‹ Notes historiques sur la vallée de la MatapédiaChapitre 13 sur 31 · C. J. BRYDGES · texte numérisé non relu

C. J. BRYDGES

Surintendant Général du Chemin

de fer du Gouvernement".

Et ainsi se termine cette histoire de la construction de l'Intercolonial dans notre territoire de la Vallée. Il resterait encore peut-être une foule de détails intéressants à noter au sujet des carrières Mc-Gravv et Mc-Gowe, sur les bords du lac Matapédia ; mais nous y reviendrons plus tard, quand nous ferons l'historique de Val-Brillant.

En attendant, nous raconterons une aventure peu banale qui eut la Vallée de la Mat a pédia pour théâtre, et qui trouve bien sa place ici, puisqu'elle se passa pendant la construction du chemin de fer.

Art. 19 — Un naufrage dans la Vallée de la Mata pédia, en 1875.

Eassurez-vous, chers lecteurs, l'auteur de ces lignes ne divague pas, bien que le titre de ce paragraphe soit plutôt étrange. Oui, il y eut un naufrage qui fit du bruit, à l'automne 1875, dans la Vallée de la Matapédia. Et il en fit d'autant plus que ce n'était pas l'aventure banale d'un navire qui va se briser sur un écueil ou qu'une banquise vient annéantir; mais qu'il se produisit plutôt dans les airs, à plusieurs milles du fleuve St-Laurent et même du lac Matapédia. Bien que la science ait fait d'immenses progrès depuis ce temps, pareille

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aventure ne provoquerait pas moins d'étonnement encore aujourd'hui.

Nos lecteurs qui sont contemporains de cette époque et qui ont lu les journaux d'alors, devinent déjà à quoi nous voulons faire allusion, et nous sauront gré peut-être de leur rappeler ce souvenir qui était en train de se perdre.

Dans le cours de novembre 1875 donc, les habitants de la Vallée, dont l'immense majorité étaient des ouvriers qui travaillaient à la construction de l'Intercolonial, ne furent pas peu surpris d'apprendre qu'un ballon, portant deux passagers, était venu s'abîmer sur un arbre, à peu près à mi-distance entre Sayabec et St-Moise, exactement sur la ferme possédée plus tard par M. François Saucier. On ne voulut pas d'abord ajouter foi à cette nouvelle : on crut à une fumisterie. Mais quand on vit arriver, à la ferme de Madame Pierre Brochu, les voitures portant le malheureux ballon et ses occupants, il fallut se rendre à l'évidence.

Voici, au témoignage des deux naufragés, ce qui s'était passé. Tous deux étaient des Américains de Philadelphie. La Vallée de la Matapédia n'était pas le but de leur voyage, dirent-ils. Partis de Philadelphie, quelques jours plus tôt, ils s'en allaient tout simplement "faire un bout de veillée" à Boston, Mass. Ce qui prouve d'ailleurs qu'il y avait un brin de vérité dans leurs dires, c'est qu'ils n'étaient pas vêtus pour braver les froids de fin de novembre du Canada, et qu'il n'avaient que quelques dollars dans leurs poches. A peine partis de Philadelphie, ils perdirent complètement le contrôle de leur machine qui filait dans les airs à une vitesse vertigineuse. Les malheureux, affolés, transis de froid, se voyaient emportés dans l'espace, sans trouver le courage de réagir, et se demandaient avec inquiétude comment ce drame se terminerait. Après des heures et des heures qui leur parurent peut-être des siècles, voilà, qu'à la

tombée de la nuit, ils voient devant eux une vaste nappe d'eau qu'ils prennent pour le fleuve St-Laurent, et qu'ils s'aperçoivent en même temps que leur ballon, manquant de gaz, commence à descendre. Ce qu'ils prenaient pour le fleuve, était tout simplement le lac Matapédia dont ils n'étaient éloignés que de trois ou quatre milles. Préférant sans doute mourir sur la terre plutôt que dans la mer, ils s'efforcent d'atterrir au plus tôt, et leur appareil va s'échouer dans un arbre, près de Sayabac. Les deux naufragés, tombant d'une hauteur d'une quinzaine de pieds seulement, en furent quittes pour la peur et quelques contusions.

