L'INTERVENTION FRANÇAISE EN
Le 5 août, lord Grey transmit au roi Guillaume IV les documents constatant la brusque reprise des hostilités par les Hollandais et la lettre du roi des Belges réclamant l'intervention de l'Angleterre ('). Guillaume IV fit connaître le même jour au premier ministre les réflexions que cette communication lui suggérait. « Sa Majesté doit répéter au comte Grey ce qu'elle a déjà exprimé à lord Palmerston, à savoir que depuis si longtemps elle a été frappée du caractère obstiné du roi des Pays-Bas et de la mau-
(') Voir l'ouvrage consacré à Sylvain Van de Weyer, ancien ministre plénipotentiaire de Belgique à Londres, etc. , t. I", p. 167.
vaise grâce avec laquelle il recule lorsqu'il découvre que l'obstination ne peut le servir plus longtemps, qu'elle n'a pas été étonnée de sa dernière et étrange résolution, quoique celle-ci , malgré de déplorables illusions, puisse avoir pour résultat d'amener sa ruine et celle de la Hollande. » La lettre royale indiquait ensuite la conduite tenue par chacune des puissances dont les représentants avaient pris part aux négociations de Londres. Ni la Prusse ni la Russie ni même l'Autriche n'avaient sanctionné cordialement la participation de leurs représentants à quelques-uns des protocoles, et, de son côté, le gouvernement français, dans plus d'une occasion, avait également manifesté de la répugnance à se soumettre aux dispositions arrêtées. Cette divergence de vues avait pu, selon Guillaume IV, donner au gouvernement hollandais l'espoir que toutes les puissances, unies dans les négociations, ne resteraient plus unies lorsqu'il s'agirait de faire exécuter les décisions prises, en tant qu'elles affecteraient le roi des Pays-Bas. D'un autre côté, le discours du roi des Belges (') était bien fait pour augmenter encore
(») Le discours prononcé le 2 1 juillet 1 831 par Léopold 1", ors de son inauguration.
l'irritation; il était impossible du reste de ne point regretter que ce souverain eût été assez mal conseillé pour introduire dans ce discours des expressions qui n'étaient rien moins que conciliantes et dont le paragraphe relatif au Luxembourg était positivement hostile. « Mais que ces remarques soient fondées ou non, poursuivait Guillaume IV, que les puissances soient disposées à agir loyalement ou à confirmer les soupçons que quelques-uns de leurs procédés ont fait naître, la Grande-Bretagne ne doit prendre conseil que de son énergie et de sa magnanimité; elle doit agir avec une résolution, une promptitude et une vigueur telles qu'elle gardera cet ascendant moral et politique auquel a été dû le maintien de la paix depuis la dernière révolution française. » Le roi approuvait donc l'ordre donné à sir Edward Codrington de se rendre avec sa flotte dans les Downs et voulait que ce premier acte fût suivi d'une déclaration par laquelle il serait notifié à la Hollande que, si elle persistait à entreprendre la guerre, elle devait s'attendre à de sérieuses représailles de la part de l'Angleterre. « Le roi croyait que cette résolution clairement manifestée paralyserait les dispositions belliqueuses du roi
ait la Russie, la Prusse
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et l'Autriche à réfléchir avant de les encourager encore, directement ou indirectement, ces puissances devant naturellement appréhender que leur refus de coopérer avec l'Angleterre n'amène l'union de l'Angleterre et de la France contre toute coalition formée pour soutenir la Hollande dans son opposition violente aux mesures auxquelles les trois puissances du Nord avaient elles-mêmes participé ('). »
Après avoir reçu celte lettre, lord Grey manda au roi que c'était pour lui un sujet de la plus vive satisfaction de trouver ses opinions confirmées et sanctionnées par les vues éclairées du souverain. 11 était heureux de pouvoir ajouter que, à la suite des entrevues qu'il avait eues ce jour même avec M. Van de Weyer et avec M. Falck, il nourrissait l'espoir, si les hostilités n'avaientpas été poussées trop loin, qu'un arrangement pourrait encore être effectué entre les parties contendantes fj. Cet espoir fut déçu, et une armée française, sous le commandement du maréchal Gérard, entra en Belgique pour empêcher la restauration de la maison de
(') Correspondent of the late earl Grey, etc., t. I* pp. 316-319.
(') Le comte Grey au roi, 5 août 1 831 .
Nassau. C'est ce qu'avait toujours appréhendé lord Palmerston.
