‹ Notes & penséesChapitre 9 sur 32 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

Sur la fin de l'empire, le jeune vicomte 0... se trouvait avec son père à Alexandrie en Egypte ; ils

étaient logés à l'hôtel Ismaïl-Pacha, sur la place des Consuls, où descendent tous les voyageurs de distinction. Le père d'H..., qui est un galant homme tt fort poU, pria un jour à dîner avec eux, à table d'hôte — et tout en s'excusant de ne pouvoir mieux les recevoir — le marquis de B... et M. D..., attaché au consulat de France à Alexandrie, qui avaient bien voulu, l'un et l'autre, servir de cicérone à ces messieurs. Pendant le dîner, une dame italienne, vêtue d'une façon tant soit peu excentrique, vint s'asseoir en face d'eux à table : elle avait des camélias dans ses cheveux. Cette fleur n'était, à ce qu'il paraît, ni de saison ni de mode. Le jeune O..., qui a de l'esprit, se mit à faire tout haut des allusions impertinentes sur cette coiffure. Personne n'y répondait, et il se croyait encouragé par ce silence même. A la fin, la pauvre femme, qui se trouvait toute seule, n'y tenant plus et ne se sentant pas de défenseur, perdit contenance et se mit à pleurer. Elle allait même se retirer de table, sans achever de dîner, pendant que ces messieurs en étaient déjà au Champagne ; mais à ce moment, le père d'H... se précipita au-devant d'elle, lui offrit son bras et la conduisit au salon, qui, dans cet hôtel d'architecture orientale, est une pièce formant saillie sur la rue. Il ne la quitta qu'après avoir pris le café avec elle, et que le salon se fut peu à peu rempli, afin qu'elle parût moins isolée au milieu de cette foule d'indifférents et d'étrangers. Il revint alors rejoindre ces messieurs à table, et s'excusa en disant : « Pardon, messieurs, de m'être éloigné un instant : cette danie manquait de cava-

lier, j'ai cru devoir lui en servir, » — Le jeune

vicomte, son fils, était, comme on dit, dans ses petits souliers.

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