‹ Notes historiques sur la pesteChapitre 3 sur 6 · PESTE · texte numérisé non relu

PESTE

santé quv est dans ia ville, l’on recognoyt la bonté de-sd. partons estant vray qu’il y a beaucoup prys de peyne à parlfumer... Led médecin dit avoyr este employé par lad' ville à pansserles mallades dans l’in 1er mer ve et, apprès, à parllumer et nétoyer icelle, ce qu’il a faict en très bon estât, et desyre estre payé que ce que luy a esté prornys... » Outre les 400 1 accordées aud. médecin et à son valet, chaque mois, la ville lui donnera encore 10 1. pour chaque « ruayson forestyère qu’il parflumera ».

3 novembre. — « A la Terrasse, terroyr de Montaiquier. » Pour « la norriture des chevaulx de la ville quy servent à l’infermerye, l'on auroyt balhyé aux. .. galloppins quy les conduysent les fruictz du pré des hoyrs du feu s r Cayre, quy joinct à lad e infermerye », où divers arbres ont été coupés « pour servir aux cabannes. » Le 23 octobre, 6 1. ont été payées à Jn Martin, Ant. Chevallier et autres « quy ont nétoyé et espuysé le puvs du Bedos. » Le s r de Buysson, capitaine de santé, dit queV despuvs qu’on est entré dans la ville, apprès le parfumement général, il n’y a beu aulcun excès et que, présentement, il n’y a aulcune rnaliadye nv soubson ; mays que ce n’est avoyr rien faict, cv on ne la conserve en cest estât, avec l’assistence de N- S. ; ce que se trouve fort mal aysé pour l’importunité et presse de plusieurs habittans que veullent entrer des mulles [de blé] et fourrages dans la ville. A quoy il fault byen prendre garde, d’aultant que nous voyons que tous nos voysins quy ont heu le mal sont thumbés eu recheulte par la réception desd. mulles. Et quand au fourrage, il est rnalaysé d’empêcber que, dans les trousses ou charges de foin, on n’y mesle des mulles infectes. . . Et d’ailleurs lad« ville n’est en estât de soullryr aulcung traû et commerce, que lès quarentevnes n’avent passé. »... Il ne faut pas laisser entrer dans la ville de paille dans laquelle « il y a plusieurs emplastres et escarres de ceux qui ont heu le mal,... y ayant heu beaucoup de gens attaintz dud. mal,... et raesmes trouvé un corps

mort quy y avoyt demuré longtemps et lequel les vers mangeoient... attandu mesme que, du jour d’hyer, certaine feme estoyt surprinse par les gardes de porte Jaussaude, quy entroyt 7 ou 8 livres de layne en cachette soubs sa robe, entre les jambes. Et, partant, il [le médecin] proteste de tout le mal quy en pourroyt arriver, déclarant que sy on permet lad“ entrée dans la ville, il quitte icelle et s’en va. » Il est décidé unanimement : « Nulz mulles ny forrages n’entreront dans Iad e ville que Ihorsque la ville sera en entyère convallessence... Il est deffendu aux cbyrurgyens de sortyr de l’infirmerye sans la iisence et permission du

cappitaine de santé. »

4 novembre. — Les gages des chirurgiens Honoré Ollivier et Claude Nai sont réduits à 120 1. par mois, y compris leur nourriture.

7 novembre. — « A esté donné au père André, cappuscbin, lequel est mallade dans la rnaliaderye et quy aciste les mallades de l’infermerye, deux ohappons vieux, lesquels on a achetté de Guilh. Brochier, au prysde 48 soûls le chacun. » Le capitaine de santé « a faict un rolle général du nom, surnom, condittyon, quallitté, moyens de ceux quy sont dans 1 in-

