‹ Notes pour servir à l'histoire de GrenobleChapitre 7 sur 10 · C MONTALIVET · texte numérisé non relu

C MONTALIVET

29 avril 1810, — Célébration des fêtes données à l'occasion du mariage de l'Empereur. Ces fêtes se composèrent notamment : Du mariage de dix époux que dotait l'Etat ; de la délivrance d'un prix de 600 francs à celui des manufacturiers de la ville qui avait le mieux exécuté les objets fabriqués dans ses ateliers ; d'un banquet offert par la municipalité aux nouveaux mariés ; de fontaines de vin installées dans le Jardin-de- Ville, et sur diverses places ; d'un bal public ; de la distribution d'une somme de 1,500 francs-* aux malheureux et de celle de rations de vin et de viande aux prisonniers ; enfin , de brillantes illuminations.

An devant de la Préfecture se dressait un magnifique portique de feu, sur le fronton duquel on lisait cette inscription :

BX AVaySTORYM GONGORDIA ÇAZ ET HTMBNJiyS

A quelques pas plus loin, au-dessus de la voûte de THôtel-de- Ville, se voyait un transparent avec ces lignes:

A Napoléon,

A Marie - Louise ,

La France heureuse

De leur bonheur.

Sur la porte du Lycée :

Plaudunt hymenœo,

Ferent ad sidéra

Musœ.

Enfin y les membres du Cercle La Roche avaient fait exécuter un transparent qui représentait l'Empereur couronnant Tlmpératrice qui lui offrait une branche d'olivier ; au-dessous, ces mots :

Pour le bonheur de tous

avec ce quatrain :

Le plus grand des héros V appelle au plus beau trône , Mais en voyant Louise accepter la couronne , Le Français est certain qu'elle apporte en retour Volivier de la paix , le bonheur et Vamour,

19 août 1810, — Bénédiction solennelle du cimetière de Saint-Roch, par l'évoque de Grenoble, à Tissu des vêpres, au milieu d'une afiuence considérable de la population, invitée à cette cérémonie par une ordonnance épiscopale, lue au prône de chaque église, le diûianche précédent. La ville entière accourut à cet appel. Chaque paroisse avec son clergé se rendit à la Cathédrale ; de là,

toutes les paroisses réunies, suivies de leur premier pasteur, se mirent en marche prooessionnellement au son des cloches.

Arrivé au cimetière, l'évoque Claude Simon prononça un discours approprié à la circonstance et qui fut écouté par une foule immense avec recueillement et respect. La cérémonie dura quatre heures.

Dès le lendemain, on commença à inhumer dans le nouveau cimetière, dont la création avait été arrêtée par une délibération du Conseil municipal du 6 septembre 1808, en remplacement du cimetière organisé en Tan VIII sur les bords du Drac.

Le cimetière de Saint-Roch, ainsi appelé du nom d'un oratoire voisin dédié à la mémoire de ce saint et auprès duquel on ensevelissait jadis les pestiférés, prit en peu d'années un aspect gî'ave et majestueux. On y construisit, en 1826, la chapelle à laquelle aboutit l'allée principale, et qui a été érigée aux frais de diverses personnes. Après la Révolution de 1830, on transféra à côté de la chapelle une croix de la mission, qui était auparavant sur l'ancien pont de pierre. Plus tard, en 1844, on plaça des stations d'un chemin de croix à droite et à gauche de la môme allée. Ajoutons que depuis son établissement le cimetière de Saint-Roch a été agrandi à trois reprises différentes.

15 septembre 1810. — Environ cent cinquante moines espagnols de différents ordres, pris les armes à la main, arrivèrent à Grenoble comme prisonnier]^ de guerre. Ils partirent le 17 du même mois, après avoir célébré une grand' messe en musique dans l'église du séminaire, où ils étaient logés.

23 mars 1811, — Un courrier apporte au général baron Delaroche, commandant la 7* division à Grenoble, l'annonce de l'heureuse délivrance de l'Impératrice.- Le lendemain, ce général donna un bal brillant, dans lequel

on chanta la cantate suivante, improvisée pour célébrer la naissance du prince impérial :

Du plus grand des héros illustre rejeton,

Toi sur qui notre espoir se fonde, Enfant dont les destins sont les destins du monde.

Salut ! salut ! Napoléon !

