ARTICLE CINQUIEME - L'AMPLIFICATION ORATOIRE
L'amplification oratoire est le développement convenable dbnné: aux preuves. Le discours ne saurait être fait de syllogismes nus et- .arides. Il faut que les prémisses et la conclusion qui composent un argument soient élargies, expliquées, embellies, de telle sorte qu'elles .puissent non seulement être comprises facilement, mais qu'elles plaisent et intéressent en même temps.
Il ne faut pas confondre l'amplification oratoire avec la diffusion qui multiplie les mots sans rien ajouter à la pensée; ni avec la divagation qui fait passer sans transition et sans ordre d'une idée à une autre; non plus avec l'emphase ou l'exagération qui consiste à faire une montagne d'un grain de sable; ni enfin, avec les longueurs qui ne font grâce à l'auditoire d'aucun détail.
Les sources principales de l'amplification oratoire sont: les lieux communs et les figures.
Les lieux communs, intrinsèques et extrinsèques, dont il a été question au chapitre de l'invention, sont incontestablement les sources les plus fécondes de l'amplification oratoire. Ils ne fournissent pas toujours l'argument désiré, mais ils ne refusent jamais la matière à un développement .
Les figures de pensées qui, chez les anciens, faisaient partie des . lieux oratoires, et les figures de mots, ou tours de phrases, mettent dans le discours la couleur et la vie.
Aujourd'hui, plus que jamais, pour rendre un discours intéressant, il faut recourir aux images, ces expressions qui rendent les idées plus sensibles, qui sont au style ce que les pleins sont à la calligraphie. Sans doute, la science d'écrire ne consiste pas entièrement dans le sage emploi des figures, mais, il en faut absolument pour écrire d'une manière forte, pour assurer au style son effet, sa couleur et sa magie. Buffon a été jusqu'à dire: "Que chaque pensée soit une image."
L'image la plus commune en français, dans le langage usuel comme en littérature, c'est la métaphore. Il convient de lui accorder une attention spéciale.
La métaphore.
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La métaphore consiste à transporter un mot de sa signification propre à quelque autre signification, en vertu d'une comparaison qui se fait dans l'esprit mais que l'on n'exprime pas. C'est une transposition par comparaison instantanée.
Le vieil échafaudage des anciennes comparaisons: de même que, tel... est décidément démodé. Il alourdit le style et lui donne de faux .airs de version grecque. Aujourd'hui, on se contente d'appliquer à une chose les attributions caractéristiques d'une autre chose, en vertu d'une analogie que l'on se garde bien de signaler, afin de manager aux auditeurs la satisfaction de la découvrir eux-mêmes. Ce système permet de colorer le style sans le surcharger de vieux clichés.
Les auteurs contemporains ont fort abusé de la métaphore; ce. n'est pas une raison pour s'en priver. Mais il faut rejeter sans pitiéj
a) Jas métaphores forcées comme "Les cheveux de Céres" pour "le gazon";
b) les métaphores vulgaires , grossières, tirées d'objets bas. "Le déluge est la lessive di. 'genre humain."
c) Les métaphores à cortre-sens qui accouplent des idées qui s'excluent: "Le char de lTEtat navigue sur un volcan". Sans aller jusqu'au contre-sens, on peut tomber dans la préciosité et la fadeur: "Voiturezraoi les commodités de la conversation" pour "approchez les fauteuils."
Pour apprendre l'art de créer des images et de se servir de la métaphore il faut aller- à-l'école de la réflexion, à l'école de "l'ironie ët~à l'école des maîtres,,
A l'école de la jrérien.'.o.n , En cherchant avec soin des comparaisons justes, on ne tarde pas a "découvrir deux- termes, qui ont ensemble quelque analogie. Il ne s'agit plus alors que^ d'attribuer au second terme certaines caractéristiques du premier, ou vice versa. Bossuet découvrit ainsi qu'entre les lions et les ermites du désert r-. -il existait plus d'une analogie: supériorité que donne la force, vie d'' isolement , besoin de rompre le silence, obsédant de la solitude, Cris -de la nature opprimée par l'ennui, etc. Il aboutit à cette métaphore audacieuse; "Au -fond de leur désert les ermites rugissaient parfois..."
Les imaginations vives embrassent à la fois les choses, leurs ressemblances et leurs contrastes. Pour le commun des mortels, il faut plus d'observation pour saisir les rapports lointains, les idées "d'à côté" , mais, avec de la réflexion, on arrive à produire de jolies choses, pourvu que l'on ait le goût sûr. Plus l'image est imprévue, c'està-dire, moins elle est apparente au premier coup d'oeil, et plus elle est appréciée, pourvu tu' elle soit juste et naturelle. ;
A l'école de l'ironie. L'ironie, dans- le. style badin, trouve facilement âe ces. images qui nous arrachent infailliblement un sourire, en exagérant jusqu'à la caricature certains, traité' d' une comparaison. Pour peindre un homme réservé dont lv accueil' ns est pas engageant, on a depuis longtemps, trouvé des images assez expressives: accueil plutôt froid, accueil glacé... Un ironiste dire: "Il m'a accueilli avec toute la chaleur communie a tive d'une banquise des mers boréales."
C'est un excellent exercice que de faire de la raillerie pour découvrir des images inédites. Il faut bien se rappeler cependant, que dans un travail sérieux, il est des licences qu'il serait difficile de se faire 'pardonner. , . .-••■.
A l'école des 'maîtres. Po'ur se former un style imagé, il importe de lire et de relire les auteurs qui ont excellé dans l''art des images. Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, Victor Hugo sont considérés par tous comme les maîtres. Les auteurs modernes sont en général, bien en avant des classiques dans l'emploi des images. Leurs idées- sont moins. simples, moins claires et moins méthodiques, mais en revanche bien plus colorées.