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fermérye de santé et qui désyrent entrer dans la ville, niesnie marqué particulyèrement de quel temps ils sont habittans dans la ville et s’ils sont estrangers, de sorte qu’il ne reste que de résoudre les moyens qu’on doibt suivre pour 1ère entrer dans lad* ville, au moyen du parfun de santé, les pouvres quy sont dans lesd. cabannes de santé, et de les acister et 1ère l’aulmosne, pour les empecher de rnouryr de laim... Les natifz de lad* ville, pouvres et aultres, seront receus au parffun desanté et. ap'près, permys d’entrer dans lad e ville. » Les étrangers « seront renvoyés aux lieux de leur nayssanee, avec le certificat et attestation de santé et quaranteyne, quy leur sera faict par le cappïtaine de santé ; et, s’ils sont pouvres, il sera balhyé à chacun... 5 soûls. »

42 novembre. — Le 1 er consul se plaint de ce que Jean Pellegrin et Jacq. Vincent, soldats, ont lermé les portes de la ville, alors qu’il voulait faire entrer « quelques roubles pour son service » et ont « layssé led. s r consul au dehors.» Les gens de « Jarjayes ont forny pour le parffun général de lad e ville 40 changes de boys de genèvre, o esmines graine... à rayson de 40 sois l’esmine... et 7 sols pour chacune charge de genèvre.» Les gages de Fr. Sarrasin, «ayde de capp" de santé », sont réduits de 75 à 451. par mois.

49 novembre. — Il ne reste plus dans les cabanes que les étrangers. La nuit dernière, « il est arrivé ung exès à ung pettit forestage de la Tour ronde. » Il sera brûlé par « les galloppins », sous la surveillance de Franç. Sarrasin, aide cap e de santé, afin « d’esvitter que aulcuns pestifférés ne s’y retirassent et que par ce moyen n’arrivast de grand mal. » Les meubles de la maladerie seront parfumés, d’autant que lad' maladerie « tyent mallades les pères Cappuschins que y sont. » Les 7 soldats de l’infirmerie sont réduits à 3. Les granges et maisons forestières, non encore parfumées, le seront au plus tôt par les soins du médecin Buysson, auquel un mandat de 300 1. est délivré.

4 er décembre. — Ceux qui étaient « aux cabannes de santé, tant natifz de la ville que estrangers, ont passé par le parfun de santé, et sont entrés les natifs dans la ville, et les estrangers, l’on ne les a vollu laisser entrer, lesquelz sont proches de la porte et menassent de faire du mal. » Suivant les décisions précédentes, on leur donnera o sols à chacun, les attestations nécessaires et on les renverra dans leur pays de naissance. Le père André pourra congédier l’un des deux chirurgiens, Nal ou Ollivier.

8 décembre. — Le puits « du Bedos » a été réparé. Le s r de Laye et le cap e desanté iront porter à la Cour de Grenoble le certificat du gouverneur attestant que « ceste ville estant hors de mal et soupçon de malladye contagieuse, et tâcher d’avoir l’entrée en libre comerce. »

42 décembre. — Les s" P. et F.,... venant d’Eygoare, près Savines, et entrés « sans billette » dans Gap, « yront au forestage » de Charles Villar, sans en sortir jusqu’à nouvel ordre et, cependant, la maison dud. Villar, à Gap, chez qui ils ont logé, « sera fermée, dans laquelle Ysabeau, sa

lilbe, de»)tirera enclose durant neuf jours, sans en sortir, à pevne de sortir hors de lad* ville et puys en quarantevne. »

18 décembre. — « Il est permys d’aller laver les lissives hors de la ville ... Et attendu le danger que pourroit arriver... par ceuix des villa-es aulxquels les gentz de guerre ont passé, Pantrée de lad' ville leur est deffendue pour 9 jours. »

22 décembre. — Le cap* de santé Buysson et le s r de Lave sont revenus « hier » de Grenoble et ... ont obtenu de la Cour un arrêt de circulation libre pour tous « ceux quy viendront de ceste ville pourtantz de bonnes bilheltes de santé,.. . duquel il [Buyssonj en a fait faire 400 couppyes à l’inpresse pour lesquelles il a payé 3 1. 4 s. » Le consul Vellin dit : « Il seroit très approppos, puysqu’il a pieu à Dieu nous donner la santé, de luy en randre action de grâces publicques, et aussi de commancer ces bonnes testes de faire en sorte que le peuple soict instruict à la dévoction. » Le père André, capucin, propose de faire une procession générale et de renvoyer la prédication au t' r de l’an. Lad' procession « sera faite le jour de Noël,.. tout ainsin qu’on a acostumé faire le jour de la feste-Dieu. »

