CCLXXXIX
Les femmes sont généralement pour Lamartine.
Sainte-Beuve, nature féminine, délicate et tendre, ne dissimulait pas sa prédilection pour ce poète. Victor Hugo le savait, et, au meilleur temps de leur amitié, avant qu'elle n'eût subi aucune altération, il dit un jour à Lamartine, montrant Sainte-Beuve qui causait avec eux : « il vous aime mieux que moi. » De
même, Sainte-Beuve préférait V Iliade à V Odyssée, — à cause de la belle Hélène, d'abord, — dont il détestait la parodie, — et de Tétude intime et psychologique des passions, qui domine dans le premier de ces deux poèmes. Il mettait Racine au-dessus de Corneille : il était, sur ce point, du tempérament de La Bruyère. Les combats de Tàme, pénétrée et prise sur le vif, l'intéressaient davantage que le gigran- •tesque et le glorieux, — qui sont souvent le contraire du naturel et du vrai. — Il goûtait peu le moyen âge, et cela se comprend avec le sens qu'il avait de l'Antiquité : Virgile et la Chanson de Roland sont incompatibles.
Parlant des Mystères du xv* siècle, il a dit, citant la parole d'un de nos maîtres : « Quiconque a lu Sophocle dans le texte, est à jamais préservé de ces éclipses ou de ces aberrations de goût. »
Il a développé une idée analogue à propos d'Homère , disant que celui qui le connaissait bien était à l'abri de tous les mauvais goûts et de toutes les superstitions littéraires ; — et son Homère à lui, annoté de sa main, qu'il avait lu trois fois dans le texte, est là pour prouver qu'il pouvait s'appliquer cette pensée.
Il ne se dissimulait pas, d'ailleurs, — et il l'a dit dans ses articles sur V Anthologie grecque^ — que les Anciens commençaient à perdre la partie.
Les obscurités et les aspérités dantesques tentaient madame d'Agoult, — Shakespeare étant déjà devenu trop clair.
Ovide^le yrai maître de latin, autrefois, pour des
élèves de cinquième, et qui le faisait aimer, qui éveillait l'esprit, qui donnait goût à la poésie, passe à présent pour être trop facile, — trop français. C'est ce que vous disent, sans rire, des préparateurs au baccalauréat.
Ce sont là jeux de dilettantes, qui se renouvellent de siècle en siècle, et qui ont le don de laisser, comme d'autres querelles sur des matières tout aussi controversables, le doute et la croyance également inflexibles des deux parts.
Au diable les écoles !
S'il était permis d'exprimer ses préférences, ses prédilections et même ses contradictions, car chacun apporte les siennes, je dirais que j'aime tout à la fois Victor Hugo, Théophile Gautier et Déranger. Les deux premiers, pour leur vers souple, solide, imagé, robuste, qui ne touche à terre, comme Antée, que pour y puiser de nouvelles forces, et avec lequel on n'a pas à redouter les chutes d'Icare. L'autre, le troisième, Déranger, ce qui m'attire et domine en moi, c'est son humanité même, sa note attendrie, familière et toujours vibrante. Il m'est impossible de lire tout haut, jusqu'au bout, les Souvenirs du peu- /)/e, sans que la voix me reste au gosier.. Cela tient peut-être à ce que j'ai beaucoup vécu, par la tradition, dans ces temps où la France pleurait toutes ses gloires. Il n'est pas jusqu'au vers, dans la fameuse chanson du Grenier,
A Marcngo Bonaparte est vainqueur, qui ne me fasse monter un sanglot à la gorge.
J'exprime les choses comme je les sens. Tant pis pour qui rirait ! Celui-là trahirait sa race et son origine : ce ne pourrait qu'être un fils d'émigré ou de royaliste. Tout est bien moderne dans Béranger : la forme, le fond, le sentiment et le sujet, et c'est le plus châtié des poètes. Il n'a chanté que l'infortune... et l'infortune na/îo»a/e. Il est peut-être celui qui mérite le plus le titre, tant prodigué de nos jours, de poète national, — Je fais excuse, ils sont deux. Rouget de l'Isle y a droit ;
Car la Marseillaise est plus qu'un hynme, c*est une prière nationale.
