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puni. 11 n'y ont pas do seconde représenlatiun affiché*' , pas de publie appelé au iliéâtre et renvoyé, pas de lunmlte, pas de discours. Molière écrivit un placet que deux de ses compagnons allèrent porter au roi devant Lille. 11 y rappelait avec chaleur et dignité la permission qu'il disait avoir reçue du roi ; il le sommait respectueusement de faire observer sa parole par ceux qui tenaient de lui leur autorité ; il semblaii même vouloir l'inquiéter pour ses divertissements à venir : " Il est très assuré, disait-' il, qu'il ne faut plus que je songe à faire des comédies , si les tartufes ont l'avantage. - Pendant que ce message faisait sa route, une autre autorité venait de se prononcer contre l'ouvrage. L'ancien précepteur du roi, l'arclievêque de Paris, publiait (11 août) un mandement qui défendiait " à toutes personnes de voir représenter, lire ou entendre réciter la comédie nouvellement nommée V Imposteur, soit publiquement, soit en particulier, sous peine d'excommunication. » Cette inter-
SUR LA VIE DE MOLIÈRE. li'^
diction allait, comme ou voit, beaucoup plus loin que celle dont le parlement voulait maintenir l'effet. Elle atteignait ton .ceux qui s'étaient mis jusque-là hors du public, le roi co)npris. Cependant les comédiens députés furent gracieusement re(;us au camp devant Lille ; ils en rapportèrent cette réponse " qu après .-on retour leroi ferait examiner de nouveau la])iècectqu'ils la joueraient. "Lille se rendit le 27 août, le roi était de retour à Saint-Germain le 7 septembre, et l'on ne vit pas jouer le Tartufe. Ici encore le silence absolu des contemporains nous laisse dans une ignorance complète de ce qui put se jiasser entre le comédien et le roi. Il est certain ([ue celuilà avait parle liant et clair, que celui ci avail répondu obscurément ; il est certain encore que le roi recula une seconde fois devant les manifestations contraires à sa volonté, puisqu'il ne fit pas jouer alors, ni longtemps après, la pièce incriminée; mais, malgré l'éclat de cette affaire dans Parit, malgré l'intérêt qu'y avaient pris deux pui :-
sances de l'Etat, le parlement et l'aichevêque, malgré tant de motifs pour qu'elle fût partout un objet de curiosité ou de dispute, il ne nous est pas resté un seul mot de cet événement et de ce débat. Les faits seuls, et des faits négatifs, nous en instruisent quelque peu. Après le retour du roi, quatre mois se passent sans qu'on voie nulle part figurer Molière. Au mois d'octobre, sa troupe est appelée à jouer devant le roi, et c'est un autre auteur, de Visé, qui fournit pour cette occasion le divertissement de Délie. Au commencement de novembre, la cour étant à Fontainebleau, c'est encore une pièce comique du même de Visé, jouée par les mêmes comédiens, qui termine les fêtes. Il ne paraît pas qu'on eût vu Molière davantage sur la scène du Palais-Royal, car Robinet écrit le samedi 3 1 décembre :
Veux-tu, lecteur, être ébaudi?
Sois au Palais-Royal mardi. Molière, que l'on idolâtre, Y remonte sur son théâtre.
Était-ce une nouvelle atteinte de sa ma-
ladie qui avait causé cette retraite ? N'étaitce pas plutôt un fier ressentiment de labandon où le roi l'avait laissé à l'ocoasion de Tartufe? Nous n'en savons rien. Ce que nous voyons, c est que Molière reparut devant le public le 3 janvier 1668, que le 5 du même mois il jouait aux Tuileries Ip Médecin malgré lui, i[\xQ\& 13 il donnait sur son théâtre Amphitryon, et que le 1 6 il représentait cette nouvelle pièce à la cour. Si, comme nous sommes enclin à le penser, il y avait eu du dépit, du chagrin, de la bouderie dans cette éclipse de quatre mois, on peut juger ce qu'avaient de sens et ce que durent produire d'effet ces vers qui commencent presque la comédie à' Amphitryon et que Molière débitait lui-même dans le rôle de Sosie :
Sosie, à quelle servitude Tes jours sont-ils assujettis?
Noire sort est beaucoup plus rwAn Chez les grands que chez les petits.
