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cipalité, en indiquant l'espèce de science ou d'art que chacun d'eux se propose d'enseigner.
« Ils seront tenus dans cet objet de rapporter leur certificat de civisme visé par les administrations supérieures et approuvé par le comité de surveillance.
« La liste de ceux qui se présenteront pour être instituteurs ou institutrices sera lue publiquement le jour de la décade prochaine, publiée et affichée dans les cantons de la commune.
« Après cette publication, les pères, mères, tuteurs, tutrices et curateurs seront tenus de se présenter au greffe de la municipalité pour y déclarer : 1« Les noms et prénoms des enfants ou pupilles âgés de plus de 6 ans, qu'ils sont tenus d'envoyer aux école ; 2" Les noms et prénoms des instituteurs ou institutrices dont ils feront choix » (54).
Afin d'activer autant que possible la réorganisation des écoles, la Société populaire consacra plusieurs séances (22-25 ventôse an II; 12-15 mars 1794) à examiner ce qu'il conviendrait de faire pour exécuter les décrets concernant l'instruction publique. Nous lisons ce qui suit dans les procès verbaux : « Un membre monte à la tribune et après avoir montré le désordre auquel- sont livrés et exposés les enfants privés au moment actuel des maisons d'instruction, après avoir fait sentir l'importance de hâter l'exécution des lois et de prévenir les habitudes vicieuses des enfants qu'il .voit courir en grand nombre, il dénonce la municipalité pour sa négligence à surveiller cette jeunesse » (55).
D'autres membres prirent la défense de la municipalité qui s'occupait très sérieusement de tout ce qui était de sa compétence dans cette délicate question et plusieurs séances furent employées à rechercher les meilleurs moyens pour assurer le bon choix des maîtres et la fréquentation des écoles.
Les arguments, les plus importants présentés sur ce sujet furent résumés par Dulaut fils, dans un Bapport présenté à la Société montagnarde et régénérée de la commune de Pau, au nom du comité d'instruction publique. L'auteur profita de sa situation d'agent national au district pour renouveler dans le Compte rendu présenté, le 26 octobre 1794, par le Directoire au conseil général, les observations
(54) Arch. de Pau, D. 7, fo30.
(55) Arch. de Pau, P. 3, f» 159.
qu'il avait soumises à la Société montagnarde. Nous ne saurions mieux faire que d'emprunter les passages suivants à ce dernier document.
(( Les écoles primaires sont un des principaux bienfaits delà
Révolution Mais le décret relatif à l'instruction publique, rendu
après quatre années d'une révolution étonnante, qui n'a pas entièrement fait disparaître les faux préjugés, ce décret, disonsnous, a éprouvé et éprouvera longtemps de grands obstacles dans son objet moral et régénérateur. Les écoles primaires n'ont pu se former partout où elles étaient nécessaires et où la loi voulait qu'elles fussent établies. Celles qui existent dans le district de Pau sont bien loin de la perfection qu'exige uu établissement aussi précieux.
« Les instituteurs et les institutrices sont en général peu propres à l'enseignement. La plupart sont profondément ignorants. Ci devant régents des communes, benoils et rnarguilliers tout ensemble, les instituteurs sont imbus de petits préjugés qu'ils ont sucé avec le lait et que leurs anciennes fonctions ont entretenus dans leurs pauvres esprits. Les institutrices actuelles, vouées aussi h l'ancien enseignement, sont en général des ci-devant dévotes, dont les plus belles actions, les œuvres les plus méritantes aux yeux des prêtres qui leur procuraient leurs places, étaient de se confesser très souvent et de mener leurs élèves aux cérémonies religieuses. Les connaissances de ces femmes se bornaient, sous l'ancien gouvernement, à savoir lire couramment dans un catéchisme et à le savoir par cœur.
