‹ Notes rectificatives pour servir à l'histoire des microscopes. Adressées à Messieurs les membres de l'Académie royale des sciences de FranceChapitre 6 sur 12 · ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS · texte numérisé non relu

ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS

> Séance du 8 septembre.

Après avoir parlé des progrès faits en France dans la construction des Microscopes , il est juste de dire un mot des travaux du même genre entrepris dans les pays étrangers. Cette revue pourra être utile à ceux qui, ne désespérant point de rendre de nouveaux services à la science , se sont remis bravement à l’ouvrage. Ce sujet, d’ailleurs, offre de puissans attraits, depuis que le Microscope a cessé d’être un simple objet d’amusement et de curiosité , un moyen de soutenir d’extravagantes théories sur les causes les plus secrètes de la vie , et qu’il est devenu entre les mains des savans un instrument indispensable pour l’étude anatomique, physiologique et chimique des corps organisés.

Dans un opuscule publié à Pétersbourg , en

(43) M. Charles Chevalier avait-il besoin de Tau» torisation de M. Raspail, pour construire le Microscope de Cuff, dont on s’est plu à changer le nom , et qui se trouvait gravé dans l’ouvrage d’Ellis sur les corallines , 1756 ; enfin , est-il besoin de faire tant de bruit du plus ancien des Microscopes simples, d’ün Microscope si peu parfait que ceux qui ont dépensé 30 francs, sur les annonces pompeuses qu’on a faites, regrettent la faible somme qu’ils ont déboursée, par le peu de service que cet instrument leur rend.

(44) Si le génie de l'imitation doit avoir des encouragemens , MM. Bouquet , Trécourt et Georges les méritent pour avoir essaye les premiers d’exécuter des lentilles achromatiques semblables à celles que construisent, depuis long-tems, MM. Vincent et Charles Chevalier , ainsique MM. Raspail et Deleuil, pour avoir imité le Microscope de Cuff.

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1774, Euler donne la description d’un Microscope achromatique (45). Il veut que l’objectif soit ' composé d’un flint divergent entre deux crown convergens; quant à l’ocuiaire , il le forme de deux flints bi-convexes, qui devaient nécessairement détruire en grande partie l’achromatisme de l’objectif.

Il paraît que, dès avant 1816, Frauenhofer faisait construire des Microscopes àobjectifs achromatiques , dans une fabrique de Benedictburn , à douze lieues de Munich. Ces instrumens se vendaient 96 fr. ; ce prix ri annonce rien de bien extraordinaire (46) , et des personnes qui ont vu récemment des Microscopes de Frauenhofer, les ont trouvés très-inférieurs à ceux que l’on fabrique aujourd'hui en France.

Ces Microscopes ne paraissent point avoir formé de systèmes achromatiques complets , en y comprenant l’objectif et l’oculaire. Cette idée appartient à M. Selligue(47),et a été réalisée en 1824. L’année suivante, M. Y. Chevalier construisit le Microscope proposé par Euler ; mais l’essai ne fut pas heureux , et M. Chevalier revint au système deM. Sebigue, dont il perfectionnais lentilles en les amincissant comme le voulait Euler.

M. Amici , de Modène, était parvenu à construire un Microscope par réflexion , dans lequel entraient des miroirs elliptiques. Plus tard , il revint au Microscope par réfraction , qu’il achromatisa; mais il eut la malheureuse idée d’y introduire un prisme de verre , pour plier les rayons lumineux dans le sens horizontal. Celte nouveauté eut suffi pour perdre de réputation un ^physicien (48); elle fut néanmoins propagée en France par M. Y. Chevalier, et en Angleterre

(45) Euler a donné, en 1774, la description d’un Microscope à lentilles achromatiques , il en est donc le véritable inventeur.

(46) Avant 1816, on construisait à Munich des Microscope» achromatiques, qui se vendaient 96 fr., et ayant la forme de ceux soi-disant inventés par M. Trécourt; ne sachant quel défaut trouver à ces instrumens , on les accuse d’être trop peu chers; si le prix indique la qualité des Microscopes , alors ceux dits de M. Raspail sont bien peu de chose. Us se vendent 30 fr. seulement.

(47) Les Microscopes construits à Munich avaient leurs oculaires achromatisés , suivant Huygens et etCampani. Frauenhofer, l’un des plus célèbres opticiens qui ait paru dans le monde , savait bien à quoi s’en tenir là dessus ; il n’avait besoin ni des leçons de M. Selligue , ni de M. Trécourt, ni même de M.Saigey, seulement il ri était point parvenu à construire des lentilles à court foyer, et il ri avait pas eu l'idée de les superposer, craignant, sans doute, d’absorber trop de •lumière.

