‹ Notes historiques sur la pesteChapitre 2 sur 6 · M. DC. XXVIII · texte numérisé non relu

M. DC. XXVIII

AVEC PETfM ÏSSION.

Fig. 7.

Auicenne, auec plusieurs autres, ont dit, la peste auoir deux origines et (t) Vallebïole, Logo citcito, p. 29-30.

sources, d’où, comme d’vne fontaine, elle prend son origine... L’autrë source de la peste, (dit Auicenne) procédé des formes ceiestes, assauoir des Astres et leurs cüfigurations et aspectz malings, qui causent par leur influence telles maladies contagieuses et pestilëtes : comme aussi tesmoiguent sur ce tous les Astrologues. » Pourtant, Vallerioie n’admet pas que la peste puisse venir des astres : « la contagion est la pire chose qui puisse estre; es corps ceiestes ny a erreur ny corruption selon Auerrovs. Tout ce qui descend du Ciel est generatif. »

Au XVII 0 siècle, la doctrine astrologique est encore florissante, malgré les réserves formelles, voire les assauts que maints bons

K. BLANCHARD

esprits lui ont déjà fait subir. Le titre du livre de Mizauld, publié à Lyon en 1628, est particulièrement intéressant à cet égard (fig. 7) : on y voit trois médecins ou astrologues qui observent le ciel à l’aide d’un instrument de précision, déterminent la position d’une comète par rapport au soleil et à la lune, mesurent avec un sablier la vitesse de sa marche et cherchent dans un vieux grimoire ce que présage une apparition aussi insolite.

L’exemple précédent m’amèneà donner encore, à titre de curiosité, un fac-similé (fig. 8) du titre d’un très rare petit volume (1) de Lampugnano, relatif à la peste de Milan.

On a cru longtemps que .la maladie se transmettait par l’air : d’où le précepte de se placer entre le vent et le pestiféré. En 1546, Fracastor fit paraître à Venise son célèbre ouvrage De contagionibus et contagiosis morbis (2), où il démontra la nature éminemment contagieuse de la peste et sa propagation habituelle par le contact du malade ou par les hardes et vêtements lui ayant appartenu.

Une doctrine aussi nouvelle amena dans les usages médicaux et dans les habitudes sociales de profondes modifications. C’est de cette époque, en effet, que datent la création des quarantaines, des lazarets et des patentes de santé, en ce qui concerne la navigation et les villes maritimes; la relégation des-malades hors des villes, l’établissement des cordons sanitaires et des passeports sanitaires ou billets de santé, la désinfection des habitations et des objets mobiliers, etc., en ce qui concerne les épidémies sévissant à l’intérieur du pays. On trouvera plus loin des documents qui feront connaître quelles mesures rigoureuses étaient prises en temps d’épidémie.

En outre de ces mesures de préservation urbaine, il s’agissait encore de mettre à l’abri de la contagion, d’une part le médecin et ses aides, d’autre part les personnes habitant les maisons contaminées.

L’invention du costume déjà décrit résulte delà première de ces préoccupations. Pour explorer le pouls et les bubons des malades, on s’entourait le doigt d’une feuille de tabac ou on chaussait d^es

(1) Un volume 8 X 14 cm , de 82 pages.

(2) Les trois livres de Jérôme Fracastor sur la contagion , les maladies contagieuses et leur traitement. Traduction avec notes par L. Meunier. Paris, 1 vol. in-12 dé XXIV-372 p„ 4893. .

gants de taffetas gommé et ciré. On prenait ces mêmes gants pour pratiquer les autopsies : innovation (déjà vieille de trois siècles) que nos chirurgiens modernes viennent de réinventer, en adoptant pour le même usage des gants de caoutchouc.