De la plus auguste alliance,

Gage sacré, tu seras désormais

L'orgueil et Tamour de la France. *

Enfant si désiré, ton auguste naissance Met en ce jour le comble à nos souhaits :

Puise au sein de ta chaste mère Le gôrme des vertus et deviens à la fois, En suivant pas à pas les traces de ton père, Et Tappui de ton peuple et Texemple des rois. Du plus grand des héros, etc.

Dans l'art de gouverner, d'acquérir de la gloire. D'un maître si savant suis en tout la leçon.

Comme lui tu seyas le fils de la Victoire ; Tu soutiendras tout l'éclat de son nom.

Salut! salut! Napoléon (1).

Mai 1811. — Une députation choisie par la Ville de Grenoble pour présenter à l'Empereur ses félicitations, à Toccasion de la naissance du roi de Rome, part pour Paris. Cette députation était composée de MM. Renauldon, maire ; Giroud, receveur général ; Didier, membre du collège électoral ; Durand, président du Tribunal de commerce, tous membres du Conseil municipal, et de Montai, propriétaire.

(1) Cette cantate, dont les paroles sont de M. Miroir et la musique de M. Bédard, est insérée dans le Journal du département de V hère y no 37, de l'année 1811. On trouve dans le même numéro une adresse de la Cour d'appel de Grenoble, à S. M. l'Empereur et Roi.

De plus, MM. Renanldon, Qiroad et Dorand assistèrent cfficiellement, le 2 juin suivant, en qualité de délégaés de la Ville, aux cérémonies da baptôme du jeune prince.

8 mai iSii. — Arrivée du sénateur comte Abrial, titulaire de la sénatorerie de Grenoble, commissaire délégué par décret impérial du 17 avril précédent, pour proc^er à Tinstallation de la Gour impériale de Grenoble. Gette cérémonie, qui eut lieu le 10 mai, fut suivie d*un dîner de gala, donné dans la salle des actes civils de rHôtel-de-Ville. M. Abrial quitta Grenoble le 14 du môme mois.

6 juin i^ii.-r- Des lettres-patentes données à Saint- Cloud, datées de ce jour, concèdent à la ville de Grenoble, bonne ville de France de 'premier ordre ^ les armes suivantes : d'argent à trois roses de gueules, au chef de gueules, à trois 8beilles en f^ce d'or, surmontées d'une couronne murale à sept créneaux, sommée d'une aigle naissante, le tout d'or, et traversées d'un caducée du môme, posé en face, auquel sont suspendus deux festons servant de lambrequins, l'un à dextre de chênes, l'autre à sénestre d'olivier, aussi d'or, noués et rattachés par des bandelettes de guoules.

A la chute de TEûipire, en 1814, Grenoble reprit ses anciennes armes : d'argent à trois roses de gueules, posées deux et une.

La vérification des armoiries de Grenoble, prescrite d'abord par le décret du 17 mai 1809, et, plus tard, par l'ordonnance du roi du 26 décembre 1814, coûta à cette ville, pour droit de sceau, en 1807, la somme de 600 fr., et, en 1826, celle de 192 francs.

Par le paiement de ces sommes et en sa qualité de bonne ville, Grenoble a pu jouir de l'honneur d'avoir vu figurer^ pendant le premier Empire et sous les deux mo-

narchies de la Restauration et de 1830, ses armoiries sur les pliants de la salle du Trône (1).

9 juin iSii, — Fêtes données à l'occasion de la naissance du roi de Rome. Dans la matinée, eurent lieu les cérémonies du mariage de dix militaires avec autant de jeunes filles dotées par la municipalité, et un Te Deum auquel assistèrent des délégations de toutes les sociétés d'arts et métiers^ fut chanté dans l'église cathédrale. Le soir, la ville fut illuminée et un hal public^ où ne cessa de régner la cordialité la plus parfaite, réunit dans la salle de spectacle toutes les classes de la. population.

22 septembre iSii. — Décès de Pierre Revol , président â la Cour impériale de Grenoble, l'un des magistrats les plus distingués de cette ville. Né à l'Albenc, le 4 septembre 1747, il fut reçu, le 10 décembre 1767, avocat an Parlement de Grenoble. En 1788, il fut élu député pour le Tiers-Etat aux Etats provinciaux de Romans, et, en janvier 1789, député aux Etats-Généraux. Après la Révolution, il fut successivement : membre du Conseil général du département de l'Isère, du 24 prairial an VIII au mois de décembre 1809 ; suppléant au Tribunal civil de Grenoble (1802) ; substitut du procureur général (1803); juge à la Cour d'appel (1806), et enfin troisième président à la Goùr impériale (1811).

