‹ Notes pour servir à l'histoire de l'empereur Maximilien [microforme]Chapitre 26 sur 33 · C. MORETT · texte numérisé non relu

C. MORETT

B. HERRERA Y LoOZADA.

(4 :.l Vers midi parurent le baron Magnus et Bahsen, arrivés de San Luis dans la nuit.

Magnus, instruit de ma captivité nouvelle, avait, supposant que je ne serais pas de sitôt rendu à

(4 | la liberté, amené un autre médecin allemand, le 1 docteur Szanzer pour l’'embaumement,

| F $ 4 Dès le 16, l'Empereur avait remis à Vasquez

; 49 les souvenirs qu'il devait me rendre afin que je

pusse les ramener en Europe. Le 18, après midi, il lui confia les lettres en présence de Magnus et de Bahsen, avec la même recommandation.

L'avocat me donna la même assurance pour les ; papiers qu’il possédait déjà.

fs. Maximilien remercia, par lettre, ses défenseurs «pour leur constance et leur énergie » et "voya le télégramme suivant au gouvernement :

«— Je désire qu'il soit fait grâce de la vie aux généraux Miguel Miramon et Thomas Mejia

nl qui ont souffert hier toutes les angoisses de la 62 mort, et que je sois, comme je l'ai dit, quand } j'ai été fait prisonnier, la seule victime. y { y, F |

EE PRISONNIER 199 PR RE dt

Voici sa lettre à Juarez: (1) Monsieur Benito Juarez,

. Sur le point de subir la mort pour avoir essayé,

si de nouvelles institutions seraient en état de mettre un terme à la guerre sanglante, qui depuis tant d'années désole ce malheureux pays, je donnerai ma vie avec joie, si ce sacrifice peut contribuer à la paix et à la prospérité de ma nouvelle patrie. Profondément convaincu que rien de durable ne peut être produit par un terrain arrosé de sang, secoué par les plus violentes agitations, je vous conjure, de la facon la plus solennelle, avec la sincérité particulière à l'heure à laque'le je suis arrivé, je vous supplie que mon sang soit le dernier versé, et que vous poursuiviez le noble but que vous avez choisi avec la persévérance—je l'ai reconnue même dans le bonheur—que vous avez mise à défendre la cause que vous venez de faire triompher.

Réconciliez les partis, établissez une paix durable sur des principes solides.

(1) Cette lettre porte la date du 19 juin, c’est-<-dire, le jour de l'exécution ; selon l'ordre de Mazinilien, elle ne devait partir que ce jour-là.

Re AR ae DRE D SD D DRE RÉ

Re ape Era

Vers trois heures environ, le baron Magnus et le colonel Villanueva présents, le colonel Palacios nous avertit, Magnus et moi, que l’Empereur devait s'adresser directement au général Escobedo au sujet de son cadavre.

L'Empereur, remarquant notre conversation, me fit signe et me demanda de quoi il s'agissait.

Je le mis au courant.

--Cela n’est pas convenable, dit-il.

Je dictai en langue espagnole, une lettre déjà écrite en allemand au puissant colonel Villanueva, l'informant du désir de l'Empereur.

Celui-ci voulait que son cadavre fût remis au baron Magnus et à moi pour que je le ramenasse en Europe ; le baron était chargé des démarches, L'Empereur lut la lettre avec tranquillité, la signa d’un trait de plume ferme et vigoureux.

Vers cinq heures vint de San Luis un refus en réponse au télégramme demandant la grâce des généraux.

Après huit heures, Maximilien se mit au lit.

Je restai seul avec lui dans la chambre.

SE

Vers neuf heures, Palacios revint encore une fois avertir de la part d’Escobedo que l'Empereur pouvait être sans crainte, ses dernières

volontés devant être accomplies en tous points.

L'Empereur lut une heure l’Imitation de Jésus-Christ. Il l'avait demandé au père Soria ; puis il souffla sa bougie,

Une demi-heure plus tard, il était endormi.

Quelqu'un entra dans la chambre, Je bondis ; une joie folle s’empara de moi. C'était le docteur Riva, annonçant qu'Escobedo désirait parler à l'Empereur.

Le bruit l'avait réveillé ; il ralluma la bougie. Escobedo s’approcha. Riva et moi nous quittâmes la chambre.

Quelques minutes plus tard, le général en sortait ; j'allai à l'Empereur.

— Escobedo est venu me dire adieu. C’est dommage, je dormais si bien.

Peu après, il éteignait encore une fois sa bougie, et au bout d’une heure qui me parut une éternité, j'entendis, à sa respiration tranquille et régulière, qu’il s'était rendormi.

A trois heures et demie il se réveilla. J’appelai les domestiques ; ils dormaient dans une chambre donnant sur le corridor. Le confesseur vint ensuite et à cinq heures lui et les généraux entendirent une messe. A six heures moins le quart il prit un déjeuner qui consistait en café, poulet, une demi-bouteille de vin et du pain.

Pour la seconde fois, il me remit son anneau de mariage ; je le lui avais rendu le 16. Il me répéta ses commissions, ses adieux, mit dans la pouhe de devant de ma veste un scapulaire que lui avait apporté le confesseur :

— Vous donnerez cela à ma mère.

Ce fut sa dernière recommandation.

A six heures et demie Palacios vint. Ma dernière espérance de grâce s’éteignit.

L'Empereur se plaça au milieu des soldats qui formaient l’escorte. Je l’accompagnai jusqu’à l'escalier, Là, en secouant légèrement la tête avec un sourire amical, il me tendit la main.

J'essayai de le suivre, mes forces m’abandonnèrent..,

Une bonne heure plus tard, les sons plaintifs de la cloche me sortirent de ma torpeur. L’horreur était accomplie. . .!

Le colonel Palacios revint vers huit heures.

On voyait qu'il s’effor-ait de comprimer la profonde émotion qui s'était emparée de lui. Il me tendit la main et d’une voix émue :

— Era una alma grande. —C'était une grande âme.—

Palacios m’annonça que j'étais à jamais libre et autorisé à assister à l’embaumement. Il me conduisit en bas, dans l’église, près du corps de l'Empereur, posé sur une table, recouvert d’un drap. Ses traits n'étaient pas changés ; la tête

était intacte, le corps traversé par six balles.

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