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LE COMTE DE THEUX

Barthélémy-Théodore, chevalier de Theux de Meylandt, avait vu le jour à Schabroeck, dans le Limbourg, le 25 février 1794. On a peu de détails sur sa jeunesse; les plus intéressants 'se trouvent dans les Mémoires du comte Henri de Mérode-Westerloo. Le chevalier de Theux était un des meilleurs amis de cette noble maison; il était le camarade des jeunes comtes et, par eux, il noua des relations avec d'autres membres de la noblesse catholique. 11 était loin d'ailleurs de se complaire dans l'oisiveté. 11 suivit les cours de droit de l'université de Liège et il obtint le grade de docteur. Mais bien qu'il

se fût fait inscrire au tableau des avocats, il ne se destina point à la pratique du barreau.

L'indépendance dont il jouissait lui permit de se livrer à son goût pour les sciences administratives. De bonne heure il se mêla de politique ; on le vit au premier rang des pétitionnaires liégeois qui, en 1828, s'adressaient aux États- Généraux pour réclamer le redressement des griefs.

La révolution de 1830 ouvrit devant le chevalier de Theux la carrière où il devait s'illustrer. 11 avait alors trente-six ans. Élu député suppléant par le district de Hasselt, il fut, le 10 novembre 1830, admis au Congrès national, en remplacement du comte d'Arschot, qui avait opté pour Bruxelles. 11 se prononça pour l'indépendance du peuple belge, pour l'exclusion des Nassau, pour la monarchie constitutionnelle représentative sous un chef héréditaire.

De haute taille, le visage impassible, toujours maître de lui, plus que froid, M. de Theux ne passionnait jamais les débats, mais il les éclairait par un jugement sûr et un rare bon" sens.

Le discours qu'il prononça en faveur de la monarchie héréditaire mérite d'être cité.«... L'expérience, dit-il, que nous avions faite de la monarchie constitutionnelle, depuis 1815, pour-

rait faire croire que cette forme de gouvernement n'offre pas de garantie suffisante pour le maintien des libertés publiques; mais chacun sait que tous nos maux ont découlé de ce que les Puissances nous avaient imposé un roi qui ne pouvait nous convenir sous aucun rapport ; de ce qu'elles nous avaient réunis à la Hollande qui fut constamment liguée avec le ministère contre nous ; et enfin de ce que les auteurs de la loi fondamentale furent obligés d'en abandonner presque tous les développements à l'arbitraire du roi... Si, dans des circonstances aussi difficiles, des députés généreux, soutenus par l'opinion et par les pétitions de leurs concitoyens, sont parvenus à arrêter et même à faire rétrograder sur plusieurs griefs le gouvernement le plus astucieux et le plus tenace, comment pourrions-nous redouter pour l'avenir des empiétements de la part d'une dynastie qui sera de notre choix, qui ne sera appelée à la souveraineté que lorsque nous aurons établi une constitution éminemment libérale, et lorsque nous aurons complété toutes les lois organiques de cette constitution? Mais surtout comment pourrions-nous redouter ces empiétements, aujourd'hui que nous sommes absolument indépendants et dégagés de toute influence étran-

gère? N'est-il pas constant que le caractère distinctif de notre nation est l'amour de la liberté, que lui seul a suffi pour conserver les anciennes libertés publiques, même sous les princes étrangers les plus puissants? Le caractère d'indépendance est tellement universel que je ne puis plus concevoir qu'un souverain trouve jamais dans ce pays assez de partisans pour essayer de renverser les institutions que vous aurez établies. Or, dès que nous n'avons rien à craindre pour nos libertés, tout doit nous engager à adopter un gouvernement monarchique représentatif. Cette forme de gouvernement rassurera davantage nos concitoyens contre la crainte de l'anarchie ; elle nous mettra à même d'établir plus promptement et plus sûrement des relations avantageuses avec nos voisins ; je dirai même que c'est le seul gouvernement propre à rétablir la confiance intérieure et extérieure, et à consolider notre indépendance... ('). »