15 février 1812, — Décès de Jean-Gaspard Dubois- Fontanelle, littérateur, né à Grenoble le 21 octobre 1737. Fils d'un procureur au Parlement de Grenoble, après avoir terminé ses études chez les Jésuites de la même ville, il se rendit à Paris, vers la fin de l'année 1755,

(1) Les armoiries figurées sur ces pliants étaient exécutées on tapisserie par la manufacture de Beauvais.

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où, sur la recommandation de Tabbé de Mablj^ il fut employé à la rédaction de V Année littéraire de Fréron. Il devint rédacteur de la Gazette des Leuco-Ponts, de 1770 au 1*' juin 1776, et fut chargé de la partie politique du Mercure de France^ de 1778 à 1784; il collabora en outre au Journal de politique et de littérature de Panckoucke, et à la Gazette de France. Tout en étant journaliste, il livra à la publicité et fit jouer au Théâtre- Français diverses comédies qui n'eurent qu'un succès médiocre et n'auraient point contribué à faire un nom à leur auteur, si Ericie ou la Vestale, du môme écrivain, tragédie censurée et interdite par l'autorité, ne fût point venue lui donner une réputation de circonstance. Rentré en Dauphiné à l'époque de la Révolution, Dubois-Fontanelle se fixa à Grenoble, oà il devint professeur de belles- lettres à l'Ecole centrale, de 1796 à 1804; bibliothécaire de la ville en 1808; enfin, lors de la création de l'Université, en 1809, doyen de la Faculté des lettres et professeur d'histoire.

Ce fut GhampoUion-Figeac qui se chargea de prononcer sur sa tombe son éloge funèbre (1).

M. Adolphe Rochas, dans sa Biographie du Dauphiné, et M. Pilot, dans un article biographique inséré dans le n** 72 de la Revue des Alpes, ayant énuméré au long les diverses publications et ouvrages de Dubois- Fontanelle, nous nous dispenserons d'en reproduire la nomenclature. Nous nous contenterons de faire remarquer que ce dernier auteur attribue à Fontanelle an drame en quatre actes et en vers, Lorédan (1779, in-8**), et deux volumes de contes et mélanges en vers et en prose, intitulés Mes Juvenilia^ que ne mentionne point M. Rochas, et que, de plus, il donne l'énumération de dix-neuf opuscules ou pièces de vers que Fontanelle lut, de Tan VII

(1) Cet éloge funèbre est inséré dans les Annales du département de risôre, année 1812, n^ 23.

à Tan XIY , à la Société des sciences et arts de Grenoble, dont il était membre.

La bibliothèque de Grenoble possède un buste en plâtre ainsi qu'on portrait à l'huile de Dubois-Fontanelle.

6 avril Î8i2. — Arrivée à Grenoble du sénateur comte de Beaumont^ qui était chargé d'organiser dans cette ville les 23*, 24* et 25* cohortes (1), créées par décret du 14 mars précédent, avec les hommes du premier ban de la garde nationale, des classes de 1807 à 1812, appartenant aux départements de l'Isère^ des Hautes- Alpes, de la Drôme, du Léman et du Mont-Blanc.

La gendarmerie et les troupes de ligne rendirent à ce général inspecteur les honneurs dus à son rang, et un ^ détachement de la garde nationale, précédé d'une musique formée par des jeunes gens de la ville^ alla au-devant de lui et l'accompagna jusqu'à l'hôtel de Franquières^ où il fut logé. Le général de Beaumont quitta Grenoble le 27 mai suivant.

9 mai 1812. — Le roi d'Espagne Charles IV, accompagné de la reine, des princesses ses filles et du prince de la Paiœ, arrive à Grenoble à six heures du soir, venant de Marseille et se rendant à Paris. Il descendit à l'hôtel de la Préfecture, où il fut reçu à la portière de sa voiture par le préfet et par le maire, qui le conduisirent dans les appartements qui lui avaient été destinés et qui avaient été décorés avec la plus grande élégance. Ce prince partit de Grenoble le lendemain matin, à huit heures, après avoir témoigné au préfet et au maire toute sa satisfaction.

9 juin 1812. — Installation des membres du Conseil

(1) Chacune de ces cohortes devait avoir un effectif de 888 hommes.

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