‹ Notes pour servir à l'histoire de la guerre de 1870Chapitre 4 sur 21 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

ter sur tous les tons qu'elle est une atténuation delà loi de 1832, les populations refusent de se rendre à l'évidence. Toutes les explications et tous les commentaires s'effacent et disparaissent devant ces mots mis en circulation par l'opposition : <( Il n'y a plus de bons numéros! »

M. Routier répliquait : « 11 se peut que vous ayez raison. Peut-être même la loi méritet-elle toutes les critiques qu'on dirige contre elle. Mais il est trop tard pour reculer. La loi sur la réorganisation de l'armée a fait trop de tapage à l'extérieur depuis un an pour que le gouvernement puisse la retirer. S'il prenait cette détermination, on croirait à l'étranger que le gouvernement impérial n'a plus la confiance du pays. Cette conviction amènerait la Prusse et l'Italie à se coaliser pour nous attaquer et pour achever, aux dépens de la France, l'œuvre que ces deux puissances ont accomplie en 1866. Nous aurions ainsi amené chez nous tout à la fois l'invasion et la révolution. »

La séance s'ouvrit; le groupe se dispersa; les députés regagnèrent leurs places, attristés, mais non convaincus.

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Au vote sur l'eûsemble de la loi, il n'y eut pourtant que soixante voix. Mais il y avait une dizaine d'abstentions; en outre, un certain nombre de membres, pour ne pas avoir à se prononcer, s'étaient fait porter absents par congé. Parmi les soixante opposants, se trouvaient des membres de la majorité, entre autres MM. Drouot, le marquis de La Grande, le comte d'Arjuzon, etc.

J'ai voté avec les soixante. Quelque bon vouloir que j'y misse, il me paraissait impossible de voter cette loi. Pendant dix ans, à la Presse, j'avais prêché le désarmement; en 1863, dans ma profession de foi, je m'étais élevé contre les grosses armées et les forts effectifs. Voter la loi, c'eût été, à mon sens, mentir à toute ma vie politique. Une seule considération eût pu me décider à le faire, c'est que la loi eût été présentée comme une mesure de salut national, et comme n'ayant, par conséquent, qu'une durée de circonstance. Or, toujours le gouvernement avait déclaré que c'était une loi ayant un caractère permanent et ne devant produire son effet que dans quatre ou cinq ans. En outre,

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il affirmait constamment que la France n'était nullement jalouse des succès de la Prusse et des agrandissements de l'Italie, et qu'il ne songeait point à se départir d'une politique de paix. Du moment qu'aucun casus hellï n'était posé, je n'avais pas trouvé qu'il y eût des motifs suffisants pour adopter la loi, et je l'avais repoussée.

J'ai eu tort. Quand il s'agit de la défense du pays, c'est trahir son devoir que de se laisser guider par des considérations purement philosophiques et transcendantales. L'honneur domine tous les principes. C'était un fait indéniable que la victoire de Sadowa avait grandi la Prusse et diminué la France. En marchandant au gouvernement impérial les forces militaires qu'il réclamait, le Corps législatif a préparé nos défaites de 1870, et ce sera pour moi un éternel regret que d'avoir émis, dans des conditions aussi graves, un vote d'opposition.

Le maréchal iSiel chercha à tirer le meilleur parti possible de cette loi boiteuse. Mais, outre qu'il était bien difficile de remédier à ses dé-

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tauts, l'esprit qui Favait dictée persistait dans la majorité; elle ne voulait pas qu'on dérangeât ses électeurs, et pour être plus sûre qu'on les laisserait tranquilles, elle refusait ou elle amoindrissait les crédits qui lui étaient demandés pour organiser la garde mobile ou pour constituer les moyens de faciliter le passage du pied de paix au pied de guerre. Yoilà comment il se fait qu'en 1870 la mobilisation se tit sans plan, sans système arrêté d'avance, et comment il arriva qu'après trois semaines d'efforts inouïs, on ne put opposer à Tarmée allemande que 23o 000 hommes répandus le long du Rhin sur une ligne de plus de quarante lieues.