En apprenant la brusque invasion du prince d'Orange, Palmerston avait immédiatement porté ses soupçons vers Paris. Le 5 août, il écrivait à lord Granville : « Bagot (') a toujours pensé qu'il y avait quelque intelligence secrète entre la France et le gouvernement hollandais. Vous vous rappelez que ïalleyrand me proposa, il y a quelque temps, de pousser les Hollandais à rompre l'armistice, pour crier ensuite haro contre eux, couvrir la Belgique de troupes et agir à notre guise. Est-ce que ceci serait le premier pas dans la réalisation de ce complot f)? » Le 12, lord Grey informe sir H. Taylor qu'il résulte d'une communication officielle adressée par MM. Falck et de Zuylen à lord Palmerston que des ordres ont été transmis au prince d'Orange pour qu'il rentre dans les frontières des Pays-Bas. En conséquence, le cabinet de Saint- James avait résolu que sir Edward Codrington retournerait immédiatement avec la flotte à ' Portsmouth « Cet ordre, ajoutait lord Grey,
(') Ambassadeur d'Angleterre à la Haye.
( 2 ) Lord Palmerston au vicomte Granville, 5 août 1831. The life oflord Palmerston, t. II, p. 97.
renforcera notre droit de réclamer l'évacuation immédiate de la Belgique par les Français ('). » De son côté, lord Palmerston, en présence des dispositions impérieuses de la Chambre des communes, invitait lord Granville à réclamer feimement du gouvernement de Louis-Philippe l'exécution de ses engagements, le départ des Hollandais enlevant tout prétexte à l'occupation de la Belgique par des troupes françaises. « Les ministres français, écrivait lord Palmerston, nous disent perpétuellement que certaines choses doivent être faites ou ne pas être faites pour satisfaire l'opinion publique en France. Mais ignorent-ils qu'il y a un sentiment public en Angleterre comme en France? Et, quoique moins disposé ici à s'enflammer pour des objets de peu d'importance, il s'attache vivement à certaines questions (la Belgique est du nombre), et, une fois soulevé, ne s'apaise point aisément ( 2 ). » Le lendemain, le prince de Talleyrand, avec un cynisme incomparable, proposait au baron Bûlow, ambassadeur de Prusse, le
(') Correspondence ofthe late earl Grey, t. I er , p. 327.
[*) Lord Palmerston au vicomte Granville, de la Chambre des communes, 11 août 1831 . The life ofiord Palmerston, t. H, pp. 98 et suiv.
partage de la Belgique. Éclairé par Bùlow luimême sur les arrière-pensées de Talleyrand, Palmerston devient plus pressant, plus impérieux. Le 13, il écrit à Granville : « Le gouvernement français veut-il rappeler ses troupes aussitôt que les Hollandais auront évacué la Belgique?... C'est une question de paix ou de guerre. »
Lord Grey était plus calme. Et cependant il partageait les défiances de lord Palmerston, tout en sachant, par les rapports de lord Granville, que les dispositions du roi des Français étaient favorables à la paix. « Si confiant, disait-il, que je puisse être moi-même dans les apparences, je ne crois pas qu'il soit moins nécessaire d'insister pour l'évacuation de la Belgique aussitôt que l'armée hollandaise aura elle-même abandonné ce pays ('). » Le secrétaire de Guillaume IV fait savoir bientôt au premier ministre que le roi est entièrement d'accord avec lui sur la nécessité d'insister pour l'évacuation de la Belgique par l'armée française, afin d'enlever tout prétexte à des mesures qui pourraient produire une guerre générale et
(') Lord Grey à sir H. Taylor. Correspondence, etc., t. I", p. 330.
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aussi afin de donner satisfaction aux sentiments qui prédominaient en Angleterre. « Il importe, disait la lettre dictée par Guillaume IV, que l'Europe soit convaincue que la France ne veut point se soustraire aux engagements contractés envers la Grande-Bretagne ou dans lesquels les deux pays sont parties principales. En de telles circonstances, le roi est très-désireux que le langage à tenir par les représentants de l'Angleterre soit très-ferme, sans être toutefois menaçant ou irritant ('). » Enfin, le 18, lord Grey, en transmettant à Guillaume IV deux lettres qu'il avait reçues le matin du roi des Belges, rendit compte de la résolution prise en conseil. « 11 avait décidé de charger lord Granville de représenter au gouvernement français, d'une manière amicale, mais en termes décisifs, la nécessité de l'évacuation de la Belgique par l'arméj du maréchal Gérard, en conformité des assurances positives données par ledit gouvernement. »
La veille, dans une lettre particulière à Granville, lord Palmerston avait dit le dernier mot de cet épisode : « Les Français doivent évacuer la Belgique, ou nous avons une guerre générale,
( 4 ) Sir H. Taylor au comte Grey, 15 août 1831. Correspondence, etc., t. I er , p. 332.
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et cela dans un nombre déterminé de jours ('). » Les Français évacuèrent la Belgique.
(') Palmerston à Granville, 13 août. The life of lord Palmerston,t. II, p. 109.
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