Mais ce n'était pas tout d'avoir échappé au naufrage : il fallait maintenant trouver un gîte pour réchauffer leurs membres et restaurer leur estomac qui criait famine. Avant d'atterrir, ils avaient vu une maison dans le voisinage : c'était celle de M. T. D. Taylor, le dernier ingénieur résidant en charge de la section de MM. Neilson & Mc-Gowe. Ils vont frapper à la porte de M. Taylor, qui, après avoir entendu le récit de leur aventure et leur avoir donné les premiers soins, les conduit lui-même à la ferme de Madame Pierre Brochu, à la Tête du Lac.

Il fallait maintenant retourner à Philadelphie avec les débris du ballon naufragé. Et nos deux Yankees n'avaient que quelques dollars dans leurs bourses. Madame Pierre Brochu, n'étant pas trop disposée à croire à leur récit, hésitait à leur prêter les cent cinquante dollars qu'ils demandaient pour se repatrier, mais M. Taylor voulut bien cautionner pour eux. Le lendemain, M. Edouard Brochu, qui nous a raconté ce fait, allait les conduire à la gare la plus prochaine du chemin de fer, à Ste- Flavie, pendant que M. Antoine Paradis transportait le ballon avarié. Quelques jours plus tard. Madame Brochu recevait

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de Philadelphie les cent cinquante dollars qu'elle avait prêtées aux deux naufragés.

Voilà une aventure peu banale qui a bien fait parler les journaux dans le temps, mais qui était à peu près oubliée. Nos lecteurs seront heureux, nous en sommes sûrs, que nous l'ayons rappelée à leur souvenir.

Art. 20 — St-Moise et Desserte des missions de la Vallée, jusqu'en 1875.

La construction du chemin de fer Intercolonial avait amené un grand nombre de familles sur les bords du lac et de la rivière Matapédia, surtout à Val-Brillant, Amqui et Lac-au- Saumon. Mais il est une autre colonie qui n'avait pas attendu cet événement pour se développer: c'est celle de St-Moise. Faisons, en quelques lignes, l'histoire de la fondation de cette paroisse, la troisième organisée dans la Vallée, et disons le rôle que remplissait son curé dans les autres colonies en formation dans ce vaste territoire. Ceci nous fournira l'occasion de donner quelques chiffres et quelques noms qui ne manqueront pas d'intéresser plusieurs de nos lecteurs.

A l'automne 1868, nous avons vu qu'il y avait à St-Moise quatre familles seulement. Mais le mouvement était lancé : un grand nombre d'autres devaient suivre. Le 22 janvier 1869, on demandait déjà à l'autorité religieuse la permission de construire une chapelle en bois, de quarante-cinq pieds sur trentetrois, sur un terrain de deux arpents, donné gratuitement par Georges et Komuald St-Amand. L'évêque dut être touché de cette bonne volonté manifeste des premiers colons de St-Moise ; mais il ne crut pas devoir donner tout de suite l'autorisation demandée. Le nombre des familles était encore trop faible pour qu'il fût possible à l'autorité de constituer ce petit noyau

de population en mission canonique. Mais les colons arrivaient toujours, et si nombreux, que le 14 mars 1870, la permission demandée était accordée cette fois. On se mit à construire, mais comme les ressources de la jeune population étaient plutôt restreintes, ce ne fut qu'à l'automne 1872 que la petite chapelle fut prête à servir aux fins du culte divin. Le 30 janvier 1873, Messire Damase Morisset, curé de Ste-Angèle, venait en faire la bénédiction solennelle. Enfin, le 1er avril de la même année, un décret de Mgr Jean Langevin érigeait canoniquement la paroisse de St-Moise. Elle avait à cette date une population de cinquante-et-une familles et de trois cent trentedeux âmes. L'évêque ne lui donna pas tout de suite un curé résidant: mais il chargea Messire Morisset, curé de Ste-Angèle, de la desservir jusqu'à l'automne suivant. A l'automne 1873, Messire Ferdinand Audet était nommé curé de St-Moise, avec desserte des établissements formés des deux côtés du chemin Matapédia, jusque chez Madame Noble exclusivement. Quant aux établissements, missions ou paroisses situés au-delà de Causapscal, ils étaient alors sous la juridiction spirituelle du curé de St-Alexis de Matapédia, ou des missionnaires chargés par l'évêque de la desserte des nombreux ouvriers qui travaillaient à la construction de l'Intercolonial. Sait-on que le nombre de ces ouvriers fut à certaines époques très considérable? Monseigneur Maj. Bolduc, qui les desservit pendant les années 1872 et 1873, nous affirme qu'ils étaient au bas mot quatre mille deux cents.