Les médecins payaient un lourd tribut à la mort. Comme de nos jours, ils faisaient preuve du plus grand courage et d’un héroïsme sans égal : leur mérite était inappréciable, car, malgré le nombre infini des formules et des recettes, toutes prétendues infaillibles, dont sont remplis les nombreux ouvrages traitant du fléau, iis se savaient entièrement désarmés envers celui-ci. Entreprendre de soigner les pestiférés, c’était courir au-devant d’une mort presque certaine. Aussi quelques rares médecins reculèrent devant un devoir qui leur ouvrait une aussi redoutable perspective et, suivant l’avis formulé par Hippocrate dans son livre de la nature humaine, s’enfuirent loin du foyer épidémique, pour ne revenir qu'après la disparition de tout danger : cito, longe, tarde.

On peut citer les noms de quelques-uns de ces médecins pusillanimes. Un médecin du nom de Jouyse quitta l’Hôtel-Dieu de Pans, au moment où les pestiférés y affluaient; J. de Lampérière a écrit un pamphlet (1) pour flétrir sa conduite. Thomas Sydenham, 1’ « Hippocrate anglais » (1624-1689), s’enfuit de Londres pendant que le fléau y exerçait ses ravages; moins sévère envers lui qu’à l’égard de l’obscur Jouyse, 1’ « impartiale » histoire ne lui a guère reproché ce déplorable manquement au devoir professionnel.

A mesure que s’affermissait la doctrine de la contagion pestilentielle, il semble que les médecins aient redouté de plus en plus d’entrer eux-mêmes en contact direct avec les malades. En 1784, l’épidémie ayant éclaté à Marseille, on installe dans T’enclos Saint- Roch une barrière de fer à laquelle les malades doivent se présenter, pour être examinés à distance par les médecins et répondre de loin à leur interrogatoire. Un règlement analogue existait encore en 1836 à l’Intendance sanitaire de Marseille ; en voici des extraits :

« I.es médecins et chirurgiens de l’Intendance sanitaire de Marseille qui veulent se maintenir à l’état libre n’entreront jamais dans la chambre d’un malade en quarantaine; iis ne le verront qu’à une distance convenable. lis devront reconnaître son état d’après les réponses qu il fait à

(I) j. UE Lampérière, L’ombre de Nécrophare vivant chartier deJ'Hostet Dieu,. Au sieur Jouyse médecin déserteur de la peste. Paris, in-12 de 293 p.; 1622.

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leurs interrogations, au moyen des signes qu'il présente, du plus ou moins grand abattement de ses forces et des autres symptômes qu’il présente. Us le font dépouiller de ses vêtements, examinent attentivement l’état de son corps et spécialement le pli de l’aine et le creux de l’aisselle.

» Si de tels moyens ne suffisent pas pour leur faire connaître quelle est la maladie et pour déterminer leur jugement médical sur la vraie nature et caractère de celle-ci; et de même quand ils jugent que le malade a besoin des secours manuels de quelque personne de l’art, ils demandent dans leur rapport de séquestrer auprès du malade un autre élève chirurgien qui l’avoisine et puisse suivre le cours de sa quarantaine, doive rendre compte de l’état du pouls, informer les médecins et chirurgiens des divers symptômes qu’il découvre et administrer au malade les remèdes que ceux-ci ordonnent.

» Les dits médecins et chirurgiens n’entrent jamais dans l’enceinte où est logé un malade atteint de maladie contagieuse. Ils s’arrêtent toujours à la distance de plus de 6 mètres de la première porte; en sorte qu’ils se trouvent distants de 12 mètres au moins du malade qu’ils visitent, lequel se fait voir, autant que le permet son état, et leur parle sans dépasser la barrière de fer qui est placée dans l’enceinte même.

