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162 MAXIMILIEN t
reur et les deux généraux. Le républicain, qui ne porte pas son titre en Amérique, se présente à moi comme étant de noblesse, et me prie en l’'annonçant à l'Empereur, de vouloir bien lui dire qu’il est le frère de ce baron de Gagern qui, en Autriche, sert comme officier dans le régiment des lanciers de l’empereur Maximilien.
—Nous ne sommes pas si sanguinaires que vous le croyez, me dit Gagern.
Qui s'excuse, s'accuse ; les Juaristes savent fort bien ce qu'ils font, ce qu'ils sont et comment on les juge.
Un conseil de guerre formé d’un lieutenantcolonel et de plusieurs capitaines décidera du sort de l'Empereur,
Les débats publics sont retardés à cause de la défense, Gagern m’apprend aussi qu’une commission est partie d'Amérique et qu’on l'attend à San Luis de Potosi.
L'Empereur travaille beaucoup avec Vasquez.
Encore et toujours l’horrible incertitude.
29 mai.
Le quinzième de la captivité. L'Empereur me rappelle qu'il a, il y a trois ans, foulé pour la première fois le sol mexicain.
Les nouvelles de San Luis de Potosi ne sont pas bonnes. Le conseil de guerre tiendra sa première séance ce soir. C’est inouï ! De jeunes garçons qui savent à peine lire et écrire ! Et c’est à eux qu’on confle la tâche de juger des affaires internationales !
Il arrive un télégramme expédié par la princesse de Salm. Elle annonce qu’elle viendra demain avec de bonnes nouvelles.
Bahsen ne partira que demain ; il s’adressera directement à Juarez. Le télégramme de la princesse éveille de grandes espérances.
30 mai.
Le prince de Salm voit tout en noir ; il a peutêtre raison. La princesse est venue accompagnée d’un marchand allemand, Wilhelm Daus.
La bonne nouvelle qu’elle apporte, c’est l’obten-
de ‘
tion d’un délai ; autant de gagné, si l’on veut, car tout délai aide aux efforts tentés pour sauver la vie de l'Empereur.
Daus nous apprend que le général ennemi Trevisio, furieux de la trahison, s’est aussitôt rerdu à San Luis de Potosi.
Le délai sera prolongé jusqu'à ce que les défenseurs de Mexico soient ici.
Bahsen part. Il va tenter tous les efforts possibles pour bien disposer le gouvernement.
31 mai.
La décision ne peut tarder à être prise. Une des principales difficultés c’est la jalousie puérile des Mexicains que provoque l’immixtion étrangère.
Une intervention étrangère, si je connais bien les Mexicains, ne s.:virait qu’à augmenter leur méchanceté. L'influence ne peut être effec-
tive que par des familiers.
Marquez est encore à Mexico. L'Empereur est hautement mécontent de lui.
PRISONNIER 165 on —-Supposez, at-il dit devant des officiers, que l’on m’cfre Marquez et Lopez, et qu’on me laisse la liberté de choisir entre eux, je permettrais de s’en aller à celui qui fut traître par lâcheté, c’est-àdire Lopez, et ie ferais pendre celui qui l’a été de sang-froid et par calcul, Marquez.
Il y a de la faiblesse dans le gouvernement républicain ; s’il était fort, s’il avait confiance en lui-même, il laisserait immédiatement partir l'Empereur. Mais il craint, et il est faible ; il craint ses propres soldats, son armée, Celle-ci veut la victime, et il la lui livrera.
L'Empereur leur inspire du respect. Entre eux : ils s’amusent à l'appeler Majimiliano. En lui parlant, ils disent Senor, Votre Majesté, et aussi Senor Emperador. Ils n’ont même pas le courage, lui vivant, de le découronner. Cette irrésolution se retrouve dans leurs actes : tantôt il y est appelé l'Empereur, l’'Archiduc ; tantôt l'Empereur, le Prince,
Il voit maintenant, outre le prince et la princesse de Salm, un avocat américain, M. Fédézic Hall.
1er juin, il La princesse et Daus sont partis ce matin pour Mexico; ils vont chercher le baron Magnus ambassadeur de Prusse et les avocats.
Il n’y a pas de doute, on a de mauvaises ‘ntentions contre l'Empereur ; on paraît regret- | ter de ne l'avoir pas fusillé le premier jour.
Hi Gagern est revenu, mais son espoir est moins à grand. À ma demande : — Où en sont les 4 choses ?