Mais quels étaient ces établissements joignes des deux côtés du chemin Matapédia, jusque chez Madame Noble, que le curé de St-Moise avait la mission de desservir? Et quelle était la population de ces embryons de paroisse?

En partant de St-Moise, qui commençait à se coloniser, il fallait aller à la Tête du Lac pour trouver ur^e habitation.

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C'était celle de Pierre Brochu. La veuve de notre premier colon y vivait encore, en attendant de quitter, quelques années plus tard, pour aller vivre aux Etats-Unis. C'était l'unique maison dans le territoire actuel de Sayabec.

Quelques milles plus bas, un mille en haut de l'église actuelle de Val-Brillant, il y avait les quatre familles cle Marc Morisset, Germain Gendron, Joseph Morin et Johnny Gendron. C'étaient les quatre seules familles résidentes du territoire de Val-Brillant, qu'on appelait à cette époque Mc-Gowe. Il faudrait ajouter à ce chiffre les nombreux employés des carrières Mc-Grevy et McGowe, aussi dans le territoire de la paroisse actuelle de Val-Brillant; mais tous ces ouvriers devaient quitter lorsque la construction du chemin de fer serait terminée. A la carrière Mc-Grevy, il y avait un "camp" habité par une Dame Mc-Laren. C'était une pension pour les ouvriers de cette carrière.

De Mc-Gowe, il fallait aller plus de dix milles plus bas pour trouver des habitants. La première famille était celle de Thomas Fréchette, qui, depuis plusieurs années déjà, avait la garde du bureau de télégraphe, sur les bords des étangs du lac Matapédia, à un mille et demi en haut de la gare actuelle d'Amqui. A trois-quarts de mille plus loin, on trouvait Marcel Brochu, qui, depuis 1850, avait vécu à cet endroit. Enfin, près du pont actuel qui traverse la rivière Matapédia, à Amqui, vivaient Joseph Poirier, avec ses frères Elzéar, Auguste et Philippe. Joseph seul était marié. Voilà, d'après Monseigneur Bolduc, quelle était toute la population d'Amqui à cette époque, c'est-à-dire en 1872 et 1873. Cependant il est sûr qu'en 1874-, Marcel Brochu, Joseph Poirier, Auguste Poirier, Philippe Eenouf et Barthélémi (Thomas) Fréchette y possédaient des terrains. On en trouve la preuve dans le titre du shérif Fournier en faveur de G.W. Bartholomew, acquéreur à cette date de la

seigneurie du Lac Matapédia. On y lit en effet que toute cette seigneurie est cédée à Bartholomew "sous la réserve du droit de préemption en faveur de Marcel Brochu, Joseph Poirier, Auguste Poirier, Philippe Renouf, Barthélémi Fréchette et les héritiers de feu Pierre Brochu, pour les terrains qu'ils occupent dans la dite ci-devant seigneurie du Lac Matapédia." Voilà quelle était toute la population d'Amqui en 1873.

Dans la vieille mission du Lac-au-Saumon, quelques nouvelles familles étaient venues se joindre aux anciennes que nous avons nommées plus haut. Citons celles de Pierre Dubé, Antoine Dubé, Ignace Lavoie, Joseph St-Laurent, Epiphane Tremblay et quelques autres arrivées depuis le commencement de la construction de l'Intercolonial. Ces familles du Lac-au-Saumon, avec celles d'Amqui, formaient une petite mission que l'évêque avait érigée canoniquement en 1874. Le 12 septembre de cette année, il leur avait permis de se construire une petite chapelle. Plus tard, on le sait, cette mission fut abolie et la paroisse actuelle du Lac-au-Saumon fut formée l'autre côté du lac. La chapelle construite en 1874 fut délogée et servit de première maison d'école dans la nouvelle paroisse.

Voilà donc quels étaient les établissements qu'avait à desservir le curé de la nouvelle paroisse de St-Moise. On le voit, il n'avait en réalité que deux missions: celle de Mc-Gowe et celle du Lac-au-Saumon. A Mc-Gowe, la messe était célébrée et la mission était donnée, soit dans les "camps" de la carrière de ce nom, soit dans la maison de Joseph Morin, dans les dernières années.