25 décembre. — «Jour de Noël. La prossessîon généralle a esté faicte, à l’issue de vespres, par toute la ville de Gap, où a esté pourté le St-Sacrement par M. de Beauvoys, chanoine, où ont adcisté les troys consuls, M. de Buysson, capp e de santé, et aultres notables de lad® ville, avec flambeaux et luminayres, à la forme accostumée. Et y avoit grande quantitté de personnes (1). Dieu veulbye le tout conserver à son honneur et gloyre. »

La peste a Briançon.

Les archives municipales de Briançon possèdent également de précieux documents relatifs à l’épidémie de 1630. Le D r Chabrand, le patient et habile historien de notre petite République briançonnaise, les a déjà compulsés et en a tiré les éléments d’une intéressante étude (2). J’ai passé moi-même quelques bonnes heures à consulter ces vieux grimoires, particulièrement le registre n° 96, dans lequel sont réunis les comptes des dépenses pour vacations des «parfumeurs» et pour fournitures d’aliments et de médicaments. Il y a là les éléments d’un curieux article; je me bornerai à quelques brèves indications.

Folios 1 et suivants. — « Livre des parfuns et le tans que les parfumier ont debmuré alla ville. » — Folio 1 : Maisons parfumées. — Folio 2 : a Dou

(!) « Tous tes magistrats de la ville y voulurent assister, et avec eux plus de 4000 habitants de Gap » — M. E. Gaiixaüd, Ephémêrides. . des Hautes-Alpes,

P (2) D r Chabrand, Briançon administré par ses consuls. Bulletin de la Soc. d’études des Hautes-Alpes, Vil, 4888; cf. p. 43.

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28 juin 1630, parfumé la chanbro de Monsieur Etfiéne, avant demeuré] environ demi-jour, sourti 5 bourlases de meubles : linsseuls, 8 ; charnizes, 24; sarviettes, 9; barretines de tello, 9 ; quouvrochec (couvre-clief ?) de famo toylo, 11 ; mantiles tant petis que crans, 6 ; un père de quarsons toylo, 1 ; liasses de meneu linge 8 ; paglasso, 1 ; piesses de quourtinage blanc et noyr de péis ; 3 ; robes de famo de dra de peis, 4 ; chamizoles de famo dra de peis, 2 ; dra de peis pour le lit,2 ; 1 dra de lit petit, 1 ; pièses de dra neuf tirant uno auno la piesso au nonbre de 7; uno chamizette verdo d’omme, 1 ; demi auno sargo drapa blanc et novr de peis; foudiles de famo dra de peis, 2 ; robes noyres de prêtre, 3; bas de chausse tant omme que famo, liasses au nonbre de 6 ; tapis de tablo, 2 ; quouvertes de lit apelé fassas, 4; charnizes de bargido, 12; perere de bas pour de vevas,

2 ; un foudier vert, 1 ; liasses de meneu linge, 2 ; sacs tant petis que grans,

5 ; flânes, 2; La resto deu dit jour parfumé ia chanbro de Monsieur Soûle et Frassois Gouvan, n’ayant rien sourti d’iseus (1) ».

