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Les courageux mandements^ les lettres pastorales de nos ëvéques , se transformèrent en oraisons funèbres : la plus célèbre de toutes, celle de Mgr Christophe de Beaumont
trent le malheureux prince, averti, éclairé par sa conscience, mais cédant toujours à la peur, ce sentiment si peu royal.
Et de quoi donc avait-il peur , Louts-le-bien-aimé^ Mais, un peu de tout , même de l'en fer f comme osent bien le lui reprocher les immondes écrivains de Tépoque {Voy- Barbier, yiii-301). Mais ce qui le mettait au-dessus de cette salutaire frayeur, c'était la peur de ses pairs en immoralité, les Richelieu et autres corrupteurs de la morale publique ; c'était la peur des philosophes , mais surtout celle des parlements et de leur odieuse protectrice , la Pompadour.
Quand cette femme reçut la visite du beau-père de son roi, et roi lui-niéme, venant par un acte d'héroïque humilité lui recommander la cause des Jésuites , elle prit des airs de reine , et lui répondit : Sa Majesté a , dans ce moment, trop besoin de ses parlements pour les mécontenter au sujet des Jésuites. ( Voy- Mém. du Préê. d^ÉgttiUest pagei97,)
D'un côté, cette crainte de mécontenter les parlements, et de l'autre, le désir de ne pas froisser son beaupère, son épouse et son fils, entraînèrent Louis XY à jouer un peu la comédie : d'une part, il donna un édit pour arrêter les parlements dans leur œuvre de destruction, et de l'autre, il n'en exigea pas l'exacte exécution. Plus tard on l'entend
valut à son auteur l'exil et la persécution. Sa lettre, chef-d'œuvre de raison , avait mis le parlement en fureur et cela se comprend j jamais de plus importantes vérités n'avaient
se plaindre de la négligence des magistrats à exécuter les prescriptions de Tédit, et, tout aussitôt, se contenter des mauvaises excuses alléguées par le premier Président. « Aussi le parlement , dit Barbier (sous la date du 28 c mars 1762) , a-t il été content. . . ce qui fait penser à bien « des gens que le roi abandonne les Jésuites, que cela c est de concert, et qu'il n'a envoya cet édit , assez mal c conçu , que pour se rendre aux importuuités de la faf mille royale. »
Il fallait cependant que la comédie eût un dénouement : Louis XY, comme on devait s'y attendre, céda sur toute la ligne, et malgré sa conscience ; mais avant de ratifier , par sa signature , les arrêts des parlements , il écrivait , en manière de protestation , à son ministre Choiseul :
c Je n'aime point cordialement les Jésuites; mais toutes c les hérésies les ont toujours détestés, ce qui est leur c triomphe. Je n'en dis pas plus. Pour la paix de mon < royaume, si je les renvoie contre mon gré, du moins f je ne veux pas qu'on croie que j'adhère à tout ce que « les parlements ont dit et fait contre eux.
• Je persiste dans mon sentiment, qu'en les chassant , c il faudrait casser tout ce que le parlement a fait contre c eux.
ff En me rendant à l'avis des autres , pour la tranquil-
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été mieux et plus énergiqaement exprimées.
En conséquence elle fat remise aa bom-reaa pour ]a flétrir ; puis on en rechercha tous les exemplaires afin de les détruire , et cela , avec une rage inouïe , des perquisitions révoltantes , et des excès à soulever le cœur. Jamais les productions les plus infâmes n'avaient été poursuivies de la sorte et Fobjet de plus ardentes répressions.
c lité de mon royaume, il faut changer ce que je propose, < sans quoi je ne ferai rien. Je me tais, car je parlerais « trop. » (Foy. Grétineaii-Joly, t. Y, p. 233.)
Voilà comme parlait l'héritier de saint Louis, de Henri lY et de Louis XIY. Quelle confusion devait éprouver ce triste successeur de tant de véritables rois en regardant leurs portraits i
Après avoir signalé les faiblesses de Louis XV , et parlé de lui comme nous avons dû le faire , nous croirions inutile de protester de notre respect pour la plus vénérable famille de l'Europe, et les trônes qu'elle illustra; si des esprits exagérés ne confondaient maladroitement la per- ^nne d'un roi, avec la royauté; elle, toujours si grande et toujours éminemment respectable, lors même que la couronne royale est comme flétrie par la tête qui la porte.
