Grey approuva ce manifeste et exprima l'espoir qu'il aurait un résultat satisfaisant, pourvu que l'opinion émise par lord Ponsonby sur la force croissante des orangistes fût exacte. Lord Ponsonby était le beau-frère du premier ministre et représentait depuis un mois la conférence de Londres à Bruxelles. 11 avait fait partager par lord Grey sa conviction que l'établissement du prince d'Orange en Belgique,
NOTES HISTORiqUES ET BIOGKAPHiqUES. 27
à quelque inconvénient qu'il pût être sujet , serait, en somme, la solution la plus aisée et la plus satisfaisante des difficultés qui embarrassaient l'élection d'un nouveau souverain. Tel fut l'avis que lord Grey communiqua au roi d'Angleterre le L3 janvier. Le roi voyait cette combinaison d'un œil favorable et proposait même de réunir le grand-duché de Luxembourg à la Belgique, lorsque ce pays serait placé sous la souveraineté du prince d'Orange. Lord Grey, après avoir eu sur ce sujet un entretien avec le prince lui-même, écrivit à Guillaume IV : « Le prince ne cache pas son opinion qu'il y a peu de chance d'obtenir l'assentiment du roi, son père, pour une pareille cession du grand-duché ('). » Il est vrai que l'on attribuait à Guillaume 1 er le désaveu le plus énergique des démarches faites à Londres par son héritier présomptif. « J'aime mieux, aurait-il dit, voir de Polter sur le trône belge que le prince d'Orange. »
Le 20 janvier la conférence de Londres arrête les bases de séparation entre la Belgique et la Hollande el déclare que, dans les limites qui lui
(') Le comte Grey au roi, 13 janvier; le roi au comte Grey, 14 janvier, et le comte Grey au roi, 15 janvier 1831 . Correspondence, etc., t. I", pp. 53-64.
étaient assignées, la Belgique formera un État perpétuellement neutre ('). Dès le 23, sir H. Taylor fit savoir à lord Grey que Guillaume IV donnait son entière approbation à la marche suivie par la conférence pour assurer la future neutralité de la Belgique au sujet de laquelle il avait d'ailleurs écrit longuement à lord Palmerston. « Je n'ai jamais remarqué, ajoutait le secrétaire du roi, qu'il ait pris plus d'intérêt à la rédactiond'une lettre; ce qui n'est pas ordinaire, il me l'a fait lire deux fois (*). » Lord Grey répondit le lendemain à sir H. Taylor : « J'ai été charmé d'apprendre de vous que Sa Majesté a approuvé le dernier protocole, en ce qui concerne la future neutralité de la Belgique, et encore plus en lisant l'excellente lettre de Sa Majesté à lord Palmerston... Le comte Flahaut est arrivé la nuit dernière de Paris. J'ai eu une longue conversation avec lui ce matin II a exprimé, dans les termes
(') Le Congrès national protesta solennellement contre cet acte en tant qu'il dépossédait la Belgique du Luxembourg et de la rive gauche de l'Lscaut. Le prince Talleyrand n'avait donné au protocole qu'une adhésion conditionnelle : le cabinet du Palais-Royal voulait entretenir les illusions des Belges au moment où il s'efforçait de faire triompher la candidature du duc de Nemours.
(*) Correspondence, etc., t. I er , p. 79.
NOTES HISTORIQUES ET BIOGIlAriIIQUES.
les plus énergiques, l'aident désir du roi des Français pour le maintien de la paix et signalé le danger qui résulterait de l'état des provinces belges si un gouvernement ne pouvait s'y asseoir prochainement sur une base stable.
J'exprimai, de la part du roi d'Angleterre, le même désir pour le maintien de la paix et la même anxiété pour l'assurer par une prompte conclusion de la question belge. La principale difficulté est le choix d'un souverain. Si le prince d'Orange ne peut réussir, et le comte Flahaut exprime un doute formel quant à la force de son parti, il faut se rallier à un autre choix. Je confesse qu'il n'y en a aucun qui puisse soulever moins d'objections que celui du prince Charles de Bavière. 11 y a, à la vérité, des objections personnelles de la part du roi des Français ('); mais
(') Ces objections étaient indiquées dans une communication de lord Palmerston au vicomte Granville, du 27 janvier. « ... Talleyrand read me to day part of a letter he had received from Sebastiani. .. It stated that .... the objections to Charles of Bavaria were insurmountable, being founded upon his personal hostility to France, upon his ultra-principles in public matters and his over-liberal practices in private, and his marriage or connection with an actress .... What the private and personal character of Charles of Bavaria may be I know not ... » The life oflord Palmerston, t. II, p. 32.