Folios H et suivants. — « Roolle des maisons imfîectes de la peste de l’année 1630 et le 27“ d’aoust dud. an, que sont esté parfumées par M' Clémant du Monnestier, en accistance du sire Anthoine Charonnier, comme appert par concluzion de laditte année et finissant le dernier de septembre aud. an. » —Folio 43 verso : « Le 29* de sept, 1630, avons parfeumé l’églize de Nostre-Dame parrocbelle de Briançon ayant demeuré dimy jour. » — Folio 46 : « En outre mov, Anth. Cheronnier, ay vaqué pour faire travailber à faire boulir tant linges, couvertes, habits, que autres choses aux parfeumeurs durant huict jours, que je prie Messieurs les Compteurs m’antrer, tant pour l’assistance des 33 jours que j’ay vaqué à faire travailher aux parfeumeurs aux maisons pour les faire nétier que pour les huict jours que j’ay vaqué pour faire travailher à faire boulir le bagaige que faict en tout 40 jours; ce feysant je prieray Dieu pour leur prospérité en foye de ce -f-. Memoyre du parfum que j’ay pris pour faire parfumer les maisons et granges de Briançon, comme cy dessus, de Damoiselle Anne Juget, vesve a feu M e Jean Juget, appoticquaire de Briançon, et des mains de M e Nicolas Roure demeurant avec lad e Juget, la quantité de 29 livres, compte faict avec led. Roure, l’ayant pris au nom de la communauté. Cy : 29 lb. A. Cheronnyer ».

Folio 50. — « Le 17 ottobre parfumé l’Oupital, aquonpagné de Jean Blay, François Gounin, le sire Jan Qèto et quatre famés pour sourtir le meulet que set treuvé mort dedans. »

Folio 56. — « Livre de tout ce que moy Anth. Ollagnier ay distribué...» du 24 juillet 1630 au 26 janvier 1631. Il s’agit ici de distributions de vivres

(1) L’inventaire des objets désinfectés continue ainsi pendant 40 feuillets. L’énumération ci-dessus nous donne une idée exacte de ce qu’était la garde-robe et la lingerie d’un bourgeois de Briançon en -1630. On remarquera notamment les deux « paires de bas pour des veuves.» Cet inventaire était fait par les soins du notaire Antoine Cheronnier. A Messine, en 1743, deux ecclésiastiques étaient chargés de ce soin. — Cf. Frari, Loco citato, p. 640.

/aîLes au nom de la ville. « Le 30 oust reseu de mètre Àuthoyne Blanc - de peu blanc 61 lib. ; plus de bure, 48 lb„ de froumage 30 lib. ; uno quartîero de sel. « - Folio 62, à la date du 8 septembre. « Le jour de la Nativid de notre darno reseu de la farno de mètre Anthoyne Blanc pen blanc 87 lib • pen de seglo, 12 lb; cher de mouton, 19 lib. ; cher de brebis, 19 lib. » —■ Folio 64 : « Le 23 settenbre reseu dou pr 1 " quonsul pen blanc 87 lib, pen de seglo 10 lib, de cher de mouton 17 lib, de cher de brebis 34 lib.’ » — Folio 74 verso : « Le 21 desanbre reseu deu sieur Chabrier pen rousset 14 lb, pen de seglo 13 lb, vin rouge 6 pots, Iroumage 3 lib 12 onsces, toumo 1 lb, bure, 1 lb, depanso dargent 1 1. 4 s. ».

Folios 79-405 : « Roile de ce que Pierre Paret a espedié du pein qu’il aquict.de la ville et communauté de Briançon puvs ce xix juin 1630. » En marge : « Ce cayer a esté taxé pour faire paier à ceux que ont receup vivres au présent livre : le pain blanc 3 s. la lib. ; le pain de sègle 2 s. ; la chair de quelle sorte qu’elle soit, et le froumage, l’ung compourtant l’aultre 3 s. la liv. »

Folios 429-202. — Liste nominative des personnes qui ont été secourues ou assistées de « chair, burre, sel, froumage ou pain distribué », du 24 juillet au 3 décembre- Au total, 3007 personnes ont été secourues dans une période de 134 jours, soit environ 40 personnes secourues journellement.

Folios 207-237. — Mémoire de fournitures de viande, pain, vin et fromage faites « pour les pouvre et autre travaglant pour les aféres de la santé aquoumensé le 2 settenbre 1630. » Le mémoire se monte à 43 1. 10 s.

