MAXIMILIEN DEVANT LA MORT
Un dernier mot.
Je résumerai ici les nouvelles qui me furent transmises dans le temps par mes compagnons d'armes. Les choses se passèrent ainsi. Elles n’ont pas été contredites par l’histoire.
Lorsque mercredi, à six heures du matin, les condamnés sortirent du couvent des Capucins, l’empereur, arrivé sur le seuil, se retourna, et s'adressant à Ortega, son défenseur, il lui dit :
— Quel beau ciel ! c’est ainsi que je désirai qu’il fût le jour de ma mort.
Alors la procession s’ébranla ; le chemin était Ouvert par un escadron de lanciers, ensuite la musique jouait une marche funèbre, Un bataillo‘: d'infanterie, les mousquet au poing, formait deux lignes de quatre hommes de front chacune, pour la haie,
Le défilé atteignait la grande porte de l’hôpital, lorsque Meïjia dit très haut :
— Sire, doanez-nous pour la dernière fois l'exemple de votre noble courage ; nous suivons les pas de Votre Majesté.
A ce moment passaient les franciscains : les deux premiers portaient la croix et l’eau bénite, les autres tenaient des cierges, puis venaient trois cercueils portés chacun par un groupe de quatre Indiens. Les trois croix noires d’exécution avec les banquettes défilaient derrière.
Le capitaine Gonzalès fit alors signe à Maximilien de descendre dans la rue. L'empereur s’avança très courageusement en disant aux deux généraux :
— Vamos nos à la libertad !
— Allons-nous en vers la liberté !
. La procession gravit lentement la rue du cimetière, en passant derrière l’église par la route de l’aqueduc. Bientôt le cortége domina toute la plaine : le coup d'œil vu du bas était fort imposant.
L'empereur marchait le premier, ayant à sa droite l'abbé Soria. Derrière, sur une même
ligne se trainait Miramon blessé : il venait de perdre un œil d’un coup de feu. Ce général était soutenu sous les bras par deux franciscains. Mejia marchait pensif entre deux prêtres de la paroisse de Santa-Cruz.
Quand on fut tout en haut de la colline, Maximilien tira sa montre ; il fit jouer un ressort qui cachait le portrait en miniature de limpératrice Charlotte. Il le porta à ses lèvres, puis, tendant ce bijou à l’abbé Soria.
«— Envoyez ce souvenir en Europe à ma bien chère femme, et, si elle vit, dites-lui que mes yeux se fermeront avec son image que j'emporte là-haut !»
Le père Soria, dit un témoin oculaire, plus ému que Maximilien, faillit alors nerdre connais: sance, Maximilien sortit un flacon de sels de sa poche et le passa au bon prêtre. Les rôles étaient intervertis : le condamné devenait le consolateur.
Maximilien, Mejia, Miramon étaient chacun dans une voiture avec leur confesseur, Ces voi-