» Quand le malade ne peut pas sortir de sa chambre, les médecins se règlent d’après le rapport qui leur est fait par l’élève chirurgien ou, celui-ci manquant, par quelque autre personne destinée dans l’enceinte pour assister le malade; et d’après les informations reçues, ils prescrivent les remèdes qui conviennent à l’état du malade. »

Les élèves chirurgiens faisant défaut, soit que la mort les eût fauchés, soit qu’ils eussent opposé une résistance bien compréhensible à leur séquestration avec les pestiférés, on fit usage de « machines » pour faire parvenir aux malades, par les fenêtres, les aliments ou les instruments qui pouvaient leur être utiles. On conserve au lazaret de ïtatoneau, à Marseille, des pinces de l m 80 et un chariot de 2 m 40, qui servait à transporter les pestiférés ; il y a encore au lazaret du Frioul des bistouris longs de 0 m 65, à l’aide desquels on ouvrait les bubons à distance (1). « Le chirurgien, dit Porquet (2), devait certes prendre des leçons d’escrime pour acquérir le talent de percer de loin, à bras tendu et du premier coup, l’abcès gonflé de pus ».

Je dois encore au D r L. Sambon communication de diverses photographies du plus haut intérêt, dont les figures 9 à 13 donnent une

(1) A. Proust, La défense de l’Europe contre la peste et la conférence de Venise de 1897. Paris, in-8» de XI-452 p., 1897; ci. p. 36.

(2) Porquet, Logo citato, p. 166.

reproduction Ires fidèle. Elles se rapportent à des objets trouvés

au lazaret de Venise, en même temps que le masque décrit plus haut (pi. V), et qui furent exposés à Rome avec celui-ci, en 1894, lors du 11 e Congrès international de médecine.

La figure 9 représente des pinces en cuivre, portées à l’extrémité d’un manche en bois, long d’environ 2 mètres.

L’un des mors est fixe ; l’autre est mobile et articulé avec une longue tige métallique qui est dissimulée à l’intérieur du manche et est mise en action par un bouton saillant. Le mancfce se termine par une pointe de fer, qui permet de le piquer en terre. Cet appareil servait à passer divers objets aux malades.

La ligure 10 représente un chaudron en fer, recouvert d’une toile métallique à larges mailles. On y faisait sans doute tremper dans un bain désinfectant le linge ou les objets de literie, que l’on soumettait à un feu plus ou moins vif.

La figure 11 représente une sorte de malle en fer, longue de 30 à 40 cm et dont les parois latérales sont percées d’uu grand nombre de trous. A

Fig. 9-

R. «LAXCHAHD

son intérieur se trouve une caisse plus petite, perforée sur toutes ses faces et dans laquelle on plaçait les objets à désinfecter. La construction même de cet appareil indique suffisamment qu’il ser-

Fig. H.

vait à la désinfection des objets précieux, argent, bijoux, vaisselle plate, riches étoffes, etc. Il est donc probable qu’on le soumettait à des fumigations, sans le plonger dans un bain.

’ «i.TAUKiQlÆS SUK LA PESTE

L appareil suivant , llg . 12, est une sorte de presse portant un grand nombre de lames verticales. Celles-ci, lorsqu’on abaisse la VS' I ,assent travere un0 P'»q«« métallique, percée de trous correspondant a chaque lame. l)e nos jours, on perfore les lettres et documents, avant de les soumettre aux vapeurs désinfectantes Nul doute que ce curieux appareil n’ait servi au même but

D'après Frari (f), c'est en 1*9», à Venise, qn'on Commença de

désinfecter les lettres et papiers de toute nature provenant de localités infectées ou suspectes. On ouvrait et on étalait les lettres, puis on les soumettait à des fumigations ou bien on les lavait au vinaigre. Plus tard, on s’est contenté de les transpercer avec des pointes acérées, avant de les désinfecter. La désinfection par la

<i) Frari, Logo citato, p. 422, en note; p. 730, 734, 73S, 741; pl. 1, fig. 1-4. .

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chaleur semble n’avoir été adoptée que vers 1833, en Autriche : on les soumettait à une température de 60 â 65°, jiuis on les exposait aux vapeurs de soufre et de nitre, dans des fourneaux construits à cet effet. Frari donne la description d’un appareil à désinfection par le chlore.