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Art. 21 — La Vallée en 1876. Première visite de VEvêque. — Messire Trudelle, missionnaire de tout ce territoire. — Mouvement de la population.

En 1875, il y avait donc trois paroisses organisées dans le territoire de la Vallée. Et toutes trois se développaient normalement. Celle de S t- Alexis en particulier donnait les plus belles espérances.

Dans le cours de l'été 1875, l'Evêque de Eimouski visitait, pour la première fois, cette portion du territoire de son diocèse. Le 19 juin, Monseigneur Jean Langevin arrivait à St- Moise, au milieu des manifestations de joie les moins équivoques de la part des habitants. De St-Moise, il se rendit à la Tête du Lac, à la demeure de Madame Pierre Brochu. C'était l'année du grand jubilé accordé au monde par Sa Sainteté Pie IX, de sainte mémoire, à l'occasion de l'ouverture du Concile du Vatican. L'évêque de Rimouski, dans une lettre pastorale du mois de mars précédent, avait permis aux fidèles de son diocèse qui n'avaient ni église ni chapelle, de gagner les indulgences du jubilé en faisant les visites prescrites pour le gain de ces faveurs spirituelles, aux croix érigées le long des routes. C'est pourquoi Madame Pierre Brochu avait fait ériger quelques jours plus tôt, en face de sa demeure, le long du chemin Matapédia, la croix qu'on voit encore aujourd'hui, sur les bords de la rivière St-Pierre. Monseigneur Langevin la bénit à son passage et invita les habitants de la colonie à venir y faire les visites et les prières commandées par le Père commun des fidèles. Inutile de le rappeler à nos lecteurs, à Mc-Gowe, il n'y avait à cette date que les quatre familles nommées dans l'article précédent. De là, Monseigneur se rendit au Lac-au-Saumon. Il était accompagné du curé de St-Moise, qui était toujours l'abbé Ferdinand Audet, du Rév. Père Gladu, O.M.I.,

de l'abbé Ladrière, et de M. Chalifour, Diacre, comme secrétaire.

L'année suivante, le 7 octobre 1876, Messire C. E. Trudelle succédait à Messire F. Audet, comme curé de St-Moise. Relevons le passage suivant de sa lettre de mission: "Vous aurez aussi la desserte de la mission du Lac-au-Saumon, de celle de St-Jacques de C ausapscal et de celle de St-Laurent de Matapédia". C'est-à-dire, chers lecteurs, que l'abbé Trudelle avait près de cent milles de territoire à desservir: toute la Vallée de la Matapédia, à l'exception des paroisses de Ste Angèle et de St- Alexis. Et c'est hier, cela ! il n'y a que quarante-cinq ans ! Pour pourvoir aux besoins spirituels du même territoire aujourd'hui, dix-huit prêtres sont à l'oeuvre d'un bout à l'autre de l'année; et il en faudrait vingt-cinq peut-être ! Ces chiffres peuvent se passer de commentaires. D'ailleurs le nombre des familles n'était pas encore très considérable. En les réunissant toutes, on n'aurait pu en trouver assez encore pour former une paroisse de mo}^enne importance. Voici la liste à peu près complète des familles qui vivaient en 1876 dans le territoire compris entre St-Moise et St-Laurent de Matapédia.

En quittant St-Moise, la première habitation qu'on trouvait sur la route était celle de Madame Brochu, à la Tête du Lac. Quelques milles plus bas, à Mc-Gowe, vivaient les familles de Germain Gendron, Joseph Morin et Johnny Gendron. Marc Morissette avait transporté sa maison à un mille plus bas, à l'endroit qu'on venait d'appeler Cedar-Hall. Deux ou trois arpents encore plus loin, près de l'église actuelle de Val-Brillant, on trouvait Denis Faye, contre-maître des cantonniers. De Cedar-Hall, il fallait faire sept autres milles pour trouver une habitation : celle de Thomas Fréchette, qui tenait une station de télégraphie, à un mille et demi de la gare actuelle d'Amqui. Puis venaient Samuel Plante et Marcel Brochu, à trois-quarts de mille plus

