‹ Notes pour servir à l'histoire de la guerre de 1870Chapitre 13 sur 21 · L'EMPRUNT DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

L'EMPRUNT DE LA GUERRE

amoindrie et bien diminuée, dans un décret qui a paru au Journal officiel du 6 août 1870. Il m"a semblé évident que M. Garnier avait parlé de mon projeta unhaut employé du ministère des finances, qui avait cru bon de se l'approprier.

Je suis allé deux fois au ministère dans l'espoir d'y rencontrer le secrétaire général, M. Haudry de Janvry ; je voulais lui signaler les lacunes et les erreurs que j'avais remarquées dans le décret; je n'avais pu rencontrer cet honorable fonctionnaire. Mais j'avais vu dans le salon d'attente M. Tsaac Pereire, qui avait trouvé mes observations très justes.

Gomme j'étais loin de me douter de ce qui se passait à ce moment à l'armée du Rhin, je m'étais décidé à écrire à M. Emile Ollivier :

Paris, le 6 août 1870.

Mon cher Ollivier,

J'ai laissé tomber par terre une combinaison tendant à imprimer un grand élan à l'émission de bons spéciaux du Trésor et notamment l'idée d'attribuer aux porteurs de bons un droit de priorité dans le cas où un emprunt en rentes 3 p. 100 serait ultérieurement ouvert. Combinaison et idée ont été ramassées par une personne ayant plus de savoirfaire que moi et portées à Segris qui en a fait son profit.

Vous savez quelle abnégation j'apporte dans ces sortes de choses. Je me réjouis de ce que quelqu'un ait trouvé mon idée juste, et surtout de ce que le ministre des finances lui ait fait l'honneur de l'adopter; mais, dans une combinaison financière, toutes les parties se tiennent; on a légèrement dénaturé ma conception; permettez-moi de la rétablir dans

son intégrité, afin que, si l'opération n'avait pas tout le succès qu'on en attend, on ne puisse pas m'en rendre responsable.

Voiii quelle était ma combinaison :

d® Diviser l'émission des bons du Trésor pour 1870 en deux parties : 150 millions attribués aux bons du Trésor à trois mois, six mois et un an, et 350 millions attribués aux bons spéciaux 5 p. 100.

2° Donner à l'émission des bons 5 p. 100 le caractère solennel d'une souscription patriotique et nationale et y intéresser tous les grands établissements de crédit.

3° Accorder aux porteurs des bons du Trésor de toute échéance la faculté d'échanger leurs titres contre des boiis op. 100.

4<' N'accepter des souscriptions qu'en sommes rondes, et, quelle que soit la somme souscrite, permettre aux souscripteurs ou de prendre un titre unique ou de diviser leurs titres en coupons de 100 francs pour les souscriplions de 1 000 francs et au-dessous, de 500 francs pour les souscriptions de 1 000 à 5 000 francs et de 1 000 francs pour les souscriptions de 5 000 francs et au-dessus.

0° Exiger au moment de la souscription le paiement intégral des bons du Trésor souscrits, et accorder aux porteurs la faculté de les transmettre par voie d'endossement,

6° Attribuer aux souscripteurs de ces bons et aux derniers porteurs, un droit de priorité dans le cas où un emprunt en rente 3 p. 100 serait ultérieurement ouvert.

En comparant cette combinaison avec celle cjui a été adoptée, vous apercevrez facilement la différence.

Il est évident pour moi qu'une de ces influences bureaucratiques, rjue vous avez si justement comparées à des toiles d'araignées, a empêché qu'on n'arrivât d'emblée pour les bons spéciaux à une opération sérieuse et raisonnable. On a agi d'abord avec une maladresse inexplicable, confondant dans une même émission les bons ordinaires du Trésor avec les bons spéciaux. On s'est ravisé ensuite, mais il

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