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Cet acte rompit le charme jeté par le mauvais esprit, et bientôt un chœur de pieuses prières
s'éleva pour le salut de la pauvre âme. Au
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moment où les derniers rayons du soleil nous
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éclairaient par les ouvertures de l'avant, mon
jeune matelot expira. La cloche du vaisseau fit
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entendre un glas funèbre, et la nuit qui tombait étendit paisiblement son linceuil sur celui qui n'était plus.
« Je n'avais encore vu mourir personne. Il me fallut faire un effort extraordinaire pour rester
jusqu’au dernier moment. Mourir me sembla
alors beaucoup plus facile que je ne me l’étais
figuré. La mort de Rugger fut solennelle, et
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grâce à Dieu, édifiante, Je vis des larmes dans
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les yeux de nos jeunes officiers. D'ordinaire ils
ne pensent guère à ces choses là. Cette grave
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leçon fut salutaire à moi-même et à tous. Dans
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le cours de la soirée, les matelots me demandèrent encore—-ce qui me causa un vif plaisir-— la permission de dire le chapelet en commun auprès du défunt. Avant minuit le cercueil fut
prêt ; on le descendit lentement dans ma baiei-
nière ; les rames se mirent en mouvement.
Appuyé sur la lisse de plat bord, j'entendis longtemps dans le silence de la nuit la chaloupe ramer vers la falaise. Le corps fut déposé dans une petite chapelle où il fut confié à la garde de la population catholique de la côte.
« Je priai encore, car il convient à celui qui voit sa famille éprouvée de se tourner vers son Dieu. Ce Dieu n’est pas sourd aux prières de ceux qui ont une foi inébranlable en sa toute puissance, et une supplication filiale a toujours
soulagé l’âme du fardeau qui l’oppressait. Il n’y
a que le libre penseur dont l’orgueil refuse de s'incliner...... jusqu’à l'heure de la mort ; mais ce moment suprême apprend même à un Voltaire à bégayer des prières et à chercher en
tremblant des consolations. »
Maximilien pritiquait depuis sa plus tendre enfance les idées saines et pieuses.
Pendant ses courses à travers le monde il eut
occasion d'étudier certaines questions sociales
qui assombrissent de plus en plus, aujourd’hui, l'avenir du travail et de la famille,
A Valence il visite une manufacture de soie fort importante,
« Je ne trouve rien au monde, dit-il, de plus ennuyeux qu’une fabrique : tout y marche dans un cercleëmathématiquement compassé ; tout y est calculé à la seconde, et le génie de l’homme prouve par ses monstrueuses inventions combien il est facile de se passer de cette intelligence qui se rencontre chez les classes ouvrières. Les travailleurs sont transformés en machines inertes. Nous vivons actuellement dans une période malhe::reuse, dans la période de la crise : l’idée nouvelle de la nécessité des fabriques n’a pu encore se naturaliser parmi nous ; l’équilibre ne s’est pas encore établi. L'ancien état de chose lutte avec le nouveau, et il manque au nouveau une base nécessaire que le temps seul peut donner. Quand la période des fabriques aura son histoire et son expérience acquises, c’est alors seulement que, grâce aux tempéraments qu’on y
apportera, leur utilité se démontera d'elle-même
aux générations à venir. Mais à ce quoi je ne puis encore m’habituer c’est à voir un riche fabricant produire en masse ce qui satisfait le luxe effréné des riches et solliciter leur amour pour le faste, tandis que les ouvriers qu’il exploite, véritables serfs assujettis à la tyrannie de son capital, ne sont plus que des ombres de créatures humaines. Elles travaillent avec une régularité mécanique, et dans l’hébêtement de leur âme elles offrent leur corps épuisé en sacrifice à son sac d’écus pour apaiser les besoins de leur estomac. L’ingénieuse invention d’une machine ne saurait me faire oublier mes semblables, Je ne suis pas pour cela assez fier d’appartenir à la génération présente ; je ne suis pas assez égoiste dans mon admiration pour ce qu’on appelle le génie de notre siècle. Une fabrique me fait toujours éprouver un sentiment de malaise. Je ne parle pas bien entendu de celle où l’homme conserve sa spontanéité, et peut tirer parti de son intelligence ; mais, devant les résultats purs du soi-disant génie industriel, je tombe dans une sorte d’hébêtement et dans un immense ennui.
Toutes ces belles choses me font l'effet de n'avoir
été créées que pour le moment. Nous vivons À dans le siècle de la hâte, et c’est pour ce besoin
de l’époque qu’on a inventé les fabriques.
« C’est un prolétariat. L'homme y est rabaissé ï par l'influence des machines à la condition de : l’animal dénué de volonté, La vapeur travaille x À suivant les principes mathématiques ; l’homme 1 n'est plus qu’un accessoire. Son action est j enfermée dans des limites aussi étroites que le | va-et-vient d’une navette. Il ne conduit plus rien. Il n’est plus là que pour boucher les trous dans le travail des roues qui marchent d'’ellesmêmes. À force de se rompre à cette routine, ni | son intelligence finit par s’émousser. Cet état ui |! n'est qu’un raffinement de l’esclavage. Il y a un Hu | abime entre la caste de l’intelligence qui invente 1 les machines, les monte, les met en mouvement, et la masse innerte, demi-affamée des bouche- | trous. Une fois entrés dans ce rouage, ils transmettent la malédiction qui pèse sur eux à leurs
enfants et aux enfants de leurs enfants. »
| | di | "1 Mais remettons-nous en route. Nous sommes au Brésil. L'illustre voyageur voit un jour la