elles ne pourront prévaloir. M. de Flahaut, comme M. de Talleyrand l'a fait en diverses occasions, suggère un prince de Naples, qui a dix-neuf ans ('). Peut-être serait-il possible de se soumettre à un pareil arrangement dans l'intérêt de la paix; mais je confesse que je ne l'aimerais pas ( 2 ). » Le 2o, sir H. Taylor écrit de nouveau à lord Grey : « Si, disait-il, les espérances de Sa Majesté, en ce qui concerne le prince d'Orange, doivent être déçues, elle désire que vous soyez assuré qu'elle estime comme vousque le prince Charles de Bavière serait préférable à un membre de la famille royale de Naples, bien que ses objections contre ce dernier ne puissent prévaloir sur l'ardent désir de Sa Majesté pour le maintien de la paix ( :! ). »
Ce fut le duc de Nemours qui l'emporta : le 3 février, il était élu roi des Belges. La fausse nouvelle de l'acceptation de la couronne par Louis-Philippe, au nom de son fils mineur, avait d'abord vivement alarmé la cour d'Angleterre; mais elle ne tarda point à être rassurée. Lord Grey mandait à sir H. Taylor, le 7 : « Le roi a dû
(') Charles de Capoue.
( 2 ) Correspondence, etc., t. I er , p. 81,
( 3 ) Ibid., t. I", p. 86.
recevoir de lord Palmerston les très-satisfaisantes informations venues de Paris, concernant les mesures prises par le gouvernement français quand il apprit l'élection du duc de Nemours. Le soudain changement de ton de M. Sébastiani est très-amusant. Je l'attribue à la réception simultanée des dépêches de Talleyrand et de Flahaut, exprimant comment leurs communications avaient été reçues ici ('). » Et, en effet, le cabinet de Saint-James n'avait pas dissimulé que l'Angleterre ferait indubitablement la guerre pour s'opposer àl'avénement du duc deNemours. Le 8, sir H. Taylor écrit de nouveau à lordGrey: « Votre Seigneurie apprendra par la lettre du roi à lord Palmerston, disait-il, combien il approuve toute la conduite de son gouvernement dans les négociations relatives à la Belgique et aussi comment il attribue le ton nouveau du gouvernement français à la fermeté et à la consistance de son propre gouvernement, à l'habileté et à la dextérité avec lesquelles les négociations ont été conduites par lord Palmerston ( 2 ). »
Le 11 février, le nom du prince Léopold de
(') Correspondence, etc., t. I er , p. 113.
( s ) Ibid., t. I",p. M 6.
Saxe-Cobourg apparaît pour la première fois dans la correspondance de lord Grey ('). Il informe sir H. Taylor que le prince a eu la bonté de l'inviter à Claremont.
Un mois auparavant Talleyrand, pour enlever au prince d'Orange les sympathies du cabinet de Saint-James, n'avait pas hésité, lui, à mettre en avant la candidature du prince Léopold. Le 7 janvier, il avait formellement proposé à lord Palmerston le marché suivant : la France userait de son influence pour assurer l'élection du prince Léopold et obtiendrait, pour son amicale intervention, Philippeville et Marienbourg. Palmerston se borna à manifester sa surprise et se tint sur ses gardes ( 2 ).
Talleyrand revint à la charge. Le 1 er avril
(') Dès la fin de décembre 1830, il avait été question, au sein du comité diplomatique du Congrès national, de l'élection du prince Léopold. MM. Gendebien et Van de Weyer se rendirent à Paris à l'effet de sonder le gouvernement français à ce sujet. Lorsque M. Van de Weyer partit pour Londres, en décembre 1830, il avait été arrêté qu'il suivrait la même marche avec le gouvernement anglais. La presse française s'élevait dès lors avec une grande violence contre cette combinaison.