Voici enfin (fîg. 13) un dernier appareil dont la destination n’est

pas moins évidente. C’est une sorte de moulin à brûler le café, mais dont la paroi est percée d’un grand nombre de larges orifices. Il est mû par une longue manivelle et est supporté par un bâtis métallique, qui repose lui-même en avant sur deux pieds verticaux, mesurant environ 0 m 90 de hauteur. En arrière, pas de pieds : le tréteau n’a été figuré ici que pour maintenir l’appareil en équilibre. Cet appareil devait donc reposer sur un plan horizontal, tel que le plancher d’un four. Cette hypothèse se trouve d’ailleurs confirmée par l’existence, en avant de l’appareil, d’une grande plaque métallique verticale, pourvue d’une petite porte. La plaque

verticale s’encastrait dans la gueule du four ou d’une niche en maçonnerie. L’appareil était mobile d’avant en arrière, grâee à des galets roulant sur des rails, et était mis en mouvement au moyen de deux poignées faisant saillie à la partie inférieure de la plaque verticale.

L’appareil fonctionnait d’une façon qu’il est aisé de concevoir. On l’amenait hors du four, on plaçait dans le cylindre à claire-voie les objets à désinfecter, puis on repoussait l’appareil dans le four. On faisait alors dans celui-ci du feu ou des fumigations (L), qu’on entretenait ou dont on surveillait la marche au moyen de la petite porte métallique. En tournant la manivelle, on amenait chaque objet au contact de la flamme ou des vapeurs désinfectantes. N’est-ce pas là le germe des appareils à désinfection qui ont été réinventés de nos jours et qui ont atteint un si haut degré de perfection ?

La peste dans les Hautes-Alpes;

L’épidémie de 1629-1630, qui a tué tant de gens en Provence et dans le Dauphiné, s’est répandue peu à peu dans ces contrées, malgré les sévères mesures prises pour en arrêter la propagation. Dès 1629, elle menaçait le haut pays, où elle ne devait éclater que l’été suivant : ce long arrêt dans sa marche envahissante est dû, sans contredit, à une surveillance toujours active et aux pouvoirs en quelque sorte draconiens dont étaient investis les consuls, c’ëstà-dire les administrateurs municipaux, et particulièreifient le capitaine de santé (2).

(1) Les fumigations se faisaient au moyen d'un mélange complexe et variable de substances végétales et minérales : il y entrait le plus ordinairement du soufre, de l’encens, de la myrrhe, du storax, du benjoin, des gommes et résines odorantes, du bois et des baies de Genévrier ou de Sabine, des feuilles et herbes odorantes et bien d’autres substances aromatiques végétales. On trouvera dans les anciens auteurs une infinité de formules, toutes réputées infaillibles. En réalité, les vapeurs d’acide sulfureux, qui prenaient naissance par la combustion du soufre à l’air libre, étaient seules efficaces. Aussi Bruckmann, de Vienne, a-t-il rendu un réel service, au cours de la peste qui a désolé la Transylvanie et la Moldo-Valachie, en 4770, en abandonnant résolûment ces formules surannées et en se bornant à pratiquer tes désinfections par la seule combustion du soufre. La désinfection par le chlore n’a été pratiquée que plus tard.

(2) Dès 1485, pendant la peste de Venise, on avait adjoint au « magistrat de santé », auquel en pareille occurrence le Sénat délivrait le titre de suprême, trois « sopraprovveditori » investis des pouvoirs les plus étendus. — Cf. Frari, Logo citato , p. 422, en note.

Archives de Parasitologie , III, n« 3, 4900.

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Voici quelques extraits du registre du bureau de santé de la ville de Gap, registre tenu par le notaire Jean Allix, secrétaire ; ils montrent bien à quelles préoccupations et terreurs incessantes la population était en proie.