« Est-il possible que ces instituteurs que la nécessité, la rareté des sujets, ont appelés aux écoles primaires, remplissent le grand objet du gouvernement? Est-il possible qu'il sorte de leurs écoles de jeunes cœurs préparés aux grands principes d'égalité, de liberté, de raison, de vertu et de républicanisme ? Quand bien même ces instituteurs seraient patriotes, comme leur certificat de civisme le porte, peuvent-ils bien comprendre ce que c'est que le patriotisme et se pénétrer de l'importance de leurs fonctions sous ce rapport ? »
Pour effacer l'impression que ces plaintes ou ces craintes pou-, valent laisser dans l'esprit de ses auditeurs et de ses lecteurs, et montrer, qu'en tout cas, des mesures sérieuses avaient été prises,
qu'un résultat utile avait été déjà obtenu, Dulaut se hâtait d'ajouter:
« Cependant les écoles primaires qui existent dans le district de Pau valent beaucoup mieux que celles qui ont disparu. Les élèves y jouissent du droit de l'égalité ; cette jouissance influe singulièrement sur la trempe de leurs âmes. Ils apprennent à lire dans des livres révolutionnaires, la Déclaration des droits exerce leur faible mémoire, les grandes maximes de morale se gravent insensiblement dans leurs jeunes esprits et, sans le secours du savoir ni des principes des instituteurs, ces jeunes enfants puisent dans ces écoles des germes de vertus républicaines. Ces écoles, sous un autre rapport, sont un grand bienfait pour le pauvre. Son enfant en jouit déjà. Il reçoit une éducation et elle lui est donnée aux frais de la nation.
» L'établissement des écoles primaires a excité le zèle et les sollicitudes de l'administration. L'envoi du décret, qui les établit dans toutes les communes de la République, a été accompagné d'une instructicm où les instituteurs, les pères et mères, les fonctionnaires publics, le peuple, ont trouvé ce que la Convention exigeait respectivement d'eux, la règle de leurs devoirs et le grand but du nouvel enseignement.
» Les instituteurs et les institutrices ont subi les examens les plus sévères, sous le rapport de leurs principes et de leurs connaissances. Les sociétés populaires, ayant pris cet objet en considération, ont secondé les efforts de l'administration par des discusions utiles sur l'éducation nationale ; de sorte qu'on peut dire que les écoles primaires établies dans le district, malgré leur imperfection, présentent de précieux avantages au peuple.
» Ces avantages seraient plus grands, sans doute, si des hommes voués à l'ancien enseignement et qui se\ sont trouvé patriotes à l'époque de la révolution, républicains à la chute du tyran, et constamment bons citoyens depuis la conquête de la liberté, si ces hommes, disons-nous, étaient appelés à leur ancienne profession et qu'ils quittassent des postes qui les enlèvent, sans qu'ils puissent être remplacés, à l'éducation nationale. La perte de ces citoyens, employés à d'autres fonctions, est un malheur qui peut facilement finir. L'administration n'a cessé de le dire, de le répéter à la Convention et à son comité de salut public.
» Mais ces hommes rentrant dans les écoles nationales ne suffiraient point à leur parfait rétablissement . Il faut que des républicains instruits se pénètrent enfin de ce grand moyen de régénération pour les siècles à venir. Accoutumés à faire tous les sacrifices, il faut qu'ils mettent le comble à leur dévouement au maintien de la révolution. Il faut qu'ils acceptent des places si honorables dans les écoles primaires et que la postérité dise un jour d'eux : ils servirent la patrie en se faisant instituteurs. Ils ne versèrent pas leur sang pour elle, mais ils enseignèrent ses enfants à le verser, plutôt que de la voir malheureuse, plutôt que de la perdre.
« Tous les citoyens se doivent à la patrie, toutes leurs connaissances lui appartiennent, elles sont des propriétés nationales.... Les citoyens propres à l'instruction publique, quelque part qu'ils se trouvent dans la République, s'ils restent sourds et indifférents à la voix de la patrie, qui les appelle pour l'éducation de ses enfants, doivent être désignés au gouvernement et celui-ci a le droit de les requérir, pour qu'il satisfassent au vœu de la nation et pour qu'ils lui payent leur dette civique » (56) .
Dulaut terminait cette partie de son compte-rendu en exprimant l'espoir de voir adopté par le comité de salut public le projet de réquisition qu'il venait d'exposer. Mais, à peu de jours de là, la Convention discutait le décret du 27 brumaire, (17 novembre 1794) qui fixait le traitement des instituteurs et des institutrices à un taux dont la loi de 1875 seule s'est rapprochée à près d'un siècle de distance. L'assurance d'une rémunération avantageuse semblait de nature à attirer des maîtres capables et à rendre de meilleurs services que n'en aurait pu produire la réquisition la plus intelligemment exercée.
