‹ Notes pour servir à l'histoire de la guerre de 1870Chapitre 5 sur 21 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

fait à la tribune du Corps législatif cette déclaration du 6 juillet, gasconnade diplomatique qui ressemble h une déclaration de guerre.

On envoie M. Benedetti à Ems, et en même temps on supplie les puissances neutres d'intervenir auprès du cabinet de Berlin pour obtenir le retrait de la candidature Hobenzollern*

Les cabinets agissent, écrivent des notes, emploient tous leurs efforts pour écarter ce prétexte de guerre. Pendant ce temps, on expédie à M. Benedetti dépêches sur dépêches pour arracher au roi de Prusse un désaveu, qu'il refuse de donner parce qu'il le considère comme une humiliation personnelle.

La candidature Hobenzollern est enfin retirée. Ce résultat est dû, toutes les pièces en font foi, d'une part à Faction des cabinets, d'autre part aux démarches secrètes du roi Frédéric- Guillaume. On soulève des prétentions nouvelles; on demande des garanties. Cette fois le roi de Prusse se fâche; il réplique par un refus formel, et quand notre ambassadeur demande à reprendre l'entretien , il le renvoie à ses ministres.

INTRODUCTION. xv

On a considéré le renvoi anx ministres prussiens comme une lîn de non-recevoir, presque comme un raffinement d'insulte. Il n'y avait cependant là-dedans rien que de très naturel. Du moment qu'on parlait d'engagements à prendre, le roi de Prusse ne pouvait qu'en référer à son gouvernement. C'était faire entendre à notre ambassadeur que le temps des conversations particulières et purement officieuses était passé, et qu'il fallait désormais suivre la voie diplomatique.

Mais M. de Bismarck, jugeant que le moment psychologique était arrivé , s'arrangea pour qu'on ne pût pas rentrer dans les termes d'une négociation régulière. Avant même que M. Benedetti eût quitté Ems, il envoyait son fameux télégramme qui amena la déclaration de guerre.

Quoi. qu'il en soit, M. de Bismarck a pu dire, non sans raison, que le mémorandum remis par M. Le Sourd, notre chargé d'affaires à Berlin, le 18 juillet 1870, et étabhssant l'état de guerre entre la France et la Prusse, était la première pièce diplomatique qu'il eût jamais reçue depuis la proclamation de la candidature

XVI IXTIKJDUCTIOX.

du prince de Hohenzollern. Pour la chancellerie prussienne, les conférences d'Ems n'existaient pas.

M. de Bismarck connaissait bien le roi; il connaissait encore mieux M. de Gramont. Dès les premières communications faites à Frédéric- Guillaume, il avait deviné que notre ministre des affaires étrangères poursuivait avant tout un succès d'amour-propre et qu'il voulait lui causer une mortification. Mais il savait aussi que les prétentions de M. de Gramont seraient plus ardentes au fur et à mesure qu'on lui ferait des concessions, et qu'un moment se présenterait où il impatienterait le roi. Quand il vit qu'on en était arrivé là, il saisit l'occasion au vol, et il retourna contre M. de Gramont l'arme dont celui-ci avait voulu le frapper.

Ce sont les maladresses de M. de Gramont qui ont rendu la guerre inévitable. Certes M. de Bismarck avait poussé à la lutte autant qu'il avait pu. Il savait, par les pourparlers de 1869, combien la candidature d'un Hohenzollern portait ombrage à la France. Ce n'est pas sans motif qu'il la remit sur le tapis en juillet 1870.

INTRODUCTION. xvn

Quand elle fut retirée, il ne lui fut pas difficile, grâce à l'exubérance diplomatique de M. de Gramont, de trouver un autre prétexte pour amener la guerre entre les deux pays.

On ne trouvera pas dans ces notes un récit suivi. Je les ai recueillies au hasard des confidences, des observations que j'ai pu faire, et des documents qui ont passé sous mes yeux. Je souhaite qu'elles soient utiles à ceux qui écriront l'histoire de ces temps malheureux.

ALFRED DARIMON.

DE

Quand j'ai lu les Mémoires de M. de Beust, j'ai été frappé du soin avec lequel cet homme d'État essaie de nier ou d'amoindrir les projets d'alliance qui, de 1867 à 1870, furent formés pour engager la France et l'empire austro-hongrois dans une action commune et effective. M. de Beust nie tout. même la mission que le général Lebrun, le défenseur de Bazeilles. eut à remplir au commencement du mois de juin 1870. c'est-à-dire six semaines avant la déclaration de guerre, ou du moins il la réduit aux dimensions « de simples pourparlers restés à l'état d'ébauche, ayant pour but, non les

préparatifs d'une guerre, mais le maintien de la paix ».