45 septembre 4629. — « Sire Jean Brocfaier, marchant de Gap, a esté mis en quarantaine, et luy a esté baillé pour garde Piarre Gentillon, dite Saccre. »

47 septembre. — « Aulcune marchandise n’entrera dans ceste ville jusques après la Toussaintz prochains, entre cy et lequel temps l’on verra ce que arrivera de nouveau pour la santé. » On redoublera de soins pour « faire bonne garde. Défense de recevoir ceux de Lacou et autres de Terre d’Eglise, et de fréquenter ceux de Sisteron. »

49 septembre. — Etienne Raynaud, de Manteyer, qui est entré par la porte Colombe avec « une biliette... supposée », comme il résulte de la procédure du sacristain Buysson, « surintendant pour la santé », est mis « dans les prisons eppiscopalles. »

6 octobre. — « En ce temps de vandanges, très dangereux, à cause de la malladie d’où nous sommes menacés, » tous les vendangeurs auront des « billiettes » et l’on ne laissera entrer à Gap aucun étranger; le gouverneur sera prié d’augmenter les gardes des portes.

7 octobre. — Le s' Bandol, natif de Gap, venant de Peyrins, avec sa « billiette » prise à Sisteron, est autorisé à aller « à sa grange à Rambaud. »

40 octobre. — Les consuls de Poligny demandent par lettres, qui « ont esté parfumées », d’avoir commerce libre avec Gap, les habitants de Poligny se trouvant tous en parfaite santé, étant éloignés de Lacou et de la « maison de feu Ant. et Ennemond Relz », d’une lieue, faisant bonne garde, de jour avec 4 hommes et de nuit avec 8... Sur l’avis du médecin Sauton, leur demande est acceptée.

L’hiver et le printemps se passent ainsi, au milieu de transes et d’alertes continuelles, d’autant plus vives que le fléau continue sa marche envahissante et se rapproche de plus en plus de la ville. Il finit par y éclater. On possède encore le registre des délibérations prises par la communauté de Gap au cours de cette meurtrière épidémie. M. l’abbé Paul Guillaume, le savant archiviste départemental, a bien voulu m’en communiquer des extraits, rédigés par lui en vue d’une publication ultérieure dans YInventaire des archives du département des Hautes-Alpes.

11 m’a semblé intéressant de donner ci-dessous ces documents dans leur intégralité : ils se rapportent à une région qui n’a encore été l’objet d’aucune étude importante au point de vue de l’histoire médicale ; ils présentent en outre un tableau saisissant de la vie

crime petite ville de province en temps d’épidémie. J’y joins diverses notes extraites des archives communales de Briançon.

La peste a Gap.

2.? juin 1630. — On a « establi des gardes ez barrières faictes à l’entrée du terroir de Rambaud et aultres lieux limitrophes » pour « empeseher le commerce avec ceulx de Barnbaud, où le mal contagieux est. » On a fourni de l’argent « pour des hutes et cabaimes. » La porte Garcine « a ecté fermée à chaux et sable»; les palissades « des portes Jaussaude, Ligniolle et Collombe » ont été réparées.

r r août. — « Assemblée généralle tenue à Gap, au dernier de Puymore, dans la terre de M' Jacq. de Vellin,...attandu le mal contagieux estant dans ladite ville. » Le consul Juvenis expose « le misérable estât auquel lad" ville ce trouve par le moyen de la contagyon, quy a comaneé despuys ung mois, ayant emporté au thumbeau plus de deux à troys cents personnes.. . Le s r Gay, cappitaine de santé, veuit quitter, ayant sa femme mallade.. Le s r Latelle est thumbé mallade et son fils mort. Le s' de Camargues, cappitaine du guet, a aussy sa femme mallade... Le s’consul Bellon est au iict mallade. » Près de 400 pauvres réclament assistance,

