‹ Notes pour servir à l'histoire de l'empereur Maximilien [microforme]Chapitre 24 sur 33 · LL · texte numérisé non relu

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quel que soit le nombre d’années, cela n’a pas grande signification au Mexique. Combien cela dure-t-il ? Le gouvernement tombe, et la peine finit avec lui.

Curtopassi, le chargé d’affaires italien, est arrivé aujourd’hui.

9 juin.

Un bruit épouvantable pendant la nuit ; les sentinelles crient encore plus fort leur cenfinela alerta / À quatre heures du matin les trompettes nous réveillent.

Les officiers subalternes quittent Queretaro. Avant leur mise en route, Escobedo leur adresse une harangue et leur dit que le gouvernement récompense ainst les traîtres à la patrie.

Les officiers supérieurs, jusque-là enfermés au Casino avec les généraux, sont aussi emmenés, Les uns vont, dit-on, à Piedras Negras, à la frontière nord ; les autres à Acapulco. Ils ont de quatre à sept ans de peine,

Pitner, quoi qu'il ne soit que lieutenantcolonel, et plusieurs autres généraux Castillo, de Salm, Aguirre, sont en attendant conservés au Casino.

La situation de Pitner est fâcheuse. Tous ceux qui sont au Casino passeront devant un conseil de guerre.

Les nouvelles qui nous parviennent ne sont pas mauvaises ; il n’est pas question de fusiller l'Empereur, Il sera peut-être interné à Acapulco avec les généraux,

to juin,

Hier soir, Daus est venu de Tacubaya. Les nouvelles qu’il apporte sont peu consolantes. Il nous dépeint l'esprit de l’armée comme fort hostile, Ces hordes de déserteurs, — c’est ce qu’ils sont en majeure partie, — réclament la mort de Maximilien.

Les colonels sont condamnés à six ans. Ils quitteront Queratero aujourd’hui. Les généraux ont dix ans en perspective, Salm, porté comme

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colonel sur la liste des généraux, montre son brevet de général et reste au Casino.

Un nouvel essai de fuite ne semble pas devoir réussir. On est extraordinairement attentif, De nuit nous sommes surveillés par des agents d’Escobedo.

Le jour décisif approche. L'Empereur se porte mieux, mais nous laissons les autres croire qu'il est toujours aussi souffrant et faible. Peut-être cela détournerait-il l'attention. Peut-être penseront-ils qu’il ne peut plus songer à fuire à cause de son état maladif.

De concert avec le baron Lago, il rédige un codicille, Il me le fait lire afin que je voie s’il n’a oublié personne, si je n'ai aucune observation à faire.

A deux heures de l'après-midi, arrivée de cette dépêche des avocats de San Luis de Potosi :

« — Tous nos efforts sont vains.»

L'Empereur fait appeler le baron Magnus qui, après un court entretien, part pour San Luis pour agir en qualité de parlementaire politique.

Impossible de se rendre compte de l'effet

produit sur l'Empereur par cette dépêche ; les avocats de Queretero ainsi que Magnus sont plus agités que lui. !

Comme d'habitude, il se couche à cinq heures.

— Comment pensez-vous, me dit-il, que se terminera la chose ? dites-moi votre idée sans détour.

— Sire, je considère encore toujours le procès comme une comédie qu'ils jouent pour se donner, vis-à-vis de l’Europe, l'air grand en faisant grâce ensuite. Je crois qu’ils mèneront la chose jusque-là ; mais je suis sans crainte sur l'issue, car je considère le tout comme un simple jeu, poussé, je l'avoue, trop rudement et trop longtemps.

— Non, reprit l'Empereur avec tranquillité, je ne crois pas cela : ils me fusilleront simplement. C'est ‘un calcul qu’on peut faire sur les doigts : les colonels ont sept ans de prison, les généraux dix ; d’après la loi mexicaine, il n’y a pas de peine plus élevée que la mort. Au surplus, je puis vous dire, bien que personne ne l'ait

remarqué, que je n’ai jamais cru à une autre

solution. Jusqu’à présent, pour ne pas vous alarmer, j'ai paru croire à mon salut ; le seul moyen d'y arriver serait encore la fuite. Deux fois déjà j'ai attendu la mort ; la première fois, vous vous le rappelez, c’est lorsqu'on m’a conduit chez Escobedo ; la seconde, lors de notre translation du couvent des Thérésites ici ; je croyais que j'allais être fusillé,

J'ai essayé de réfuter ce que disait l’'Empereur, mais en moi-même, je sentais, hélas ! qu'il avait raison.

17 juin, C'est le vingt huitième de notre captivité.

Par dépêche de San Luis de Potosi, l’ordre de me mettre en liberté arrive. Le colonel Palacios me dit que je puis quand je voudrai demander mon passe-port et partir, Je déclare que je veux rester près de l'Empereur dans la prison,

Les séances du conseil commenceront aprèsdemain, Point de nouvelles de San Luis de Potosi.

12 juin.