(48) M. Amici est un physicien, un astronome et un observateur distingué; les attaques de M. Saigey 11e feront rien à sa réputation, ce serait ici l’occasio n de reproduire ce qui a été déjà dit , sur les avantages du prisme qui, maintenant, est indispensable pour les observations de chimie microscopique, depuis la nouvelle disposition imaginée par M. Charles Chevalier..

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par M. Goring : ces deux opticiens atténuèrent ce défaut par de réels perfectionnemens dan3 la construction des verres (49).

Tout le monde sait queles premiers observateurs au Microscope ont parfois fait usage d’une goutelette d’eau ou d’un petit globule de verre fondu, en guise de lentille. Il y a neuf ans que M. Brewster eut recours aux yeux de certains petits poissons 5 il isola leur cristallin ,1e dessécha avec du papier joseph , et le posa sur une ouverture circulaire. Il fut frappé de la perfection avec laquelle s’y formaient les images, soit que de pareils, yeux servissent de simples loupes, soit qu’ils entrassent comme objectifs dans les Microscopes, composés.

Déjà, cet habile physicien avait trouvé unelumière indécomposable pour les observations microscopiques. Lalumière, d’un mélange d’alcool et d’eau, est jaune et ne se laisse point décomposer par le prisme. Une lampe monochromatique fut construite sur ce principe ; mais , comme sa lumière était faible , M. Talbot chercha à lui donner plus d’intensité. Il y réussit en plongeant une mèche de coton dans une eau de sel marin , puis la desséchant et l’alimentant par l’alcool : tous Ses sels de soude communiquent à la flamme alcoolique une couleur jaune homogène. On produit le même effet en couvrant la mèche de la lampe à alcool d’une certaine quantité de sel marin. Dans ce cas, l’achromatisme des lentilles est parfaitement inutile.

Le pouvoir amplifiant du diamant est à celui du verre comme 8 est à 3 , et le pouvoir dispersé du premier est d’un cinquième moindre que celui dusecond. Ce double avantage serait précieux dans la construction des Microscopes. En 1826, M. Pritchard, habile opticien de Londres, est parvenu à tuilier uneientille en diamant, bi-convc-xe, ayant une ouverture de 85 centièmes de millimètre, et un foyer d’un millimètre seulement. Voici son procédé: Pour reconnaître la pureté du diamant , on le taille en plaque , et quand une

(4y) M. le docteur Goring n’est point un opticien, mais un habile observateur qui s’est appliqué particulièrement au perfectionnement des Microscopes , et notamment du Microscope caHaclioptrique d'Amici, et jamais de celui dioptrique à prisme , dont il ne parle nulle part dans ses Mémoires , si ce n’est de ceux construits par MM, Chevalier , dont'il vante la perfection des lentilles.

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des faces a été travaillée en sphère au moyen d’un autre diamant, on l’achève dans la calôtte d’un mandrin en fonte qui fait soixante tours par seconde, et dont la cavité a été pour ainsi dire pavée de poudre de diamant, à l’aide d’un emporte-pièce convexe et en acier. Pour cette opération, la lentille de diamant est collée au bout d’une petite tige , avec un ciment de parties égales de résine et de pierre-ponce fondues ensemble. La lentille se polit ensuite dans une semblable cavité contenant delapoussière de diamant tamisée et lavée à l’huile. Cette lentille a , dit-on , parfaitement réussi, et fera époque dans l’histoire de la fabrication des Microscopes. Il est vrai que M. Jones en avait déjà taillé un quelque tems auparavant.

En 1828, un amateur de Microscopes, qui signe C. G. (5o) ( sans doute M. Goring), a fait (ailler des lentilles de saphir, pierre qui , après le diamant, possède le plus grand pouvoir réfringent, et dont le pouvoir dïspersif est d’un quart moindre que celui de l’eau.

De pareilles lentilles, si elles coûtaient moins à établir, donneraient encore plus de prix ou Microscope simple qui est ordinairement plus net et plus clair que le Microscope composé ^ achromatique ou non. Wollaston avait pour le Microscope simple une prédilection décidée , et voici la description qu’il donne , dans les Transactions philosophiques de 1829, d’un instrument de ce genre perfectionné p r lui. L’objectif est la réunion de deux lentilles piano-convexes, ayant des distances focales comme 1 esta 3, les faces planes tournées vers l’objet.