(*) The life of lord Palmerston, t. II, p. 28.
lord Palmerston écrivait au vicomte Granville : « Talleyrand me lut, il y a deux jours, une dépêche de Sébastiani annonçant que la France soutiendrait Léopold, et qu'il ne doutait pas que l'Angleterre, en considération d'un arrangement si favorable pour elle, ne consentît à tous les désirs de la France concernant Bouillon, Luxembourg, Maestricht, etc. Talleyrand, avant que je pusse dire un mot, ajouta que la réponse qu'il se proposait de faire serait que l'élection de Léopold était un objet assez indifférent pour nous, et que nous n'étions pas disposés à faire des sacrifices pour l'obtenir. Je dis qu'il avait tout à fait raison, et je le priai d'ajouter que, alors même que nous considérerions l'élection de Léopold comme importante pour l'Angleterre, nous étions liés par nos engagements envers les autres puissances et que nous préférerions maintenir notre bonne foi plutôt que de consulter nos intérêts; que, conséquemment, l'élection de Léopold n'apporterait aucun changement dans nos opinions et nos déterminations, et que nous ne serions pas plus disposés à soutenir les prétentions déraisonnables des Belges avec Léopold que sans lui. Mais j'indiquai la raison qui nous faisait incliner pour Léopold, à défaut d'un membre de la famille d'Orange,
moÊ
c'est que nous pensions qu'il deviendrait un bon roi belge, qu'il ne serait pas plus anglais que français, mais qu'il considérerait avant tout ses propres intérêts et ceux de l'État qu'il gouvernerait. — Aujourd'hui Talleyrand m'a lu une dépêche de Sébastiani datée du 30, écrite avant qu'il eût pu recevoir la réponse de Talleyrand à la précédente, et l'avertissant de considérer cette communication comme non avenue ( l ). » Le 10 avril, Guillaume IV, en renvoyant à lord Grey une lettre privée de lord Ponsonby, lui disait : « Lord Ponsonby a, dans cette lettre, exprimé trop énergiquement et trop ouvertement la conviction qu'aucun avantage ne peut résulter d'une plus longue intervention en faveur du prince d'Orange ou d'aucune tentative pour rétablir l'autorité de la maison de Nassau en Belgique. En supposant cette opinion exacte, il n'y a aucune raison pour laquelle l'Angleterre n'essayerait pas de se concilier le parti et les individus qui exercent maintenant l'autorité en Belgique et dont la coopération a été sans doute empêchée par la crainte que la restauration d'une souveraineté impopulaire ne fût le but que nous avions en vue. 11 est essentiel
(•) The life oflord Palmerslon, t. II, pp. 62 et suiv.
que l'Angleterre, affranchie de cet embarras, s'efforce de balancer et, si c'est possible, de dépasser l'influence de la France. » Le roi examinait ensuite les avantages et les inconvénients de la candidature du prince Léopold. « Sa Majesté ne peut nier qu'elle a trouvé de fortes objections à ce que le prince Léopold fût mis en avant avec le concours de l'Angleterre , depuis que l'Angleterre a pris une part si chaude et si décidée contre l'élection du duc de Nemours. Dans la position où le prince Léopold se trouve à l'égard de ce pays, on le regardera, en toute hypothèse, comme étant sous son influence. 11 sera dit que l'Angleterre a soutenu la maison d'Orange, aussi longtemps qu'un prince étroitement allié à la maison de Hanovre ou sous la dépendance de l'Angleterre n'avait pas été mis en avant, et qu'elle a abandonné les Nassau pour un intérêt égoïste. Ceci sera déclaré ou insinué bientôt par la France et fera naître un sentiment de jalousie parmi les autres puissances; par-dessus tout, cela produira une impression défavorable sur la maison d'Orange et sur tous ceux qui sont alliés à elle. Sa Majesté et sa famille se trouveront ainsi dans une position pénible et peu enviable à l'égard d'une maison à laquelle ils ont pendant si long-
temps été attachés par les liens d'une étroite amitié. Le roi considère ensuite que le crédit de l'Angleterre, son propre crédit et celui de son gouvernement sont intéressés à maintenir le principe élevé d'après lequel la question belge a été traitée jusqu'à présent, et qui serait abandonné si leurs efforts étaient employés en faveur d'un candidat mis en avant sous leur influence. Même, Sa Majesté ne peut se défendre du soupçon que la France encouragera celte combinaison en vue de déprécier la loyauté de la Grande-Bretagne et d'affaiblir son influence ('). » Dans la conférence tenue en Foreign-Office, le 17 avril, le prince de Talleyrand. déclara officiellement d'ordre exprès du roi son maître que la France adhérait au protocole du 20 janvier 1831; qu'elle approuvait entièrement les limites que cet acte assignait à la Belgique; qu'elle admettait la neutralité ainsi que l'inviolabilité du territoire belge; qu'elle ne reconnaîtrait de souverain de la Belgique qu'autant que ce souverain lui-même aurait pleinement accédé à toutes les conditions et clauses du pacte fondamental du 20 janvier 1831, et que, d'après ces principes,- le gouvernement français
(') Correspondence, t. I, pp. 210 et suiv.
