‹ Notes pour servir à l'histoire de l'empereur Maximilien [microforme]Chapitre 25 sur 33 · SE ER ARS · texte numérisé non relu

SE ER ARS

la question m'était adressée me fit aussitôt supposer qu’elle n'était que le prélude d’une ouverture. Il ne me laissa pas longtemps dans le doute ; s'adressant à un officier qui l’accompagnait :

— Conduisez ce Monsieur chez le général.

La même chose se passa pour un nommé Schweninger, marchand allemand, qui, arrêté à Queretaro, lors d’un voyage vers le Nord, avait pendant le siége été le secrétaire du prince de Salm, et dont l'Empereur se servait pour différents petits services. On nous conduisit à Escobedo qui me reçut en me demandant ce que je charchais dans la rue. Je lui répondis simplement que j'étais absolument libre.

— Bien.

Et le général se tournant amicalement vers son aide-de-camp.

— Conduisez donc, dit-il, ce Monsieur au quartier de Cohahuila.

Je fus mis en cellule. Je fis de vains efforts pour être mis en rapport avec l'Empereur ; je

gagnai la sentinelle avec le peu d’or que j'avais

PRISONNIER 187 D sur moi pour lui faire parvenir un billet, mais il était lui-même si sévèrement gardé que cela fut impossible.

Le 15, vers deux heures du matin, le colonel Villanueva et le docteur Riva de Neyra vinrent me prendre dans la prison et m’amenèrent à Escobedo qui me donna la permission d’aller chez Maximilien,

— Mais, ajoutat:il avec un doux sourire, nous connaissons vos antécédents, Je vous rends responsable de ce qui lui arrivera, et vous serez le premier que je ferai pendre,

— $Senor, répondis-je qu’il en soit fait comme il vous plaira !

Je trouvai l'Empereur au lit.

— Je craignais déjà, me dit-il, que vous ne fussiez plus à Queretaro, car, m'’a-t-on raconté, hier l’ordre de vous transporter aussi à San Luis a été donné.

J'appris alors ce qui s'était passé la veille.

Les ambassadeurs présents à Queretaro avaient, presque au moment où j'étais arrêté,

reçu l’ordre de quitter la ville dans l’espace de

DE

deux heures et une escorte avait conduit la princesse hors des murs.

— Lago, me raconta l’empereur, est parti avec le codicille non signé. Je lui ai fait télégraphier cette nuit, mais il faut encore lui écrire que, pour donner à cette pièce toute sa valeur, trois témoins, vous, Lago et Hoorick devrez en prendre connaissance puis la certifier.

Je terminais justement la lettre et l'Empereur la signait quand Mejia vint lui apprendre que l’'Impératrice était morte. Cette nouvelle l’ébranla profondément. L’'adieu à la vie lui avait toujours paru facile. Pendant la bataille, il s'était témérairement exposé au feu de l'ennemi. Durant la captivité, il avait regardé la mort avec courage et philosophie. Seule, une pensée remplissait son âme d’amertume, celle du triste sort auquel il abandonnait sa pauvre Charlotte. Eh bien, cette douleur aussi était à terme, et libre il se préparait avec plus de sérénité à prendre congé de l'existence. i

Immédiatement après la sortie de Mejia, l'Empereur me dicta un poscriptum à la lettre à

Lago ; il commençait ainsi :

PRISONNIER 189 em men pm me « J'apprends à l'instant que ma pauvre ferest délivrée de ses peines. Cette nouvel: oi en brisant mon cœur, est cependant pour n

une immense consolation, »

— Un lien de moins qui me rattache À la vie, me dit-il.

Dans l'après-midi, j’écrivis d’après ses avis et ses indications une seconde lettre au préfet de Miramar, à M. de Radowitz ; elle renfermait ses dernières dispositions.

Le soir, envoyé par Escobedo, un aide de Camp vint demander à Maximilien si la triste nouvelle de la mort de l’Impératrice lui était connue.