Mgr de Beaumont exile , vilipendé par le parlement, fut consolé jet glorifié par Tévéque des évêques : Clément XIII , le Grégoire VII de ce siècle, lui écrivait le 15 février 1 764 : « Nous ne pensons pas que it vous ayez été surpris , ni étonné , qu'après ^c la publication de votre dernière instruction (i pastorale , dans laquelle vous avez entre- (ir pris j avec tant de gloire pour vous , et avec (c l'approbation des gens de bien, de dé- « fendre la divine autorité de l'Ëglise , il se « soit élevé contre vous un orage si violent « et si cruel. Ni les périls dont vous étiez « menacé , ni les travaux que vous auriez à u soutenir^ ni les peines et les afflictions u d'esprit que Ton vous avait déjà suscitées, fi n'ont pu vous empêcher de remplir un i< devoir que vous imposait l'épiscopat. Ces ^f anciens défenseurs de la religion , qui se f< sont livrés pour elle à toutes sortes de tf ppfpbats, admireraient^ s'ils revenaient au
monde , votre fermeté et votre force sacerdotale* — Aussi , croirions-Dous ne pas entrer assez pleinement dans ce que vous vous êtes propose, si nous cherchions ici à vous consoler de ce que vous avez eu des mauvais traitements à essuyer, et de ce qu'on vous a arrache du sein d'une Eglise que vous chérissiez comme votre épouse... Nous devons donc plutôt nous réjouir dans le Seigneur, vénérable Frère, de ce qu'il vous a donné un si grand courage que vous n'ayez pas hésité de sacrifier vos hiens et votre vie même , s'il le fallait.... Pour vous, vénérable Frère, que nous regardons comme un modèle que Dieu a voulu donner de Tancienne discipline et de la vigueur épiscopale , nous vous portons continuellement dans notre cœur et nous ne cesserons de faire les plus grands efforts pour vous aider par tous les moyens possibles à sortir de cette effroya-
(c ble tempête qui semble vouloir anéantir cf avec vous presque toute l'Eglise de « France, etc. »
Bientôt Clément XIII , après avoir consolé le pasteur, voulut faire entendre sa voix aux persécuteurs du prélat, aux destructeurs de la Compagnie; mais sa parole fut méprisée , ses brefs mis à néant. Le vertige avait saisi ces magistrats qui , après avoir mis le pied dans l'Eglise et s'être faits docteurs en droit canon , transformaient le parlement en concile œcuménique pour juger la doctrine , les bulles des Souverains-Pontifes; donner, sous forme d'arrêts, des limites à la puissance spirituelle des Papes, et déterminer les points où il serait désormais loisible aux français de leur obéir.
La révolution religieuse était commencée ; les principes étaient posés , et, si les parlements avaient été conséquents , ou la France aussi avancée qu'eux , on n'aurait pas mis
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trente ans pour arriver à la Constitution civile du clergé (1).
Avant de proscrire les Jésuites ^ où leur avait reproché , — et les avocats du parle-
(1) Notre assertion semblerait fort exagérée, si Ton ne se rappelait les tristes emportements de la magistrature, à répoque dont nous parlons. Pour ceux qui les auraient oubliés, nous donnerons un spécimen de Téloquence parlementaire en 1765. Nous choisissons, entre beaucoup d'autres d'égale force, le discours de Rentrée prononcé le 1*^' octobre devant Nosseigneurs du parlement d'Aix, et plus de quatre cents auditeurs , par Y Avocat-général dont nous tairons le nom, un des plus honorables de la Provence.
Voici le début de l'orateur : t Les lois ne sont autre t chose que les divers rapports des établissements nécesc saires à la sûreté de la loi naturelle; la connaissance. • de cette loi doit être Tunique étude des magistrats. Par c elle ils auront la clef des lois divines et humaines , rien
< ne leur échappera, dans le droit public, les matières les « pliLS abstraites de la théologie seront à leur portée; la proc fondeur du dogme n'aura rien qui les effraie , ils y c ramèneront les ministres toutes les fois qu'ils s'en écar-
< teront,etc.
« L'esprit des lois a dégénéré chez presque toutes les c nations; on s'est écarté de la loi naturelle; une grande
< partie de nos lois sont une suite du gouvernement féof dal. L'envie d'asservir le peuple fit recourir à la religion.