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3. Nous avons publié déjà le texte de cet arrêté dans le Progrès Religieux du 4 octobre 1875, nous nous bornons donc à le résumer ici.
apportés à Texpédition des cochons de leur terri tiore,y» nous devons supposer que notre, pauvre église de Saînt-iNicolas fut occupée vers ce tempslà par une population nombreuse et bruyante.
Mais Monet et ses adhérents ne se bornèrent pas à fermer les églises. Ils voulaient abolir tout exercice du culte, ou plutôt introniser à la place des religions reconnues jusque-là par TEtat, le culte de la Raison. La vieille cathédrale, témoin jadis des saturnales du moyen-àge, devait voir encore celles du siècle philosophique par excellence. Le 30 brumaire (20 novembre 1793), les citoyens de Strasbourg attirés par des proclamations ronflantes dans la vieille nef gothique, assistèrent, stupéfaits plutôt qu'enthousiastes, à Tinauguration du culte nouveau. Des citoyennes au bonnet rouge , en tuniques blanches, portaient en procession le buste de «rimmortel Marat.» Le maire, dans un discours pompeux , vint inviter les prêtres de toutes les sectes à abjurer leurs erreurs et leurs supercheries sur Tautel de la vérité. Quelques malheureux curés allemands réfugiés en Alsace, furent les seuls à répondre à cet appela Un ecclésiastique protestant parut un instant à la tribune, mais pour reprocher à Monet son intolérance et pour défendre la cause de TEvangile. Ce courageux citoyen, dont nous regrettons de ne pouvoir citer le nom, fut immédiatement expulsé du sanctuaire, «qu'il déshonorait par sa présence,» mais son opposition imprévue exaspéra le maire, dont la mise en scène théâtrale
4. C'est ce qu'affirme expressément Friese, V, p. 320, qui a inséré dons son histoire le procès-verbal de la cérémonie en son entier.
était ainsi manquée. Aussi, dès le lendemain^ som*mait-il les ministres des différents cultes de lui remettre dans les vingt-quatre heures, par écrit, leurs démissions, ou, pour mieux dire, l'abjuration de leurs erreurs» sous peine d*étre traités comme suspects. Quelques-uns parmi les pasteurs protestants, effrayés par ces menaces, obéirent à la sommation de Monet. Dans la séance de la Société des Jacobins, du 5 frimaire (25 novembre 1793), ce dernier s'écriait triomphalement: «La raison remporte tous les jours une nouvelle victoire sur le fanatisme et les préjugés, et le temple de la liberté retentissait encore aujourd'hui des applaudissements accordés aux abjurations faites par les ci-devant prêtres de leurs métiers. Ils s'accordent tous à dire qu'ils étaient des charlatans salariés. • *» A la suite de ce discours, la Sociétéarrétaitl'inscription du nom ces héros d*un nouveau genre au procès-verbal et nous y lisons, entre autres, celui des «ex-ministres luthériens», Bngel et Millier ^ Quelque regrettable qu'ait été la faiblesse des ecclésiastiques qui reculèrent devant l'affirmation résolue de leurs croyances, il faut dire cependant que Monet calomniait indignement l'immense majorité d'entre nos miiiistres,en prétendant qu'ilss'étaientqualifiéseuxmémes de charlatans et d'hypocrites. A l'exception du seul pasteur Junker d'Obenheim , quelques prêtres assermentés eurent seuls ce triste courage et les déclarations de Millier, d*Ëngel, etc. publiées par Monet lui-même, dans une brochure restée fameuse, attestent toute l'étendue de son men-
i . Recueil, II, p. Si6. Etaient-ce les nôtres ? Je ne sais.
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songea Mais il n'en était pas moins triste de voir ces conducteurs spirituels de la population protestante de Strasbourg renoncer à leurs devoirs sur injonction d^une autorité sans compétence et d'entendre le président du Convent ecclésiastique s'associer «de grand cœur» au triomphe de la Raison, ou de voir le pasteur de Barr célébrer Jésus «comme le meilleur ami des Sans-Culottes.»
Nous ne nous arrêterons cependant qu'à Tune de ces déclarations, dernier document que nous ayons à produire pour Thistoire de la paroisse française ; c'cAt la lettre par laquelle Mathias Engel déclarait renoncer à ses fonctions de prédicateur. Voici, dans son entier, cette pièce que nous pouvons qualifler d'acte de décès de TEglise française de Strasbourg.
