‹ Notes pour servir à l'histoire de l'Englise française de Strasbourg, 1538-1794Chapitre 48 sur 63 · F. C. Heitz, Die Thomaskirche, p · texte numérisé non relu

F. C. Heitz, Die Thomaskirche, p

5. En 1866, par les soins de MM. HeinU et Biihlmann, pasteurs de la paroisse.

église, et ses représentants sont heureux d'y trouver encore aujourd'hui l'accueil fraternel qui fut offert alors à leurs prédécesseurs. En même temps qu*au changement du lieu de culte, on procédait encore une fois au changement de l'heure à laquelle on le célébrait; on le fixa dorénavant au jeudi, à neuf heures.

Wild que son grand âge rendait incapable de remplir désormais les fonctions pastorales, reçut au départ de Nigrinus un nouvel adjoint dans la personne d'un jeune Strasbourgeois, Jean-Jacques Walther, qui débuta par être prédicateur-adjoint (Abendprediger) à Saint-Guillaume. Il avait été désigné, en 1726, comme premier pasteur de Waldersbach, au Ban-de-la-Roche, mais il eut à peine le temps de prendre possession de son poste, car il n'apprit pas plutôt le départ de Nigrinus qu'il posa sa candidature à Strasbourg, csans même s'informer préalablement du traitement qu'il aurait, pourvu qu'il pût se sauver du Ban-de-la-Roche^^

C'est sans doute à l'occassion de cette fugue inattendue que le Couvent ecclésiastique, auquel avaient été récemment subordonnées les communautés luthériennes du Ban-de-la-Roche, discuta longuement, en 1727, la question de la prédication française et les moyens de recruter des ministres capables pour ce service spécial. 11 avait naturellement tout d'abord en vue les vallées vosgiennes, mais on parla également des prédications à faire à Strasbourg et de la nécessité de perfectionner dans

1. C'est ainsi que s'exprime un de nos calaloguos manuscrits Verzeichniss der Prediger, «. s. w., fol. 24. Bibliothèque municipale.

ce but les connaissances linguistiques des jeunes théologiens. Quelques orateurs appuyèrent sur le besoin d'avoir parmi eux des collègues suf&samment maîtres de la langue pour pouvoir porter la parole, le cas échéant, devant les autorités supérieures et rapporter au Couvent leurs réponses officielles, sans Tintervention d'un interprête étranger. L'assemblée fut unanime à voter des démarches auprès du gouvernement et spécialement auprès de Tavocatgénéral de la ville, M. Kornmann, afin d'obtenir un avancement plus rapide dans la carrière ecclésiastique pour les étudiants et les internes du Collège de Saint-Guillaume, qui consentiraient à se vouer plus particulièrement aux exercices de la prédication française ^

La demande de Walther fut d'ailleurs agréée par les scolarques et il suppléa Wild^ comme aumônier et comme prédicateur, jusqu'à la mort du vénérable octogénaire, arrivée le 11 mai 1733. Nommé titulaire de ses fonctions, Walther ne les conserva pas longtemps. L'état précaire de sa santé, qui l'avait déjà fait fuir avec tant de précipitation l'àpre climat des vallées vosgiennes, l'arracha bientôt à son nouveau cercle d'activité. Il mourut de consomption, le 13 mars 173S, après deux ans seulement de ministère. En 1729, il avait repris la direction de l'école française, supprimée depuis le départ de Nigrinus , et vivement regrettée, surtout dans la sphère ecclésiastique. C'est en effet le Couvent, qui n'avait pour-

1. Àcta Conventus ecclesiasticiy 18 décembre 1727, p. 113. (Archives de SaiDt-Tbomas).

tant pas à intervenir officieiiement dans cette affaire, qui prit rinitialive d'une démarche auprès des scolarques pour la réouverture de Fécole. Ce ne fut pas seulement, hélas ! le zèle pour la propagation des lumières qui lui fit déclarer à l'unanimité que c'était une institution «absolument nécessaire ^» Les haines cléricales de luthériens à calvinistes y furent pour quelque chose au moins. Nous voyons, en effet, par les procès -verbaux du Couvent ecclésiastique, qu*un des arguments principaux qu'on fit valoir en faveur du rétablissement de récole, était la concurrence des écoles «des reiigionnaires qui nous sont hostiles» et chez lesquels beaucoup de parents luthériens envoyaient pourtant leurs enfants pour leur faire apprendre le français*. Comme il n'est guère admissible que l'expression de widrige religionsverwandten s'applique aux catholiques, on devra donc voir dans ces écoles «ennemies» des écoles primaires dirigées par des calvinistes, continuant celles déjà mentionnées en

A la mort de Walther, le magistrat, n'ayant à Strasbourg aucun candidat acceptable sous la main^ rappela de Bottersweyer Nigrinus, qui consentit à revenir. Il reprit ses anciennes fonctions en y

i. Procès- verbaux du Couvent ecclésiastique du 2 juin et du 7 juillet 1729y dans les Varia ecclesiasUca Argentoratensia , manuscrit de la Bibliothèque municipale.

2. «Die franzœsische schul soU wieder aufgericht werden weilen sie hœchst nothwendig^ nicht nur wegen des Steinthals und der franzœsischen predigt sondern weil viele kinder der unsrigen in ermangelung solcher sçhule in die schulen der widrigen religionsverwandten geschickt werden. u Extraits des procès- verbaux du Couvent, 2 juin 1729, manuscrit cité.

joignant celles d'aumônier des hospices et de régent de récole française. En effet, nous le voyons prier les ecclésiastiques, ses collègues, peu après son retour à Strasbourg, d'annoncer à la bourgeoisie, du haut de la chaire, la reprise des leçons, ce qui fut accordé par le Couvent ecclésiastique ^. Uaîs le nouveau prédicateur français ne put vaquer bien longtemps aux soins de son ministère. Il tomba malade après quelques années et mourut le l'S janvier 1742.

Une véritable fatalité semblait peser sur le personnel enseignant de cette congrégation, comme elle a paru peser de nos jours sur le corps pastoral de notre pauvre Eglise française. Le successeur que les scolarques donnèrent à Nigrinus, Jean-Philippe Reinbold, était natif de Strasbourg. 11 avait fait ses études dans sa ville natale, était sorti du Gymnase en 1730 et n'avait que vingt-neuf ans en acceptant les fonctions de prédicateur. Il semblait donc qu'il pourrait fournir une longue et utile carrière. Mais, comme Wild et Walther, ses prédécesseurs, il avait commencé par exercer le ministère à Waldersbach, de 1737 à 1742. Ce n'est pas sans raison que les candidats en théologie redoutaient ces paroisses de montagne, et même en faisant abstraction des difficultés qu'il y avait à trouver des gens parlant la langue du pays ', le recrutement était si pénible que les Oberkirchenpfleger avaient décidé de

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