Protocoles (lu Conseil des XX\, li novembre
Cependant Strasbourg, subissant à son tour la loi du plus fort, était devenue «ville libre royale^r sous la suzeraineté de la France. Une des conséquences les plus imprévues assurément de la capitulation de 1681 devait être la suppression du culte français à Wolfisheim. Il semblait alors d'autant plus solidement établi, que le Consistoire de Strasbourg venait d'appeler un ministre français pour assister le prédicateur allemand et remplacer le pasteur Pache, de Bisch willer, avec lequel on s'était brouillé, nous ne savons pour quels motifs (1683). Pour éviter de donner ombrage à l'intendant ou au gouverneur de la province, les représentants de la paroisse française n'avaient pas appelé leur nouveau ministre de Fintérieur de la France, mais avaient choisi pour pasteur un jeune Bernois, nommé Jean Nicolaï ; et pour lui permettre de de* meurer plus sûrement à Strasbourg, ils l'avaient même fait immatriculer comme étudiant à TUniversite, ce qui ne l'empêchait pas de prêcher à tour de rôle au temple de Wolfisheim.
Mais toutes ces précautions devaient être inutiles. Louis XIV préludait alors à la révocation de l'édit de Nantes et n'était point d'humeur à tolérer autre part ce qu'il proscrivait chez lui. En vain la Discipline de la paroisse réformée de Strasbourg avait ordonné, dès t6K7, «la mention de S. M. le roi de France» dans les prières publiques et avait placé Louis XIV en tête de la liste des potentats chrétiens, avant le comte de Hanau lui-même. M. deChamilly, le gouverneur de Strasbourg, avait dès l'abord défendu que le temple de Wolfisheim fût ouvert aux militaires français. Règle bien diOicile à observer ,
les anciens du Consistoire n'ayant aucun moyen sûr pour reconnaître les soldats déguisés. Ils adressèrent donc au gouverneur des représentations à ce sujet, mais M. de Cbamilly, dominé par une femme bigote^ et désireux d'obtenir les bonnes grâces du roi, répondit à ces doléances respectueuses par un ordre d'expulsion formel. Les deux ministres de la paroisse réformée reçurent Tordre de quitter Strasbourg dans les vingt-quatre heures, avec défense d'y remettre jamais les pieds*.
Le Consistoire se réunit h la bâte, et ayant délibéré en l'absence des ministres, il se résigna, pour sauver l'existence de la paroisse, à un douloureux sacriiice. Le 17 novembre 1685, il écrivait à M. de Louvois : «Pour éviter les continuelles alarmes et pour ôter tout ombrage à la volonté des ordres (de Votre Grandeur), nous aimons mieux nous priver entièrement de l'exercice français, pourvu seule* ment qu'il soit permis à notre ministre allemand de rentrer en possession de son domicile, y ayant déjà vingt ans passés qu'il sert notre Eglise'.» On peut sans doute déduire de ce renoncement le fait que l'élément français avait considérablement diminué dans la paroisse, devenue cependant bien plus nombreuse^. Sur huit noms d'anciens et de diacres,
i. Voy. sar Mme de Chamilly, Rœbrichi MiUheilungen, T. II» passif».