Pour assurer la prompte exécution de la loi, le comité d'instruction publique décida, le 28 brumaire, qu'il lui serait rendu compte dans le délai d'un mois, des mesures prises pour effectuer l'organisation des écoles primaires dans toute l'étendue de la République. Comme sanction à cette enquête, il devait être fait un rapport général à la Convention, pour « signaler à la reconnaissance nationale les administrations et les jurys d'instruction qui
(56) Compte-rendu par le Directoire du district de Pau et l'agent national au conseil général de la même administration, le 26 octobre 1794.
auront pressé avec une sollicitude paternelle l'établissement des écoles primaires dans leur arrondissement et pour dénoncer à l'opinion publique les administrations qui auront apporté des lenteurs coupables à l'exécution de cette bienfaisante loi » (57).
La commission executive de l'instruction publique adressait, à la même époque, à tous les directoires de district une longue circulaire pour leur tracer les règles qui devaient les guider dans l'élection des jurys d'instruction et celles que ces derniers devaient suivre pour le choix des maîtres.
« La mission dont vous êtes chargés est si grande qu'elle doit étendre les vues de votre esprit; elle est si sacrée qu'elle doit porter de nouvelles vertus dans vos âmes. En élisant les membres du jury d'instruction, vous songerez à l'homme qui, par ses lumières, est le plus capable de juger celles des autres, à l'homme qui, par la pureté de ses mœurs et de son patriotisme, est le plus digne de régir une administration dont l'objet est de donner de nouvelles mœurs et de nouvelles idées à tous les enfants d'une république naissante,...
« Vos élections placeront donc auprès des écoles primaires et auprès de vous des jurys d'instruction composés des citoyens les plus recommandés par ces connaissances acquises qui ajoutent au bon sens, par cette probité qui garantit la réalité du patriotisme, par cette sagesse qui doit toujours diriger le plus grand essor des âmes républicaines,
«Un jury d'instruction ne doit pas être moins saint et moins auguste qu'un jury de jugement ; l'un est destiné à réprimer les crimes par les punitions, l'autre à faire naître les vertus par les lumières.
« Puisque vos choix tomberont sur des hommes instruits et des hommes de bien, les jurys d'instruction, à leur tour, se pénétreront aisément du scrupule qui doit diriger leurs éleclions.
« Ils sentiront qu'un instituteur et une institutrice des écoles primaires sont un père et une mère plus éclairés que la République veut donner à cent et à deux cents à la fois ; ils sentiront que les écoles primaires qui, dans le système général de l'instruction, ne forment que le premier degré, forment aussi cependant
(57) Arch. B, Pyr, série L.
le degré le plus universel et que c'est là que sera élevé essentiellement la nation....
« Les jurys d'instruction ne se contenteront pas de faire un choix parmi ceux qui s'offriront d'eux mêmes pour l'enseignement des écoles ; ils iront au devant du mérite timide qui se cache et du talent ambitieux, à qui une école ne paraîtrait pas un assez grand théâtre ; ils vaincront les scrupules de l'un et les fausses
déhcatesses de l'autre et si, pour inciter les citoyens d'une
République h une si grande œuvre, il fallait de grands exemples et de grands noms, on leur rappellerait que Socrate tenait des écoles primaires dans les rues et dans les places d'Athènes..» (58).
Si on avait pu réaliser ce programme, l'instruction aurait sans doute produit les bienfaits que la circulaire ne manquait pas de signaler en terminant comme devant être la récompense des efforts faits pour la répandre. Mais, pour arriver à un semblable résultat, il eût fallu que la culture intellectuelle eût pénétré fort avant dans la masse de la nation. Nous n'en étions pas là et les patriotes instruits ou simplement éclairés d'alors avaient un autre rôle à jouer sur une scène plus vaste et plus haute que la classe d'une modeste école primaire. Aussi voyons-nous sans étonnement la Commission executive de l'instruction publique reconnaître implicitement les illusions auxquelles elle s'était laissée entraîner. Nous hsons en effet dans une circulaire de janvier 1795, relative au nombre et au placement des écoles que la disette d'hommes en état de remplir les fonctions d'instituteur avait beaucoup entravé la complète exécution du décret de la Convention.
Cependant, on se mettait en mesure d'obéir à la loi, et le Directoire du district d'Oloron procéda, le 17 germinal an II (6 avril 1795) à la répartition des écoles dans sa circonscription. D'après le tableau dressé alors, le seul que nous ayons retrouvé pour le département, on comptait 39 chefs-heux d'arrondissement scolaire, 58 postes d'instituteurs et 58 d'institutrices. Nous ne saurions dire combien de ces postes furent remplis par le jury d'instruction qui siégea à Oloron le 22 floréal et jours suivants.