Folios 245 et suivants. — « Livre et rolle des mois de ia maliadie contagieuse. » Enumération des personnes mortes de l’épidémie. Environ 479 décès, du 2t juillet 1630 au 1 er janvier 1631, ce qui représente une énorme mortalité, eu égard au chiffre de la population (1).

Folios 270 et suivants. — « Estât et conterolle des officiers et galoppins mis dans l’enfermerie des malades de la peste, par nous consulz et commis, tenu depuis la eom[mission] et pouvoir à nous doné par conclusion et assemblée du sabmedy viij juin 1630. »... « M e Jn Reyà gaige de sèze sols pour jour, servant jour et nuict. » Il avait pour fonctions de faire la garde et contenir ceux de l’infirmerie. — Folio 272 « Ce 17* juin 1630,1e s r Brunicard. premier consul,... a esté arresté ung chirurgien comme en l’acte prins par M e Turcon, de ce jour, au prix de 100 1. le movs, avec sa nourriture et aux conditions y portées. »

Antoine Froment, avocat au Parlement du Dauphiné, qui vivait au commencement du XVII e siècle, a écrit une relation de la peste

(1) « Le nombre des morts de la peste, de compte fait, excedoit de quelques personnes celuv des survivans, icy [à Briançon], et a beaucoup d’endroits par les vallées, il n’est resté que le tiers. » — A. Froment, Loco infra citato, p. 3(k-3ûa.

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de 1630 qui ne présente aucun intérêt au point de vue médical (1). Le passage suivant mérite pourtant d’être cité :

« Dura un temps qu’on ne voyoit de toutes parts que parfums, feux et fumées : Tout un monde de trépassez s’en estant allé sans obsèques, ce n’estoit par apres tous les jours que convoys, qu’offices funèbres, que Messes de morts, qu’oblations, qu’ habits de dueil, que Iittres par les Eglises ; rien que contentions de droicts des sépultures sur le canon Ebron, et rendu qu’on avoit ce dernier devoir aux defuncts : Tant de vefs, et de femmes demeurées sans maris, et par émulation des garçons et des menus habitans, devenoient amoureux de sexe à autre, pour remplacer les defuncts, tous couroient aux mariages, qu’on oyoit à troupes publier aux Prosnes des Eglises, à tant qu’à Briançon les Consuls furent enfin nécessitez d’en empescher, par le Statut municipal, ou Privilège Briançonois, que nul ne s’y peut marier, qu’il n’ait un mestier, ou le vaillant 200. fl. »

Les saints patrons des pestiférés.

Saint Roch est universellement vénéré comme le plus puissant des saints dont on implore le secours en temps d’épidémie. Suivant la légende, il naquit à Montpellier, vers 129o : son père était le seigneur de la ville. Celui-ci étant mort, il vendit ses biens, en distribua le prix aux pauvres, céda ses droits seigneuriaux à son oncle, revêtit la robe du tiers-ordre de saint François et partit pour la Terre Sainte. En Italie, il passa par des régions ravagées par la peste : à Acquapendente, à Rome, à Rimini, à Plaisance (2), ailleurs encore, il guérit les pestiférés en traçant le signe de la croix sur leurs bubons. Il tomba lui-même gravement malade : seul au milieu des bois, loin du reste des Hommes, il se coucha sous un arbre et allait immanquablement périr, si, par une touchante manifestation de la sollicitude divine, le Chien d’un château voisin n’était venu chaque jour lui apporter du pain. Revenu à la santé, il continua sa route vers Montpellier, qu’il trouva en proie àia sédition. Pris pour un espion, il fut jeté en prison et y demeura cinq années, au bout desquelles il mourut de la peste, en 1327. On trouva sur son cadavre un écriteau ainsi conçu : Quiconque sera

(1) A. Froment, Essais. Grenoble, in-4“ de XV-349 p., 1868 ; cf. p. 286-3J6, De la peste. La première édition de cet ouvrage a été publiée à Grenoble en 1639.