«Citoyens,
«Les prêtres s'empressent de se déprétriser ; il en était temps. Béni soit le jour où la raison insultée, foulée pendant des siècles par la superstition et par le fanatisme, a reçu des mains de la liberté son empire souverain sur l'esprit des hommes. Une République, je veux dire, une société de frères et d'hommes libres pouvait-elle avouer ces esprits superbes qui osaient se croire d'une espèce supérieure à leurs semblables, tout en se disant les disciples du plus modeste des sages ? Ennemis du peuple, ils travaillaient à éteindre en lui le flambeau divin de la Raison, jusqu'à lui
1. Les prêtres abjurant l'imposture. Strasbourg» Dannbach, 1795, 12*. — Elle fut aussi publiée en allemand sous ce titre : Die Priester wollen Menschen werden.
vendre la rémission de ses fautes à prix d'argenl et le pardon de ses crimes au poids de l'or.
«Honneur et accueil fraternel à ceux qui, jaloux de devenir enGn citoyens, viennent abjurer leurs erreurs au temple consacré à cette divinité du ciel. C'est leur grand jour d'expiation.
«Mes fonctions de ministre de l'Eglise protestante française ont cessé ; j'y souscris sans peine. Le ministère dont j'étais revêtu jusqu'à ce jour ne réveille en moi aucun souvenir douloureux ^»
En comparant ces lignes à d'autres déclarations analogues publiées par Monet, on doit reconnaître qu'elles sont plus dignes et moins déclamatoires que la plupart de ces dernières, bien qu'elles se ressentent du style et des émotions de l'époque. On ne peut s'empêcher toutefois de regretter qu'Engel ait consenti à faire cette réponse aux sommations de la municipalité provisoire^ au lieu de s'envelopper dans le silence ou d'y opposer un refus'. L'Eglise française aurait dû avoir, à ce moment suprême, un représentant plus digne dans sa conduite et plus
1. Les prêtres abjurant l'imposture, p. 27. Il ne faut pas se scandaliser outre mesure du rationalisme prononcé de cette déclaration. C'était l'esprit général de l'époque, et l'on peut lire dans la biographie de Blessig, par Fritz^ une lettre tout à fait intime du vénérable ministre au président Millier^ où il ne s'exprime guère en d'autres termes. Fritz, I, p. 224.
2. Nous apprenons par une brochure de son homonyme, Philippe- Jacques Engel, pasteur à Saint Thomas, que la raison déterminante de cette faiblesse chez beaucoup d'entre les minisires de Strasbourg, fut l'assurance formelle qu'en cas de refus, ils seraient déportés à la Guyane franpaise, t*la guillotine sècheu de Cayenne. nBeytrag zur Geschichte der neuesten Religions-Révolution in Slrassburg, in Bezichung auf die protestantischen Religionslehrer. Im funften Monat des dritten Jahres der einen und untheilbaren Frankenrepublik. Zu finden bey Lorenz und Schuleru, 42», p. 44.
ferme dans sa foi. Ainsi le prédécesseur.de Mathias Engel^ Isaac Hafifner, refusa, pour sa part, d'aban* donner son ministère el fut incarcéré, comme «aristocrate» , au Séminaire, dès le 3 frimaire (33 novembre 1793). Il s'y rencontra avec son ancien diacre, Jean-Michel Lobstein, que les dénonciations d'adversaires venaient d'amener en prison, comme «jésuite découvert» , malade et brisé par la souffrance ^ Quelques jours plus tard, un troisième ministre de l'ancienne paroisse française venait les rejoindre. Blessig, réfugié à Dorlisheim, y fut arrêté le 12 frimaire (2 décembre) par ordre du procureur*syndic Stamm, qui dirigea le lendemain cet «homme dangereux» sur les prisons de Strasbourg. Les ecclésiastiques qui avaient obéi, partiellement du moins, aux demandes des Jacobins, en renonçant publiquement à leurs fonctions, ne furent point inquiétés pour le moment. Millier avait conservé parmi les meneurs des relations qui le protégeaient dans une certaine mesure', il faisait d'ailleurs son possible pour prouver son «zélé dévouement à la République une et indivisible en lui offrant tous les services dont elle pouvait le trouver encore capable» '. Mais la recrudescence de persécutions qu'amena la chute des dantonistes au printemps de 1794, réunit bientôt tous les personnages dont nous avons suivi jusqu'ici l'histoire^ dans une captivité commune. Par un
I. Voir le récit dramatique de son arrestation dans le livre déjà cité de son petit-fils^ /. F. Lobstein, p. 14. Voir aufsi Recueil» H» p. 195.