La disette de sujets capables dut probablemeat augmenter encore par le fait du changement apporté à la législation de l'enseignement primaire. En effet, moins d'un an après le vote de la
(58) Arch. Basses-Pyrénées, série L. 18 novembre 1794.
loi du 27 brumaire, la Convention, qui avait fait entrer dans la Constitution de l'an II un chapitre traitant spécialement de l'instruction publique, adoptait le 3 brumaire an IV (24 octobre 1795), les lois organiques qui devaient la réglementer.
Les dispositions nouvelles différaient sur bien des points de celles qui les avaient précédées. L'instruction primaire cessait d'être obligatoire et de se donner aux frais de la nation. L'instituteur ne recevait plus de traitement fixe et n'avait pour émoluments, en dehors du logement fourni par l'état ou de l'indemnité en représentant la valeur, que la rétribution payée par ses élèves dont le quart pouvait lui être imposé à titre gratuit. L'incertitude d'une rémunération suffisante, succédant aux avantages assurés par les lois précédentes n'était pas de nature à encourager les vocations. Les administrations témoignaient cependant de tout leur bon vouloir en faveur de l'enseignement. Jean Réveil, qui devint maire de Pau, le 20 octobre 1795, et auquel la ville doit tant sous tous les rapports, présidait, le 10 germinal an IV (30 mars 1796), la fête de la jeunesse dont les registres de la municipalité nous ont conservé la relation suivante (59).
« Le 17 germinal l'anjIV* de la République, l'administration municipale constate que le 10 germinal courant, toutes les autorités constituées civiles et militaires, la force armée sédentaire et soldée, ayant été invitées à se réunir dans la maison commune, pour célébrer la fête de la jeunesse, conformément au vœu de la loi et de l'arrêté du directoire exécutif du 19 ventôse, la fête eut lieu de la manière suivante :
« Une nombreuse musique, la gendarmerie, les jeunes gens de 12 à 13 ans armés de petites piques, rangés sur deux lignes, renfermant au milieu d'eux les jeunes élèves qui avaient le mieux fait dans les écoles publiques et mérité les prix d'encouragement déterminés par l'administration municipale, ouvraient la marche. Venait ensuite le corps respectable des vétérans nationaux. Après eux la garde sédentaire parmi laquelle étaient répandus les jeunes gens de 16 à 17 ans nouvellement organisés. Les autorités constituées, les citoyens de tout âge et de tout sexe, les militaires que d'honorables blessures retiennent dans leurs foyers, étaient au centre. Les braves volontaires du 3* bataillon
(59) Arch. de Pau, D, 9, f° 227.
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de la lii* demi-brigade fermaient la marche. Dans cet ordre on s'est rendu à l'autel de la patrie, en ch;mlant des hymnes patriotiques durant les intervalles de la musique. Arrivés à cet endroit chéri qui rappelle au patriote les diverses époques qui l'ont conduit à la liberté, deux magistrats de l'administration municipale prononcèrent des discours analogues à la fête, dans lesquels ils rappelèrent les grands principes de l'éducation vraiment républicaine. Après quoi, on fit l'appel des jeunes élèves auxquels on distribua les prix analogues à leur âge et à leur travail et que l'immense peuple qui assistait h la fête, ainsi que les autorités constituées couvrirent d'embrassades et d'applaudissements. L'un de ces jeunes élèves prononça un discours analogue à leur éducation. Pendant les intervalles, la musique jouait des airs patriotiques ; les cris mille fois répétés de Vive la république, les chants républicains faisaient retentir l'air au loin; la gaieté vive qu'inspirait une fête aussi superbe par son institution qu'elle est utile à la jeunesse arrachait des larmes de tendresse et de joie à ces pères de famille, à ces vieillards respectables qui contemplaient avec atiendrissement leur espérance et celle de la patrie, et tout inspirait ce rapprochement de l'amitié et de la fraternité sincère. A une heure, le cortège revint dans le même ordre à la maison commune où l'on se sépara. On se rassembla à trois heures et de jeunes enfants du plus bas âge conduits par les administrateurs municipaux, distribuèrent du pain à tous les vieillards indigents qu'on put rassembler, afin dp pénétrer ces jeunes cœurs de toute la sensibihté qu'on doit à l'infortune et du respect qu'exige la vieillesse. Des danses champêtres succédèrent à la bienfaisance. A cinq heures on se rendit h la salle du spectacle où des jeunes gens de treize à quatorze ans représentèrent la mort de César et répondirent parfaitemoint dans la représentation de cette pièce vraiment républicaine à l'attente d'une nombreuse assemblée, en y déployant tous les talents qu'on pouvait attendrede leur jeunesse; et tous les citoyens la satisfaction dans leurs cœurs, en applaudissant à la fête, se retirèrent tranquilles : De tout quoi le présent procès-verbal a été dressé. »