Cet instrument, et celui que M» C. Chevalier a récemment fait construire avec des lentilles piano-convexes , ne peuvent servir que pour les grossissemens d’un à deux cents fois; passé ce terme, la décomposition de la lumière rend l’observation pénible et illusoire (5i); et , tout bien considéré, une simple loupe est préférable Ces Microscopes composés sont choses ridicules , au-

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(50) M. Charles Goring est le même que ci-dessus , il s’est occupé avec M. Pritchard à construire des lentilles de saphir et de diamant; il a publié divers ouvrages avec ce dernier.

(51) Si M. le Rédacteur, avait lu avec attention les Mémoires de IV ollnslon , il n’aurait pas écrit ces lignes, car jusqu’à quatre cents fois et plus , les doublets ou les lentilles composées de deux piano-convexes, l’emportent de beaucoup en netteté et en clarté sur les verres bi-convexes : M. Pritchard fait' ses lentilles de saphir et de diamant piano-convexe, et il les ajuste comme Wollaston l’indique.

La théorie, la pratique, les savans, les observateurs, les opticiens reconnaissent la supé. iorité des doublets; il n’y a queM. Raspail et M, Saigey, qui soutiennent que les verres simples bi-convexes sont les meilleurs,,

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jourd’hui que l'on obtient de bons systèmes achromatiques au même prix, et qu une loupe montée coûte cinq fois moins (5a); ceci s’adresse aux membres infiniment honorables de la Société d én couragement.

La fabrication des Microscopes achromatiques, commencée par M. Selligue , perfectionnée par M. V. Chevalier , a été portée à son dernier terme par M. Trécourt (53). Nous l’avons vérifié et dit: Sous la vive lumière du soleil, et sans diaphragme qui écarte les rayons obliques, ses lentilles sont parfaitement achromatisées jusqu’à l'énorme gros sissement de 2a5o fois. Mais les franges colorées , dues au passage de la lumière sur le contour des objets , ne permettent pas et ne permettront jamais d’ employer d'aussi forts grossissemens. La diffraction est une propriété qu’on ne peut enlever à la lumière , et sera un obstacle invincible dans les observations par voie de transmission des rayons lumineux. Tout ce qu’on pouvait faire dans cette direction a été fait (54), et même on a été inutilement fort au delà. Les seules chances de perfectionnemens ultérieurs du Microscope sont dans la recherche des moyens propres à observer les objets par la lumière qu’ils ré fl chissent. On pourrait aussi agrandir le champ de la vision , et nous sommes persuadés qu’on y an it&rait par l’emploi des lentilles bi- cylindriques

croisées(55), déjà construites par M. Chamblant pour ies lunettes. Ces lentilles déforment moins les images, et décomposent moins la lumière que les lentilles sphériques. L’observation est ici d’accord avec la théorie pour le démontrer ; il est malheureux qu’on n’ait pas donné suite à cette idée , et que le travail du géomètre italien qui a fait la théorie de ces verras n’ait point fixé Fa;tenlion des opticiens.

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(52) Voici maintenant M. le Rédacteur de l'article qui trouve les microscopes achromatiques supérieurs au Microscope simple, contrairement aux idées qu’il a émises d’abord page 2Î , et qu’eutend-il par loupe montée,, est-cs qu’un doublet monte sur son $np~ port nest pasnussi une loupe montée?

(53) Ceci est seulement i’opmion du rédacteur.

(54) Toute la fin de cet article n’est certainement pas d’un inventeur, il n’aurait pas dit que tout était inventé, qu’il ne restait pins rien à faire, etc. 1 On peut produire au Microscope des images assez nettes, avec des grossissemens de deux à trois mille fois le diamètre, et certainement l’on pourra encore un jour augmenter ce pouvoir et augmenter la clarté, la netteté, et le champ où s’arrêtent MM. Saigey et Trécourt ; d’autres peuvent continuer; les Microscopes SONT SUSCEPTIBLES ENCORE DE BIEN DES PEKFi-.C- TIONNEMENS.

(55) L’emploi des verres cilindriques n’amènera, probablement à aucune époque des modifications dans les microscopes; ils ne sont même pas bons, comme simples verres de lunettes , les images ne pouvant jamais être parfaitement nettes. M. Chamblant qui les a publiés, n’a pu construire avec ces verres aucun instrument d’optique, tel simple qu’il soit. La forme de ces verres étant totalement vicieuse; l’œil, l’instrument d’optique , le plus parfait à toutes ses courbures sphériques ou à peu près , rien ne s’y rapproche des courbures cylindriques.

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