Ce qui m'a le plus frappé, dans l'étude que j'ai faite de la guerre de 1870, c'est la faiblesse* de notre diplomatie. Je me garderai bien de porter sur M. le duc de Gramont le jugement brutal qu'on a attribué à M. de Bismarck. M. de Gramont était un homme d'esprit, de beaucoup trop d'esprit peut-être. Son long séjour à Vienne l'avait mis au courant de tout le mouvement qui s'était produit en Allemagne à la suite de la guerre de 1866. On

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doit lui reprocher d'avoir épousé un peu trop les rancunes de M. de Beust, le chancelier de TAutriche-Hongrie, contre le chancelier de la Confédération du Nord. Le sentiment qui semble l'avoir guidé lorsque se produisit l'incident HohenzoUern fut d'infliger à M. de Bismarck un échec personnel humiliant. Toute l'action diplomatique, engagée dès le 3 juillet 1870, a eu pour objectif ce but unique.

M. de Gramont paraît avoir ignoré d'abord ce qui s'était passé à propos de la candidature du prince Léopold de HohenzoUern au cours de l'année 1869. S'il avait consulté les arcliives des affaires étrangères, il y aurait trouvé les dépêches que M. le comte Benedetti, notre ambassadeur h Berhn, écrivait en mars et en mai 1869, la première fois qu'il avait été question de cette candidature. Sans prendre d'engagement pour l'avenir, M. de Bismarck avait paru disposé à faire droit aux observations de la France. Le ministre des affaires étrangères de Prusse, M. de Thile, avait été plus loin; il avait déclaré à plusieurs reprises et sur l'honneur qu'il ne saurait être et qu'il n'avait pas été

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question de la candidature du prince de Hohenzollern pour la couronne d'Espagne. La première chose à faire en juillet 1870, c'était de rappeler à M. de Bismarck le langage qu'il avait tenu en 1869, et quant à M. de Thile, lorsqu'il refusait le débat sous prétexte que la candidature Hohenzollern était une question de famille et ne regardaitpasla Prusse, il était facile, en lui remettant sous les yeux ses déclarations de l'année précédente, de le forcer à parler et à discuter.

Si M. le duc de Gramont avait pris pour point de départ de ses réclamations les pourparlers de 1869, évidemment le cabinet prussien n'eût pas pu se dérober; sa mauvaise foi eût éclaté dans tout son jour; les négociations eussent suivi un cours logique et régulier, et l'on eût trouvé forcément à Berlin l'interlocuteur que M. de Gramont se plaignait de n'y pas rencontrer. En cette circonstance, il a été bien mal servi par son directeur politique.

C'est le refus du cabinet de Berlin d'entrer en conférence sur la candidature Hohenzollern qui a déterminé l'envoi à Ems de M. le comte Benedetti.

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Puisque le cabinet de Berlin prétendait que cette candidature était avant tout et surtout une affaire de famille, il avait semblé naturel de s'adresser au roi Frédéric-Guillaume, qui était le chef de la famille des Hohenzollern. Lui seul pouvait en effet dénouer les difficultés, puisqu'il avait le pouvoir de défendre et d'empêcher.

Mais du moment qu'on faisait intervenir le roi de Prusse, était-il bien politique de charger M. Benedetti d'une mission où il remplirait l'office, non de représentant de son souverain, mais de porte-paroles du cabinet du 2 janvier?

Il y a ici une nuance sur laquelle il faut insister. M. Benedetti, parlant au nom de l'empereur et correspondant directement avec lui, aurait eu certainement sur son royal interlocuteur plus d'autorité que l'ambassadeur français exposant et développant les prétentions de M. le ministre des affaires étrangères. Il n'eût pas été exposé à froisser les susceptibilités du souverain prussien, et celui-ci n'eût jamais osé faire à l'envoyé immédiat de Napoléon III l'affront de refuser de reprendre avec lui un entretien sur le point le plus important de la négociation.

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Mais M. le duc de Gramont était, je le répète, hanté par cette idée d'humilier M. de Bismarck et de remporter sur lui un triomphe éclatant. Il était convaincu qu'il amènerait le roi de Prusse, non seulement à désavouer le chancelier, mais à consentir à des garanties pour l'avenir. Dans ce but, il envoyait à Ems des instructions qui se terminaient par des menaces terribles. M. Benedetti avait beau adoucir son langage ; à travers les formes pleines d'urbanité et de politesse dont il enveloppait les réclamations qu'il recevait l'ordre de présenter, le roi de Prusse entrevoyait la réalité. Bien loin d'avoir l'air de se douter à qui on en voulait, il prenait à son compte toutes les blessures d'amour-propre qu'on cherchait à infliger à M. de Bismarck. Il y eut un moment où il perdit complètement patience, et alors notre ambassadeur éconduit ne sut plus de quel côté il devait se tourner.

Bien, encore une fois, de plus contraire aux usages diplomatiques que la marche qui avait été suivie.

On ne trouve pas à qui parler à Berlin : on

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