M. Renan, recevant M. de Lesseps à l'Académie française, le 23 avril 1885, 1'^ qualifiée, en dépit des musiciens et des puristes, « le premier chant des temps modernes. »
Quelqu'un avait déjà dit : « la plus belle inspiration des temps modernes. »
On a comparé Jésus à Socrate. Moi, je compare M, Renan à Platon. C'est le Platon du Christianisme,
Le régime parlementaire, c'est le régime des bâtons dans les roues.
Le poète Albert Mérat, qui avait débuté, tout jeune, en 1863, par un charmant volume de sonnets anonymes, Avrils Mai, Juin, en collaboration avec son ami Léon Valade, venait de publier, en 1866, et cette fois sous son nom seul, un second volume de poésies, les Chimères, Le poète Auguste Lacaussade, ami de Sainte-Beuve, vint un jour trouver l'illustre académicien, et lui dit : « vous m*avez donné à lire l'œuvre d'un jeune homme, qui, je crois, mériterait un prix d'encouragement à l'Académie... Le prix Latour-Landry, destiné justement à récompenser les jeunes talents, lui conviendrait bien... » Sainte- Beuve promit à M. Lacaussade d'en parler à l'Académie, mais, en prenant connaissance du volume, il y rencontra ce vers :
Ou monsieur Legouvé, qui passe pour écrire...
Le jeudi suivant, jour de séance, il emporta les Chimères à l'Académie, en lut plusieurs passages choisis d'avance, fît sa proposition pour le prix convenu, puis, se tournant vers M. Legouvé : « je suis sûr, dit-il, que l'esprit pardonnera à l'esprit. . . mon collègue et ami Legouvé n'en voudra pas à un jeune homme repentant d'avoir écrit ce vers si injuste et qui n'est qu'une légèreté de poète. » Et il lut le vers.
M. Legouvé sourit, et donna sa voix.
Mérat eut le prix qui était de 1500 francs.
11 y eut, à cette occasion, un lunch sur le boulevard, où quelqu*un ayant dit : « ceci prouve, messieurs, que le talent de Tauteur n*est pas une chimère, » Alphonse Daudet s'écria : « il y a une rallonge, dites chimèrat.,. »
En 1867, Tannée de l'Exposition universelle, il y avait au Figaro un jeune polonais, du nom de S... P..., qui se présenta un jour chez Sainte-Beuve, en lui disant : « monsieur, je viens de publier un buvard avec un Vocabulaire de la langue française. M. de Villemessant voudrait Toffrir en prime à ses abonnés, et vous serait obligé de lui adresser une lettre sur l'orthographe et la nécessité de tenir sous la main, quand on écrit, un dictionnaire auquel on puisse avoir recours sans se déranger... » Sainte- Beuve dicta à son secrétaire une Lettre sur rorthographe, qui parut dans le Figaro (15 mars 1867), et qu'il a recueillie depuis dans le tome XI des Causeries du Lundi.
Le Figaro s'imprimait encore rue Coq-Héron, chez Dubuisson. Le secrétaire alla corriger l'épreuve à l'imprimerie : il connaissait un des rédacteurs du Figaro, M. Alphonse Duchesne, qui le fit asseoir à une table verte, en face de M. Henri Rochefort. On lut, dans un journal, que M. Rochefort étant ennemi de l'empire et républicain, ne devait pas écrire dans
le Figaro. C'était un journal de jeunes, de purs ^ « Qu'ils me donnent vingt mille francs comme le Figaro, dit le spirituel journaliste ; et j'écrirai chez eux. » M. Duchesne ayant vu, dans le Constitutionne/, que le prince impérial était malade : « quelque hérédité, dit M. Rochefort ; c'est tout ce que le père a de constitutionnel. » Une plaisanterie de la Lanterne avant la lettre. Le célèbre pamphlet était encore dans les limbes... du Figaro.