L'attitude que M. de Beust a fait prendre à l'Autriche, à ce moment critique de son histoire, a été le point faible de sa carrière politique. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce qu'il ait cherché à diminuer l'importance des pourparlers qui eurent lieu entre la France et l'Autriche pour amener une alliance offensive et défensive. Mais cette rage posthume de dénégations systématiques se comprend d'autant moins que, dès 1871, le chancelier de Fempire austro-hongrois, s'étant trouvé à Salzbourg avec M. de Bismarck, lui avait fait sa confession tout entière, et que le terrible chancelier de fer lui avait fait donner une absolution complète par son organe officiel, la Gazette de l'Aileinarpie du Nord.

Je ne me suis rencontré qu'une seule fois avec M. de Beust. C'était en 1 880, à Passy, dans le petit hôtel de M. Emile Ollivier. Il arriva inopinément, pendant que j'étais en visite chez mon ancien collègue. Je crois bien qu'Ollivier avait espéré obtenir des éclaircissements sur l'étrange attitude que l'Autriche avait prise en 1870, après nos premières défaites. Il dut lui être bientôt démontré qu'il ne tirerait rien de son interlocuteur. M. de Beust ne se tenait pas seulement sur la réserve, il se dérobait; quand Emile OUivier cherchait à mettre la

conversation sur le terrain de la politique, Texchancelier causait littérature, et comme il racontait bien, on le laissait aller sans l'interrompre, sauf à chercher à ramener l'entretien vers son objectif principal. Pendant plus dune heure, ce fut pour moi un spectacle intéressant que la lutte de ces deux hommes, dont l'un voulait parler et dont l'autre voulait se taire. M. de Beust consentit cependant à donner quelques explications insignifiantes sur la dénonciation du concordat entre Rome et l'Autriche, acte qu'il avait provoqué et qu'il semblait considérer comme le plus important qu'il eût accompli pendant sa carrière.

Cetait là, dira-t-on, de la discrétion diplomatique. Je ne le crois pas. L'impression qui m'est restée de cette entrevue, c'est que M. de Beust se renfermait dans le silence, parce qu'il aurait trouvé de grandes difficultés à expliquer certaines démarches qui n'étaient point marquées au coin d'une franchise complète.

La vérité qu'il ne voulait pas dire, et qu'il dissimulait, même dans ses Mémoires, c'est que, dès le lendemain de ses défaites de 1866, l'Autriche s'est tournée du côté de la France, et qu'elle n'a cessé de rechercher son appui. Depuis 1867, les pourparlers pour une entente en vue d'événements qui semblaient inévitables, ont existé pour ainsi dire à l'état permanent. C'est aujourd'hui

un fait reconnu dans toutes les chancelleries de l'Europe. Quand M. de Beust n'en a pas été le promoteur, il y a pris une large part. On ne comprend pas à quels scrupules il a obéi, quand il a cherché à épaissir les ténèbres là où l'opinion réclamait un peu plus de lumière.

Une entrevue eutlieu en août 1867, à Salzbourg, entre l'empereur Napoléon III et Tempereur François-Joseph. On a essayé de faire considérer cette entrevue comme une visite de pure courtoisie; elle était en réalité provoquée en vue de la réalisation d'un plan politique. M. de Beust semblait avoir compris le danger que l'alliance prusso-russe faisait en ce moment courir à l'équilibre de l'Europe, et il avait travaillé à un accord qu'il considérait comme commandé par l'intérêt des deux nations. Ses idées avaient été adoptées, et il parlait ouvertement de l'alhance avec la France comme d'un fait accompli, quand il rencontra un adversaire inattendu, M. Andrassy, que, dans sonétourderie, il avait eu le tort de ne pas mettre dans la confidence des négociations.

On prétend que M. Andrassy aurait adressé à Napoléon III ces paroles textuelles :

«M. de Beust s'est beaucoup trop avancé; il est de mon devoir de vous déclarer que nous ne reconnaîtrons aucun traité contre la Prusse, et

que, en eussiez-vous un en poche, il ne vaudrait rien, parce qu'un traité ne compte qu'autant qu'il peut être exécuté, et je vous garantis que jamais la Hongrie ne permettra que IWutriche fasse ia guerre à F Allemagne. «

Cette déclaration mit à néant l'alliance projetée. On se borna à l'échange d'un procès-verbal non signé de conversations insignifiantes, rédigé par M. de Beust lui-même, écrit, disait le prince Napoléon, qui a connu tous ces détails, dans un français douteux, où il était surtout question d'une entente et d'une conduite communes en Orient.

Mais, en 1868. les négociations prirent un caractère sérieux; elles se prolongèrent jusqu'au mois de juin 1869. C'était l'Italie qui, cette fois, en avait pris l'initiative, et, au grand étonnement du gouvernement français, dès le début, l'Autriche montra un grand empressement à y prendre part.

