MAXIMILIEN MARIN, OBSERVATEUR, PHILOSOPHE, BIBLIOPHILE ET CHRÉTIEN
Je vous ai parlé de Maximilien, voyageur, homme de lettres et critique d’art.
Causons du marin, de l'observateur, du philosophe, du poète, du bibliophile et du chrétien.
L'empereur aimait à nous citer souvent ces mots anglais :
— Take il coolly.
Il en avait fait sa devise particulière. En aucune circonstance il ne l’a démentie, Il se plaisait à la répeter à son équipage quand il était dans la marine autrichienne. Les loups de mer étaient ses hommes. Il les aimait comme on aime sa famille,
Un jour, en parlant d’eux, il disait : —1 Le vrai matelot a raison d’être fier. Le
monde lui appartient, l'océan est sa patrie :
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son esprit ne connaît d’autres bornes que celles du vaste globe. Il a droit de cité dans tous les pays de la terre, il est reçu partout en ami ; et pourtant il est partout dans sa patrie, car son vaisseau en est une portion et lui sert jusqu'aux antipodes de forteresse puissante et rédoutée. En lutte incessante avec les éléments, environné de dangers continuels, il acquiert le sérieux et l'énergie du caractère ; élevé au sein des privations, il reste enfant en quelque sorte, et il jouit
des moindres choses avec candeur et naïveté.»
Le capitaine de vaisseau anglais est pour cet amiral autrichien un des modèles du marin :
—(« Dans les petites marines, principalement dans celles qui sont encore en‘voie de formation l'on se fait une idée tout à fait fausse du capitaine tel qu’il se comporte en réalité dans les grandes marines. Le capitaine anglais est le souverain de son vaisseau. C’est lui quile conduit en mer, le fait rentrer dans le port où le mène au combat ; il regarde ses sujets d’un
œil de maître. Pour les affaires secondaires, il a
ses organes, ses mandataires qu'il laisse agir selon son grade, et il reste souvent des jours entiers s'en se montrer sur le pont : un long apprentissage et une longue pratique lui donnent la ferme assurance que le service se fait ponctuellement et sévèrement comme il doit être fait. Il n'apparaît que dans les grandes circonstances pour fonder la réputation de son vaisseau par de brillantes manœuvres ou par la victoire, ou encore comme un /wpiter tonnans pour répandre autour de lui la terreur et le respect. Les autres ont à s'occuper de choses moins importantes.
« Dans les marines en voie de formation, au contraire le capitaine est tout : Il est le génie universel, le secours indispensable dans les moments difficiles, le factotum en activité perpétuelle. Il doit commander et exécuter à la fois : il doit monter le quart lui-même bien qu'il ait sous ses ordres de nombreux officiers, sans quoi sa propre vie et celle le l'équipage ne serait pas pas en sureté. Il doit faire le maître d’école pour la jeunesse et le geôlier pour les mutins : il doit faire lui-même la ronde et s'assurer que
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ses ordres sont réellement exécutés. Il doit en
personne envoyer de tous les coins du vaisseau | l'équipage à la manœuvre : il doit être le sur-
veillant et à la place des cadets hisser les signaux
h de sa propre main. Mais le pire inconvénient Li d’un tel état de chose est que, avec le temps, k capitaine et officiers s'y accoutument ; que le
capitaine n’a jamais confiance en ses officiers, et que ceux-ci naturellement n’acquièrent jamais
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| cette confiance en soi-même si nécessaire au
| marin. Ils se laissent bientôt aller à la paresse
nn |! inhérente à l’humaine nature, et se trouvent
û | heureux de se décharger du fardeau de la res-
hi | ponsabilité sur les épaules de leur chef. Insen- À | siblement, celui-ci de son côté, trouvera plaisir Bi || à s’occuper des détails insignifiants, et toujours je prêt à se louer lui-même, il n’aura que des Hi paroles chagrines sur l’impéritie des officiers D | et des cadets. Mais comment ceux-ci peuvent- ; | ils apprendre quelque chose, quand on ne laisse 4 aucun jeu au développement de leur spontanéité ï et qu'on ne le mesure pas aux progrès de leur
éducation ? C’est une nécessité désolante que
chez les petits, tout soit petit fatalement.» | |
Maximilien aimait son équipage et il savait s'en faire aimer, En 1853 il commandait la Minerve, sur les côtes de l’Albanie. Un de ses matelots, Marco Rugger, tombe tout-à-coup à l’extrémité.
Que disent à ce propos les mémoires du futur empereur ?
« L'équipage s'était groupé, par un mouvement de sympathie autour du moribond. Je demandai que quelqu'un commençât les prières des agonisants ; mais personne n’en eut le courage. Dans notre siècle, on se sent aux heures solennelles pris d’un embarras étrange. La religion est devenu un objet incommode ; c’est un feu qui brûle encore mais qui ne réchauffe plus. Je vis le cercle demeurer muet et honteux autour de moi. Le moment important d’où dépend le salut peut être perdu par légèreté. Je ne refléchis pas longuement : en un instant je descendis dans ma cabine et je rapportai un fragment de la vraie croix avec mon livre de prières. Je fis assujettir la précieuse relique sur le hamac ; moi-
même je m'agenouillai auprès du moribond.
rs = = == =