(2) L’épidémie sévit à Plaisance en 1301. Saint-Roch n’aurait eu alors que six ans ; la date attribuée plus haut à sa naissance est donc inexacte, à supposer que le reste de la légende soit véridique.

aticml de la peste et implorera saint Roch, sera guéri. Son oncle l’ayant ainsi reconnu en ce prisonnier mystérieux, lui fit élever

ra 3n gutam fatifti

Montra ’écÛanÆ pidmk 2&pud p hm t ngmflî mi mtcrcciio 2 i 8 yiiiacu cmidoii - y—*—

Fig. 44 — Saint Roch, d'après Maldüra.

une église, où il ne tarda pas à se produire de nombreux miracles, les maladies pestilentielles cessant dès qu’on invoquait le saint.

Dès lors, la dévotion à saint Roch se répandit rapidement ; elle

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est encore aujourd’hui en pleine vogue. En 1414, pendant que le concile de Constance tenait ses assises, le pays étant infesté d’une très grave épidémie, on porta solennellement en procession l’image du saint et le fléau cessa. En 1485, les Vénitiens enlevèrent de Montpellier le corps du saint et le transportèrent dans leur ville : ils mirent celle-ci sous la protection du saint, dont ils déposèrent les reliques dans une église construite en son honneur. Des églises lui ont encore été consacrées dans un très grand nombre de localités, en Italie, en France et en Allemagne. L’église Saint-Roch, à Paris, a été construite de 1653 à 1740, sur les plans de Lemercier ; elle renferme une statue en marbre du saint, par Guillaume Coustou. Une confrérie de saint Roch, instituée à Rome à la fin du XV e siècle, eut bientôt des ramifications dans toute l’Italie et même jusqu’à Anvers, lors de la peste de 1658.

La plus ancienne représentation de saint Roch qui nous soit connue se trouve reproduite ci-dessus (fig. 14), grâce à l’amabilité de M. le Bourgmestre de Nuremberg, qui a bien voulu nous en prêter le cliché. C’est une curieuse gravure sur bois, antérieure à l’an 1500 et extraite d’une rarissime Vie de saint Boch par Maldura (1).

A cette époque, c’est-à-dire à la fin du XV e siècle et au commencement du XVI e , l’image du saint était déjà très répandue dans les églises. A preuve, nous pourrions citer un certain nombre de peintures ou de sculptures qui sont approximativement contemporaines de la gravure ci-dessus ; dans leur beau livre, Charcot et Richer (2) en ont donné la description, ce qui nous dispense d’y insister. Aux documents artistiques qu’ils ont fait connaître, nous pouvons en ajouter un qui ne le cède aux autres ni en intérêt, ni en ancienneté.

(t) Incunable de 12 feuillets, publié sans lieu ni date, ni nom d’imprimeur et mentionné sous le n° 10546 par L. Ha in, Repertorium bibliographicwm, in quo libri ovines ab arte typograpkica inventa usque adannum M D. typis expressi... recensentur. Stuttgartiae et Lutetiae Parisiorum, 1831 ; cf. II, p. 332.

La gravure ci-dessus a été reproduite à la page 107 de l’ouvrage publié par le Magistrat de Nuremberg à l’occasion de l'inauguration du nouvel hôpital général de la ville : Festschrift zur Erüflnung des neuen Krankenhauses der Stadt Nürnberg ; grand in-8» de XVII-606 p., avec 3 planches, 1898; cf. Archives de Parasitologie, III, p. 530, 1900.

(2) J. M. Charcot et P. Riches, Les difformes et les malades dans Part. Paris. in-4o, 1889 ; cf. p. 91-94.

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Statue de saiat Roc fa, par Yves Strigel, de Memmlngen, 1512. (Musée historique de Bâle).

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Il s’agit d’une vieille statue en bois, qui représente Saint-Rock et se trouve au Musée de Bâle (fig. 15). Elle faisait partie d’un autel sculpté en 1512, par maître Yves Strigel, de Memmingen, et commandé par la petite église de Santa-Maria Calanca, dans le canton des Grisons : l’église s’étant trouvée trop basse, toute la partie supérieure du rétable ne put être mise en place et fut finalement vendue au Musée de Bâle (1). Cette intéressante œuvre d’art présente la plus grande ressemblance avec une statue de pierre qui orne l’église de Coulonces, près Vire (Calvados), et dont elle est en quelque sorte la réplique : Porquet en a donné une excellente figure (2), que nous avons déjà reproduite dans les Archives (3).