J. Réveil, président, Larrieu, J. Vignancour, Néron.
Vers la même époque (13 mai) l'administration municipale de Pau décida que trois instituteurs et trois institutrices suffiraient
pour l'arrondissement scolaire de la commune ; elle soumit en même temps à l'approbation de l'administration centrale les choix qu'elle avait faits pour remplir ces divers postes. L'ancien couvent de Ste-Ursule était affecté aux instituteurs pour y établir leur logement et y tenir les classes; la maison Noguès, devenue bien national, était attribuée aux institutrices. Le 6 prairial (25 mai 1796), une nouvelle délibération fixait le taux de la rétribution scolaire à 21 livres par an pour les garçons et à 16 livres pour les filles (60).
Mais cette concentration des écoles n'obtint pas l'assentiment de l'administration centrale ; il fut décidé , le 18 thermidor (5 août 1796) que les trois sections de la ville auraient chacune une école de chaque sexe, et comme on ne disposait pas, dans chaque section, de bâtiments nationaux à affecter à cette destination, on alloua une somme de 400 livres par instituteur et de 300 livres par institutrice pour leur tenir lieu du logement et du jardin accordé par la loi (61).
Tandis que les villes organisaient ainsi peu à peu le service de l'enseignement primaire, les campagnes éprouvaient plus de difficultés à se procurer des sujets capables d'exercer les fonctions pédagogiques. Au mois d'avril 1796, le commissaire du pouvoir exécutif près Tadministration municipale de Bayonnc se plaignait du petit nombre d'instituteurs qui s'étaient présentés devant le jury d'instruction du district. Sur onze candidats, neuf avaient été admis et il aurait fallu cinquante maîtres. Le commissaire ajoutait, il est vrai : « La nécessité de savoir les deux langues (le basque et le français) est une des principales causes de la difficulté de trouver des instituteurs. Et comme l'ignorance de la langue française est aussi la principale cause des malheureux préjugés de cette contrée, ce que nous avons le plus instamment recommandé aux instituteurs, c'est d'employer tous les moyens pour y [introduire l'usage de la langue française » (62).
Cette pénurie de sujets se faisait également sentir dans le district de Pau, Pour stimuler les vocations, le Directoire de cette circonscription terminait par les paroles suivantes la proclama-
(60) Arch. de Pau, D. 9, f» 239,
(61) Arch, de Pau, D. 9, f» 253.
(62) ArcL. B. Pyr. série L.
tion qu'il adressait aux instituteurs et institutrices pour les engager à se préscntei^ le 5 messidor, devant le jury d'instruction :
« Citoyens, Citoyennes, vous tous ii qui la nature a donné des talents, portez à la patrie le tribut de vos lumières. Faut-il h vos âmes d'autre aiguillon que la pensée du bien auquel vous allez concourir. Les enfants de quelques favoris de la fortune ne seront pas les seuls qui iront s'instruire à l'école de la Pvépublique, c'est la nation tout entière à qui vous consacrerez vos travaux.... S'il est beau de servir l'humanité, combien il est doux, après avoir recueilli l'estime de ses concitoyens, de pouvoir espérer encore de se survivre à soi-même dans la reconnaissance de ses disciples. Instituteurs, institutrices, telle est la récompense qui vous est réservée, il n'en est pas de plus précieuse pour une âme républicaine » (63).
Cet appel produisit-il le résultat que le Directoire du district en attendait? Nous ne saurions le dire. Nous voyons seulement, le 29 octobre 1796, l'administration centrale du département nommer huit instituteurs sur les 27 qui devaient exercer dans le canton de Pau. Le prix de la rétribution scolaire était alors fixé à 10 francs pour les élèves qui apprendraient à écrire, à 12 francs pour ceux qui apprendraient à calculer.