Ils veulent que pour eux tout soit dans la nalure Obligé de s'immoler ;
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Joui el nuit, grêle, vciil, péril, clialeui, Iruiduic, Dès qu'ils parlent, il faut voler.
Vingt ans d'assidu service
N'eu oblieuuent rien pour nous.
Le moindre petit caprice
Nous attire leur courroux.
Cependant noire âme insensée S'acharne au vain honneur de demeurer près d'eux, El s'y veut contenter de la fausse pensée Ou'ont tous les autres gens que nous sommes heureux. Vers la retraite eu vain la raison nous appelle, En vain notre dépit quelquefois y consent ;
Leur vue a sur notre zèle
Un ascendant trop puissant, Et la moindre faveur d'un coup d'oeil eaics---anl
Nous rengage de plus belle.
Et. diius le fait, Molière était -• rciiiraué. I/et'fet ne s'en lit pas voir aussitôt, parce que le roi employa sou carnaval à prendre la Franclie-Comté ; mais, quand l'été revint avec une paix glorieuse qui laissait à la France ses conquêtes de Flandre, on vit Molière se remettre à l'œuvre pour les plaisirs de la cour. Une fête non moins brillante que celle de 1664 se préparait à Versailles, dans les nouveaux jardins créés par Louis XIV. On y avait réservé la place
SIK LA Vil:; DE MOLIKIŒ. 153
pi-iiioipale ù la comédie, et Molière était ehargé de la remplir. Un tliéâtre magnifiquement décoré, les meilleurs danseurs, les plus belles voix, de nombreux instruments et Lulli furent mis à sa disposition. Tout ce luxe royal (18 juillet! servit comme d'entourage à sa personne et foi-male cadre de Geovfjf Dandiii. 11 avait écrit la pièce et il y jouait le premier rôle ; les paroles chantées étaient de lui, les ballets se rapportaient tant bien que mal à l'action où il figurait. 11 n'était vraiment pas croyable qu on eût refusé qucl(|ue chose à un homme qui se prodiguait ainsi.
Le 9 septembre de la inéme année, il donnait l'Avare sur le théâtre du Palais- Royal. Au sujet de l' Avare, Griinarest a fait quelques contes absurdes, dont les biographes ont eu grand tort de s'embarrasser. Avec un peu plus d'attention, ils auraient vu que cet homme, qui entreprenait une vie de Molière, n'avait pas même sous lamain, n'avait pas songé à emprunter un exera- }>lairc de ses œuvres, qu il ne connaissait
pas seulement l'ordre dans lequel ses comédies avaient été représentées. Nous l'avons vu faire jouer les Précieuses pour la première fois en province. Il ne sait pas que les Fâcheux ont été représentés à Vaux; c'est à peine s'il a entendu parler, et encore bien tard, quand sa besogne est presque finie, des trois premiers actes du Tartufe donnés à Versailles ; il y fait paraître comme ouvrage nouveau le Mariage force; il fait venir le Festin de Pierre avant qu'il soit question du l'artufe ; ^?iv compensation le Tartufe précède le Misanthrope sur le théâtre public, et la permission d'en continuer les représentations arrive directement du camp devant Lille. C'est sur la foi d'un écrivain si exact qu'on a dit qu'un premier essai de V Avare avait mal réussi , et qu'après un intervalle plus ou moins long, Molière s'était décidé à le reprendre. Le fait est que jamais ï Azare n'avait été vu de personne avant le 9 septembre 1668, et qu'il eut alors un succès fort satisfaisant. Si nous avions à examiner la pièce, nous
montrerions aisément pourquoi l'exécutiou la plus parfaite n'a jamais pu parvenir à en faire un spectacle agréable , quelque admiration du reste qu'elle ait toujours excitée. Ce qu'il nous appartient de dire , c'est qu'elle fut goûtée et suivie ; qu'en deux mois, elle fit partie deux fois des divertissements de la cour, le i 6 septembre chez Monsieur, le 5 novembre chez le roi , ce qui prouve à la fois l'empressement et la durée de l'approbation.
En ce même temps (20 septembic) la troupe de Molière fut appelée chez le prince de Condé, à Chantilly, où Monsieur et Madame étaient allés se divertir, et voici comme en parle Robinet :
(Là) le grand Condé leur fit chère.
Je vous assure, tout entière.
Et Molière y montra son nez :
C'en est, je pense, dire assez.