Il convient aussi de mentionner l'opinion qu'il émit sur la nécessité de deux chambres. «... En considérant, disait-il, la gravité et la moralité du peuple belge, en considérant le calme de cette assemblée nombreuse, on est sans doute

(<) Discussions du Congrès national, t. I, p. 223.

porté à croire que nous n'avons pas besoin de Sénat. Cependant, je n'oserais admettre une innovation aussi importante dans le système politique, tandis qu'elle n'a été tentée avec succès chez aucun autre peuple. Et d'abord, il est certain qu'elle serait fortement désapprouvée par nos voisins et considérée par eux comme constituant notre gouvernement dans un état précaire sans garantie de stabilité. En effet, pouvons-nous avoir une entière confiance que notre Chambre élective sera toujours tellement bien choisie, que jamais une majorité ne l'entraînera hors des voies de la modération? Pouvonsnous compter que, résistant aux désirs d'étendre ses attributions, elle n'attirera pas à elle la totalité du pouvoir législatif en réduisant à rien dans la pratique l'exercice du veto suspensif ou perpétuel que vous attribuerez au chef de l'État? Et celui-ci conservera-t-il dans son intégrité l'exercice même du pouvoir exécutif? Je ne le pense pas, et cependant alors l'équilibre des pouvoirs serait rompu et la constitution violée dans ses dispositions principales... Les publicistes les plus éclairés sont d'avis que l'équilibre de ces deux pouvoirs ne peut être maintenu s'il n'existe en même temps une pairie qui puisse servir d'intermédiaire par le calme de ses déli-

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bérations, et encore plus par une sage lenteur qui donne un temps utile pour calmer les passions... ('). »

M. de Theux prit une part active, considérable, aux débats sur la constitution, se montrant et demeurant fidèle unioniste. S'il défendit la complète liberté des cultes et l'indépendance absolue du clergé, il se signala aussi parmi les plus chauds partisans de la liberté de la presse.

Rapporteur de la loi électorale, il lit des efforts persévérants et habiles pour maintenir tout au moins l'équilibre entre les villes et les campagnes « Le nombre des électeurs des villes, disait-il, ne doit pas surpasser celui des campagnes. » Mais, en fait, le projet auquel s'était rallié M.deTheux donnait aux campagnes la supériorité sur les villes.

Quand il s'agit d'élire le chef de l'État, M. de Theux, redoutant la prépondérance française, se prononça contre le duc de Nemours et pour le duc de Leuçhtenbèrg, Louis-Philippe n'ayant pas osé accepter la couronne de Belgique pour son fils, le pouvoir exécutif allait être confié provisoirement à un régent. Comme il fallait opter entre le baron Surlet de Chokier, président du

(') Discussions du Congrès national, t. I, p. 433.

Congrès, el le comte Félix de Mérode, membre du gouvernement provisoire, M. de Theux vota pour celui-ci par sympathie et par communauté d'opinion. Quelques mois après, il appuyait la proposition tendante à élire le prince Léopold de Saxe-Cobourg roi des Belges et se prononçait également pour l'acceptation des préliminaires de paix proposés par la conférence de Londres. «... Si, disait-il, nous refusons les propositions de paix qui sont le résultat d'une si longue négociation, il est peu probable que nous puissions traiter sous d'autres conditions; et cependant l'état provisoire, indéfiniment continué, présente des dangers pour la sûreté intérieure et extérieure du pays. D'autre part, essayer de traiter directement avec le roi de Hollande est une démarche inutile, aussi longtemps que nous demeurerons dans l'état actuel; ainsi il ne nous resterait qu'à lui déclarer la guerre, en vue de le forcer plus promptement à la paix... La stagnation toujours croissante des fabriques et du commerce, la difficulté de lever les impôts nécessaires dans les provinces, et la misère des classes inférieures du peuple, jointe aux manœuvres des agitateurs, pourraient amener les plus grands embarras si la guerre se prolongeait par suite des secours que les Prus-

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