L'histoire des pourparlers qui eurent lieu à cette époque a été racontée par le prince Napoléon dans un article publié le 1" avril 1878 dans la Revue des Deux Mondes, et les récits du prince ont été en partie confirmés par M. le duc de Gramont, dans le numéro du J o avril 1878 de la Revue de France.

Je vis le prince Napoléon quelques jours après cette double publication; il me raconta que son travail était rédigé depuis longtemps, et que, dans

un de ses voyages en Italie, il avait cru devoir le soumettre à son beau-père, le roi Victor-Emmanuel. Au fur et à mesure que le prince avançait dans sa lecture, le roi disait à mi-voix : « C'est cela! c'est bien cela ! » Arrivé au passage concernant les pourparlers avec l'Autriche, le prince s'était arrêté comme pour provoquer une observation : « Continue donc, lui dit Yictor-Emmanuel, c'est bien ainsi que les choses se sont passées. »

L'esprit de parti s'est emparé des révélations du cousin de Napoléon III pour en tirer des conclusions défavorables à la politique extérieure du second Empire. Il appartenait à M. de Beust, qui a été mêlé à toutes les démarches, de redresser l'opinion qu'on avait égarée. Pourquoi s'est-il tu? Pourquoi s'est-il renfermé dans des réticences d'outre-tombe?

Pour qui connaît le caractère ondoyant de l'ancien chancelier de l'empire austro-hongrois, le silence du comte s'explique de lui-même. Si les négociations de 1868-69 n'ont pas abouti à un traité rédigé en bonne et due forme, la faute en est à M. de Beust qui encourageait Tltalie à maintenir une prétention que la France ne pouvait admettre.

C'est ici qu'éclate l'humeur brouillonne de cet homme qui se croyait un esprit supérieur, et qui n'a jamais conçu que des combinaisons mesquines.

Après un grand nombre de notes et de lettres échangées, après des consultations auxquelles avaient pris part M. Rouher et M. le marquis de La Valette, on était arrivée à l'idée de donner un corps aux négociations par la rédaction d'un projet de traité. Du cabinet des souverains où elles s'étaient jusque-là renfermées, elles devaient, pour cela, passer par les chancelleries des trois Etats. Dès que les ministres intervinrent, le gouvernement italien demanda formellement^ comme contre-partie de Faction effective qu'il promettait, le règlement de la question romaine. Qui semontra le plus ardent à soutenir les exigences de ritalie? Ce fut M. de Beust, qui se déclarait très hostile au pouvoir temporel du pape!

Cette prétention, soutenue avec passion jusqu'au dernier moment, rendit impossible la signature du traité qui stipulait en peu d"articles une triple alliance défensive destinée à se transformer en alliance offensive. Les démarches furent suspendues ; mais les souverains se montrèrent plus sages que les ministres, et pour que le fruit de si longs efforts ne fût pas perdu, il y eut un échange de lettres personnelles entre l'empereur ?s^apoléon et l'empereur d'Autriche, entre l'empereur Napoléon et le roi d'Italie, entre le roi d'Italie et l'empereur d'Autriche. Ces lettres ont été communiquées à un grand nombre de personnages; je les ai eues moi-même

SOUS les yeux : elles témoignent de l'amitié et du honvouloirdes souverains. Elles avaientunegrande importance en ce sens qu'elles promettaient, le cas échéant, un appui réciproque sans le formuler formellement.

C'est donc aujourd'hui un fait hors de toute contradiction que les négociations de 1868-69 se seraient closes par la signature d'un traité entre les trois souverains, si M. de Beust n'avait pas mis une obstination incompréhensible à soutenir les prétentions de l'Italie sur Rome. Comme en 1869, il semblait avoir été heureux de trouver un prétexte pour reculer.

Nous arrivons à l'année 1870. On s'est trompé quand on a dit que Napoléon III n'avait songé à nouer des alliances qu'au lendemain de la déclaration de guerre. Comme on vient de le voir, il n'y avait pas à ce moment de traité formel, mais il y avait des pierres d'attente posées, et s'il y avait eu à la tête du gouvernement austro-hongrois un ministre moins cauteleux et plus résolu, le monument diplomatique se serait édifié en quelques jours.

Cette fois, chose à signaler, ce fut l'Autriche qui reprit les démarches suspendues depuis le mois de juin 1869. Les échanges de vues devinrent plus fréquents, lors d'une visite que l'archiduc Albert, le vainqueur de Custozza, fit à Paris au

mois de mars 1870. L'archiduc Albert vit tous nos arsenaux et tous nos établissements militaires.

Ce fut à la suite de cette visite du généralissime des armées autrichiennes, que l'envoi du général Lebrun à Vienne fut décidé. La mission qu'il avait à remplir était nettement tracée. Il s'agissait de concerter un plan de campagne dans lequel les armées de la France et de l'Autriche combattraient ensemble les forces de la Prusse, dans le cas où, dans un avenir plus ou moins éloigné, la Prusse viendrait à déclarer la guerre à la France, ou dans celui oii la France, provoquée par la Prusse, serait forcée de la déclarer elle-même.