Le conseil de guerre touchait au terme de ses séances, et nous attendions d’heure en heure la publication du jugement. L'Empereur la reçut

avec calme, regarda venir la mort avec courage, préoccupé seulement de ceux qu’il laissait et de l'adieux suprême à ses parents, à ses amis.

Les visites des étrangers avaient cessé.

J'étais, à part de Grill et de Tudos, les deux domestiques, le seul Européen qui fût auprès

190 MAXIMILIEN de lui, et je remplissais le triste emploi de secrétaire. Je rédigeai donc les ‘lettres d'adieu ; la dernière commençait ainsi : 1

« Non coupable, je vais vers une mort imméritée, »

Vers midi, le confesseur, le père Soria vint ; il était recommandé par Vasquez.

Cette nuit et les suivantes, jusqu’au 19, je dormis dans sa chambre ; il passa une nuit calme.

Le 16 au matin, nous reprimes la sombre occupation des jours précédents. Vers onze heures, avant midi, le colonel Miguel Palacios et le général Refugio Gonzalez, suivis d’une troupe de soldats, vinrent prendre position dans le corridor. |

Par la porte entr'ouverte, le nouveau procureur Gonzalez lut à l'Empereur, puis aux deux généraux l'arrêt de mort. :

Pâle, mais les traits souriants, Maximilien en entendit la lecture. Quand le procureur eut terminé, il se tourna vers moi, et avec le calme le plus grand, montrant ia pendule, il dit :

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oo"

— C’est à trois heures. Il nous reste encore assez de temps. Vous pourrez tout terminer tranquillement.

Dans l'intervalle, le secrétaire Blasio que l'Empereur avait fait appeler, était entré ; il lui dicta en espagnol la lettre suivante :

Monsieur don Carlos Rubio,

Plein de confiance, je m'adresse à vous, étant complètement dé‘: >urvu d'argent, pour avoir la somme nécessaire « i'exécution de mes dernières volontés. Elle vous sera rendue par mes parents d'Europe que institue mes héritiers.

Je désire que mon corps soit ramené en Europe, près de celui de l’Impératrice ; je confie tous ces soins à mon médecin, le docteur Basch ; vous lui remettrez de l'argent pour l'embaumement et le transport, ainsi que pour le retour de mes serviteurs en Europe. La liquidation du prêt sera faite par mes parents ou par l'entremise des ï maisons européennes que vous désignerez, ou par des billets à ordre qui seront. envoyés à

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Mexico. C'est le docteur cité plus haut qui prendra les arrangements.

En vous remerciant à l’avance pour cette faveur que je vous devrai, je vous envoie mes salutations d'adieu et suis, en vous souhaitant

du bonheur, Votre

Queretaro, le 16 juin 1867.

A midi, le confesseur, le père Soria vint. Le

bureau fut porté de la chambre de l'Empereur dans la miennne et j’écrivis jusqu’à deux heures.

A une heure, une messe fut dite dans la chambre de Miramon ; les trois condamnés reçurent la communion.

A deux heures, je soumis les lettres à la signature de l'Empereur ; il me reçut en disant :

— Je puis vous assurer que mourir est plus facile que je ne me l’étais imaginé. Je suis tout à fait prêt.

Les confesseurs restèrent pour accompagner les condamnés dans leur dernier trajet,

nn nee ennemies on

PRISONNIER 193 me A trois heure, l'Empereur prit congé de moi et des serviteurs qui sanglotaient en lui baisant les mains. Ii ôta son anneau de mariage,

— Vous vous rendrez à Vienne pour parler du siège de Queretaro à mon père, à ma mère, à mes parents ; vous leur raconterez mes derniers jours.

Et il appuya sur ceci :

— Dites à ma mère que j'ai rempli mon devoir comme soldat et que je suis mort en bon chrétien.

L'officier de garde, qui commandait en même temps le peloton d'exécution, demanda en pleurant pardon à l'Empereur.

— Vous êtes soldat, lui répondit celui-ci, il faut accomplir votre devoir.

