Ibid. lU, p
que nous ayons retrouvées dans la première moitié du XVII'' siècle, nous conduisent à la demeure du cliargé d'affaires ou résident de France auprès de ia république strasbourgeoise. Henri IV, Luuis Xlll, Louis XIV lui-même aux débuts de son règne, estimaient qu'il était de bonne politique de se faire représenter auprès de a leurs grands et bons amis» de Strasbourg par des envoyés appartenant à Tune des confessions évangéliques, afin de gagner plus facilement les sympathies du petit Etat protestant qui tenait Tune des clefs principales du Saint- Empire romaine Ces diplomates, dont il serait fastidieux d'énumérer les noms, jouissaient naturellement des immunités attachées à leur rang, ils pouvaient donc faire célébrer chez eux un culte régulier en langue française ; seulement nous ignorons sMIs avaient un aumônier attaché à leur personne, — ce qui nous parait douteux, — ou si quelque pasteur du dehors, de Bâie ou de SBinte- Marie-aux-Mines par exemple, venait à certains moments officier dans leur demeure. En tous cas, ces services religieux n'étaient pas publics ; nous le savons par les réclamations adressées au Magistrat, en 1644, par M.d'Oysonville, commandant de Brisach et lieutenant du roi dans la Haute-Alsace. Le grand Conseil avait frappé d'une amende de quatrevingts livres le sieur Schord, sergent-major d'un régiment d'infanterie allemande au service de la
1. Quand ces résidents étaient des luthériens, comme Frischmann, par exemple (qui d'ailleurs était Strasbourgeois de naissance et parlait Tallemand), ils assistaient au culte officiel. Frischmann réclama môme pour lui et sa femme un banc d'honneur à la Cathédrale . (Protoc. desXIII, 10 nov. 1658).
France, pour avoir assisté au prêche de la religion prétendue réformée, chez le résident français, M. Melchior de risle ^ Si Ton traitait ainsi, contrai* rement au droit des gens, des fonctionnaires étrangers, combien plus sévère devait être la surveillance exercée sur les sujets de la ville, pour empêcher qu'aucune brebis du bercail ne s'égarât dans les parages malsains du calvinisme ^ ?
C'est d'autre part que vinrent des secours aux réformés de Strasbourg et que leur fut offerte la possibilité d'assister à un culte régulier, célébré partiellement en langue française. Nous avons vu qu*un certain nombre d'entre eux s'étaient rattachés au Consistoire réformé de Bischwiller, qui comptait, à côté de ses prédicateurs allemands, un ministre de langue française. Mais le Magistrat ne tolérant plus dans la ville la présence, même momentanée, des ecclésiastiques réformés qui venaient y exercer les devoirs de leur ministère, et les déplacements lointains étant sinon impossibles, du moins très- dispendieux à cette époque, il devenait de plus en plus difficile de conserver cette dernière attache. Aussi, vers le milieu du XVIP siècle*, la paroisse calviniste de Strasbourg était-elle réduite au chiffre de trente-six familles.
4. Lettre de M. d'Oysonville à MM. de Strasbourg, Brisach, 3 avril 4644, reproduite par nous dans la Revue d'Alsace, 1875, p. 9.
2. Nous avons quelcpie peine aujourd'hui, même au plus fort de nos querelles religieuses, à nous figurer l'animosité qui régnait alors entre les églises issues d'une même Réforme. C'était l'époque où l'une des lumières de l'Université luthérienne de Leipzig, le docteur Polycarpe Leyser, écrivait sérieusement qu'il valait encore mieux être musulman et papiste que disciple de Calvin. Les réformés de leur côté traitaient d'apostasie le passage au luthéranisme. Voy. Mteder, p. 22.