Le général Lebrun, qui est mon compatriote, et avec qui j'entretiens depuis de longues années des relations fréquentes, m'avait souvent parlé de la mission qu'il avait remplie à Vienne en 1870. M. de Rothan, dans ses livres, M. de Chaudordy, dans sa curieuse déposition dans l'enquête sur le gouvernement du 4 septembre, y avaient fait allusion. Quand j'ai lu avec quel dédain M. deBeust, dans ses Mémoires^ parlait de cette mission, j'ai été frappé du contraste qui existait entre les récits du général Lebrunetlesassertionsduchancelieraustro-hongrois. J'ai vu le général Lebrun, et je lui ai demandé s'il ne jugeait pas utile d'éclairer l'opinion publique. Il n'a trouvé aucun inconvénient à m'édifier sur le caractère qu'avait eu sa mission. « Ce qui a été

arrêté à Vienne, a-t-il ajouté, c'est un plan de campagne sérieux, et M. de Beust a simplement trompé le public européen, quand il en a parlé comme de simples pourparlers n'ayant, en quelque sorte, qu'une valeur spéculative. »

Ce que je vais raconter est emprunté non seulement aux explications que le général Lebrun m'a données de vive voix, mais encore aux pièces officielles qu'il a fait passer sous mes yeux.

Si l'empereur avait fait choix du général Lebrun, c'est que celui-ci avait été employé par lui à arrêter le plan de la composition de Tarmée française. Le général Lebrun était au courant des idées de Napoléon IIL et il pouvait mieux que personne discuter avec les hommes compétents le détail du plan que l'empereur soumettait au gouvernement autrichien.

Le général Lebrun arriva à Vienne le 6 juin, et, le 7 au matin, il entra en rapports avec l'archiduc Albert, la plus haute personnalité militaire de l'empire, à qui il présenta le plan de l'empereur Napoléon IIL

Comme ces pourparlers militaires faisaient suite à ceux qui avaient eu lieu au point de vue diplomatique en 1868-69, il était tout naturel qu'on fît entrer l'Italie dans la combinaison. Elle tenait sa place dans le plan de campagne, le roi Victor-Emmanuel s'étant engagé à unir une partie de son

LA MISSION Dr GENERAL LEBRUN' A VIENNE. M

armée aux forces de la France et de TAutriche dans une guerre contre la Prusse.

Voici le résumé du plan de campagne proposé par Napoléon III :

« Réunion de 350 000 hommes sur la Saar pour faire une pointe sur Mayence, s'emparer do la rive ganche du Rhin, enfin passer ce fleuve entre Mayence et Gemersheim avec la majeure partie de notre armée, pour chercher à donner la main aux armées italienne et autrichienne en Bavière.

« Réunion d'une armée intermédiaire formée de l'armée italienne, de 100 000 Français et de 1 00 000 xlutrichiens venant de la Haute-Autriche. Ces trois contingents opéreraient leur jonction à Memmingen et se porteraient de là sur le Danube et le Mein. Tout le reste de l'armée autrichienne, rassemblé à Olmutz et en Bohème, était destiné à marcher avec la majeure partie de ses forces en Bavière à la rencontre des armées alliées. »

Une objection capitale fut faite à ce plan, c'est que l'Autriche et l'Italie ne se trouvaient pas placées dans les mêmes conditions que la France pour mobiliser et concentrer leurs armées. La France pouvait être prête en quinze jours, et les deux puissances alliées avaient besoin d'au moins six semaines pour être en état de prendre l'offensive.

i; NOTES SUR LA GUERRE DE 1870.

A ce plan on proposa de substituer celui-ci, que le général Lebrun passa deux jours à discuter avec l'archiduc Albert :

« L'armée française profitant de la rapidité de sa mobilisation ( 15 jours\ après avoir trompé l'ennemi sur le véritable point d'attaque, le repousserait delà Saar avec un tiers de ses forces, passerait avec les deux autres tiers le Hhin, le seizième jour après celui du rappel^ pour atteindre au plus vite Stuttgart et de Là Nuremberg, à peine six semaines après le rappel des hommes de la réserve.

« En cas de grandes forces derrière le moyen Neckar, ou aux environs de Nuremberg, elle s'effacerait à droite et passerait le Danube, dans le premier cas en amont, dans le second cas en aval d'Ulm, et marcherait sur Ratisbonne.

« L'armée autrichienne se concentrerait en Bobème, tout un corps d'armée au moins d'abord à Pilsen, un autre entre Olmutz et la Bohême, et y compléterait sa mobilisation qui ne pourrait être terminée avant six semaines à partir du rappel des hommes.