On peut voir à la chalcographie du Louvre un dessin du Parmesan (lo03-1540) représentant saint Roch. Le saint a le genou gauche en terre, la face tournée vers le ciel et la cuisse droite dénudée pour montrer un bubon.

Signalons enfin un tableau de Magni (XVI e siècle) représentant tout à la fois saint Roch et son Chien, saint Sébastien, la Vierge et l’enfant Jésus (4).

Ces diverses documents établissent d’une façon indiscutable l’ancienneté du culte dont saint Roch est l’objet. Ce culte est encore aujourd’hui très vivace : une statue du saint orne la plupart des églises et un fabricant de statues religieuses, que nous avons consulté à cet égard, ne nous a pas montré moins de huit modèles différents qui sont encore journellement produits par ses ateliers. Suivant la tradition, le saint est représenté relevant sa tunique et montrant du doigt un bubon que, par pudeur, on place ordinairement, non pas à l’aine, mais sur le milieu de la cuisse ou même encore plus bas.

D’autres saints partagent avec saint Roch l’heureux privilège de protéger contre la peste ceux qui les prient. Dans son livre sur les

(1) Renseigemenls dus à l’obligeance de M. Albert Burekart-Finsler, conservateur du Musée.

(2) Porquet, Logo citato, p. 182.

(3) Archives de Parasitologie, II, p. 620, 1899.

(4) Une gravure de ce tableau se trouve dans Lectures pour tous, III, p. 19, octobre 1900. Ce n’est pas, comme il y est dit, « par goût du pittoresque » que le peintre a placé saint Sébastien en face de saint Roch, mais bien parce que ces deux saints sont les patrons des pestiférés.

notes historiques sur u

Mvhnm jl), Franklin du qu on peut invoquer contre la peste jusqu a o3 saints differents, parmi lesquels il cite notamment saint Antoine, saint François de Paule, saint Gerald et saint Sébastien.

Ce dernier jouit etlectivoment, dans certains pays, d’une très grande popularité : tel est le cas particulièrement dais le sud-ouest de l’Allemagne (Bavière, Württemberg). Parmi les nombreuses médailles religieuses ou amulettes contre la peste que renferme ma collection de numismatique médicale, il en est plusieurs qui portent l’effigie de saint Sébastien : elles proviennent des contrées

susdites et sont en général d’une remarquable exécution artistique. En France aussi, ce même saint a ses sanctuaires et a été invoqué contre la peste, ainsi que Rabelais nous l’apprend (2). De nos jours encore, il persiste en mainte localité des pratiques qui ne sont que la survivance plus ou moins modifiée d’anciennes coutumes religieuses. En voici un exemple, que je dois à l’obligeance de M. A.

Blanchet, bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque nationale:

A Saint-Sébastien de Morsant (Eure), localité située à cinq ou six kilomètres d’Evreux, les paysannes des environs viennent le jour de la Fête-Dieu cueillir des feuilles de Lierre aux murs du cimetière qui entoure l’église. Elles entrent ensuite dans celle-ci, qui est consacrée à saint Sébastien et au milieu de laquelle se trouve une statue du saint, en bois peint. Les paysannes touchent de leur bouquet les blessures et le corps du saint, puis s’en vont convaincues que ces feuilles les préserveront, elles, leur famille et leur bétail, contre les maladies et en particulier contre la pesté.

Saint Benoît, saint Zacharie et saint Ulrich semblent avoir été assez peu en honneur en France, mais il en est tout autrement en Autriche et dans l’Allemagne du sud, comme en témoignent un grand nombre d'amulettes, en forme de médaille ou de croix. Ma collection contient une certaine quantité de ces pièces intéressantes.