Au moins n'était-ce pas en dire trop , et il serait difficile, si l'on ne le savait d'ailleurs . de soupçonner ce que cachait cette prudente réticence. La pièce où Molière
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" avait montré sou iiez -> à CliHiitilly, ce n'était pas la comédie toute neuve de l'Avare. C'était le Tartufe , dont le prince avait voulu régaler ses hôtes , sans doute parce que, hors du diocèse de Paris , on ïsc croyait à l'abri de l'excommunication. Molière se tenait donc toujours prêt à le faire reparaître sur la scène ; mais ce qu'il désirait surtout , ce qu'il devait sans cesse demander, c'était de pouvoir l'exposer librement au grand jour de son théâtre , devant la foule, sans mystère et sans choix de spectateurs , chacun y venant pour soti argent, depuis » quinze sols - jusqu'au .' demi-louis d'or. " Il l'obtint enfin, l.e mardi ô février 1669, la troupe du roi annonça le matin et joua le soir le Tartufe on l'Imposieur.
Personne encore n'ayant pris soin de chercher et de nous dire ce qui avait pu déterminer cette tolérance tardive et subite pour l'œuvre longtemps prohibée , il nous a fallu jeter un regard dans les faits de l'histoire , et nous v avons trouvé une
>LR LA ME DE MOLIKRE. 1,^7
explicaiiuu ibrt plau&ible. Le long dél>at qui avait divisé l'église de France et mis aux prises une partie du clergé avec l'autorité pontificale venait d'être enfin terminé par un acconnnodement que l'on voulait croire durable. Le bref préliminaire à cette fin était parti de Rome le 29 septembre 16()8; larrôt du c-onseil qui en «'■tait la suite avait été rendu le 26 octobre ; le docteur Arnauld avait fait sa soumission lo 4 décembre, et le bref définitif de réconciliation,, daté du 19- janvier 1669, était arrivé vers la fin du mois. Dans les premiers jours de février, tout était joie , espérance, bonne amitié, concorde, oubli des injures , réparation des torts; il ne restait plus qu'à réintégrer les religieuses de Port-Royal, ce qui eut lieu le 17 . Molière profita du moment où tout le monde s'embrassait pour mettre aussi son Tariufe en liberté , comme tacitement compris dans la • paix de Clément IX. -
On peut dire qu'il avait atteint en ce moment le but de toute sa vie. Vingt jour»
après la représentation publique et permise du Tarhife , il perdit son père , qui avait fini par être vieux , et il devint titulaire de la charge dont il avait recouvré la survivance. Peut-être avait-il commencé à en faire le service du vivant de son père ; ce qui est certain , d'après Lagrange et Vinot, c'est que, depuis qu'il y fut entré , il " l'exerça dans son quartier jusqu'à sa mort. •' Cependant le Tartufe continuait à se jouer sans interruption et avec beaucoup d'applaudissements. " Il n'y a plus ici, écrivait Guy Patin le 29 mars, que les comédiens qui gagnent de l'argent avec le Tartufe de Molière ; grand monde y va souvent. " La pièce parut imprimée le 22 mars, avec un privilège daté du lo, et se vendit chez le libraire Ribou, au prix énorme " d'un écu « et au profit de l'auteur : ce qui ne signifie nullement , comme l'a cru un biographe préoccupé des habitudes de notre temps , qu'aucun éditeur n'avait voulu s'en charger. Elle était précédée d'une préface en même temps sévère
et moqueuse. Les trois placets relatifs à cette pièce , et qu'on a eu fort raison d'y joindre , ne l'accompagnaient pas encore. Le premier est certainement de 1664, antérieur au Festin de Pierre; le second est celui que LaThorillière et Lagrange avaient porté, en 1667, au camp devant Lille ; le troisième est du jour où le TartiLJe eut permission de paraître, et l'enjouement familier qu'on y trouve montre en même temps ce que Molière sentait alors de bonheur, ce que le roi lui accordait toujours de liberté. Le bienfait du 5 février ne tarda pas à être payé en plaisirs. Au mois d'août, dans une seule soirée , Molière jouait à Versailles l'Avare et le Tartufe. Six semaines plus tard, àCliambord (6 octobre), il donnait , avec tous les ornements de la musique et de la danse, Monsieur de Pourceaugnac, et cette pièce, réduite aux seules ressources do sa franche gaieté , était venue, le 15 novembre , amuser le public du Palais-Royal.
Molière en était là de son triomphe ,