(( L'armée italienne se concentrant à Vérone et à Udine, y attendrait le moment où l'attitude de l'Autriche lui permettrait de traverser ses provinces en chemin de fer pour atteindre Ratisbonne au plus vite. Du moment que les avant-postes français se

seraient donné la main soit entre Pyn et Weiclen, soit entre Ratisbonne et Schwandorff, pour le cas où l'armée française aurait dû marcher sur Ratisbonne, les opérations réunies des deux grandes armées commenceraient dans la direction des plaines de la Saxe, les deux armées s'enlr'aidant pour se faciliter le passage de la Bavière et de la Bohème en Saxe.

« Si les Prussiens tombaient en Bohème avant que ces opérations réunies n'eussent commencé, l'armée autrichienne éviterait toute bataille décisive, chercherait à ne pas perdre le contact et la facilité de sa réunion avec la «rande armée française. »

Au cas où ce plan rencontrerait des objections ou des difficultés d'exécution, on en proposait un troisième.

D'après ce projet, Farmée autricbienne se réunirait en Bohème ou en Moravie pour commencer les opérations vers Berlin, six semaines avant le rappel des hommes. L'armée française tomberait trois semaines plus tôt dans le Palatinat, tandis qu'une armée secondaire descendrait la vallée de la Moselle. Arrivé avec l'armée principale à Mayence, on chercherait à passer le Rhin à Mannheim ; après y avoir été relevé par un corps de l'armée secondaire, on s'avancerait ainsi, à partir de la

septième semaine du rappel, dans l'Allemagne du midi pour y donner la main à l'armée italienne et pénétrer ainsi dans la Hesse Electorale ou dans la Thuringe et de là vers l'Elbe, en amont de Magdebourg. L'armée italienne, se concentrant d'abord sur rinn, aurait à combattre les Bavarois et à chercher à gagner Ratisbonne.

On avait fixé d'abord à 100 000 hommes le contingent à fournir par l'Italie; mais dans les plans arrêtés à Vienne on avait réduit ce contingent à 40 000 hommes. L'archiduc Albert avait estimé que l'Italie ne pouvait en donner davantage.

On avait calculé que les forces réunies de la France, de l'Autriche et de l'Italie s'élèveraient au chiffre de 1300 000 hommes, plus que suffisantes pour arrêter la Prusse et ses alliés.

Mais tous les plans concertés entre l'archiduc Albert et le général Lebrun étaient subordonnés à une double considération : la première, que la France réunirait d'abord une armée d'au moins 400 000 hommes sur la Saar; la seconde, qu'elle ferait tous ses efforts pour éviter une grande bataille jusqu'à ce que l'Autriche et l'Italie fussent en état de lui prêter leur concours.

Pendantlessix semaines dont elles avaient besoin pour concentrer leurs forces, l'Autriche et l'Italie conserveraient l'attitude de la neutralité, mais elles accentueraient leurs préparatifs de guerre, de façon

à attirer l'attention de la Prusse et à obliger les Prussiens à prendre vis-à-vis d'elles, avec une partie de ses forces, des mesures préventives qui suivraient les premières opérations des armées françaises.

De plus, au moment où la portion principale de l'armée française passerait le Rhin, l'empereur Napoléon III devait se proclamer publiquement le protecteur des Etats du Midi contre l'oppression de la Prusse. La proclamation devait avoir pour effet, l'empereur l'espérait du moins, de détacher ces Etats de leur union avec la Prusse, ou tout au moins de paralyser leur action en ralentissant la mobilisation de leurs armées.

Il y avait un autre motif qui avait dicté cette partie du programme. Dans une entres ue que le général Lebrun avait eue avec l'empereur François-Joseph, celui-ci lui avait dit :

« J'ai fait deux guerres et elles ont été toutes les deux malheureuses. Je ne pourrai entraîner mes peuples à une troisième guerre, qu'en leur présentant un grand but national à atteindre, la délivrance des Etats du Midi, par exemple. »

Ce n'était pas seulement dans leurs grandes lignes que les plans étaient arrêtés; on avait prévu les moindres détails ; toutes les éventualités avaient été calculées, et on les avait fait entrer en ligne de compte.

Le général Lebrun rentra à Paris le 21 juin, et dès le lendemain il remettait à l'empereur un mémoire très détaillé sur sa mission. Quand il lui donna lecture de la clause dans laquelle il était stipulé que l'Autriche, s'appuyant sur cette considération qu'elle avait besoin de quarante-deux jours pour mobiliser complètement son armée, demandait à conserver pendant ces quarante-deux jours l'attitude de la neutralité pour ne dénoncer qu'à l'expiration de ce laps de temps les hostilités contre la Prusse et réunir effectivement son armée à celle de la France, l'empereur se récria :

a Les dispositions sympathiques de l'Autriche m'avaient fait espérer mieux que cela. »

Le général Lebrun fit remarquer à l'empereur que les côtés défectueux de ces stipulations qui excitaient sa mauvaise humeur, lui paraissaient singulièrement atténués par deux clauses que, sur ses instances, on avait consenti à insérer dans le plan de campagne. Aux termes de ces clauses, il était entendu que l'armée autrichienne commencerait à mobiliser son armée le jour même de la mobilisation en France et en Prusse ; d'autre part, l'Autriche s'engageait à concentrer, dès le premier moment de la mobilisation de son armée, en se servant pour cela de ses forces de pied de paix, deux corps d'armée de 30 à 40 000 hommes, l'un

à Olmutz sur la frontière de la Silésie, l'autre à Pilna sur la frontière de la Saxe.