considérait le grand -duché de Luxembourg comme absolument séparé de la Belgique, et comme devant rester sous la souveraineté et dans les relations que lui avait assignées le traité de 1815. « Cette déclaration, — disait le protocole (n° 21),— fut reçue par les plénipotentiaires des quatre cours avec une satisfaction unanime et sincère. » Un second protocole du 17 avril (n° 22) vint démontrer de nouveau la résolution inflexible des puissances de ne pas s'écarter des bases fondamentales qu'elles avaient déclarées irrévocables. 11 établissait que la reconnaissance de l'indépendance de la Belgique était subordonnée à l'acceptation des conditions arrêtées, le 20 janvier, et que, si ces propositions n'étaient pas acceptées, toutes relations entre la Belgique et les cinq puissances devaient cesser, que lord Ponsonby quitterait Bruxelles aussitôt et que l'envoyé belge serait invité à quitter Paris.
Lorsque lord Ponsonby reçut les deux nouveaux protocoles, il fut atterré. 11 écrivit trèsconfidentiellement à lord Grey qu'il redoutait au plus haut point les conséquences de ces inflexibles résolutions : elles pourraient renverser le ministère et rétablir au pouvoir le parti français naguère vaincu, les alliés de
Lafayette, les auxiliaires d'une guerre de propagande. « Je crains, disait-il, que tous les partis ne demandent maintenant la réunion à la France, et vous savez si Périer aura la force de résister à une pareille manifestation (') »
M. Lebeau, ministre des affaires étrangères, montra une grande fermeté en ces conjonctures périlleuses. Pour neutraliser les efforts du parti français, il prit avec promptitude une résolution très-hardie : il chargea quatre membres du Congrès de se rendre à Londres, à l'effet de pressentir les intentions du prince de Saxe- Cobourg, pour le cas où l'assemblée nationale lui décernerait la couronne. Ces députés, depuis le 22 avril jusqu'au 8 mai, eurent plusieurs conférences avec lord Palmerston, lord Grey et le prince Léopold. Us emportèrent la conviction que le prince serait fier et heureux de se trouver à la tête du peuple belge, si un arrangement définitif pouvait être conclu avec l'Europe.
Le 13 mai, lord Palmerston écrivait au vicomte Granville : « Léopold a bien raison, je crois, de ne pas accepter jusqu'à ce qu'il sache ce qu'on lui offre. S'il agissait autrement,
(') Lord Ponsonby à lord Grey, Bruxelles, 19 avril 1831. Cette lettre est inédite.
il serait comme don Miguel, que personne ne reconnaît. En fait, les Belges lui offrent non pas un trône mais plutôt une querelle avec toute l'Europe, et une complète incertitude de la terminer jamais ('). »
Le 8 mai, le général Belliard, accrédité près du régent de la Belgique, partit pour Paris afin d'éclairer son gouvernement sur l'état de l'opinion publique. Cinq jours après, le 13, lord Ponsonby partit également pour Londres, où il arriva dans la nuit du 15. Le surlendemain, lord Palmerston écrivit au vicomte Granville : « Lord Ponsonby rapporte que le Congrès va être informé des résultats de la mission accomplie à Londres par la députation belge. Si l'assemblée trouve que des difficultés insurmontables empêchent le prince Léopold d'accepter éventuellement la couronne, avant qu'un arrangement territorial soit intervenu, le désappointement qui résultera de cette nouvelle aura probablement deux résultats désastreux : le renouvellement des hostilités avec la Hollande et un changement de gouvernement à Bruxelles. 11 dit que, en cas de reprise des hostilités, les Belges seront rejoints par un grand nombre de
(>) The life oflord Palmerslon, t. II, p. 77.
