‹ Notes pour servir à l'histoire de la guerre de 1870Chapitre 3 sur 21 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

députés qui ne veulent pas qu'on touche à leurs électeurs! Si la majorité s'oppose à la réforme de l'armée, il en résultera une énorme diminution de notre influence à l'extérieur. Pour que ces sortes de choses réussissent, il faut l'unanimité des représentants du pays; pour peu qu'ils manifestent de la résistance et de l'opposition, c'est une affaire ratée. »

Ce fut en effet une affaire ratée ; car la résistance fut àpeu près unanime. Une chose triste à dire, c'est que cette opposition rencontrait un appui parmi les ministres eux-mêmes. Le ministre d'État, M. Rouher, et le président du Conseil d'État, M. Yuitry, s'étaient arrangés pour que le projet primitif, rédigé par l'empereur, fût rogné, modifié, et rendu, autant que possible, impraticable : « Il ne faut pas contrarier l'empereur, disaient-ils ;donnons-lui satisfaction, mais en apparence seulement, et dans une certaine mesure. »

On se rappelle l'accueil qui fut fait à la loi sur la réorganisation de l'armée dans le sein du Corps législatif. La commission qui fut nommée était tout entière composée de membres qui étaient disposés à introduire dans le projet des

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modifications profondes. L'élaboration Wii longue et pénible ; elle dura près d'un an et remplit deux sessions. Le projet, tel qu'il était sorti du travail du Conseil d'Etat, avait disparu sous une couche épaisse de remaniements qui l'avaient complètement défiguré; il était énervé et réduit à rien.

La répugnance delà majorité subsistait néanmoins. J'ai été témoin d'une scène que je dois consigner ici, parce qu'elle met dans tout sonjourle véritable esprit de la Chambre.

C'était à la fin du mois de décembre 1867. Depuis plusieurs jours, la discussion publique du projet de loi était commencée. Avant l'ouverture de la séance, un groupe s'était formé sous le cadran qui est dans le couloir, à la gauche du président. M. Rouher était au milieu de ce groupe, adossé à la cloison de marbre. Je m'approchai, et j'entendis qu'on pressait le ministre d'État de provoquer le retrait de la loi. C'étaient MM. Lacroix Saint-Pierre et Calley Saint-Paul qui se montraient les plus animés. « Plus nous allons, disaient ces messieurs, plus la loi devient impopulaire. On a beau répé-

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