« argent et bled défïalhyent, [sans] le moyen d’en avoyr. Les soldats du guet ce plaignent de ce qu’on ne leur donne que six escus le moys de gaiges, de quoy iis n’ont moyen de vivre, attandu la cherté du pain, quy vault jusques à troys sous la livre.. Les fornytures que I on faict et quy contignuent dans l’infirmerye et aux convents, tant des Cappuschins, quy sont esté visitté, que des Jacoubins, sont assés grandes, et, neaulmoings, il n’est pas rayson de les layser mouryr. Les deux ehyrurgyens de l’infermerye sont esté maliades à la.mort, et y en a... ung en fort pouvre estât. Le chy rurgien de la santé faict le service qu’il peult et quy luy est ordonné par M rs les médecins. Clementz Giraud, l’un des aydes de santé, estjmort... Et pour led- s r consul, il a dict en son faict, avoyr pieu à Dyeu appeller une scyenne filhye, sa femme, sa servante et ung scien vallet aussy mort ; partant désire, s’il plaict à la compagnie, de ce retirefr] pour une quinzeine de jours, aux fins de ce pouvoyr acomoder... M e Ilrunet, secretère, a esté mallade, estant encor grandement indisposé... L’on a faict de nouveaux galloppins et d’aultres officyers pour le service de l’infirmerye. » Le médecin Jean Arnaud « représante l’estât de la malladye contagyeuse et les moyens quy luy semblent utilles pour la santé, de mesmes que pour fère parllumer la ville et purger d’infétyon quy est dans icelle, laquelle iniétyon est cy viollente qu’il croyt véritablement qu’elle a infetté l’her... Injonction à tous les mannantz et habitans de la ville, de quelle condittyon qu’ils sovent, de vuyder la ville et ce uter (1> autour d’icelle, où bon leur

(1) C’est-à-dire se retirer dans des huttes construites çà et là, aux environs de la ville, avec l’argent voté par l’assemblée du 23 juin.

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semblera. Les pouvres seront adcistës tous les jours, selion leurs neccessittés, de 2 livres de pain et ung pot de vin... Ont commys le s r de La Gaehe pour s’acheminer à Grenoble, aux fins d’avoyr ung chyrurgyen et des perfumeurs... attandu le danger du mal oontagieulx estant dans lad e ville et son terroyr, duquel Dieu, par sa saincte grâce, nous vuelhe deslivrer. »

2S août. — « Assemblée tenue dans le pré du s r Vellin en Charansse. »... Le 1 er consul propose de remplacer le « syre Bonnat, second consul, quy est decceddé depuys 2 ou 3 jours. »... Le s r Eyraud, premier huissier au parlement, à la demande des consuls a trouvé a deux parffumeurs et troys gallopins, et traicté avec eulx, moys pour moys, scavoyr : à celluy qui les conduit, nommé La Lime , 20 escus, sans aultre chose que sa nourriture, et aux aultres 15 escus, avec aussy la nourriture pour checun moys, payables par avance (15 août, Jullien, not. de Grenoble). » Tous les fours de la ville sont infectés... « On est contrainct de pryer M rs de Tallard de contigner la forniture du pain... Lad* forniture n’est que de jour à aultre, et sy par malheur led. lieu de Tallard estoyt affligé de la maliadye contagieuse, comme la pluspart de leurs voysins., lad' ville demureroyt sans pain et, en apprès, sans provisyon de bled ny moyen d’en avoyr promptement pour subvenir les nécessittés et ceux quy n’en peuvent avoyr que parle moyen de la ville: par ainssin icelle seroit en grand desordre et desollation. » Les consuls emprunteront 200 charges de blé. « Ceste compagnie sçaict comme tous les bouchers quy servoyent la ville et l’infermerye sont tous mortz despuys deux jours en sça ou grandement mallades, cy bien qu’il n’y a pas moyen de fère servir les mallades de l’infermerye, et personne ne ce veult obliger de porter la chayr auprès lad' infermerye, au prix ordinère de 10 1. ny aussy à quel prix que ce soyt ; personne ne veult entrer dans la ville pour servir de boucher... Y provoyr, alïin que les mallades n’en souffrent et ne murent, faulte de norriture... Attandu le danger de la vyenotoyre, auquel ceulxquyservent lad e ville se treuvent de présent et l’advys de M. le gouverneur, les gaiges du cappitaine du guet, des commys et aydes des cappitaines de santé... sont aulmentés de 10 escus le checun pour moys à commansser dès leur establissement ; et pour Domenge Réal et Domeny Vallon la Fleur auront le checun 15 escus pour moys, et les soldatz du guet et de i’infermerye, aulmentés aussy d’unescu le moys, et les portyers quy serveront et tiendront pied aux portes auront aussy, oultre les aultres gaiges, 3 escus le moys, afïin de leur donner occasyon de mieulx servir la ville. Et en ce que concerne led. cappitaine de santé, ayant esgard qu’il a besoin, luy tout seul, de lad* santé, la recompanse légitime que luy est deube, par-dessus ses gaiges, des peynes et soingtz qu’il a prins et prend inssassement » sera fixée «par une assemblée où le gouverneur sera prié d’assister, « affin de mieux recognoistre led. s r Buysson. » Pouvoir est donné aux consuls « de truver des bouchers... à quel prys qu’ilz pourront. » Le capitaine de santé a est pryé de fère, en dilligence, nétoyer la ville, tant des habitants que y sont encores que des mallades, et donne ordre qu’elle soyt byen tost parffumée ;