A quelques jours de là, l'auteur du Vocabulairebuvard alla remercier Sainte-Beuve, et cette fois en compagnie d'un élégant et beau jeune homme, M. Paschal-Grousset, qui débutait au Figaro. On parla philosophie : M. Paschal-Grousset dit à Sainte- Beuve : « c'est en vous lisant que j'ai appris à penser. » Mais on ne venait pas uniquement pour cela. Le polonais exposa ainsi le but de sa visite : « votre Lettre sur l'orthographe m'a porté bonheur, le buvard s'enlève, je pends la crémaillère à Passy, nous serons là tous des jeunes gens, je n'ose pas inviter monsieur Sainte-Beuve, mais je le prie de permettre à son secrétaire de se joindre à nous... »
Le soir même, rendez-vous était pris près de la Madeleine dans un rez-de-chaussée, entièrement meublé avec des piles du fameux buvard. A mesure que les invités arrivaient, on les nommait : c'étaient M. Edouard Lockroy, M. Francis Magnard, M. Paschal-Grousset, M. Bénédict Masson, le peintre des Invalides, etc., etc. Le secrétaire de Sainte-Beuve
. I. A moins que ce ne fût une tactique de faux frères.
se laissa prendre à cette plaisanterie de M. Edouard Lockroy : « quel âge me donnez-vous > » M. Edouard Lockroy avait Tair d'un jeune vieillard : le secrétaire de Sainte-Beuve, physionomiste en dedans, répondit par un chiffre exagéré.
Des voitures à la file emportèrent ces messieurs à Passy. On passa devant la maison pompéienne, nouvellement construite, à laquelle on assigna toutes sortes d'emplois fantaisistes pour la durée de l'Exposition. Des hauteurs du Trocadéro, on jugeait de l'avancement des travaux du Champ de Mars, qui touchaient à leur fin : des banderoUes flottaient déjà sur le Palais.
En arrivant à Passy, l'amphitryon ne retrouvait plus sa maison. On alla de porte en porte la demander. Les concierges crurent à une mauvaise plaisanterie, et s'ameutèrent. M. Lockroy parlait déjà d'aller manger une omelette chez un marchand de vin. Enfin, au fond d'une longue allée, on découvrit la salle à manger. Elle était magnifiquement servie et resplendissante de lumières. On se mit à table. Le Champagne pétilla dès le potage : à chaque instant, c'était une nouvelle détonation. L'esprit aussi, avec l'ancien compagnon de voyage de M. Renan, pétillait : tout le monde était en gaîté.
On alla de là au théâtre Rossini, où Ton entra en criant : vive Bénédict Masson, et l'enlevant triomphalement par les jambes. Le peintre ne pesait pas lourd à celui qui l'élevait ainsi sur le pavois.
On revint ensuite en voiture jusqu'au café Soufflet, du boulevard Saint-Michel. Les rédacteurs du Figaro
s'étaient donné rendez-vous là. Il fallait de la copie le soir même au journal. « Quel homme ! disait-on de M. de Villemessant ; il nous tue. » C*est toujours ainsi qu'on parle du patron, en tout temps, en tout lieu, en toute circonstance, quand il y va de la digestion et du sommeil.
Des points d'interrogation se posaient, dans la voiture, au sujet du jeune étranger qui nous avait si bien traités. « Il doit être honnête, » dit quelqu'un. — « Il y a plus de doute et de scepticisme dans celte affirmation méridionale, répliqua Francis Magnard, que dans une simple négation. »
— Et cet aventurier, qu'est-il devenu > demandait, dix ans après, M. Edouard Lockroy à quelqu'un qui lui rappelait cette soirée de Passy.
— Il a joué, quelque temps, les Ver-Vert dans une communauté religieuse, puis son nom a reparu dans les journaux, entre le premier siège de Paris et la Commune : il avait une mission internationale de Londres à Paris.
Une femme n'est pas toutes les femmes.
Le tort des hommes est de se croire plus malins que les femmes.
Le goût des femmes pour certains fromages m'explique le succès de certains hommes auprès de quelques-unes.
Deux problèmes difficiles à résoudre dans les petits ménages : Téclairage et le chauffage.
Louis-Philippe ne pouvait pas venir à bout de ses cheminées ;
Charles-Quint, de ses pendules.
CCXCVÏII
Le goût exclut le naturalisme, et c'est autant de perdu pour l'observation. L'imagination ne dépasse rien. Tout est possible.
Chacun voit comme il a l'œil.
