CCLXVIII
Un monsieur passe dans la rue.
Deux autres passants, Tun pape, l'autre moine, se prennent de querelle à son sujet.
Le premier dit : « cet homme a des trésors dans sa poche. »
L'autre, dédaigneux, réplique : « Il a tout au plus quelques centaines de francs... il n'est pas aussi riche qu'on le croit. »
Là-dessus la querelle s*envcnime. Chacun soutient son opinion avec frénésie, avec fanatisme. Le public s'assemble et prend parti, selon son tempérament, selon sa nationalité, qui pour, qui contre ; Rome et Genève s*embrasent : bientôt c'est une mêlée générale; on verse des flots d'encre d'abord, puis des flots de sang dans toute l'Europe, pour savoir ce que contenait la poche de cet homme.
Or, vérification faite, il se trouva qu'il n'y avait rien. Mais on s'en était aperçu un peu tard. Il ne restait plus, de la longue et sanglante mêlée, qu'un amas de livres illisibles et des monceaux de ruines, avec des traces d'incendie.
N'est-ce pas sur des données aussi creuses que de tout temps, les Kroumirs, ces étemels fauteurs de guerres sacrées, et qui sont de toutes les latitudes, ont mis le monde à feu et à sang ?