« Et. dit à l'empereur le général Lebrun, quand on verra à Berlin, ces deux corps autrichiens se réunir sur ces deux points, on ne prendra pas le change sur la prétendue neutralité de l'Autriche ; on s'empressera de se porter du côté de la Silésie et de la Saxe ; on y emploiera une portion considérable de l'armée prussienne. Au surplus, le plan de campagne arrêté à Vienne n'existe encore qu'à l'état de projet. Peut-être ne serait-il pas impossible que l'empereur obtînt par voie diplomatique qu'on modifiât dans un sens qui lui agréerait la disposition dont il se plaint. »

Quand le général Lebrun quitta l'empereur, il emporta la conviction que c'était là ce qu'il allait demander et que Napoléon III ne perdrait pas de temps pour faire consacrer le concert militaire par un traité offensif et défensif, qui lierait l'Autriche, la France et l'Italie les unes vis-à-vis des autres.

Malheureusement, à cette date du 21 juin, personne ne soupçonnait que la guerre fût si proche, et ce ne fut qu'au moment où elle allait être déclarée que les pourparlers furent repris et qu'on chercha à donner une forme définitive aux négociations de 1869 et de juin J870.

M. de Beust n'a point ignoré la mission du gêné-

rai Lebrun puisqu'il y fait allusion dans la fameuse dépêche du 11 juillet adressée au prince de Metternich. On ne comprendrait pas pourquoi il cherche à en diminuer l'importance dans ses Mé?7îotres, si l'on ne savait pas que le système politique de cet homme d'Etat consistait surtout dans la négation et dans l'atténuation des faits les plus évidents.

Mais comme il faut que la vérité soit connue en toutes choses, il est utile de dire que le ministère ne fut point avisé de la mission du général Lebrun. Tout se passa entre l'archiduc Albert et Napoléon IIL Le mémoire adressé à l'empereur par le général Lebrun, ne fut communiqué au ministre de la guerre que la veille de l'entrée en campagne. Ouant à M. Emile Ollivier, il n'apprit l'existence du mémoire et de la mission du général Lebrun que bien longtemps après la guerre, et de la bouche même du général Lebrun, qui lui donna lecture de la copie restée entre ses mains.

Ce mémoire a traversé des aventures bien singulières. Nommé sous-chef d'état-major de l'armée du Rhin, le général Lebrun l'avait emporté à Metz. Quand l'empereur se dessaisit du commandement en chef de l'armée en faveur du maréchal Bazaine, il crut que le nouveau généralissime pourrait, à un moment donné, faire un usage utile de cette pièce et il donna l'ordre au général Lebrun de la lui remettre. Le maréchal Bazaine prit-il la peine

de la lire et d'examiner quel parti il pourrait en tirer? Rien ne l'indique. Le fait est qu'après la capitulation de Metz, le rapport du général Lebrun ne se retrouva pas dans les papiers de l'état-major. Après bien des recherches, on apprit que le maréchal Bazaine avait fait cacher une partie de ses papiers au fond de la cave d'une maison de Metz, qu'on finit par découvrir. C'est là que le rapport du général Lebrun à Tempereur fut retrouvé. Il avait été placé dans un registre dont toutes les pages étaient entièrement blanches.

Ce rapport, depuis, a été remis au général de Yalazé, sous-secrétaire d'État au ministère de la guerre. Le général de Yalazé, après en avoir pris connaissance, déclara qu'il ne se séparerait jamais de ce document, devenu papier d'Etat, et qu'il ne le communiquerait même pas à M. Thiers,bien que celui-ci fût président de la République. Plus tard, e général de Yalazé, en quittant ses fonctions, a transmis la pièce au général de Cissey, son successeur. On ignore ce que celui-ci en a fait.

Mais le rapport n'est pas perdu. Outre la minute que possède le général Lebrun, il y en a une autre qui doit être entre les mains de M. le maréchal Le Bœuf.

Le 9 janvier 1873, le jour même où l'emperem^ Napoléon III expirait à Chislehurst, au cours d'une opération cruelle, V Union médicale publia l'article suivant, qu'il faut reproduire dans son entier, parce que les événements lui ont imprimé le caractère d'un document historique de la plus haute importance.