À trois heures, personne ne parut pour chercher les condamnés. Pendant une heure entière, l'Empereur et les deux généraux attendirent

dans le corridor l’ordre les appelant au lieu du supplice,

Sans contrainte, serein, Maximilien passa ce temps à causer avec son confesseur et avec ses

défenseurs Ortega et Vasquez. Il exprima la joie que lui causait la beauté du ciel,

— J'ai toujours désiré mourir par un beau temps, dit-il, ce vœu est tout au moins exaucé,

Il s’adressa encore plusieurs fois à moi, me répétant ses ordres.

Voici le dernier souvenir qu’il envoya à ses amis :

— Saluez pour moi le prince et la princesse de Salm, Pitner, Schaffer, Groller et Bilimek.

Les deux généraux Mejia, Miramon étaient, ou profondément plongés dans la lecture de leurs livres de prières, ou en conversation avec leurs confesseurs.

Enfin, à quatre heures, le colonel Palacios arriva, agitant une feuille de papier. C'était un télégramme envoyé par le gouvernement de San Luis de Potosi qui retardait, jusqu’au samedi 19, l'exécution du jugement.

—C'est dur, dit l'Empereur, lorsque Palacios eut lu le télégramme ; j'en avais fini avec le monde,

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Une lueur d’espoir s’éleva en moi, d'autant plus que les officiers auxquels je parlais croyaient fermement que ce délai équivalait à une grâce.

Je ne voulais pas croire à une exécution retardée. Il fal'ait pour cela une cruauté de cannibale envets les condamnés qui avaient déjà souffert une fois les angoisses de la mort, et jouer avec eux ce jeu cruel de leur rendre la vie dont ils étaient déjà retranchés.

L'Empereur resta parfaitement indifférent à cette espérance,

— Arrive ce qui voudra, je n’appartiens plus à ce monde |

Et ses pensées, ses actes, du 16 au 19, furent en parfaite harmonie avec cette résignation.

J'eus à compléter la lettre à Radowitz, à en écrire d’autres qui étaient encore des adieux.

Le père Soria vint chaque jour et l'Empereur me fit cette remarque :

— J'ai changé de rôle avec mon confesseur ; c’est moi qui ai à le consoler pour qu’il ne perde pas courage,

Ce même jour, il adressa une lettre aux géné. raux prisonniers :

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Queretaro : prisons des Capucins, 17 juin 1867.

Messieurs les généraux et chefs prisonniers en cette ville.

En ce moment solennel, je vous 2ür£sse ces lignes, expression de ma reconnaissance pour la loyauté avec laquelle vous m'avez servi, ainsi que l'assurance de la considération sincère de

Votre, MaAXIMILIEN.

Le 17 juin passa avec des ailes de plomb.

Une éternité s’écoulait minute par minute : le salut si ardemment désiré n’arrivait pas.

La nuit vint, sans que nul se montrât avec une nouvelle bonne ou mauvaise. Sombre et effroyable solitude ! La nuit, tranquillement écoulée pour l'Empereur, finit. Le matin du 18 arriva et le gouvernement de san Luis de Potosi ne donnait encore pas signe de vie.

Vasquez apporta la réponse écrite des géné-

raux, l'Empereur me la passa :

Queretaro, prison des Thérésites, 18 juin 1867.

Sire,

Nous avons reçu la lettre cordiale et émouvante, datée d’hier, dans laquelle Votre Majesté exprime de sa propre main les sentiments qu’elle éprouve pour tous les généraux et chefs qui l’ont servie jusqu’à cette effroyable crise.

Comme nos autres compagnons sont au secret comme nous, il ne nous a malheureusement pas encore été possible de leur communiquer le contenu de la lettre de Votre Majesté. Cependant, cela aura lieu dès que nous le pourrons.

Sire, nous aussi, les généraux vaincus, nous vos admirateurs et vos amis, nous sommes aussi sur le chemin du supplice, et si le sort irréconciliable nous est fatal à tous, sire auprès de Dieu nous nous réunirons à Votre Majesté et de notre Impératrice qui séjourne déjà au milieu des anges. Nous sommes, Sire, de votre Majesté, les serviteurs enthousiastes,

M. M. EscoBar,

J. L. Casanova,

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