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bas. Un peu plus loin, dans une maison appartenant au gouvernement, vivaient les trois cantonniers: Andrew Gambell, Samuel Lowe et Philipp Warren. Puis on trouvait les familles de Lazare Roy, Chrysostôme Bernier et Joseph St-Pierre. Tout près de la gare du chemin de fer, à peu près où se trouve aujourd'hui la résidence de M. Poitras, M. Alexander Grant exploitait une scierie. Dans la gare, résidait l'agent M. J. Wilson et un télégraphiste, M. Pettigrew. Tout-à-fait près du pont de la rivière, dans une maison qui existe encore aujourd'hui, vivaient Joseph Poirier et ses frères. Puis les colons suivants se succédaient dans l'ordre ci-dessous, depuis l'église actuelle d'Amqui jusqu'à la chapelle de la mission du Lac-au-Saumon : Athanase Dechamplain, Elie Lavoie, Christophe Côté, Lazare Boucher, Adam Banville, Fortunat Banville, Cyprien Bernier, Joseph Simon, Joseph Tremblay, Ferdinand Ouellet, Joseph LeBlanc, Alfred Brillant, Joseph Sirois dit Duplessis et Thomas Moreault. Ce dernier avait la terre voisine de la chapelle. A l'est de la chapelle, on trouvait encore les familles suivantes: Ignace Lavoie, Anas Poirier, Joseph St-Laurent, Gabriel Dubê, Antoine Dubê, Prudent Michaud et Pierre Dubê. En tout, à peu près trente familles dans tout le territoire qui forme aujourd'hui les deux grandes paroisses d'Amqui et du Lac-au-Saumon. L'abbé Trudelle allait leur donner la mission toutes les six semaines, dans la petite chapelle construite en 1874.

Mais continuons notre recensement de la Vallée en 1876. En laissant l'habitation de Pierre Dubé, on entrait dans le territoire de la mission de Causapscal. Le premier habitant en était Bruno D'Anjou. Puis venaient les familles de Georges Biais, Célestin Charette, John Pineau, Théophile Michaud, Xavier Dubé, Samuel Dupéré, Joseph Lepage, François Lepage, Ferdinand Heppel, Xavier Ileppel et James Smith. Et

voilà à peu près toute la population de Causapscal, à cette date. De là, jusqu'à Matapédia, il n'y avait guère que les chefs des gares et les cantonniers de l'Intercolonial. Mentionnons Thomas Evans, Thomas Connors et une autre famille anglaise. Voilà, chers lecteurs, la transformation que la construction du chemin de fer avait opérée dans cette région. Notons que la plupart de ces familles étaient arrivées pendant la construction et s'y étaient définitivement fixées, quand la voie avait été livrée au trafic général, en 1876. La Vallée de la Matapédia commençait à être connue et ne devait pas tarder à l'être davantage, grâce aux bons rapports qu'en faisaient les colons qui venaient de s'y établir.

Art. 22 — Les derniers missionnaires de la Vallée. — Fondation de nouvelles missions et de nouvelles paroisses. — Mouvement de la colonisation. — Conclusion.

Messire Tru délie demeura curé de St-Moise jusqu'au 30 octobre 1878. A cette date, il était remplacé par Messire J. A. Pérusse, à qui l'évêque avait confié la mission de desservir les mêmes postes que son prédécesseur. Ces postes étaient considérablement augmentés, en particulier celui de Cedar-Hall qui avait reçu quatre familles dans le cours de cet été, et qui avait ainsi presque doublé sa population. On n'y avait pas encore de chapelle, mais grâce à la bienveillance de M. Trottier, chef de gare, la station du chemin de fer servait au culte divin, à l'occasion de la visite du missionnaire. Les autorités fermaient les yeux et personne ne s'en plaignait. Mais n'anticipons pas sur l'historique de Val-Brillant qui sera l'objet de tout un chapitre du présent travail.

Le 27 septembre 1881, Messire Pierre Brillant succédait à Messire Pérusse, à titre de curé de St-Moise. Dans sa lettre de

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mission, on lit le passage suivant : "Vous aurez la desserte des missions de Cedar-Hall, de St-Edmond du Lac-au- Saumon, de St- Jacques de Causapscal, d^Assametquaghan et autres postes ou stations, jusqu'aux premières habitations desservies de Mill- Stream, exclusivement".