Le calcul vésical de l' ex-empereur Napoléon IIL

« L'opinion publique s'est assez vivement émue des nouvelles arrivées de Chislehurst et relatives à la maladie de l'ex-empereur Napoléon IIL D'après les récits publiés par la presse anglaise, reproduits et commentés par la presse française, des médecins de Londres, appelés auprès de l'ex-empereur, auraient reconnu l'existence d'un calcul vésical

dont la formation remontait à plusieurs années, et dont un habile chirurgien serait en ce moment en train de le délivrer par l'opération toute française de la lithotritie.

« De là des suppositions et des interprétations malveillantes sur la science et le talent des médecins français aux soins desquels était confiée la santé de l'empereur pendant les dernières années de son règne, et qui n'auraient pas reconnu la présence d'un calcul dans la vessie de leur client.

« Nous sommes en mesure d'opposer des faits et des documents précis aux impressions qui sont nées de publications mal renseignées.

« Ces faits et ces documents, les voici :

« Le P"" juillet 1870, l'empereur se trouvant très souffrant, une grande consultation eut lieu au Palais des Tuileries.

« Les médecins consultants étaient MM. Xélaton, Ricord, Fauvel, G. Sée, Corvisart.

« Par suite de la délibération qui eut lieu entre ces éminents confrères, M. G. Sée fut chargé de la rédaction de la consultation, que M. Conneau fut invité à faire signer par tous les consultants et à communiquer ensuite à l'impératrice.

«Voici le texte de celte consultation, qui fut remise le 3 juillet suivant à M. le docteur Conneau et sur les derniers paragraphes de laquelle nous appelons toute l'attention de nos lecteurs :

Di'iijnostic.

['^ HyperesLliésies cutanées ou musculaires d'origine anémique. Cesliyperesthésies se caractérisent par des douleurs superficielles de la peau des cuisses, douleurs qui s'exaspèrent au moindre toucher, diminuent au contraire par la pression et reviennent sous les influences les plus variées, particulièrement du froid.

Dans les muscles, près des articulations des pieds, on retrouve une grande sensibilité, soit spontanée, soit provoquée, des attaches musculaires, et cette sensibilité, sous forme d'élancements, reparait aussi parfois sous l'influence du froid. Ceci ne prouve pas leur nature rhumatismale; tout ce qui est provoqué par le froid n'est pas rhumatique. Le malade n'a jamais eu de rhumatismes articulaires, bien que ces douleurs datent déjà de vingt ans, c'est-à-dire d'une époque où il y a eu deux graves causes d'anémie. Ces hyperesthésies nervo-musculaires sont, en effet, presque toujours dues à l'anémie.

2° L'anémie dont il reste à peine des traces autres que ces douleurs, a été bien plus caractérisée autrefois; elle était due à une captivité de six ans, c'est-à-dire à une aération insuffisante et aux influences morales. Une cause physique est venue s'ajouteràces diverses causes d'anémie, c'est un flux hémorrhoïdal assez considérable, et surtout presque permanent pendant six ans.

Aujourd'hui l'anémie a presque disparu; il n'y a pas de souffle dans les vaisseaux ni dans le cœur; les battements de cœur et les bruits de l'organe sont faibles, mais parfaitement réguliers; il n'y a pas de traces de palpitations, et s'il y a eu des syncopes autrefois, cela prouve qu'il existait encore de l'anémie, mais pas de maladie de cœur, comme cela aurait eu lieu dans le rhumatisme.

3° Quelques phénomènes goutteux se sont montrés, çà et là, dans les jointures du pied, et récemment encore; mais

LA xMALADlE DE L'EMPEREUR. 23

:>cuis rliurnatism3,sans autre complication iiitéiieLire qivune lésion de la vessie. Il y a bien de temps en temps du ballonnement du ventre, quelquefois de la susceptibilité de l'estomac et des intestins, mais c'est là le fait habituel aux hémorrhoïdaires.

Nous concluons donc en disant que ces troubles digestifs, de même que les douleurs périphériques, sont dus aux hémorrhoïdes et à l'anémie consécutive; mais il reste à interpréter la lésion de la vessie.

4° Altération des voies urinaires. Depuis cinq ans, il y a eu quatre hématuries; à la suite de celle de 1867, les urines sont restées, pendant un an, muco-purulentes, puis elles se sont éclaircies, et depuis le mois d'août 1869, où il y a eu des accidents aigus et graves dans les organes urinaires, les urines ont constamment contenu une certaine quantité de pus, évalué au minimum à 1/40, et pendant la période aiguë à 14 ou à 1/3 de la totalité des urines.