et, quand au lieu de la quarenteyne de ceux que sontguérvs de la malladye, est renvoyé a M" les médecin et cappitaine de santé de le choysir où ils trouveront à proppos».

1S septembre . « Assemblée tenue à la Terrasse... terroyr de Mon-

talquicr... Ant. de lïuysson, capitaine de santé... a conservé cette charge malgré lui et au péril de sa vie, et... s’est occupé de laire désinfecter la ville, « ayant finit toutes les préparations que sont nécessères, tant les drogues que aultres choses contenues en l’estât dressé par le... médecin, dyrecteur du parffumement » ; recherché les « quatre brigades qu’il demande pour la [désinfection ?] des maysons infétés, ausquels, avant de les obliger à servir, leur a fallu asseurer... leurs gaiges, « savoir: 45 écus aux deux intendants des brigades ; 12, aux contrôleurs ; 10, aux 4 chefs des brigades et b, à chacun des « soullyons » et pour chaque mois, « les norrissant »; en outre, cherché et payé « l’intendant aux caves, pour 1ère avoyr du vin pour l’infermerye, avec deux hommes que portent le vin aux distributeurs de lad e infermerye... A esté aussy estably un prix de 2 soûls le pot de vin, 10 liards la livre de pain blanc et le pain bis 2 soûls ; fait venir du genèvre boys et graines de Jarjayes ; et encor fault 12 mullets pour le charroys des immondices. Peult estre l’on ne treuverâ personne que les conduyse. Et fauldra des vallets, leur payer leur norriture, tant desd. vallets que bestailh ; aussi des femmes pour fère les licives du linge pestifïéré. lesquelles ne veulent pas moings de 20 soûls par jour,... fère préparer le tout, de telle sorte qu’avec l’adcistance des pères Cappuchins, intendent ausd. parfuns. » Le R. P. André « dist que c’est à tort qu’on ce plaint de l’arninistration des directeurs de la santé. » Grâce au capitaine de santé, « la malladie commance à cesser... Dans le grand désordre quy estoyt dans lad e ville, l’on y a truvé plusieurs corps morts qu’existointdespuys longtemps et que, dans l’infermerye, manquoyt toutte fournitures; maintenant y a bon ordre et ne manque ryen aux mallades que santé, ayant du pin, vin, chayr et aultres choses nécessères. »

29 septembre. — « Assemblée généralie tenue à La Chaup, terroyr de Chasteau-Vieux. Ceux qui ont des cuves hors la ville pourront vendanger et ceux qui voudraient entrer leur vendange dans Gap, avant qu’on ait parfumé la ville, payeront 400 livres d amende, « au proffit et repparation du couvent des pères Cappuchins. »... Eu égard au « périlh de la malladye contagieuse dans lequel telles assèmblées, comme ceile-cy, peult plonger ceux quy y adcistent », pouvoir est donné aux consuls, au cap* de santé, etc., ou au tiers d’entre eux, de traiter toutes les affaires de la ville: emprunter, mandater, faire parfumer la ville, etc- « Il est aussy nécessère d’avouer la despense,... d’auîtant plus que M e Eslisée Ollivier, chyrurgien, se treuvant avoyr le mal, estoyt inutiile. oultre qu on luy avoit dict dès le 16' d’aoust dernier de commansser sa quarenteyne, laquelle ce treuve à presant parachevée; et que les cbyrurgiens venus de Grenoble ne s’acquittent pas de leur debvoyr : Grelly, pour avoyr esté mallade dès le commanssement qu’il a servy, et Garcin pour n’estre assidu à son