û Il m'a répondu :
— Cela ne fait pas de doute, l'Empereur sera | fusillé,
De son entretien avec cet officier, l'Empereur me dit :
— I] voulait me persuader que les choses se passent en Amérique comme au Mexique ; j'ai
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trouvé cela trop fort, et je lui ai répondu :
« Comment, vous comparez le gouvernement
des Etats-Unis à celui-ci ! Là règne le droit ; Ê ici la volonté et les caprices d’un parti. »
Maximilien parle d’un voyage à San Luis de 1 l Potosi et me charge de préparer des médica-
ER EN VE PRISONNIER 167 ET RO PE PR EN ments au cas où il faudrait qu’il voyageât sans moi. Salm les prendrait.
Je devine.
2 juin.
La princesse, Daus et Bahsen sont absents.
Nous attendons. Dans notre situation, l'attente est un sentiment d'espérance.
L'Empereur travaille avec Vasquez et Hall.
Sa santé est assez remise pour lui permettre de passer chaque jour quelques heures hors du lit.
Lui et les généraux ne sont plus au secret.
Les avocats viennent et confèrent avec lui ; dans l'après-midi, il joue au domino avec Mejia, Miramon et moi.
En dehors de la défense, plusieurs autes choses semblent encore l'occuper ; il échange des lettres avec de Salim et Miramon ; je suis facteur. La blessure de Miramon n’est pas tout à fait guérie ; je le panse quotidiennement, et
je lui passe les billets,
3 juin.
Magnus, les avocats Mariano Riva Palacios et Rafael Martinez de la Torre arrivent demain.
La cause de l'Empereur paraît moins compromise. Le procureur, venu plusieurs fois, se comporte amicalement.
L'épisode suivant, comme tout ce qui aurait pu aggraver la situation des prisonniers ne figure pas dans mon carnet ; mais les événements de ces jours sont si bien gravés dans ma mémoire que je suis en état de rappeler les plus petits détails,
Le soir, en présence de Salm, l'Empereur me dit que tout était prêt pour une fuite qui serait probablement tentée dans la nuit même. D’après le plan, je devais en être ; mais après de longues et soigneuses réflexions, il a été trouvé que l’exécution en serait trop difficile. Je ne suis nullement étonné du dessein ; je le connaissais depuis l'avant veille, alors que l'Empereur m'avait demandé de préparer des médicaments. Je lui montre le passage de mon journal, et à la rédac-
tion il voit que j'avais compris pourquoi je devais
oi
PRISONNIER 169 non rrnrninsennistiiesssrhenneetiisémiéntentes coucher dans ma chambre. La tentative a été retardée parce qu’il ne voulait à aucun prix partir sans Miramon et Mejia. Les chevaux sont prêts ; la direction de la fuite déterminée. Dans une heure, on aura décidé si la fuite est encore possible aujourd’hui, Il s’agit de six heures de course à cheval.
— J'ai voulu vous demander si vous croyez que je pourrai les supporter.
Ma réponse est rassurante.
Ne sais-je pas que c’est l’unique moyen de salut ! C’est assurément plus certain que l’espérance fondée sur le gouvernement de San Luis de Potosi.
A sept heures, la garde, qui depuis trois jours était la même, les chasseurs--cazadores de Galeano —est changée. Les deux officiers, complétement gagnés, sont remplacés par deu: officiers tout à fait étrangers. Ce changement éveille en nous la crainte que Escobedo ne soit instruit de notre projet et que la fuite ne soit impossible aujour-
d'hui. Mais il se peut aussi que les officiers aient
été mis dans la confidence par leurs camarades ;
rien alors ne serait changé. Aussi, je rentre dans ma cellule, et je me couche tout habillé pour donner à mon étonnement l'apparence de la réalité, lorsque la disparition de l'Empereur sera connue et fera du bruit. Je r2 dors pas de la nuit ; le bruit le plus léger me donne l'espoir que la fuite s’effectue. Mais la nuit se passe...
et rien...
} 4 juin.
Ce soir, le baron Magnus, les avocats et quatre autres personnes arriveront sûrement.
1 Aujourd’hui, l’un des assesseurs du Conseil de guerre est allé chez l'Empereur qui l’a reconnu pour être l’homme dont le général Garcia lui a demandé la grâce, il y a quelques mois ; la grâce fut accordée.
Salm a obtenu de vivre en commun avec j l'Empereur ; il couchera dans sa cellule.
{ Dans l'attente de la visite de Magnus et des À personnes qu’il amène, l'Empereur, afin de leur 201 prouver son calme, organise une partie de
domino. Pour égayer Mejia, il lui parle de ses
tt PRISONNIER 171
a ————————— propriétés de Miramar et de Lacroma, et il lui promet que, si le procès a une fin heureuse, il l'emmènera en Europe.
— Sire, répond Mejia, je ne serai pas à charge à votre Majesté ; je n'ai pas de besoins et je re ferai que pêcher.
5 juin.