volontaires étrangers et seront probablement commandés par des généraux étrangers; que les troupes hollandaises, si elles ne sont pas appuyées, ne pourront tenir tête à leurs ennemis, et que la conférence doit considérer les conséquences d'une intervention de troupes étrangères dans le conflit; qu'un des premiers actes d'hostilité sera une attaque contre la citadelle d'Anvers, et que, en ce cas, le général Chassé bombardera de nouveau la ville. La conférence, ayant donné sa plus sérieuse attention à ces importantes considérations, a décidé que lord Ponsonby repartira immédiatement, et, en réponse à ses communications verbales, il a reçu des instructions également verbales pour sa direction. Il doit faire comprendre aux Belges que, jusque maintenant, il n'y a pas eu de refus formel de la part du prince Léopold, attendu qu'il n'y a pas encore eu d'offre réelle de leur part. Les députés qui sont venus ici étaient seulement chargés de sonder les intentions du prince et n'étaient pas autorisés à faire des propositions. Il doit représenter que plusieurs des difficultés, qui, à présent, embarrassent le choix d'un souverain ou qui empêchent l'offre de la couronne d'être acceptée, pourront être aplanies; que la conférence,
désireuse de faire disparaître ces difficultés autant que cela dépend d'elle, veut ouvrir immédiatement des négociations avec le roi des Pays- Bas pour s'assurer s'il ne serait pas possible d'obtenir pour les Belges la possession du Luxembourg, moyennant une juste compensation. Enfin, lord Ponsonby doit rappeler aux Belges que s'ils violent les conditions attachées à leur indépendance, les puissances alliées seront forcées de défendre contre eux le territoire néerlandais ('). »
Le même jour (17 mai) M. Lebeau s'adressait en ces termes à lord Ponsonby' : « L'espérance fait en ce moment la police de la Belgique. C'est par l'espérance que le calme renaît, que nous avons pu, avec beaucoup d'efforts, contenir l'ardeur de l'armée et de la population d'Anvers. Les députés commencent à arriver pour la séance d'ouverture, toujours fixée à demain. J'ignore si M. Devaux, que j'attends ce soir, nous apportera de bonnes nouvelles. S'il en était autrement, je crains que le parti des exagérés ne
nous donne bien du mal Je suis dans une
position assez embarrassante; le parti français fait adroitement circuler le bruit de la non-
(') Pupers relative lo the affafk
acceptation du prince, ou tout au moins d'hésitations puériles, aboutissant à une acceptation sous des conditions inadmissibles. Si je ne détruis pas ces mensonges, le Congrès est capable de demander la guerre immédiate. »
Sur la nouvelle que le retour de lord Ponsonby en Belgique était différé, M. Lebeau conçut les plus vives appréhensions. Le 21, il écrivit au commissaire de la conférence :
« Je forme des vœux bien sincères pour que cette lettre ne vous trouve plus à Londres, où il paraît qu'on se plaît à jouer le sort de mon pays et celui de la paix générale. L'annonce de votre retour avait répandu partout l'espérance, et voilà qu'un nouveau délai, contraire aux promesses que Votre Seigneurie m'avait autorisé à faire, vient reveiller l'inquiétude des vrais Belges et relever la tête au parti démagogique. La guerre est son cri, parce qu'elle est sa dernière ressource; et comment puis-je le combattre lorsqu'il m'oppose mes promesses
démenties par l'événement ? La prétention
de tout régler à l'avance serait fort sage si nous n'étions pas au bout de notre patience et de
notre puissance Encore quelques retards, et
nous allons tomber dans l'anarchie. J'entends craquer l'édifice. 11 ne faut rien moins que le
support vigoureux de l'élection pour l'empêcher de s'écrouler. Mais quel effet magique produirait l'élection ! Entre la veille et le lendemain, il
y aurait dix années (') »
Cependant, le 23, M. Lebeau put donner lecture au Congrès d'une note où le général Belliard annonçait officiellement que les propositions, remises par lord Ponsonby, avaient été accueillies par la conférence et que celle ci allait ouvrir une négociation pour faire obtenir à la Belgique la cession du duché de Luxembourg, moyennant une indemnité.