Très souvent aussi, il y a eu de la dysurie, de la lenteur très marquée pour uriner le malin, d'autres fois des interruptions du jet du liquide, et par moment il y a eu des difficultés telles, qu'il a fallu recourir à la sonde ; c'est ce qui est arrivé à Vichy, il y a trois ans, et au mois d'août 1869. Il est à noter aussi que, depuis ce temps, l'équitation et les secousses de la voiture réveillent souvent des douleurs dans les reins ou dans le bas-ventre ou au fondement. Or une maladie caractérisée par ces trois phénomènes : 1° hématuries répétées; '^^ urines purulentes depuis près de trois ans, avec des alternations plus ou moins marquées; 3*^ dysurie fréquente, caractérisée par le spasme et par l'inertie de la vessie, ne peut être rapportée qu'à une pyt^looijdUe calriilcusc.

S'il n'y avait eu que les urines purulentes, on aurait pu songer à un simple catarrhe. Si on n'avait pas à tenir compte de ce qui s'est passé avant le mois d'août 1869, on pourrait penser à un abcès périvésical ouvert dans Turèthre.

Mais les hématuries intérieures, mais la persistance de la

purulence des urines depuis un an, le retour fréquent de la dysurie et l'augmentation des douleurs par les secousses, doivent faire penser à une cystite d'origine calculeuse, que ce calcul soit placé et enchatonné dans la vessie ou qu'il ait eu son siège primitif dans les reins.

Il y a eu d'ailleurs, de temps à autre, un excès d'acide urique et d'urates dans les urines.

C'est pourquoi nous considérons comme nécessaire le cathétérisme de la vessie à titre d'exploration, et nous pensons quele moment estopportun,parcelamême qu'il n'y aactuellement aucun phénomène aigu.

Si, en effet, la dysurie et la purulence, ou les douleurs, augmentaient ou reparaissaient, on aurait à craindre de provoquer par l'exploration une inflammation aiguë.

Professeur G. SÉE.

Paris, 3 juillet 1870.

(c Cette consultation, malgré Finvitation qui en avait été faite à M. le docteur Conneau, ne fut pas présentée à la signature des médecins consultants, et voilà pourquoi elle ne porte que la signature de M. le docteur Sée, quoique le diagnostic et les conseils qu'elle formule eussent été délibérés et arrêtés en commun.

« Bien plus, cette consultation ne fut pas communiquée àTimpératrice.

« Le document que nous publions n'est pas une pièce de circonstance etimprovisée pour les besoins d'une cause. Elle a été saisie dans les papiers de M. le docteur Conneau par les agents du gouvernement du 4 septembre, et publiée dans une des

livraisons du Recueil des papiers trouvés aux Tuileries et ailleurs '.

(( Le récit qui précède le document a été fait par M. le professeur G. Sée lui-même, en présence de M. le docteur Ricord qui nous eb a attesté la complète exactitude.

« Il résulte de ce fait et de ce document, tout à l'honneur de la science médicale française, que les médecins français, le 1" juillet 1870, c'est-à-dire il y a deux ans et demi, avaient aussi formellement que possible, et par les seuls signes rationnels, diagnostiqué l'existence d'un calcul vésical chez l'empereur, sollicité et conseillé l'exploration directe immédiate, et que ce n'est que trente mois après cette consultation que les prévisions et le diagnostic de nos compatriotes ont été vérifiés par les médecins anglais.

« Mais, par sa date du 3 juillet J870, ce document acquiert une importance historique considérable. N'est-il pas infiniment probable que si cette consultation eût été communiquée à l'impératrice, l'exploration eût eu lieu, l'existence d'un calcul eut été confirmée, l'impératrice eût demandé et obtenu le traitement immédiat^, et que la déclaration de guerre, faite trois jours après, eût été certainement différée et peut-être abandonnée?

1. L'auteur se trompe. La livraison dans laquelle se trouvait cette pièce n'a jamais paru. A. D.

(( Quelle immense responsabilité ont donc assumée ceux qui ont gardé secrète cette consultation, ne Tout pas communiquée à l'impératrice, ainsi que les médecins consultants l'avaient demandé, et, dans un état "maladif aussi grave, ont laissé l'empereur s'engager dans cette guerre funeste!...

« A quoi lient le sort des peuples et des empires? « A un grain de sable dans la vessie, » a déjà dit Bossuet\

" Docteur Amédée LA TOUR. *>

La publication de cet article, coïncidant avec la mort de l'empereur Napoléon III, produisit dans Topinion une sensation profonde. Il n'y eut personne qui ne s'associât aux réflexions mélancoliques de l'auteur ; il n'y eut qu'un cri à Paris et dans les moindres recoins de la province : « Si la maladie de l'empereur, disait-on de toutes parts, avait été connue des personnes intéressées à la connaître, la guerre n'eût point été déclarée et les malheurs de la patrie eussent été évités, n

On se mit donc à rechercher les causes qui avaient empêché que les résultats de la consultation fussent communiqués à l'impératrice et aux ministres. Mais par un sentiment qui s'explique très facilement, en raison de l'immense responsabilité qu'ils avaient assumée, les personnes qui avaient

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