Préault s'écrie devant le portrait d'Ingres, à l'Ecole des Beaux-Arts, au-dessous duquel on a suspendu
les médaillons de Flandrin et de Simart : « Ingres et ses deux ...» (Cherchez le mot bien italien dans les Confessions de Jean-Jacques).
ceci
Buloz, en parlant d*un de ses secrétaires qui venait de mourir, disait : « c*est bien heureux pour lui qu'il soit mort, car il ne pouvait plus rester à la Revue. » — Comme les catholiques disent : hors de l'Eglise, point de salut î
Le même Buloz, pendant qu'il était directeur de la Comédie française, disait d'un artiste qui ne voulait point jouer le soir, parce qu'il avait enterré son père dans la journée : « eh bien, il peut bien jouer dans un rôle triste. »
La messe est aux mystères de la Passion du moyen âge ce que sont les tragédies du xvii* siècle à la tragédie antique : une réduction.
C'est extraordinaire, comme il est entré de l'imitation dans l'originalité romantique du xix* siècle ! Le Théâtre-Français a fait beaucoup pour la natu-
ralisation de Shakespeare. Parviendra-t-on à Tacclimater entièrement > C*est ce que l'avenir dira. II faut bien reconnaître qu'il y a beaucoup d'archaïsmes et pas mal d'enfantillages au fond, mais le décor poétique, qui les recouvre, est si riche ; les pensées et les sentiments exprimés sont si nobles et si élevés qu'on oublie ce qui choque le sens commun. Nous n'en sommes plus à exorciser le diable avec un signe de croix, et nous ne sommes même pas bien sûr qu'au, siècle de Shakespeare, qui était celui de Rabelais, on crût davantage à ces diableries et subtilités théologiques, en lesquelles Hamlet semble être passé maître, qu'on n y croit aujourd'hui, du moins en France, où le doute a de tout temps précédé Voltaire, qui n'a eu qu'à lui donner son nom : voltairianisme.
Les grands poètes se reconnaissent surtout à la façon dont ils créent la jeune fille. Ophélie est, avec la Marguerite de Gœthe, une de ces idéalisations qui font le plus d'honneur au génie humain. C'est par là que Shakespeare n'était pas seulement de son siècle, mais de tous les siècles, comme il est écrit sur son monument à l'abbaye de Westminster.
Mais nous. Français, pourquoi délaissons-nous à ce point les tragédies de Voltaire > Elles ont éclairé leur siècle, elles ont porté, on pourrait en citer nombre de vers qui ont fait balle... ce sont les jésuites qui avaient intérêt à faire croire qu'elles étaient de qualité littéraire inférieure.
Ce n -est pas^tre d'un classique attardé que d'oser affirmer que le génie français de Voltaire vaut bien
le génie anglais de Shakespeare, et qu'il a rendu plus de services à l'humanité.
Au sortir d'une représentation d'Hamlet.
A qui peut-on mieux appliquer qu'à M. Taine luimême les lignes suivantes, extraites de son premier article sur Napoléon Bonaparte (Revue des Deux Mondes, 15 février 1887, p. 737) : « Depuis trois siècles, nous perdons de plus en plus la vue pleine et directe des choses ; sous la contrainte de l'éducation casanière, multiple et prolongée, nous étudions, au lieu des objets, leurs signes ; au lieu du terrain, la carte ; au lieu des animaux qui luttent pour vivre, des nomenclatures, des classifications, et, au mieux, des spécimens morts du muséum ; au lieu des hommes sentants et agissants, des statistiques, des codes, de l'histoire, de la littérature, de la philosophie, bref, des mots imprimés... »
Les plus difficiles pourraient se contenter du jugement de Courier sur Bonaparte, dans la lettre datée de Plaisance (mai 1804) : « Nous venons de faire un empereur... » Il y a là de quoi Satisfaire une conscience républicaine : « Un homme comme lui, Bonaparte, soldat, chef d'armée, le premier capitaine du
monde, vouloir qu'on l'appelle majesté. Etre Bonaparte, et se faire sire ! // aspire à descendre : mais non, il croit monter en s'égalant aux rois. Il aime mieux un titre qu'un nom... » Tout le contraire de celui qui s'écriait , sans penser à Courier ni à Bonaparte , devant la cour d'assises où il était assigné pour exercice illégal de la médecine en mai 1846 : € Un jour, fils de mes œuvres et dépendant de moi seul, d'un bout de l'univers à l'autre, aux yeux des savants, je serai Raspail. Et je le suis ! offrez-moi donc un titre qui me vaille ! » Ce qui n'empêchait pas Raspail de pleurer au retour des Cendres, et ces larmes respectables, cette émotion d'un républicain qui se souvenait en disent et témoignent assez sur la grandeur d'une époque disparue que tous les sophismes de la nôtre ne peuvent venir à bout d'amoindrir. Question de mode. Le jugement des contemporains reprend tôt ou tard ses droits.