En ces circonstances, la conduite du prince Léopold continua d'être digne et désintéressée. 11 ne voulut rien faire pour hâter et assurer son élection. Le 22, dans une lettre à lord Palmerston, il exprimait énergiquement le désir qu'aucune promesse de sa part ne fût faite par lord Ponsonby aux Belges. En l'absence d'une réponse décisive du roi de Hollande en ce qui concernait le Luxembourg, il ne pouvait, disait-il, remuer d'un pouce de la position qu'il avait prise dès le commencement ( 2 ).
( l ) Cette lettre est inédite, de même que celle du 17 mai. ( s ) Voici le texte inédit de cette lettre :
» Marlboiough-House, 22 may 1831.
.. My dear Palmerston, Anxious as I am and must bc
Lord Ponsonby arriva à Bruxelles Je 26 mai et, le surlendemain, M. Lebeau communiqua au Congrès la lettre célèbre où le commissaire de la conférence, avec une âpre franchise, donnait les conseils les plus sages et mettait les patriotes en garde contre des excitations qui pourraient amener jusqu'à l'extinction du nom belge.
Le 4 juin, le prince Léopold était élu roi.
Le surlendemain, lord Grey mandait à sir H. Taylor : « ... Je joins une lettre reçue pendant la dernière nuit de lord Ponsonby. Elle a été apportée par un M. White... Ce gentleman réside depuis quelque temps en Belgique et semble bien connaître le pays. Il confirme, de la manière la plus complète, tout ce que lord Ponsonby a dit, et appuie beaucoup l'opinion que nous n'avons plus d'aulre alternative que d'acquiescer à l'élection du prince Léopold ou de voir la Belgique immédiatement réunie à la France. Je n'ai pas besoin de vous signaler
that in the présent slate of affairs no promise whalever be made on my part by lord Ponsonby to the Belgians, I shall beg you to communicate the résumé of our conversation of to day to L" Grey. Without a décisive answer from the king of Holland with regard to Luxemburg I can not st.r an inch from the position I hâve taken up the first moment. I remain ever, etc. ■>
toutes les difficultés qui naîtront de l'une ou de l'autre de ces alternatives. M. White ajoute que les provinces rhénanes, qui appartiennent à la Prusse, sont tout à fait mûres pour une révolte si le drapeau tricolore se montre en Belgique ('). » La réponse de Guillaume IV fut assez laconique. Sir H. Taylor écrivit à lord Grey, le lendemain : « Le roi partage les sentiments de Votre Seigneurie sur les difficultés qui s'attachent à la question belge f ). »
Ces difficultés étaient grandes, en effet, et presque inextricables.
Le prince Léopold ne pouvait accepter la couronne que moyennant un arrangement avec l'Europe sur la question territoriale.
D'autre part, les Belges refusaient d'adhérer aux bases de séparation arrêtées par la conférence. On essaya de transiger. De nouvelles négociations furent ouvertes à Londres et aboutirent au traité des dix-huit articles, que le Congrès adopta le 9 juillet.
Pendant les derniers débats de cette assemblée, lord Palmerston écrivait au vicomte Granville (3 juillet) : « Il résulte des rapports
(») Correspondance ofthe laie earlGrey, etc. t. I", p. 288. (*■) Ibid., t. I", p. 295.
venus de Bruxelles que les républicains français et belges veulent faire un grand effort pour empêcher l'acceptation de nos propositions; mais les mieux informés pensent qu'ils ne réussiront pas. On dit que l'armée, la garde civique et la majorité du peuple sont pour Leopold et la paix. Mais aucun effort ne doit être épargné pour procurer un résultat favorable. On soupçonne en Belgique Soult et Pelet (') de former un contre-complot; et j'ai vu aujourd'hui une lettre de Bruxelles contenant ce qui suit : «. Le général Pelet écrit à un ami a Lille : que si les amis belges de la France veulent faire un pas en avant, celle-ci fera trois pas, baïonnette au fusil. Pelet, ayant été prié de changer la garnison de Lille, répondit que c était impossible, parce que cela pourra gâter les affaires de nos frères belges qui bientôt demanderont nos secours. - Je crois que vous feriez bien de communiquer confidentiellement ceci a Casimir Périer, qui mieux que personne pourra apprécier le degré de véracité de ces informations ('). »
le m Ï '"fi PelGt ' m ° rt SénatGUr de Iem P ire f ™ f ais, Je 20 décembre 1858. '
( 2 ) The life oflord Palmertson, t. II, p. 89.