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travailh et ne s’ocuppe que aller à la chasse et non à pensser les mallades, et que aussy M e Claude Nal, cbyrurgyen, quy servoyt aux mesrnes gaiges] estoyt aussi mallade : par ainssin il lalloyt prouvoyr à tous les manquementz. » Mais tandis que « led. Eslisée Ollivier » achevait sa quarantaine, son fils avait servi à sa place, « soubz les gaiges accordés à son père. » Le frère du s r Nal, venu de Lyon pour soigner « les mallades de lad' infirmerye, au lieu et plasse de son frère mallade,... n’a servy que quelques jours, estant mort de la malladve. Et ayant donné le conged ausd. chyrurgiens de Grenoble, led. Grelly, quy estoyt presque guéry, est recheuté mallade, et led. Garcin, du lendemain, print la malladve; neaulmoingz ils commanssent tous deux de ce relever. »

2 octobre. — Assemblée à Tallard, près de la barrière du Champ la Cour. Lad* ville [de Gap] doit : aux chirurgiens venus de Grenoble, à chacun 100 écus; à Jacq. Acassier, « chandellier, » 3 1. 13 s. pour 10 livres de chandelles « fornys à esclayrer aux maysons infettés lhors [de la désinfection?] de lad e ville »; à Jacq. Jansselme et Mathieu Gonthier, muletiers; qui « ont conduict les mulletz qui ont servy lad* ville pour porter les immondices hors d’icelle », 48 1., « pour tous deux, pour leurs gaiges et salières d’un moys » ;... à « ceulx quy ont [désinfecté?] les maysons infettés », 302 1. 16; « à sergent La Fleur, cappitaine estably pour la garde de l’infermerye,... à rayson de 15 escus le moys, et de 8 escus pour checun des 8 soldats », 213 1. ; « aux femmes quy ont norry les enfïens orfïelins, abandonnés dans lad* infermerye et quy fonct des boullyons aux mallades, 102 1.; à Nal chirurgien, 200 1., etc. »

4 octobre , vendredi. — « Parffun général de la ville. » t0 octobre. — Les trois consuls sont « allés trouver Mgr de Gap à S l - Lagier, pour le supplyer de fère remettre le service divin dans la grand’ esgiise, lequel avoit esté discontigné despuis longtemps; ce qu’il auroit promis de fère, de son pouvoyr, n’estant maintenent questyon que de sçavoir l’intention de M rs du chappitre quy ont tous quitté, avec les bénefficiers, lad e ville, et sont tous escarttés en diverses parts, tant dans le terroyr que dehors. » .. Il est décidé que, « apprès deue visittation faicte des personnes quy sont esté à l’infermerye de santé, cy leur peste ou bubons sont byen cycatrisés et guéris, led. s r médecin recevra icelles au béneffice de parfun "de santé, et, dès que la playe sera fermée puys 20 jours et en apprès, telles persones entreront dans la ville... Ceux quy sont au cartyer de l’infirmerye de santé ne ce comuniqueront ny excéderont les limittes desd. cartyers, et sera enjoinct aux soldatz de les y contraindre,... à peyne d’estre iceux mallades ou infetz d’estre attachés au premier arbre, exemplèrement durant neuf jours et lesd. soldatz privés de leur solde ».

47 octobre. — Le « parfîument de lad e ville est parachevé, de sorte qu’il n’est questyon quedefère travalhier aux maysons des forestyers infettés... Le R. P. André, cappuschin, dict que ce n’est avovr ryen faicl d’avoyr parfïumé lad* ville, cy les grangers et forestyers ne le sont, et que, par la

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