Ils furent le jour dont nous sommes
Le soir et peut-être la nuit,
comme dit Gautier.
En fait de sophismes^ deux perles, cueillies, l'une, dans le Figaro du 5 avril 1884 :
« Le baron de VitroUes est une des figures les plus curieuses de cette Restauration qu'on a tant
calomniée. Né en 1774» il arrivait à l'adolescence au moment de la Révolution. Emigré, il se battit vaillamment à Tarmée de Condé... En 1814, il n*hésita pas à franchir les lignes ennemies , à s'aboucher avec les alliés et à les encourager à marcher sur Paris. Il fut ainsi l'un des principaux agents de la chute de l'Empire... » ;
L'autre, dans le Livre, recueil des bibliophiles bien pensants (à la date du 10 avril 1884, n° 52) :
« L'histoire de la Révolution a vraiment commencé depuis dix ans. Les livres de Thiers , de Mignet, de Lamartine, tous fourmillant d'erreurs grossières, semblent aussi démodés que les livres d'Anquetil. M. Taine, M. Charles d'Héricault pour l'histoire générale ; M. Wallon pour le tribunal révolutionnaire, M. Camille Rousset pour l'armée, M. Albert Duruy et l'abbé Sicard pour les questions qui concernent spécialement l'enseignement, ont fait partout la lumière, rétabli partout la vérité... »
Oui, la vérité ad majorent Dei gloriam !
Le maréchal Bugeaud disait en Afrique, parlant des hommes de bonne volonté : « ce sont toujours les mêmes qui se font tuer. »
Dans la bataille des idées, le projectile est l'idée même. Il ne faut pas plus se préoccuper de leur application possible et immédiate qu'un conquérant ne s'inquiète si l'obus qu'il lance sur une ville assiégée ne va pas détruire un chef-d'œuvre.
La grandeur des hommes se mesure bien à leur temps.
Ce qu'il y a de curieux en France, c'est que toutes les fois qu'une faute est commise, on est toujours prêt à la recommencer.
Il y a des gens qu'il faut croire sur parole, même quand ils mentent.
La plupart des hommes se meuvent plutôt d'après des intérêts que d'après des principes. Il en est
ainsi depuis le commencement du monde. Mais il était réservé à notre temps de faire de cela uile doctrine : on l'a appelée l'opportunisme.
Ceux qui ne sont pas fous, sont pires.
Les excès de presse entraînent le mauvais langage, et le mauvais langage entraîne les mauvaises mœurs.
A force de mâcher à creux, le vide m'est apparu. La politique n'est plus aujourd'hui pour moi qu'une maison dont je serais le locataire, et qui changerait de temps eh temps de maître. On paie son loyer : quand il est augmenté, on subit l'augmentation pour éviter des frais de déménagement, mais on ne demande pas des nouvelles du propriétaire ou du gérant. — Propriétaire ou gérant, c'est tout un pour le locataire. — On se fait à la longue une philosophie (celle de l'Ane, à qui le bât n'est pas épargné), et l'on finit par se dire qu'en matière de gouvernement
aussi, Ispater est quem nupiiœ.., (les noces du doge de Venise avec l'Adriatique) ^.
Croire qu'il n'y a rien eu avant, et ne pas se douter qu'il y aura quelque chose après, c'est l'orgueil de tous les parvenus : c'est le propre des générations nouvelles.
Epitaphe de Roudil, poète languedocien du xvn* siècle, que je m'appliquerais à moi-même :
Qui jacet hoc tumulo, quondam dum vita manebat Pauper /ortunts, indole dives eraL