On le voit, les paroisses de la Vallée commençaient à se dessiner. Pour la première fois, il était question de Cedar-Hall, dans les documents officiels de la curie épiscopale. C'est qu'il y avait à cette date, dans cette mission, quarante à cinquante familles, qu'on venait d'y construire une chapelle et d'élire des procureurs ou syndics. A Sayabec, c'est à peine si quelques lots venaient d'être concédés. Amqui n'était pas encore érigé en mission, bien qu'il y eut un nombre assez considérable de colons. Cette colonie continuait à faire partie de la vieille mission du Lac-au-Saumon.

Cette année là, le fameux procès Bartholomew-Gagnon- D' Amours, au sujet de la propriété de la seigneurie du Lac Matapédia, battait son plein, en Cour Supérieure, à Eimouski. Les King Bros, devaient en être reconnus les seuls propriétaires. En attendant, ils concédaient des lots à tous ceux qui en faisaient la demande. Aussi de nombreuses familles, venant des Trois- Pist oies et de la région, arrivaient tous les jours dans la seigneurie et dans tout le reste de la Vallée. L'avenir était pleine de promesses.

Cinq ans plus tard, le 26 août 1886, Amqui recevait son premier missionnaire dans la personne de Messire Charles-Philémon Côté, décédé, il y a quelques années, curé de L'Isle- Verte. L'évêque lui confiait en outre le soin des missions en bas de Amqui. En sorte qu'il ne restait plus au curé de St-Moise que la desserte des missions de Sayabec et de Cedar-Hall.

Enfin, le 29 septembre 1889, Messire Pierre Brillant, curé de St-Moise, était transféré à la cure de Cedar-Hall, érigée

en paroisse canonique, cette année-là, sous le nom de St-Pierre du Lac Matapédia. La nouvelle paroisse avait alors une population de cinq cents âmes. Le nouveau curé de St-Moise, Messire Joseph Dubé, ne gardait plus que la desserte de la mission de Sayabec, qui devait elle-même être érigée en paroisse en 1894, et avoir son premier curé résidant, en 1896, dans la personne de Messire J. C. Saindon, encore aujourd'hui curé de la même paroisse.

En 1895, Arthur Buies fit une exploration dans la Vallée de la Matapédia. Il faut lire sa brochure pour voir à quel point il fut émerveillé de ce qu'il y avait vu. Nous en avons déjà cité de longs extraits. Cette publication fut une révélation pour le gouvernement et pour tous ceux qu'intéressaient les choses de la colonisation à cette époque. On venait de découvrir la Vallée de la Matapédia î Et comme il arrive après toutes les découvertes, il y eut une ruée vers cette "terre de Chanaan", comme Buies l'avait appelée. Aussi, après la formation des cellules-mères, que d'autres fondations ont été faites ! St-Léon le Grand, St-Edmond du Lac-au-Saumon, St- Jacques de Causapscal, Ste-Florence, St-Zénon du Lac Amqui, St-Raphael d'Albertville, St-André de Ristigouche, Ste-Jeanne d'Arc, St-Cléophas, St-Agricole, Coutureval, Nemtavé, Tracé Matane, St-François d'Assise, Langis, etc. : voilà autant de paroisses ou missions issues des quatre premiers postes du vieux Chemin Kempt. N'est-ce pas que c'est vraiment le grain de sénevé qui a couvert toute la terre ?

Si l'on veut se faire une idée des progrès réalisés depuis 1890, que l'on médite un peu sur les chiffres suivants :

En 1890, il y avait dans toute la Vallée de la Matapédia 964 familles et 5,031 âmes.

En 1900, 1590 familles et 10,917 âmes.

En 1909, 16,143 âmes.

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En 1910, 2848 familles.

En 1919, à peu près 25,000 âmes.

En 1921, près de 30,000 âmes.

Voilà, chers lecteurs, en quelques pages, l'histoire des origines de la Vallée de la Matapédia. Il y aurait encore beaucoup à dire sur les merveilles qui ont été opérées, en ces dernières années, dans cette région, la plus belle de la province. Mais c'est de l'histoire contemporaine. Un autre les racontera à une autre génération, dans quelque cinquante ans .... Alors la Vallée sera un comté, un district, peut-être un diocèse ! La population en sera de 100,000 âmes. Qui sait ? . . . Si l'avenir répond au passé, qui peut dire ce que sera la Vallée de la Matapédia dans un demi-siècle ?

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