Le dénoûment approchait. Le 17 juillet, par une missive datée du château de Windsor, Guillaume IV renvoyait à lord Grey la lettre dans laquelle le prince Léopold indiquait l'emploi qu'il se proposait d'assigner à la dotation qui lui avait été accordée par un acte du Parlement, lors de son mariage avec la princesse Charlotte. Le roi était d'accord avec lord Grey pour trouver ces dispositions libérales et justes; elles augmenteraient encore, selon lui, la considération du prince Léopold, car on y verrait une nouvelle preuve de sa constante sollicitude envers la duchesse de Kent, à qui il laissait la libre disposition de Claremont. Lord Grey était autorisé à communiquer, comme il en avait le dessein, ces déterminations du prince Léopold à la Chambre des lords ; mais le roi exprimait le désir qu'elles fussent accom pagnées d'une réserve formelle, à savoir que Son Altesse Royale rentrerait en jouissance de la dotation tout entière dans le cas où il serait dépossédé de la souveraineté précaire qu'il avait acceptée. Guillaume IV espérait d'apprendre de lord Grey que le prince Léopold avait également résigné le commandement (colonelcy) du 5 e régiment des dragons-gardes, dont il ne pouvait convenablement retenir les émoluments dans
sa nouvelle position, bien, ajoutait la lettre royale, qu'il n'y ait aucun inconvénient à ce qu'il conserve le rang nominal de feld-maréchal dans l'armée britannique ('). Lord Grey, dans un billet du 18, approuve pleinement les vues sageset prévoyantes de Guillaume IV concernant le rétablissement éventuel du prince Léopold dans la jouissance de sa dotation. Il ne s'était rien passé, ajoutait-il, entre le prince et lui au sujet du régiment dont le premier avait le commandement; mais il devait inférer d'une expression employée par le prince dans son dernier entretien avec lui qu'il ne pourrait, comme souverain d'un autre pays, de tirer de l'Angleterre une portion quelconque de son revenu. En effet, le 19, le roi manda à lord Grey que lord Hill venait de lui communiquer ce qui lui avait été déclaré par le colonel Cust, aide de camp du prince Léopold, au sujet du régiment des dragons-gardes. Le prince avait formellement l'intention de renoncer à ce régiment et de le laisser entièrement à la disposition du roi f).
M. Lebeau sut rendre hautement justice à la
(') Correspondence, etc., t. I", p. 309.
( s ) Ibid., etc., t. I", pp. 309 et suivante.
loyauté et à la fermeté de lord Ponsonby. Le jour même où le Congrès national votait l'acceptation des dix-huit articles, le 9 juillet, le ministre belge écrivait àl'éminent diplomate : « Je suis heureux de vous dire que je ne séparerai jamais la pensée de notre indépendance des efforts aussi nobles qu'efficaces que vous avez employés pour amener ces heureux résultats. »
Assurément, cet hommage était mérité. Et pourtant ce ne fut point lord Ponsonby, ce ne fut point l'Angleterre qui fit roi des Belges le prince Léopold de Saxe-Cobourg. Lord Granville avait raison lorsque, parlant du premier souverain de la Belgique indépendante, il déclarait nettement à Sébastiani que Léopold ne devrait pas être considéré spécialement comme un candidat anglais. Palmerston l'approuva à tous égards et lui écrivit, le 22 juillet (') : « Le gouvernement français, pendant des mois, nous blâma parce que nos vœux étaient pour le prince d'Orange, et ce fut lui qui mit en avant le prince Léopold, si cette idée ne prit pas naissance en Belgique même. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que le gouvernement fran-
(') The life oflord Palmerston, t, II, p. 91 .
*™S853!ÏS5^i55sS
çais le mit en avant parce qu'il pensait que c'était le meilleur obstacle à une restauration des Nassau, et il ne peut alléguer avec vérité que Léopold soit la créature de l'Angleterre. » Léopold était la créature des Belges. Un contemporain de la révolution, un patriote, un catholique écrivait en 1832 : « La royauté belge peut marcher la tête haute et produire ses titres au respect des peuples. Elle est l'ouvrage de la nation, et comme telle elle possède cette légitimité de premier ordre qui l'emporte même sur celle de la gloire. »