Garnierus Calvino, 29 oct. 4551 {0pp., XIV
tiques. Bucer une fois parti pour l'Angleterre, cette tendance confessionnelle ne tarda pas à devenir dominante au sein du corps pastoral de Strasbourg. Aussi quand Tami de Bucer, le vieux Hédion, mourut en 1552, la présidence de TÂssemblée générale des pasteurs, du Convent ecclésiastique ^ fut donnée au plus distingué sans doute, mais au plus intraitable aussi des champions de l'orthodoxie. Avec Tavènement de Jean Marbach à ces importantes fonctions, commence une époque nouvelle dans Thistoire ecclésiastique de notre ville ; le récit en peut remplir de joie le cœur d'un luthérien de vieille roche, mais il est navrant pour tous ceux qui croient que l'étiolement et Téclipse passagère du christianisme sont les résultats les plus certains du triomphe de la lettre sur Fesprit.
Ce n'est pas sans un sentiment pénible que nous entrons dans les détails de cette lutte incessante, tantôt cachée et tantôt éclatant à ciel ouvert, qui devait aboutir à la ruine de la paroisse réformée de Strasbourg. Elle est humiliante à bien des égards pour ceux qui triomphèrent alors ; elle n'est pas toujours édifiante non plus quand nous regardons du côté des vaincus. Le spectacle de ces querelles théologiques et confessionnelles n'a rien qui nous attire et nous les suivrons uniquement pour remplir notre devoir d'historien consciencieux et fidèle, peut- être aussi dans l'espoir que ces dissensions affligeantes inspireront à nos lecteurs, quelles que soient leurs tendances, un plus vif amour de la paix et de la concorde chrétienne.
Il nous faut dire un mot d'abord de l'homme qui, dans cette lutte^ va jouer jusqu'au bout le rôle le
plus marquant et dont Tinfluence a contribué, plus que toute autre, à détruire dans nos murs rédifice élevé jadis par Calvin. Jean Marbach était né le 24 avril 1521, à Lindau, en Souabe. Il n'avait que quinze ans lorsqu'il vint commencer ses études à Strasbourg, et ne songeait certes pas alors quMI deviendrait un jour le chef de FEglisede cette ville. En 1539 nous le rencontrons à Wittemberg, puis comme diacre à Jéna. Luther lui-même lui décerne en 1543 le chapeau de docteur en théologie, à la suite d'une soutenance brillante, et bientôt après une petite ville libre de rAllemagne du sud, Isny, offre au nouveau docteur des fonctions pastorales. Mais deux ans plus tard, Marbach, trouvant que ses ouailles penchent trop du côté de Zwingle, se démet de ses fonctions et se rend à Strasbourg, où Ton fait bon accueil à ses talents. Le Magistrat lui confie la chaire de Saint-Nicolas et de ce moment Tinfluence de Téloquent et impérieux théologien ne fait que grandir à Strasbourg. Pasteur titulaire à vingtquatre ans, nous le voyons dans sa trente-deuxième année professeur en théologie et président du Convent ecclésiastique.
Marbach était un homme sincère et profondément persuadé de la nécessité des mesures qu'il allait poursuivre sans relâche ; nous avons hâte de le dire. Rien n'est plus loin de notre pensée que de vouloir noircir systématiquement les représentants de tendances contrairesaux nôtres et quoi qu'en aient pu dire certains critiques, nous ne croyons avoir mis jamais aucune animosité personnelle dans la peinture des événements et des hommes de ce temps. Quant à Marbach, en particulier, nous
avons pu nous rendre compte suffisamment de son caractère, en parcourant son Journal^ pour ne pas le juger avec une certaine sympathie, plutôt qu*avec des sentiments défavorables. Dans ces pages intimes, où le bouillant champion du luthéranisme à Strasbourg inscrit tout, jusqu'à ses indispositions et ses médecines, on le voit bon père et bon époux, parent consciencieux, collègue serviable en mainte occasion. On le voit aussi pointilleux sur des questions de préséance, âpre à la discussion, peu charitable dans ses jugements sur ses collègues, et si Ton peut excuser ses travers, en songeant aux faiblesses de la nature humaine, on n'est plus tenté du moins d'en faire ce petit saint que vénèrent en lui les disciples plus ou moins conséquents de son fougueux luthéranisme ^
Nous ajouterons — et rien ne peint mieux le changement qui s'opérait dans les esprits à Strasbourg — que certains collègues de Marbach trouvaient ce dernier trop modéré dans ses doctrines '•
Des ministres dévorés d'un tel zèle pour la maison de Dieu et jaloux du maintien de leur infaillibilité personnelle au point de ne pas tolérer les moindres dissidences dans les rangs de leur propre Eglise, devaient naturellement détester les adhérents d'une doctrine de plus en plus hérétique à leurs yeux. Garnierallait en faire la triste expérience.
i. Nous tenons à remercier ici M. le professeur Schmidt, archiviste du Chapitre de Saint-Thomas, d'avoir bien voulu mettre ce précieux autographe, malheureusement incomplet, à notre disposition.
2. Il s'en plaint lui-même dans son Journal, nommément de Louis Rabus et de Béat Gerung.
Quand il se présenta devant ses anciens collègues pour reprendre la place qu'il occupait autrefois au Couvent ecclésiastique, on le traita comme un inconnu, ou plutôt comme un suspect. Il fut interrogé devant le Couvent réuni et sommé de déclarer s'il acceptait la Confession de foi» rédigée par Mélanchthon, qui venait d'être envoyée par les princes luthériens d'Allemagne au Concile de Trente, et tout particulièrement sa doctrine sur l'Eucharistie. On lui réclama en même temps un exemplaire de sa propre confession de foi, publiée naguère, et enfin on lui enjoignit de se représenter dans la huitaine pour entendre l'opinion de ses collègues'. Ceci se passait en janvier 1552. Garnier ne se faisait aucune illusion sur l'issue d'une lutte engagée à Strasbourg entre les adhérents de Calvin et ceux de Luther*. Il ne craignit point pourtant de prendre un ton ferme en face de ses adversaires, et lors de sa prochaine prédication il déclara bien haut qu'il tenait à ses anciennes croyances et qu'il regardait le Consensus Tigurinus, la formule de foi réformée, récemment arrêtée à Zurich, comme renfermant la parole divine'. C'est peut-être ce qui le sauva. Quand il se présenta devant le Convent, au jour indiqué, on le renvoya à une autre séance, et, les circonstances politiques aidant» il semble avoir repris ses fonctions sans être inquiété pour le moment. L'année 1 552 ne se termina même point sans que