CHAPITRE DEUXIEME
DES PARTIES DU DISCOUPS - EN GENERAI.
Ceux qui prétendent que le vieux cadre stéréotypé du discours classique, est brisé,., rejeté comme un anachronisme, ou expriment mal leur pensée, où se font grandement illusion. Quels que soient les auditeurs et leurs exigences, le cadre essentiel du discours ne peut pas changer, car il est bâti sur la nature même de l'esprit humain.
Jusqu'à la consommation des siècles, il sera toujours vrai de dire qu'un orateur, avant d'attaquer sa preuve, devra s'introduire, s'il est inconnu, introduire sa thèse si elle est inconnue, et formuler clairement son opinion dans une proposition, qu'il s'adresse à des barbares ou à des gens ulta-civilisés. Nous n'avons pas d'objection à supprimer tout ce qui sent la convention et 1' apprêt : les transitions au fil,, blanc, les périodes travaillées, les fleurs do rhétorique, les artifices oratoires de pacotille; ce n'est pas là le cadre du discours, ce ne, sont que les accessoires.
Nous admettons volontiers que des choses valent mieux que des théories, des abstractions et des spéculations, mais elles ne valent certainement pas mieux que des principes. Nous admettons que l'originalité est de beaucoup préférable à la banalité, qu'il est opportun de préférer ses idées personnelles aux redites et aux vieux clichés resassés par les autres, mais tout cela n'affecte en rien le cadre du discours classique.
Si une très grande liberté d'allures doit s'allier à' une logique serrée, si les auditoires modernes exigent encore la clarté et l'unité, il faut, de toute nécessité, proôéàer comme autrefois: commencer par le commencement et finir par la fin. Pour être compris, il faut commencer par énoncer une proposition pour la prouver ensuite, et enfin, tirer une conclusion. Voilà le cadre, l'essentiel du discours, et la rage de vouloir paraître de son temps ne pourra rien y changer.
D'ailleurs, les auditeurs modernes exigeraient-ils absolument que l'orateur dissimulât toute ;trace quelconque de méthode, il resterait indiscutable que, pour former' les élèves à la clarté et à l'unité dans leurs discours, il n'y a qu.'un seul moyen: les dresser d'après la méthode, Quand, à forde de pratique, ils se, seront identifiés avec la méthode, il leur' sera peut-être permis de poser à l'artiste, mais nous ne leur conseillons pas de faire leurs débuts au Canada.
Les parties essentielles et fondamentales de tout discours sont: la proposition, la confirmation et la conclusion. Cette dernière, quand elle est le moindrement développée, prend le nom de péroraison. Il peut arriver que ces trois parties essentielles ne soient pas
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nettement tranchées, qu'il ne soit pas facile de les saisir au premier coup d'oeil; mais, si après sérieuse analyse, elles ne sont pas visibles, c'est du pur verbiage et non pas un discours.
Dans la plupart des grands discours, il se rencontre d'autres parties parfaitement caractérisées, qui sont imposées à l'orateur par les circonstances» Ce sont: l'exorde, la division, la narration, et la réfutation.
N.B. Quelques auteurs ajoutent l'exposition et la péroraison, mais, l'exposition n'est rien autre qu'une parenthèse ouverte à n'importe quel endroit du discours, lorsque le besoin d'une explication se fait sentir; et, la péroraison n'est rien de plus qu'une conclusion développée avec art.