(!) A. Framki.in, La vie privée d’autrefois. Les médecins. Paris, un vol. in-48 de xi-303 p., 1892; cf. p. 223 et 238.

(2) « Nous venons de Sainct-Sebastian près de Nantes, et nous en retournons par nos petites journées. —■ Voire, mais dist Grandgousier, qu’aliiez-vous faire à Sainct-Sebastian? — Nous allions, dist Lasdailer, lui offrir nos votes contre la peste. — O, dist Grandgousier, pauvres gents, estimez-vous que la peste vienne de Sainct-Sebastian ? — Oui vraiement, respondit Lasdailer, nos prescheurs nous l’afferment. « — Gargantua , livre I, cbap. XLV.

Archives de Parasitologie , III, n“ 4, 1900. 41

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Amulettes, formules et prières contre la peste.

Nous avons déjà dit un mot des médailles religieuses envisagées comme amulettes ; nous ne pouvons, malgré le haut intérêt qu’il présente, insister sur ce point, qui mériterait une longue étude. Des amulettes d’un autre ordre (1) ont également joui de la réputation de préserver de la peste celui qui les portait : de ce nombre sont les pierres gravées et, parmi celles-ci, le canis alabor mérite une mention spéciale. Dans son Lapidaire astronomique, publié à la fm du moyen-âge, Camille Léonard le décrit en ces termes (2) :

« Canis alabor est canis imago sedentis in Cancro et in meridie locatur. Est Jovis naturae : si in lapide sculptam inveneris, tecumque portaveris, hydropem non timebis et a peste ac a morsu canis liberaberis. »

On trouvera dans YEnchiridion Leonis papas (1633) et dans divers autres ouvrages le texte des prières propres à conjurer la peste. Nous donnons ci-dessous la transcription, puis le fac-similé d’une formule qui nous semble être encore inédite : c’est un manuscrit latin du XVII e siècle, rapporté d’Italie par le D r L. Sarnbon. Lès + indiquent le moment où doivent être faits des signes de croix.

Oratio contra pestem, quolibet die dicenda.

In nomme Dei Tetragrammaton, Adonay, Sabaoth, Emanuel. Per haec nomina sanetae Trinitatis deprecor mitissimam clementiam tuam, ut me liberarè digneris ab omni malo, morbo, et peste, et a subitanea morte : Sanctus Deus, sanetus fortis, sanctus et immortalis miserere nobis. Recordare Domine testamenti tui sancti, et die Angelo percutienti ut cesset jam manus suas, ne desolelur terra, et ne perdas omnem animam viventem. Ghristus régnât, Christus imperat, Christus ab omni malo et peste me eustodiat, et defendat. Kyrie eleison, Christe eleison, Kyrie eleison. Agios o theos, agios y skyrios, agios atbanathos eleison ymas, libéra famulum vel lamulam tuam N ab omni pestifero morbo. Pater noster et Ave Maiâa -1—(- + qui gloriaris in malitia, qui potens es iniquitate perpétua destruet te Deus in finem, et eveliet te, et emigrabit te de tabernaculo tuo, et radicem tuam de terra viventium -f- Gloria, laus, etc. Mane cum

(1) Cf. I. de Diemerbrock, De peste libri quatuor. Arenaci, in-4’ de 337 p., 1846; p. 128, Àntidoti externi.

(2) Cité par F. de Mêly, Du rôle des pierres gravées au moyen-âge. Revue de l’art chrétien, 1893, p. 203, formule 298.

sarrexero adorabo te Domine Jesu Ch ris te + Telragrarmnaton - 4 - Tetra grammaton f Domine Jesu Chrtato libéra famulum vel famulam tuam N ab omm rnalo et Peste -h. ™

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Voici une prière composée par J. A. de Baïf (io32-lo89) , nous la

R. blanchard

trouvons à la fin d’un opuscule célébrant les vertus du Teucrium scordium (1) :

Vers de feu Monsieur de Baif, pour l’Image de Monsieur S. Roch,

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