Voici Magnus et son secrétaire Schaller, les avocats et le chargé d’affaires belge, Hoorick, arrivés. Nous avons une double espérance.
Mariano Riva Palacios est le père du général républicain Vicente Riva Palacios, connu comme pur républicain et ami de Juarez. Il a accepté le rôle de défenseur ; c’est déjà presque une promesse de succès.
Le baron Magnus s’est entendu pendant une heure avec l'Empereur qui m'a dit ensuite :
__ Les choses vont mieux aller maintenant ; il y a enfin ici quelqu'un sachant agir.
A deux heures, des ordres inattendus. Tous
les prisonniers, sauf l'Empereur et les deux
généraux sont conduits au Casino.
Pas de doute, on a découvert les projets de fuite. Il y a eu trop de retards. Pour n’en rien savoir, il faudrait que l’entourage fût sourd.
Ma séparation d’avec l'Empereur a été de courte durée ; au bout de deux heures j'étais de retour.
— C'est aux femmes que nous devons cela, dit l'Empereur ; je crois que celle de Miramon doit avoir bavardé.
Notre garde est considérablement augmentée.
Un bataillon campe dans la rue, devant la prison.
— C'est juste, dit l'Empereur, ceux qui sont en bas tremblent quand le lion remue.
Les avocats Riva Palacios et Martinez de la Torre visitent l'Empereur.
Il est décidé qu’ils se rendront à San Luis de Potosi pour conférer avec le gouvernen:snt, mettre obstacle au Conseil de guerre, donner une autre tournure au procès.
Ici, à Queretaro, les avocats Vasquez et Eulalio Ortega, ce dernier venu aussi de Mexico, travailleront à la défense.
L'avocat de Queretaro, recommandé par le père Aguirre, n’est pas d’accord avec Vasquez
End
PRISONNIER 173 sur le genre de défense. Il dit qu'il se serait strictement tenu à ce point : qu’un homme qui a été vendu, trahi, ne peut être traîné devant un conseil de guerre et jugé, et qu’il est absolument impossible de nier que l'Empereur a été vendu à Escobedo.
Huit officiers, parmi lesquels les colonels Palacios et Villanueva montent la garde. Pendant la nuit, lorsque l'Empereur dort, ils inspectent sa chambre et placent une bougie sur le plancher pour faciliter leur besogne.
Lui, il est souffrant, affaibli.
Le baron Lago, chargé d’affaires autrichien, arrive à son tour de Mexico. Ilraconte que Marquez, continuant sa tromperie, vient d’adresser aux habitants de la ville une proclamation dans laquelle il leur annonce que l'Empereur, à la tête de 7,000 cavaliers, se trouve dans les environs de la capitale.
La rigueur de la surveillance augmente ; il est défendu de nous donner des couverts de table. C'est ainsi qu'on traite les condamnés aux galères. Et si l’on interroge ces gens, ils pré-
tendent agir chevaleresquement et avec courtoisie !
Les nouvelles directes de San Luis de Potosi manquent toujours. Les ambassadeurs visitent journellement l'Empereur, mais ils sont obligés de se munir d’une autorisation spéciale d’Escobedo.
7 juin.
Cela va de mieux en mieux, mais l'entrée est de plus en plus difficile. Demain, tous les étrangers devront quitter la ville.
1,000 hommes de garde, et cette crainte !
J'ai demandé une consultation de dix médecins dont le médecins en chef de l’armée républicaine, le docteur Riva de Neyra, et mon ami le docteur Curié, Après s'être consultés, ils déclarent que pour amener la convalescence réelle de l'Empereur, un changement de demeure, une tranquillité absolue lui sont nécessaires, indispensables, et qu’il lui est impossible de se rétablir dans cette cellule étouffée,
oo
PRISONNIER 175 stat sm stmirnieéraitasearmmnnteeetenit L'Empereur espère qu’on lui assignera une demeure meilleure et un jardin, surtout un espace plus grand dans lequel il pourra se mouvoir.
Qu'ils sont hypocrites, ces Mexicains ! Le docteur Riva qui, pendant la consultation, s’est exprimé le plus énergiquement pour le changement de demeure, ne veut pas, crainte de se compromettre, signer le protocole, et n’y appose son nom que lorsqu'Escobedo l’y autorise,
Grâce à la ruse du garçon qui m'apporte ma nourriture, je suis en possession d’un couvert et n'ai plus besoin de déchirer ma viande avec mes
mains, comme les sauvages,
8 juin.
Tous les officiers subalternes sont mis en
liberté. Les autres, depuis le capitaine inclusi-
vement jusqu'au colonel exclusivement, seront
internés dans l'intérieur du pays pendant une durée de trois ou de six ans.
C’est tranquillisant. De là à la mort, il y aurait un fameux saut. Captivité et internement,