Le conseil de guerre tiendra ses séances au théâtre. On distrivuera beaucoups de cartes au public. Non contents de condamner l'Empereur, ils veulent encore l’humilier.

Ils n'auront pas ce triomphe. Maximilien me certifie que sa volonté formelle est de ne pas paraître au théâtre.

Dans la soirée, il se sent indisposé. Je fais appeler le docteur Riva de Neyra pour qu’il se convainque bien de l’état du malade.

13 juin.

Demain matin, à neuf heures, on vient prendre Mejia et Miramon ; on les conduit au théâtre.

Comme on peut perdre tout sentiment de convenance ! Devant le théâtre, nous raconte-t-on, une troupe de musiciens joue. A l’intérieur, on a orné la scène. Les assesseurs du tribunal sont presque tous des adolescents.

— Dieu me pardonne ! s’écrie l'Empereur, je crois qu’ils n’ont choisi pour le conseil de guerre

que ceux qui ont les meilleurs uniformes, afin que l’ensemble ait au moins une apparence convenable.

C'est accepté. L'Empereur ne paraîtra pas.

Le protocole des médecins sera lu devant le conseil de guerre, et l'attestation donnée par eux de sa maladie sera la raison qui justifiera de sa non-comparution.

L'Empereur reçoit la visite de la princesse de Salm et du baron Lago.

Dans l'après-midi, je fais pour la première fois usage de ma liberté et je sors.

Mon journal s'arrête ici. J'ai, pendant les jours suivants, été trop occupé à écrire les dernières dispositions de l'Empereur, et la catastrophe m’enleva le courage de le continuer.

Pour nous tous, dans l’entourage de l’Empereur, il n’y eut plus aucune illusion dès l'instant où, sur le théâtre de Queretaro, s’ouvrit la première séance du tribunal sanglant.

L'arrêt de mort était prononcé quand le procès

fut envoyé devant un conseil de guerre chargé

d'appliquer la loi du 25 janvier 1862. Il n'y avait plus de grâce à attendre. La seule possibilité de salut était dans la fuite et, quelqué peu de chance qu’elle offrit, il fallait employer les moyens les plus désespérés et en tenter l’exécution à tout prix.

Dans ce but, la princesse de Salm gagna un colonel mexicain. Il se déclara prêt à courir.les risques et périls de l’entreprise, et à faciliter la fuite de l'Empereur pour une somme de 100,000 dollars. Il exigeait cependant, ne pouvant rien faire tout seul, qu’on s’assurât d’un second colonel qu’il nomma à la princesse : elle crut alors réussir.

Dans l'après-midi, elle vint voir l'Empereur et lui apprit sa démarche.

En prévision de nos projets, et pour faire face à toutes les éventualités, je me pourvus de l’autorisation nécessaire pour quitter la prison, ma demeure,

Selon nos conventions, nous étions prêts à partir à neuf heures. A dix heures, je devais aller

chercher la réponse définitive chez la princesse ;

l'Empereur quittait son lit, et cinq minutes plus tard le départ aurait lieu.

Quelques instants encore, et il était dix heures. Tout à coup, le docteur Riva de Neyra, apparemment inquiet, entre et s’informe de l’état de l'Empereur.

Nous étions convenus que je quitterais le couvent sous le prétexte d'aller l’appeler pour l'Empereur indisposé. Le projet était déjoué et il fallait, coûte que coûte, parler à la princesse. J'écrivis rapidement une ordonnance et je m’empressai d'aller moi-même à la pharmacie,

Riva de Neyra m’accompagna jusque devant le couvent ; là, nous nous séparâmes.

Il était un peu plus de dix heures quand j'entrai chez la princesse ; j'y trouvai les deux colonels. Elle me conduisit dans une chambre voisine et me remit la bague-cachet de l’Empe. reur : elle devait lui faire reconnaître celui qui l’aiderait dans sa fuite.

Elle me dit que pour ce jour-là il n'était pas possible de rien entreprendre et qu’elle pensait

aller visiter l'Empereur le lendemain, dans la

matinée ; les colonels viendraient avec elles. Le premier qui, dans l’intervalle était entré, me dit de tranquilliser l'Empereur, la sentence du conseil de guerre ne pouvant être exécutée avant trois jours,

J'apportai la nouvelle et la bague à Maximilien. Il vit un présage heureux dans l'entretien plein de franchise que le colonel avait eu avec moi ; il y avait là quelques promesses de succès,

Le 14, à sept heures du matin, l'Empereur me fit appeler et me chargea de différents ordres. En dernier lieu, j'avais à donner au baron Lago l’ordre de présenter le même jour encore le codicille de l'Empereur à la signature ; puis à rappeler aux chargés d’affaires italien et belge — M. M. Curtopassi et Hooricks — que les lettres dont la rédaction leur avait été confiée, devaient être remises à l'Empereur pour les terminer.

Enfin, j'avais à parler à la princesse de Salm.

Lorsque, quittant cette dernière, j'arrivai dans la rue, le général Refugio Gonzalez s’approcha de moi et me demanda comment se portait en

réalité mon malade, Le ton ironique avec lequel

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