Quelques mois après, en prairial an v, l'administration centrale du département rendait compte de sa gestion depuis le mois de brumaire an iv. Nous croyons devoir citer intégralement le passage de ce rapport qui a trait aux écoles primaires. Nous y verrons le résumé des mesures prises et des résultats obtenus.
« Le vœu général appelait depuis longtemps l'organisation de l'Instruction publique. Cette partie essentielle des institutions sociales s'est ressentie plus que les autres des orages révolutionnaires, et une lacune de six années a privé une génération presque entière des connaissances indispensables dans un état hbre.
«La loi du 3 brumaire an iv vint mettre un terme à cette espèce de désordre politique. L'administration centrale s'est occupée sans relâche de son exécution et si, malgré ses solUcitudes, elle n'a pu parvenir encore à compléter l'organisation de l'instruction publique, le moment n'est pas loin où les administrés pourront recueillir le fruit de ce salutaire établissement.
(63) Arch. B. Pyr. série L.
a L'administration centrale a nommé six jurys d'instruction pour l'examen des instituteurs dans les six arrondissements des anciens districts ; elle a tracé aux administrations municipales la marche qu'elles avaient à suivre pour parvenir à une prompte organisation ; mais soit négligence de la part d'un très-grand nombre d'entre elles, soit rareté des sujets propres à remplir les places d'instituteurs, ces écoles ne se sont formées que lentement dans la plupart des cantons; il en est même plusieurs où il n'a été rien fait encore.
* L'administration centrale n'a cessé de rappeler cet objet aux administrations municipales en retard et c'est avec regret qu'elle se voit forcée de consigner dans ce compte que ses efforts ont été jusqu'à ce moment inutiles.
« Les écoles primaires se divisent en deux sections : écoles pour les garçons, écoles pour les filles.
« Il paraît impossible dans ce moment de placer dans tous les arrondissements des écoles pour les filles ; le grand nombre de petites communes, la rareté des sujets propres à remplir les places d'institutrices, y mettent obstacle ; et ce n'est que du perfectionnement de l'instruction qu'on doit attendre les moyens de la compléter....
« La disposition de la loi qui met à la charge des parents la rétribution des instituteurs primaires ne paraît pas bien conforme à l'intérêt des petites communes : la plupart des pères de famille y sont pauvres et hors d'état de fournir à ces frais, aussi l'institution est-elle manquée pour beaucoup de citoyens.
« Il conviendrait peut-être mieux de payer les instituteurs par des sols additionnels ; tous les enfants profiteraient de l'instruction.
« Ces considérations sont assez importantes pour que l'administration centrale en fasse l'objet d'une réclamation au corps législatif.
a Les arrondissements des écoles primaires sont formés dans 48 cantons.
f II en reste 10 dans lesquels ils ne sont pas encore formés. Ce sont les cantons d'Accous, Arzacq, Bielle, Bidache, Espelette, Lagor, Monein (commune), Navarrenx, Saint-Pée et Salies (commune).
« Les arrondissements formés s'élèvent au nombre de 426.
Sur ces 426 arrondissements, il n'a été encore nommé que 487 instituteurs ou institutrices. Il est urgent que les administrations municipales en retard fournissent les éclaircissements demandés pour compléter cette organisation. Si l'énergie et l'enthousiasme sont nécessaires pour conquérir la liberté, l'instruction est le seul moyen de la rendre éternelle ».
Comme le montre ce rapport officiel, il restait encore beaucoup à faire, plus même qu'il n'avait été fait, puisqu'on ne comptait que 187 instituteurs ou institutrices nommés, tandis qu'il y avait 426 circonscriptions scolaires à pourvoir. C'était là une situation regrettable, que le département des Basses-Pyrénées n'était probablement pas seul à subir. Il serait intéressant de retrouver le Compte détaillé et l'état précis que François de Neufchateau, alors ministre de l'intérieur, demandait, en septembre 1797, à toutes les administrations de département pour se renseigner sur le nombre et la situation des établissements d'instruction publique. Les réponses faites à la partie du questionnaire relative aux écoles primaires nous donneraient les renseignements les plus exacts sur leur situation dans les Basses -Pyrénées (64). Tout ce que nous pouvons dire c'est que les progrès avaient été peu sensibles